Chers lecteurs,
Merci à tous pour les favorite et les reviews! Je ne pensais pas recevoir d'encouragements aussi chaleureux.
Vu que ma dernière fic a été écrite il y a des années, j'ai un peu de mal à m'y remettre.
Merci encore pour votre soutien! J'espère que cette partie vous plaira tout autant que la première.

Pairing : Sabriel
Chapitre : 2/?
Rating : Rien de choquant. Enfin, je ne pense pas... trop...

Bonne lecture à tous!

«**»

La porte d'un brun-marron passé se dressait devant lui, comme toutes les autres auparavant. Celle-ci ne différait pas d'un pouce. Après tout, il est un être céleste, il aurait remarqué la moindre modification, le moindre changement. Mais absolument rien ne différait des centaines de portes précédentes.

A sa gauche, tous les essais infructueux. A sa droite, ceux qui restaient à ouvrir.

Castiel avait fait l'expérience de l'énervement, de la frustration et de la fatigue. Il découvrait maintenant la lassitude. Il sentait qu'il ne sortirait pas de ce couloir si facilement qu'il ne l'avait cru au début.

Il s'était réveillé assis sur le sol, dos à un mur, à l'extrémité d'un couloir relativement étroit, des portes de part et d'autres, face à cet espace sans fin visible, à la fois étroit et immense, mettant à rude épreuve tous ses sens. Il ne se souvenait pas comment il s'était retrouvé dans cette situation. Alors qu'il tentait de venir en aide aux êtres humains dans la mesure du possible, sans attirer l'attention sur lui pour rester en dehors du radar du Paradis, il avait entendu Dean l'appeler. A ce moment précis, il sentit une main se poser sur son épaule et une force gigantesque s'abattre sur lui. Il avait dû perdre connaissance.

Il comprit rapidement qu'une porte devait être la sortie. Il commença alors à les ouvrir, les unes après les autres, d'abord en usant ses pouvoirs célestes, puis, plus lentement pour économiser ses forces, sentant que ça prendrait plus de temps que prévu. Le geste était maintenant machinal. Il avait l'impression d'être enfermé depuis environ deux semaines. Bien sûr, il n'avait nul besoin de nourriture ou de sommeil, toutefois, comme il en avait pris l'habitude avec Dean, il s'arrêtait quelques heures pour prendre une pause, s'asseyait sur la moquette rugueuse variant du rouge bordeaux au vieux rose et laissait aller ses pensées. Tout d'abord focalisé sur la manière de sortir, il avait peu à peu relâché son attention. Son esprit vagabondait. Son Père, ses frères, ses amis de la garnison, ses erreurs, ses fautes, sa pénitence au Purgatoire… il passait tout en revue. Au fil des jours, sa culpabilité s'accroissait et son désir de sortir de ce labyrinthe s'amenuisait. S'il devait y rester pour l'éternité pour expier ses péchés, tel Sisyphe et son rocher, ainsi soit-il. Il acceptait la punition et ferait honneur à son genre. Toutefois, au milieu de tous ces élans destructeurs, une petite lueur le tenaillait. Elle avait un nom. L'Espoir. L'espoir de revoir Dean et Sam. D'être avec eux. Nul besoin d'interaction, les voir en bonne santé lui suffisait amplement. Convaincu qu'il était de son devoir de s'assurer de leur bien-être, de répondre à leurs appels lorsqu'ils avaient besoin de lui, il se remettait debout et continuait à ouvrir les portes, les unes après les autres.

Il avait longuement réfléchi à la créature qui l'avait enfermé ici. Pour l'instant il n'avait aucune idée précise à quoi il avait à faire. Déployer une force aussi spectaculaire au point de lui faire perdre connaissance. Maintenir ce niveau de labyrinthe aussi longtemps sans lui laisser une seule chance de s'échapper était d'un très haut niveau. Digne de Léviathans. Pourtant, ils n'étaient pas connus pour pouvoir tordre l'espace et le temps. Seules quelques espèces en étaient capables. Les Tricksters, les Démons des croisements (pour honorer un contrat), les Djinns d'une certaine manière ou plus assurément les êtres célestes de haut rang.

Castiel abandonna sa pensée puis baissa la tête, posa sa main sur la poignée ronde en métal doré cabossé et la tourna. Un mur de brique. Encore. Il pivota et ouvrit la porte derrière lui. Et ainsi de suite.

_ Dean ! Sam ! Appela-t-il pour la énième fois dans l'espoir d'être entendu.

Il releva ses yeux bleus vers le plafond. Combien de temps cela allait-il encore durer.

«**»

_ Donc, répéta Dean en regardant Black Widow avec insistance, pour résumer, soit on t'aide, soit tu nous tues.

Il lâcha un petit rire sarcastique.

_ Avec un deal pareil, comment refuser, poursuivit-il en grognant.

La rouquine poussa un soupir. Elle avait sa main droite levée, face à Dean qui était plaqué contre un mur de la chambre à une cinquantaine de centimètres du sol.

_ A croire que tu aimes me faire répéter… Je ne veux pas vous tuer, j'ai besoin de votre aide. C'est aussi simple que ça.

_ Et pourquoi devrait-on aider une … une… je ne sais foutrement pas ce que tu es !

L'apparition du personnage de Marvel dans leur chambre, bien que particulièrement charmante, n'avait nullement enthousiasmé les Winchester. Dean avait ouvert le feu sans retenue. En un tournemain, ils s'étaient retrouvés désarmés, plaqué contre le papier peint vert à motifs pour l'ainé, et sur l'un des lits pour Sam, incapables de faire un seul mouvement.

_ Ceci n'est d'aucune importance, répondit Natasha balayant la question d'un geste de la main. Démon, Polymorphe, choisissez ce que vous préférez.

_ Et ça va nous aider à te faire confiance ! Bien sûr !

_ Ce n'est pas une question de confiance, mais plutôt une question d'entre-aide. Disons, un business qui sera limité dans le temps et profitera à tous.

_ C'est Crowley qui t'envoie ?

_ S'il te plaît, ricana la rouquine. Je ne suis pas du genre à m'associer avec lui. Mais revenons-en plutôt à nos moutons.

_ Et pourquoi devrait-on t'aider, hein ?

Le visage plutôt souriant de la jeune femme se ferma, devint plus sérieux.

_ Si vous ne vous en êtes pas rendus compte, des humains meurent, et pas de cause naturelle, croyez-moi. Et…

Natasha Romanov s'arrêta de parler. Sa voix si pleine d'assurance jusqu'à présent se fit plus hésitante.

_ Et je ne suis pas assez forte pour arrêter ça…

Elle abaissa légèrement sa tête, presque en signe de honte. Le silence s'abattit, entrecoupé des bruits distants de la ville. Dean et Sam échangèrent un regard d'incompréhension. D'habitude un démon apparaissait, tentait de les tuer, ratait, essayait alors de négocier de façon particulièrement pathétique ou les faisait chanter, les Winchester refusaient, il retentait de les tuer, échouait et c'est là qu'ils inversaient les rôles et se débarrassaient du démon (ou monstre). Ces créatures n'étaient pas censées discuter aussi longuement ou faire preuve d'une quelconque émotion, encore moins admettre leur faiblesse !

_ Je ne serais jamais assez puissante pour arrêter celui qui tire les ficelles, reprit-elle d'une voix basse et posée.

Elle releva les yeux et fixa Dean, le regard droit et fier. L'aîné Winchester pouvait y lire une féroce détermination.

_ C'est assez simple, recommença-t-elle d'un ton plus assuré. Je dois faire équipe avec vous, je n'ai absolument aucun autre choix. On arrête celui qui commet les meurtres, les innocents sont sauvés par les Winchester, je repars dans ma campagne et tout le monde est content !

Dean, qui avait été prêt à coller une balle entre les deux yeux de la rouquine quelques minutes auparavant, commençait maintenant à douter. Elle semblait sincère, pourtant s'il avait bien appris une chose après toutes ces années de chasse : ne jamais croire un monstre ni un démon (sauf Benny, mais Benny est spécial, se disait-il telle une note de bas de page). Il tenta de bouger ses mains, mais elle l'en empêchait. Foutu monstre, pensait-il.

_ On ne négocie pas avec les monstres, lui dit-il d'une voix calme mais résolue.

_ J'ai pourtant entendu le contraire…

Natasha se retourna vers Sam, toujours étendu de tout son long sur le lit. Elle fit un pas vers lui et se pencha lentement.

_ Monstres ou démons, c'est du pareil au même, n'est-ce pas très cher?

Sam serra les dents, mais ne répondit pas.

_ Hé ! Laisse-le tranquille !

_ Pourrait-on au moins avoir une conversation civilisée sans que vous essayiez de me planter un pieu dans le cœur ? demanda Black Widow en se retournant vers Dean.

L'aîné Winchester grogna avant de lentement acquiescer.

_ Ok. Relâche-nous, on va discuter !

La rouquine eut un petit mouvement de tête. Elle abaissa sa main et s'éloigna de quelques pas, clairement sur la défensive. Dean retomba sur ses pieds, lâchant un grondement sourd tandis que Sam se remit promptement debout. Ce dernier examinait Natasha des pieds à la tête.

_ Ne te gêne pas, profites-en, lui lança-t-elle sans même sourciller.

_ Tu es Black Widow… enfin, tu en as l'apparence…

_ C'est exact, je ne suis pas peu fière de cette forme d'ailleurs !

_ Justement, poursuivit Sam.

Il fronça les sourcils lorsque Dean le fixa avec insistance. Sam savait quel était son rôle et ce qu'il devait faire ensuite : s'empresser de se jeter sur une arme et vider son chargeur sur l'intruse. Cependant, il ne se sentait pas intimidé. Il avait été assez souvent en danger pour reconnaître la différence entre « menace de mort imminente » et « appel à l'aide désespéré ». Se sentant soudainement bien plus en confiance, et ayant clairement une idée derrière la tête, il fit un geste d'apaisement en direction de son frère.

_ La dernière victime a des marques de strangulation sur le cou… La seconde a été transpercée de flèches. La première foudroyée. Black Widow, Hawkeye et Thor. Tu veux qu'on t'aide alors que tu as clairement été mêlée aux meurtres.

_ Justement non ! s'écria Natasha. Ce n'est pas moi !

Dean s'était arrêté net dans son mouvement. Il connaissait son frère mieux que personne. Ses instincts de hunter à l'affût, il se tenait prêt à intervenir contre toute action que Black Widow tenterait contre son frère après la conclusion de son raisonnement.

_ Les Avengers ! Tu trouves ça comique ? lança Sam avec une grimace.

_ Non, ce n'est pas ça. Je sais que les circonstances… dit-elle en soupirant, essayant de justifier une situation saugrenue. J'avoue que ce n'était pas une bonne idée de choisir cette apparence, mais il faut bien l'avouer, c'est assez classe.

Dean eut un imperceptible acquiescement en connaisseur avant de se concentrer sur l'échange.

_ Tu as tué au moins la troisième victime, reprit Sam. Tout ça n'est qu'un jeu, n'est-ce pas ?

Il semblait plus agressif, plus énervé.

_ Je n'ai tué personne ! se défendit-elle une nouvelle fois.

_ Tu travailles seul ou tu as d'autres collègues qui font le sale boulot ?

_ Je n'ai tué personne, c'est ce que je voulais éviter! cria Natasha. A votre avis, pourquoi suis-je venue ici ?

S'en suivit un long moment de silence. Dean et Sam s'échangèrent des regards interrogateurs. Visiblement Sam semblait tiraillé. Son frère lisait en lui comme dans un livre ouvert. Dean avait une opinion bien plus tranchée sur la question.

La jeune femme les observa tour à tour. Puis se dirigea vers l'unique table, attrapa une chaise et la positionna face aux deux hommes. Elle s'y assit.

_ Il y a peu, j'ai remarqué une activité bizarre dans le coin.

_ Bizarre ? lâcha Sam en fronçant les sourcils.

_ Oui, bizarre. Nous autres, nous nous rendons compte de ce genre de chose. Je suis donc venue pour voir de quoi il s'agissait. C'est là que les meurtres ont commencé. J'ai essayé de savoir qui se cache derrière, mais je n'ai rien trouvé de certain.

Elle remit machinalement une mèche de cheveux derrière son oreille et tourna son regard vers Sam.

_ Je pense que tu as remarqué que tous ces humains étaient loin d'être d'innocents pères de famille.

_ Oui.

_ Ils avaient des petites affaires peu légales. Des petits arrangements…

_ Des fraudeurs oui en effet, confirma Sam. Je pense…

Il hésita. Du coin de l'œil, il attendit une réaction de son frère. Partager des informations avec un monstre était risqué. Suicidaire. Dean se contenta de les observer. Il lança à Black Widow un regard plus sombre et noir que l'enfer.

_ Je pense qu'ils avaient un système de fraudes aux assurances bien rodé. Je n'ai pas encore eu le temps de confirmer, mais…

Il se dirigea vers la table et s'assit sur l'unique chaise vacante. Plongé dans ses pensées, il ramassa quelques papiers, murmurant quelques mots inintelligibles, puis les montra à la rouquine.

_ Voilà ! Des personnes décédées de causes soi-disant naturelles. Mais quand on regarde de près qui a signé les rapports, ils ont tous été signés par au moins l'un des trois. Je n'ai pas encore fait le tri pour voir quelles morts étaient naturelles, et lesquelles étaient… heu… provoquées. Là, ici, noyade. Pas d'eau retrouvée dans les poumons.

Il montra plusieurs passages à Natasha qui les passait en revue avec grand intérêt.

_ C'est ce que j'avais trouvé. Le souci, c'est qu'ils ne pouvaient pas opérer sans d'autres personnes pour les aider. Je pense comme… un médecin, ou un juge, ou… je ne sais pas trop. Dans tous les cas que j'ai revu, de grosses sommes d'argent devaient être versées aux familles, mais suite à une pirouette, elles revenaient soit à la banque, soit à l'assureur… Je pense que quelque chose forçait tous ces gens à signer des contrats bidon. Après, charge à eux de faire disparaître les preuves.

Sam hochait vivement de la tête.

_ Exactement ! Mais pourquoi personne ne s'en rendait compte ? Je veux dire, il y a quand même beaucoup de points étranges. La police aurait dû… DEAN !

_ Tu bouges un seul orteil, chérie, je te fais sauter le melon, articula Dean très lentement. C'est clair ?

Profitant des quelques secondes d'inattention, il avait récupéré son arme et en avait stratégiquement placé le canon contre le crâne de la belle rousse.

_ Très clair, répondit Natasha dans le dos de Dean.

_ Bordel de…

Elle avait soudainement disparu pour réapparaître moins d'un mètre derrière lui. Dean se retourna brusquement et fit lui fit face, arme prête à tirer.

_ Dean, et si on faisait une trêve ? demanda Black Widow d'une voix charmante, lui tendant une assiette où trônait une magnifique part de tarte aux cerises et une grande tasse de café.

Son regard était implorant.

_ J'ai besoin de votre aide, vous avez besoin de moi et… je ne veux vraiment pas qu'on soit réduits à se menacer les uns les autres.

Elle regarda le pistolet pointé entre ses deux yeux.

_ Enfin, plus que maintenant…

Elle fit un pas en direction de Dean et lui tendit la tarte.

_ S'il te plaît ?

Sam regardait la scène avec intérêt. Il s'adossa contre sa chaise, lèvres entre-ouvertes, l'air surpris.

_ Dean, commença-t-il. Peut-être que…

_ Sammy, l'interrompit son aîné. Tu crois vraiment que ça marche comme ça ? Depuis quand les Winchester jouent aux héros avec des monstres ?

_ Beeen… Tu te rappelles quand…

_ C'était rhétorique, Sammy ! Rhétorique !

Natasha fronça les sourcils, l'air soudain ailleurs.

_ Je crois…

Elle s'arrêta. Le regard des Winchester était tourné vers elle. Dean n'avait pas bougé d'un pouce. Elle s'évapora soudainement pour réapparaitre à côté de la porte, déposa prestement la tarte et la tasse sur la table, renversant quelques gouttes de café sur les papiers étalés et attrapa la main de Sam.

_ Ils viennent de trouver un nouveau cadavre. On doit aller voir !

Sam et Natasha disparurent en un instant, laissant Dean seul dans la pièce.

_ Oh, c'est une blague ! s'écria-t-il en levant les yeux au ciel.

«**»

_ Comment ça, tu restes ici ?

La tête de Black Widow apparut soudainement au-dessus du buisson derrière lequel elle se cachait.

_ Trop dangereux, je préfère ne pas être vue !

Sam releva les sourcils.

_ Tu es un… truc ! Je suis sûr que tu peux te changer en un autre… truc !

Natasha le regarda d'un air blasé. Elle fit une petite moue.

_ Si l'autre est encore ici, il risque de me repérer ! Allez, fini de bavarder ! lui lança-t-elle en agitant sa main gantée. File, va voir ce qu'il se passe. Fais ton boulot, Sam Winchester !

Ce fut au tour de Sam de prendre un air agacé. Il farfouilla dans ses poches et y retrouva son badge d'agent du FBI.

_ La conversation n'est pas terminée ! menaça-t-il avant de traverser la rue au petit trot.

En deux enjambées, il se retrouva devant une immense grille fermée et gardée par deux policiers. Par chance, il avait déjà rencontré l'un d'eux le matin même. Il eut juste à sortir son badge et lui faire un sourire entendu « nous sommes des pros ».

_ Vous me faites un débriefe ? lança-t-il en rangeant sa pochette.

_ Agent Logan, c'est ça ?

_ Burke, corrigea Sam.

_ Agent Burke. Vous êtes efficaces, nous venons d'arriver ! Votre co-équipier n'est pas avec vous ?

_ Non, il fait des recherches.

_ Ok.

_ Vous pouvez me dire ce qu'il s'est passé au juste ?

L'agent de police hésita un instant. Il regarda son collègue à la recherche d'un soutien mais celui-ci se contenta d'hausser les épaules. Clairement quelque chose clochait.

_ Il y a bien eu une nouvelle victime, encouragea Sam.

_ C'est-à-dire…

Sam fronça les sourcils.

_ Allez voir à l'intérieur, je ne peux pas vous en dire plus.

Intrigué, Sam les salua d'un hochement de tête. Ils lui ouvrirent la grille et lui indiquèrent le chemin.

_ Passez par le jardin, vous comprendrez mieux.

Sam n'eut pas à avancer bien loin pour comprendre ce qu'il se passait. Il fit quelques pas sur le gazon anglais parfaitement entretenu et y vit une énorme empreinte, enfoncée de plusieurs centimètres dans la terre. Il la regarda quelques secondes, se demandant s'il n'était pas en train de rêver, avant de relever la tête pour observer les alentours. Environ trois mètres plus loin, une autre empreinte quasi-identique. L'immense propriété était entourée de hauts murs devant lesquels des arbres majestueux étiraient leurs branches. Majestueux était un terme qui aurait collé probablement quelques heures plus tôt. La plupart des branchages côtés jardin avaient été brisés et trainaient lamentablement sur le sol. Il n'avait qu'à suivre les empreintes et débris de ramures pour arriver sur la partie la plus étonnante. Ou plutôt hallucinante.

Il tenta de garder un visage impassible mais la scène était bien trop ahurissante. Autour de lui, des policiers et médecins légistes s'affairaient. Leur santé mentale semblait ne tenir qu'à un fil.

Le portable de Sam sonna, le sortant de son état hébété.

_ Dean…

_ Sammy ! Tu vas bien ? Où es-tu ?

La voix de son frère était paniquée. Il s'était visiblement fait du souci alors qu'il ne l'avait quitté que depuis quelques secondes, minutes tout au plus.

_ Ca va, je vais bien. Elle a raison, il y a eu… heu… on va dire un autre incident.

_ Quelqu'un est mort ?

_ Je pense…

_ Tu penses, tu n'es pas sûr ?

_ C'est-à-dire…

Sam exhala bruyamment.

_ Bon, écoute-moi bien. Je suis dans une résidence, je ne sais pas trop où. C'est immense. Et… heu… comment dire… pratiquement toute la façade arrière de la maison a été… arrachée. Il ne reste quasiment rien.

_ Arrachée ? Par quoi, un ouragan hyper-localisé ?

_ Non… non, pas un ouragan… Autre chose…

_ Sammy… grogna Dean.

_ En fait…

Sam fit quelques pas et observa la scène devant lui.

_ Je dirais un dinosaure… vu les empreintes et… la façade et… les giclées de sang partout.

_ Un dinosaure ?

_ Un dinosaure… plus spécifiquement, je dirais un tyrannosaure.

Dean resta silencieux de longues secondes, tout comme Sam.

_ Sam… reprit Dean d'une voix très calme.

_ Je sais…

_ Un tyrannosaure…

_ Oui… Tu devrais voir. Des branches arrachées, une partie de la maison a été ravagée… partie en morceau… On a une vue imprenable sur le salon, le couloir, une chambre et un autre couloir à l'étage, eeeeet… la salle de bain je dirais… Tout est grand ouvert ! C'est terrifiant ! Je n'ai jamais rien vu de tel ! Et il y a du sang littéralement, partout ! Sur les murs, le sol, le gazon… des litres !

_ Quoi ?!

_ Je sais ! Oh, attends… ah oui, je crois qu'ils viennent de trouver un bras dans un rosier. Ou un bout de bras… on dirait…

Sam se passa la main dans les cheveux, entièrement halluciné par la scène qui se jouait devant ses yeux.

_ Au moins on pourra savoir à qui appartient le sang. Oh là là ! On voit même une empreinte de mâchoire sur le parquet à l'étage ! C'est tout simplement… n'importe… quoi.

Il avait appuyé ses derniers mots, ne sachant trop comment retransmettre ce qu'il voyait à Dean.

_ Attends, bouge pas.

Discrètement, il prit quelques photos avec son portable, les employés de la criminelle étant bien trop occupés pour lui porter une quelconque attention.

_ Je t'envoie des photos, tu comprendras plus vite.

Quelques secondes et bips plus tard, Sam entendit une flopée de jurons. Dean venait donc de voir les photos. Il regarda autour de lui, essayant de ne pas gêner qui que ce soit puis s'éloigna de quelques pas, à l'abri des oreilles indiscrètes.

_ Sam, c'est quoi CA ? Je veux dire… dans quel merdier on est tombés !

Sam haussa les épaules et fit sa plus belle expression « qu'est-ce que j'en sais, moi ! » avant de se rendre compte qu'il était au téléphone.

_ Je n'ai aucune idée… fit-il en poussant un soupir lassé. Je vais chercher des infos, je te tiens au courant.

_ Hé, Miss Monde est avec toi ?

_ Heu… hésita Sam avant de jeter un regard alentour. Non, je ne crois pas. Elle m'a déposé là et je suis seul maintenant.

_ Bon sang, c'était quoi ça ? Elle ne t'a rien fait ?

_ Non non, ça va. Elle m'a juste zappé ici.

_ Elle n'a rien dit d'autre ? Sur ce qu'elle pourrait être ?

Sam hésita une nouvelle fois. Il sentait qu'il tenait quelque chose mais voulait en avoir la confirmation avant d'en parler à Dean.

_ Non, rien en particulier. Tu devrais appeler Garth et voir ce qu'il peut trouver sur … tout ça ! Je te rappelle tout à l'heure.

Il raccrocha et rempocha son téléphone. Il avança vers les restes de la maison, évitant au possible les débris et branchages sur le sol. Un agent, apparemment chargé de la sécurité du site, se balançait d'un pied sur l'autre à quelques mètres de lui. Sam monta les quelques marches qui menaient sur la terrasse d'ardoise noire et fit un signe au policier.

_ Agent Burke, FBI. Vous pourriez me faire un rapide topo sur la situation ?

L'agent lui lança le regard le plus blasé qu'il n'ait jamais vu, battant haut la main celui de Dean lorsque Castiel ne comprenait pas une de ses références cinématographiques.

_ Vous voulez quelle version ?

_ Je vous demande pardon ?

_ La version des dingues ou celle des paranos ?

_ Heu… les deux, je dirais. Commençons par celle des… dingues comme vous dites.

_ J'ai entendu mon collègue Jones dire que le juge avait refusé d'enlever un PV à Spielberg il y a quelques années, pour stationnement illégal. Spielberg s'est vengé en lui envoyant son T-Rex de compagnie.

_ Et, vous y croyez ?

Une nouvelle fois, l'agent lui jeta un regard navré.

_ Haha, je plaisante, se reprit Sam.

Il désigna la maison.

_ C'est la demeure du juge ? dit-il après s'être raclé la gorge.

_ Oui.

_ Le juge…

_ Nelson.

_ Bien sûr, juge Nelson, répéta Sam.

L'agent aurait à ce stade pu gagner le concours de l'air le plus exaspéré.

_ Juge Nelson, l'un des hommes les plus influents de la ville, expliqua-t-il lentement, articulant bien chaque mot.

_ Et sa famille est présente ?

_ Non, il était divorcé. Sa fille est partie à l'Université quelque part en Californie. Sa femme s'est remariée avec un italien, je crois.

_ Pas de maitresse, petite amie ?

_ Pas à ma connaissance, mais il pouvait bien s'envoyer en l'air avec le diable que je ne m'y intéresserais pas plus.

_ Ha ha… répondit Sam en déglutissant. Et pour en revenir aux théories… vous disiez ?

_ Ah, ça vous intéresse vraiment ? Je ne savais pas que le FBI avait du temps à perdre avec les qu'en-dira-t-on !

_ Nous avons besoin de toutes les informations, dit Sam d'un ton si professionnel qu'il faillit convaincre l'agent.

_ Bon, si vous insistez. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais il y a eu d'autres personnes décédées ces derniers temps. Un pas plus tard que ce matin.

_ Oui, un banquier, Brenner je crois, l'encouragea Sam.

_ C'est ça, notre formidable banquier ! J'ai entendu circuler quelques infos sur son compte. Aha, sur son compte, pour un banquier ! Elle est bien bonne celle-là !

L'agent se mit à rire à son propre jeu de mots, visiblement très fier de lui.

_ Des infos ?

_ Ah vous êtes du genre sérieux, vous ! Vous devriez sourire plus ! Ou manger des carottes, ça rend aimable à ce qu'il paraît.

Sam avait beaucoup de patience, mais la coupe commençait à se remplir. Il poussa un grognement.

_ J'y penserai, lança-t-il. Donc ? Les infos ?

_ J'ai entendu que le juge, le banquier ainsi que d'autres personnes feraient partie d'un club très fermé. Du genre : Francs-Maçons. Et ils auraient roulé pas mal de personnes, y compris l'un d'entre eux. Et voilà que celui-là cherche à se venger !

_ Une vendetta contre les membres de ce club ?

_ Quelque chose dans ce goût-là. Ca ne s'arrêtera que lorsqu'ils seront tous morts, masquant les crimes pour faire penser à des cambriolages si vous voyez ce que je veux dire. C'est très Hollywoodien, vous ne trouvez pas ? On s'attendrait presque à voir Batman surgir ou les Experts ! Enfin, comme dit, c'est ce que j'ai entendu.

_ Et vous connaîtriez le nom de ce club ou qui seraient les autres membres ?

_ Non, aucune idée. Si ça peut vous aider, il paraît que le commissaire en chef était très bon ami avec le juge.

_ C'est noté. Mais toute cette histoire de vengeance et de cambriolage est bien joli, comment peut-on en arriver à ça ?!

L'agent haussa les épaules.

_ Vous savez, quand quelqu'un pète les plombs et qu'il a assez d'argent, pourquoi ne pas faire une mise en scène dont tout le monde se souvienne ?

Sam ne peut qu'approuver. Il en avait déjà trop vu pour remettre en question cette logique.

_ Merci, agent… heuuuu…

_ Je vous en prie, répondit-il évitant soigneusement de donner son nom.

Le Winchester n'insista pas plus. Il fit un tour dans la maison, trouvant plus agréable la compagnie des murs ensanglantés que celle de l'agent. Ce dernier lui avait presque donné des frissons dans le dos. Il était resté sur ses gardes durant toute la discussion, ses instincts de hunter ayant pris le dessus. Il ne saurait dire si l'air dédaigneux, distant et moqueur l'avait agacé, ou si l'incapacité flagrante de la police locale avait fini par lui taper sur les nerfs. Pris d'un doute, il jeta un rapide coup d'œil derrière lui. L'agent n'était plus en poste et c'était tant mieux. Toujours est-il qu'il se sentait beaucoup mieux à chercher dans les coins et recoins de la demeure s'il y avait quelque chose de suspect. Mais rien, ni souffre, ni sac de sorcière, ni sigle. Absolument rien.

Il parla quelques secondes aux ambulanciers sur place qui ramassaient quelques restes ici et là. Ils confirmèrent que les bouts récoltés appartenaient très certainement au juge mais qu'ils devaient attendre la confirmation du médecin légiste. Ils n'avaient par contre aucune théorie sur ce qu'il s'était passé sur les lieux.

_ Eventuellement une tronçonneuse ?

_ Et les empreintes sur le gazon ? rétorqua son collègue.

_ Comme au cinéma, une réplique fait de bois, papier ou que sais-je ! répliqua l'ambulancier.

_ C'est n'importe quoi !

_ C'est moins n'importe quoi que de croire que des dinosaures se baladent en pleine ville !

Sam laissa le duo à leur querelle. Visiblement, il n'obtiendrait rien de plus. Il quitta la propriété et prit la direction de la ville qui s'étendait devant lui, au pied de la colline. Lorsqu'il fut assez éloigné, il s'assura de ne pas avoir été suivi et sortit son téléphone mobile.

_ Dean ? C'est moi.

_ Alors ?

_ Apparemment, la victime est un juge : Abraham Nelson. Divorcé. 67 ans. Il ne reste pas grand-chose de lui, quelques bouts par-ci, par-là.

_ Charmant…

_ Attends, tu sais ce qui est le pire dans l'histoire ?

_ Tu as rencontré Iron Man qui promenait son T-Rex ?

_ Très drôle ! Justement non, je n'ai rien trouvé ! Idem que les autres cas. Pas de souffre, ni de sac, absolument rien qui sorte de l'ordinaire… enfin, si tu oublies les litres de sang et les empreintes de dinosaure et… la façade arrière de la maison partie en lambeaux… Tu es en train de manger ?!

Le silence se fit durant quelques secondes.

_ Non ? répondit Dean en déglutissant.

_ Ne me dis pas que tu manges la tarte que Black Widow a laissé ?!

_ Promis, je ne te le dirai pas !

_ Tu la manges, n'est-ce pas ?

_ … oui… avoua Dean. Mais j'avais faim !

_ Avec tout ce que tu as ingurgité !

_ La nuit tombe ! C'est l'heure du repas du soir !

Sam poussa un énième et long soupir.

_ Et si elle l'avait empoisonné ?

_ Je n'ai rien empoisonné ! se défendit Natasha en surgissant de derrière un des platanes qui bordaient le trottoir.

_ OH PUNAISE ! s'écria Sam en sursautant.

_ Sammy ?!

_ Du calme ! fit la jeune femme avec un geste d'apaisement.

_ Ca va… devine qui est devant moi. Je te laisse.

Il raccrocha au nez de Dean qui poussait un florilège d'insultes à l'autre bout de la ligne.

_ Tu croyais te débarrasser de moi ? minauda Natasha. Mais c'est raté, tu ne penses pas que je vais laisser mon meilleur atout seul dans la nature ?

Lui offrant son plus beau sourire, elle se rapprocha dangereusement de lui. Sam fit un pas en arrière.

_ Je ne vais pas te manger. Rassure-toi.

Elle rejeta une mèche de cheveux derrière l'oreille.

_ Pas maintenant, rajouta-t-elle d'une voix plus grave.

Sam déglutit difficilement. Ce n'était pas tous les jours qu'on avait la copie conforme de Scarlett Johansson devant soi, d'autant plus dans un cat suit avec un décolleté plongeant. Décolleté plus vertigineux qu'auparavant, nota Sam.

_ Alors, qu'est-ce que tu as appris ? demanda-t-elle, se plaçant à ses côtés.

_ Tu n'as pas entendu ma conversation avec Dean ? rétorqua Sam en se remettant en marche.

_ Oh, j'essaie d'être gentille, c'est tout, répondit-elle doucement, tentant de calquer son pas sur celui de l'immense Winchester.

_ Ouais, bien tenté.

_ Je n'ai t'ai pas suivi à l'intérieur, si tu veux savoir.

_ Pourquoi donc ?

_ Je te l'ai dit, si l'autre est encore là. Je préfère rester discrète.

_ Et qui est « l'autre » en question ?

Natasha se tut. Ils avancèrent en silence durant de longues secondes.

_ Une ancienne connaissance, finit-elle par répondre.

_ Plus spécifiquement ?

_ C'est compliqué. Et j'aimerais juste être sûre de qui il s'agit avant de faire une bêtise. Parle-moi plutôt de ce que tu as vu à l'intérieur.

Sam s'exécuta. Il raconta en détail le sang, la maison, les empreintes, photos à l'appuie.

_ C'est bizarre…

_ Mais non, des traces de T-Rex, ça court les rues ! ironisa Sam.

_ Tu sais très bien ce que je veux dire.

Sam releva les sourcils. Comment pourrait-il comprendre ce que dit une parfaite étrangère quelques heures plus tôt. Qui plus est un démon / monstre / polymorphe / insérer ici le monstre de la semaine, se disait-il.

_ Non ? Vraiment pas ? Je suis déçue, Sam.

_ Bref !

_ Ca ne colle pas avec les autres morts. On avait clairement les Avengers pour les trois premiers…

_ Pour lesquels tu n'as absolument rien à voir, n'est-ce pas Black Widow ? la coupa-t-il.

_ Erm… et là, le juge s'est fait croquer par un T-Rex ! Ca ne colle absolument pas. J'aurais plutôt misé sur Iron Man, Hulk…

_ Loki, poursuivit Sam.

_ Ce n'est pas un Avenger ! rétorqua Natasha un peu trop rapidement et trop fort au goût de Sam.

_ Si tu le dis, répondit le Winchester de manière totalement machinale.

_ Au moins, avec ce qu'il s'est passé ici, tu as la preuve que je n'y suis pour rien !

_ En effet.

_ Et on pourra faire équipe sans que vous n'essayiez de me tuer !

_ Ca reste à voir. Je ne te fais pas confiance et Dean essaiera toutes les méthodes qu'il connait pour t'achever.

_ Ah, je m'en doute, je m'en doute… soupira Natasha avec un petit soupir résigné.

_ Et il en connait beaucoup, des méthodes.

Sam avait mis l'accent sur l'adverbe.

_ Je sais. Les fameux frères Winchester ! Mais je ne me fais pas trop de soucis en ce qui concerne Dean.

_ Pardon ? s'écria Sam, littéralement choqué par cette phrase. C'est le meilleur ! Il devrait être ton pire cauchemar !

_ Si jamais il décide de me tuer ou refuse de coopérer avec moi, j'ai une monnaie d'échange.

_ Du chantage, vraiment ?

_ Imparable ! J'ai une offre qu'il ne pourra jamais refuser !

_ Et je suppose que je suis inclus dans le deal, ironisa Sam.

_ Toi ? Oh non ! Tu aurais pu tenter de me tuer depuis longtemps, ou réciproquement d'ailleurs, et regarde où on en est ! Bavardant tous les deux tranquillement en marchant vers le soleil couchant. C'est presque romantique, tu ne trouves pas ?

Sam tiqua, mais ne répondit rien.

_ Ne te vexe pas. Il n'y a aucun mal à vouloir sauver des vies, le rassura-t-elle.

Elle lui jeta un regard en coin, arborant un tendre sourire. Elle eut un petit rire.

_ Vous m'êtes trop précieux, les fichus Winchester, pour que je vous fasse du mal !

Sam la regarda. Il ne savait trop que penser. S'associer avec un monstre : déjà fait ! Avec pour conséquence l'Apocalypse. Pourtant, il devait bien admettre que la manière dont il discutait avec elle était inhabituelle. Il se rendait bien compte qu'il ne réagissait pas comme il aurait dû. Il avait l'étrange sensation de la connaître et aurait presque tendance à lui faire confiance, même si une partie de lui-même restait sur ses gardes. On n'abandonne pas ses instincts du jour au lendemain et au fond de lui, il savait qu'il ne devrait pas être aussi ouvert avec elle et qu'il devrait tenter de l'éliminer plutôt que de faire la conversation. Mais il y avait cette petite chose qui ne cessait de lui trotter en tête. Une théorie folle qu'il choisissait d'ignorer à chaque petite phrase ou mot suspect.

_ Rassure-toi, je n'ai pris personne en otage…

Elle s'arrêta au milieu de sa phrase.

_ Quoi ? demandat-t-il.

_ Enfin…

_ Tu as pris un otage pour faire chanter Dean ? Qui est-ce ?! s'exclama Sam, soudain inquiet pour ses amis.

_ Pas qui… quoi.

_ Pardon ?

_ C'est pas une personne, c'est…

_ Oh non…

Sam blêmit.

_ J'ai bien peur que si, confessa Black Widow d'une petite voix. Je n'ai pas trouvé d'autre moyen… Je veux dire, c'est Dean Winchester !

_ Le garagiste… C'était toi…

_ Oui…

_ L'Impala ! Tu as kidnappé l'Impala ?!

_ Oui… souffla Natasha les yeux baissés. J'ai presque honte, c'était trop facile…

_ Dean va te tuer !

_ Je sais ! C'est pour ça que je garde cette carte !

_ Non, vraiment, il va…

La sonnerie du portable de Sam retentit, les interrompant. Il décrocha en regardant Black Widow d'un air mi-ahuri, mi-émerveillé par ce qu'il considérait comme un geste désespéré.

_ Sammy ! Qu'est-ce que tu fiches !

_ Dean, je suis en route. Black Widow, tu pourrais s'il te plaît ?

_ Ok ok…

Elle posa une main sur l'avant-bras de Sam. Ils apparurent dans la seconde au milieu de la chambre de motel, Dean debout prêt de la fenêtre et portable en main, fit un bond gigantesque lorsqu'il les vit surgir à quelques mètres de lui.

_ C'est pas bientôt fini ces âneries ?! s'énerva-t-il. Vous étiez où ? Sam, c'est quoi ça ? Elle te file le train, c'est ça ?

_ Plus ou moins, répondit Sam.

A ses côtés, Natasha tira la langue vers Dean, ce qui eut pour effet immédiat de le faire taire assez longtemps pour laisse Sam parler.

_ Dean, on meurt de faim ! dit-il en s'avançant vers son frère. Tu serais le meilleur des grands frères si tu pouvais me chercher à manger, n'importe quoi ! Tout fera l'affaire !

_ Mais… tenta-t-il de protester.

_ On a du pain sur la planche, impossible d'y arriver le ventre vide !

D'un geste quasi-paternel, il posa une main sur l'épaule de Dean et le guida jusqu'à la porte de la chambre, qu'il ouvrit.

_ On t'attend ici ! Tu es le meilleur, je te l'ai déjà dit ?

Il fit sortir un Dean bouche bée de la chambre puis referma la porte aussi sec et ne bougea plus d'un pouce.

_ Heuuuuu… ok ? répondit Dean de l'autre côté. Mais vous m'attendez là !

_ Promis !

Sam ne bougea qu'après avoir entendu les bruits de pas s'éloigner. Il poussa alors un très long soupir et s'assit mollement sur son lit, puis se passa les mains sur le visage.

_ Oh, tu essaies d'être seul avec moi ? dit-elle Natasha en s'approchant avec un déhanché diabolique.

_ Ca suffit.

La voix de Sam était ferme et sans appel. Il releva la tête et fixa Natasha, bien décidé à ne plus ignorer ce que son esprit tentait de lui faire voir depuis plusieurs heures.

_ Comment ça ? demanda-t-elle une fois à sa hauteur.

_ Cette mascarade. Ca suffit.

_ Je ne vois pas de quoi tu veux parler.

_ Tu sais très bien ce que je veux dire. Et si tu reprenais ta vraie forme pour commencer ?

_ Ma vraie… ?

Natasha eut un petit rire.

_ Mon pauvre Sam, tu as complètement perdu la tête !

Sam Winchester ne plaisantait pas. Il avait ses yeux rivés sur ceux ambrés de Black Widow, sourcils froncés, mains jointes devant lui. Elle nota qu'elles étaient crispées et tremblaient. Ses jointures avaient blanchis.

_ Ta vraie forme…

Natasha Romanov eut un sourire en coin puis leva lentement sa main droite, le regard toujours plongé dans celui de Sam. Elle claqua des doigts.

_ … Gabriel, souffla-t-il.