Salutations! J'ai eu envie de rajouter le point de vue de Kiba à cette histoire et une petite suite/fin.
J'espère que cela vous satisfera!
J'ai beaucoup d'attachement pour le personnage d'Hanabi construit pour cette fiction et j'espère qu'elle vous touchera...
Voilà, voilà! Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser un petit mot, c'est toujours extrêmement motivant :)
Des bisous !
Fairy-Demon: Merci de ta review et de tes compliments ! Je n'avais jamais écrit à la première personne et cette histoire est une grande première pour moi. Tant par la façon d'aborder les personnages que par la rédaction... J'espère, si tu passes par ici, que tu ressentiras la même chose en lisant cette petite suite! Bisous.
Second rappel : Kiba.
Cela faisait six mois que j'étais sans nouvelles de toi, pas un appel, pas un message, rien.
J'étais venu chaque soir, espérant te croiser, t'entrevoir même brièvement. Juste comprendre les raisons de ton silence. Peut-être même t'aurais-je supplié de ne jamais plus m'infliger ça.
Un furieux besoin de toi et un vide incommensurable au fond de mon être.
Alors, quand j'ai vu cette fille qui te ressemblait comme deux gouttes d'eau, silencieuse, écouter religieusement Kankûro alors qu'il tentait par vagues de mots maladroits de te décrire, j'ai compris immédiatement que je ne te reverrais plus.
Elle, elle semblait brisée, fêlée de l'intérieure et les mots qui ont franchis ses lèvres m'ont laissé muet. Mais que pouvais-je dire ? J'avais envie de hurler. Ou de pleurer. Je ne savais plus trop et faute de pouvoir exprimer mon chagrin, j'ai gardé le silence.
Et avant que je ne me ressaisisse, que je pense à en demander plus, la fille s'était envolée.
Alors j'ai bu, jusqu'à outrance.
Encore un verre, puis un autre.
Comme si l'alcool allait atténuer ton absence, quelle bêtise.
J'ai repensé à notre première rencontre, c'était dans ce bar, « L'amère à boire », curieusement circonstanciel. C'était aux petites heures du matin alors qu'il n'y avait presque plus âmes qui vivent.
Tu étais assise sur une chaise à une table en plein centre de la pièce, face à la scène éteinte, et tu fixais les instruments qui y reposaient avec un air tellement déterminé. Tes longues jambes pâles étendues sur le siège d'à côté et devant toi trônait une boisson bien trop forte pour ta frêle silhouette.
Tu dégageais un curieux mélange de désespoir et de sauvagerie, de grâce et de prestance.
Tu m'as intimidé alors que je suis loin d'être quelqu'un qui peut l'être. Enfin, je suppose. Mes certitudes se sont un peu effritées à ton contact.
L'aura qui se dégageait de toi intimait le respect et un cercle invisible délimitait ton espace, personne n'en avait conscience et pourtant tous se déplaçaient de façon à te laisser le champ libre. Tu avais ce charme naturelle, tu tenais en respect le monde en un regard.
Le menton haut et le port de tête fier, presque noble. Tes fines mains s'activaient sans discontinuer à gribouillé sur un petit calepin rouge et le monde extérieur semblait glisser sur toi sans que cela ne te trouble.
Je t'admirais plus que je ne te regardais et j'appréciais chaque geste que tu faisais, fluide, aérienne. Le long cou blanchâtre et la cascade de cheveux jais, la taille fine enserrée dans une robe noire échancrée, laissant à vue la naissance d'une jambe pâle et les lourdes bottes noires posées négligemment, tout ne m'inspirait que désir. À mes yeux, tu étais la perfection.
J'ai dû boire deux ou peut-être trois verres en t'observant avant d'avoir le courage de t'aborder. Je me suis avancé, prudemment et me suis laisser tomber dans le siège à tes côtés, jetant un œil curieux sur tes notes. Des notes de musique.
- Barre-toi. As-tu articulé d'une voix étrangement basse, sans levé les yeux vers moi.
- Que fais-tu ? Demandais-je tout de même.
- Ça ne se voit pas ? J'écris une symphonie pour Mozart.
Et tu as vrillé ton regard dans le mien, me laissant pantois, stupide. Noyé dans ces prunelles claires.
- Bien, testons-là, alors.
Je me suis relevé avec toute l'assurance que peut conférer l'alcool et ai navigué jusqu'au bar où reposait la sacoche de ma basse. J'ai senti ton regard sur moi alors que je revenais, l'instrument sur l'épaule, et celui-ci m'a grisé plus sûrement qu'une bouteille entière de whisky.
C'est stupide, sans doute, mais j'étais complètement tombé sous ton charme.
Sans doute, le savais-tu. Tu étais douée pour deviner les gens.
Tu as replacé de longues mèches noires dans ton cou et d'un regard sans expression tu m'as détaillé, tes yeux s'arrêtant ici et là sur mon corps avant d'inspecter mon visage. Je t'ai vue froncer les sourcils sur mes tatouages et un fin sourire a illuminé ton visage alors que je me frottais la joue, embarrassé. Puis, lentement, tu as arraché une feuille noircie de ton écriture et l'a faite glisser sur la table dans ma direction. Je l'ai attrapée du bout des doigts et, sans te laisser le temps de dire quoi que ce soit, je suis monté sur la scène.
Ce soir-là, j'ai joué pour toi. Je ne sais pas s'il y avait encore d'autres personnes pour me voir, seul sur l'estrade, j'étais bien trop focalisé sur la table où je devinais ta silhouette.
J'ai joué la partition, sans dire un mot, sans être conscient du monde extérieur. Sans doute, ai-je joué un peu faux, peut-être ai-je raté quelques accords. Mais dans l'ensemble la mélodie était belle et j'y ai mis toute mon énergie.
Lorsque je suis descendu, à la fin du morceau, tu t'étais envolée.
J'ai demandé au barman s'il t'avait vue et il a haussé les épaules en disant que tu étais ainsi, insaisissable, et que je perdais mon temps. J'ai soupiré et me suis rassis sur mon tabouret de début de soirée, retour à la case départ mais les yeux bloqués sur l'endroit où tu n'étais plus, me demandant vaguement si je n'avais pas eu une hallucination.
Mais l'adrénaline dans mes veines témoignait que non. Tu étais réelle. Je devais te retrouver.
Je ne savais même pas si tu avais assisté à la prestation ou si tu t'étais éclipsée avant. J'étais vexé et pourtant quelque chose me disait qu'il fallait que je t'attrape.
Un enfant avec un filet percé lancé dans une chasse aux papillons. C'était l'image que me renvoyait ma propre quête.
Je suis venu tous les soirs qui ont suivi, demandant tantôt à Kankûro s'il t'avait vue, restant tantôt assis à scruter la salle. Parfois, il m'arrivait d'apercevoir des cheveux noirs dans la foule et je traversais désespérément le bar, bousculant qui se mettait en travers de ma route, pour découvrir que jamais ces cheveux n'appartenaient à la fille de mon mirage.
J'avais arrêté de flirter outrageusement, ramenant la première fille consentante ou trop saoule dans ma garçonnière. J'étais étrangement obnubilé par la frêle silhouette entraperçue ce soir-là et qui m'avait pourtant planté comme un cabot indésirable sur la route des vacances. Je buvais un rien trop et composait parfois même si je jouais finalement peu. Ta mélodie restait dans ma tête et la petite feuille était dans la poche intérieure de ma veste, près du cœur. Quel cliché.
Avec le recul, je me fais un peu honte de m'être amouraché de la sorte. Je redevenais un adolescent en proie au doute, enfant perdu dans une foule de sentiments contradictoires.
Puis, petit à petit, j'ai renoncé. Cela faisait deux mois que je bloquais sur toi, sans résultats.
Tous mes amis en étaient venus à me charrier, ils te surnommaient « Casper » comme le fantôme. J'avais beau protester, j'en étais tout de même arrivé à moi-même douter de ton existence. Pas en tant que personne mais en tant que perfection féminine.
Et si, l'alcool aidant, je t'avais idéalisée ? Et si, simplement, je t'avais recroisée et ne t'avais pas reconnue ? Sans doute l'image que je gardais de toi était-elle surestimée.
Puis, par hasard, je t'ai revue.
Tu étais dans la file pour ce concert de rock d'un groupe méconnu auquel mes amis m'avaient trainé à moitié de force, juste à quelques mètres de moi. Je suis resté stupidement figé, Gaara m'a frappé derrière la crâne et tous deux sont restés stupéfait en découvrant l'objet de ma perdition.
- Courtney ? A appelé Shino, un rien trop fort.
Et lentement, tu t'es retournée. Tu souriais et tes yeux pétillaient. Je pense que j'ai rougit. Comme un crétin de pré pubère découvrant pour la première fois le corps féminin. J'étais incapable de parler et donc, j'ai assisté impuissant à de chaleureuses retrouvailles entre mes amis et toi.
J'étais stupéfait de te découvrir connue d'eux alors que je te cherchais désespérément depuis de longues semaines. Gaara m'a coulé un de ces regards dont il a le secret avant de me donner un coup d'épaules qui m'a propulsé en avant, te heurtant au passage. Tu t'es retournée vivement, me fusillant de ces yeux qui me hantaient et tu as ouvert la bouche pour, je suppose après coup, m'insulter copieusement dans un langage choisit avec soin. Au lieu de quoi, tu as refermé la bouche et comme la première fois, tu m'as dévisagé sans une ombre de gêne. Puis, alors que je pensais que tu m'adresserais la parole, tu t'es désintéressée de mon cas pour reprendre ta conversation avec Shino, comme si je n'existais pas et que, ce qui me semblait avoir été de longues minutes, n'avait pas eu lieu. Gaara a soupiré dans mon dos et a posé une main sur mon épaule en grommelant que j'étais un cas désespéré.
- Hé Courtney ! A-t-il dit de sa voix exagérément grave. Tu as ta place pour le concert ?
Tu as fait non de la tête et j'ai eu la sensation que tes yeux se posaient rapidement sur moi avant de te tourner vers Gaara. Il a tendu sa place, un sourire un rien inquiétant aux lèvres.
- Tiens, prends la mienne, j'en ai rien à battre de ce groupe. J'étais là pour Kiba mais bon, si ça peut faire plaisir…
Et il s'est éclipsé, son large dos s'éloignant dans la rue sans même nous avoir salués. Shino m'a glissé discrètement un bout de papier dans mon poing serré, ses lunettes de soleil rendant ses yeux indéchiffrables et le visage neutre.
- Ouais, tant mieux si t'es là Court', t'as qu'à accompagner Kiba c'est toujours ça d'économiser ! À toute vieux !
J'ai regardé dans ma main, y trouvant son entrée, je compris, enfin, où tout cela menait. Je me revois encore, frôlant la crise d'angoisse, relevant les yeux du bout de papier pour tomber directement sur tes orbes blanches, sourcils froncés. Et mon cœur qui s'emballait douloureusement alors que , la gorge sèche, je n'avais aucune idée de quoi te raconter.
Mon baratin bien rôdé de charmeur aux oubliettes, j'étais sans armes face à toi qui semblais si sûre de toi.
- Arrête de baver et avance, on va accélérer un peu les choses.
Et sans m'attendre, tu t'es glissée en tête de file. Tu t'es penchée sur un des videurs et je t'ai vue m'indiquer d'un geste rapide du menton, tout en parlant vivement et en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire nous étions introduits dans la salle avant tout le monde. Avec le recul, je me demande encore comment tu t'y es prise. Comment tu t'y prenais à chaque fois, en fait.
Agile, tu es allée te caller sur une barrière face à la scène et, hésitant, je me suis placé à tes côtés. Ainsi assis, les pieds flottants dans le vide, nous avons attendus en silence. Parfois j'osais un coup d'œil dans ta direction et toujours je te trouvais en train de m'inspecter, me forçant à détourner honteusement le regard, comme pris sur le fait. Quand les prémices du concert ont été lancées, nous avons dû descendre de notre perchoir et par un effet de foule bienheureux je me suis retrouvé derrière toi, pressé contre ton dos et le nez plongé dans tes longs cheveux noirs. Ils sentaient un parfum hors-de-prix sur lequel ma sœur bavait sans jamais se décidé à l'acheter, un peu le tabac froid et le cuir. Surprenant mélange qui pourtant m'enivra. Et je passais l'heure suivante à t'observer à la dérobée alors que la musique battait son plein, tu t'enthousiasmais dès que les guitares se déchainaient et battais le rythme de la batterie sur le métal de la barrière, sautant parfois, souriant toujours. Progressivement, l'ambiance devient explosive et la foule s'agitait, me forçant toujours plus à me rapprocher de toi. Une brusque poussée m'écrasa violemment contre ton corps et dans un mouvement désemparé, je t'enlace, t'agrippant et te protégeant à la fois. Tu n'esquives pas le moindre geste pour me repousser et l'on reste ainsi, longtemps. Jusqu'à la dernière chanson, le dernier rift, le dernier solo, le salut et le rappel.
La salle qui se vide et nous, immobiles, ma tête dans ton cou et toi qui fredonne avec les yeux fermés. Mes mains qui n'osent pas te lâcher.
Lumière.
Spontanément, tu m'as attrapé la main et on s'est enfui dans la nuit. Cette nuit où j'ai appris ce que c'était d'être maladivement amoureux. J'ai découvert les effets de la drogue et les conséquences du manque. Tu étais dans mes veines, tu palpitais dans tout mon être et pourtant, insaisissable toujours, tu t'éclipsais dès que la lune baissait.
Nuit après nuit, je t'ai attendu dans ce bar. Parfois tu venais, parfois je rentrais, empli d'idées sombres et le cœur en berne, me coucher. Pour mieux t'attendre le lendemain.
Jamais nous ne nous retrouvions de jour. Tu esquivais mes questions, trouvais une parade ou t'énervais avant de t'en aller à grands pas dans tes jupes plissées. Tu tapais du bout de la botte et t'enflammais comme rien, inébranlable comme l'acier qui caresse la pierre, faisant des étincelles et parfois me brûlant. Je te courais après et on s'embrassait désespérément, comme si c'était la dernière fois, ou je te laissais filer et tu réapparaissais quelques heures, quelques jours, quelques semaines plus tard et c'était un renouveau, une redécouverte.
Il arrivait qu'on s'improvise inconnus et qu'on s'aborde à grands renforts de phrases bateaux sous les regards sceptiques d'inconnu. Des fois nous étions amants et tu parlais, trop fort, de ma femme prétendue ou de ton imbécile de mari qui buvait trop et parfois levait la main sur toi. De nos enfants illégitimes et de nos ébats répréhensibles.
Ton rire réchauffait mon âme et je me suis souvent surpris à ne pas vouloir qu'il cesse, enchainant les bouffonneries, m'inventant des existences, des récits, des prouesses et des personnalités. Nous étions acteurs et public. Toujours dans nos personnages et jamais vraiment nous-mêmes, insouciants du monde et des regards.
Une fuite en avant, désireux d'oublier une réalité qui ne nous correspondaient pas et nous collaient pourtant à la peau, rattrapés par la fatalité à l'aube quand nos mains se desserraient et que la solitude reprenait son maître-rôle dans le cours tranquille, sans vagues, de nos journées.
Tu voulais faire le tour du monde, tu parlais de villages à l'autre bout de la planète, des océans, d'îles paradisiaques, de désert, de cénotes et d'atoll. Tu rêvais de falaises de granits et d'un lac salé, de jungle impitoyable et de vergers d'oliviers. Tu me dépeignais le vert tendre des rizières et les nuances multicolores des pics rocheux de Zhangye. Les merveilles de ce monde, celles connues et surtout celles dont on passait à côté sans même s'en apercevoir, ces coins de rues pavées où fleurit le lilas et les champs de lavandes. La liberté sur les routes de terres et les aurores boréales, les glaciers Islandais, les sources chaudes et l'odeur de mort du Gange. Les roches volcaniques que tu ramasseras au pied du Vésuve, les tulipes que tu cueilleras aux Pays-Bas et les manchots d'Afrique du Sud. Les peuples Péruviens, leurs sourires, et les Requins-baleines qui migrent en juillet. En quête d'une oasis, la tête toujours ailleurs.
Et Londres. Buckingham, Piccadilly, Trafalgar Square, tu connaissais chacun des sites d'intérêts de la ville. Tu évoquais Vivienne Westwood, une styliste surnommée « enfant terrible de la mode », et les looks abracadabrants des gens de là-bas. Les iroquois multicolores ne choquaient pas, la liberté de cette ville à la fois historique et moderne, alliant monuments et parcs, boites de nuit et boutiques de luxe. Tu m'as fait découvrir l'humour anglais et quelques pants surprenant de leur culture. Rêveuse, tu t'imaginais parfois vivant là et quand je m'offusquais que tu m'abandonnes, tu répliquais que j'avais juste à venir avec toi. Comme si c'était simple.
Mais je n'avais pas d'argent et toi pas de temps, alors on a fait comme on a pu, voyageant durant ces brefs instants qui n'appartenaient qu'à nous. On lançait des pièces dans des fontaines en formulant des vœux du bout des lèvres, buvant des breuvages venant d'un ailleurs lointain, récitant des vers issus d'autres langages et parfois nous nous faisions danseurs sur les vibrations musicales d'un continent inexploré.
Parfois pirates, souvent voyous, éventuellement conquérants.
Tu dis que tu voudrais être oiseau ou comète, que tu vois pas de différences et que de toute manière tu t'en fous. On digresse longuement, pendant des heures. On s'invente des futurs et des réunions secrètes au sommet du monde.
Libres.
Un soir, tu débarques sans crier gare au volant d'un cabriolet gris métallique et aux jantes chromées, trop cher et trop clinquant pour nous correspondre. Je m'étais approché doucement, sans oser demander où diable tu avais récupéré pareil bolide, et dans une violente accélération nous avions fait crisser les pneus, propulsés à toute allure à travers une ville désertiques aux allures irréelles. Tu étais rapidement devenue passagère et responsable de la musique, faisant hurler les enceintes. Debout, les bras au vent, tu chantais à tue-tête. Alors, j'accélérais encore et tu riais, libre dans ce courant froid et grisant. Nous avions parcouru des kilomètres, seuls au monde.
Libres.
Les gens nous regardaient souvent de travers, il faut dire qu'on devait sembler étranges avec nos looks décadents, nos blousons cloutés et nos fringues sombres. De gais voyous à leurs yeux intolérants, peut-être des drogués mais dans tous les regards nous étions des moins que rien, méprisables petits déchets de la société bien-pensante, pas dans les normes, pas compatibles avec l'image bien sous tous rapport qu'il faut renvoyer.
Pas assez longuement vêtue pour toi, trop tatoué pour moi, et t'as vu leur dégaine ? Garanti c'est des brigands. Je me riais des préjugés, mais il faut dire que tu ne simplifiais pas les choses à les interpeller, provocante, pour savoir s'ils avaient un « foutu problème ». J'aimais ton tempérament de feu et cette façon que tu avais de ne jamais te laisser faire, quitte à mettre le pied dans un nid d'emmerdements. Tu étais autant rose qu'épine, douce que cassante. Jamais effrayée et pourtant curieusement craintive lorsque tu te lovais dans mes bras, y cherchant un refuge que je t'offrais volontiers.
Forte et fragile, tellement paradoxale.
Nos instruments sur le dos mais glissant à tous endroits, à tous moments dans nos mains. S'improvisant artistes de rue, tu chantais ou hurlais selon tes humeurs, crachant des paroles que nous seuls comprenions. Appel à l'aide, détresse ou ode à l'amour, espoir.
Ton rire, encore.
Tu trouvais ma chambre triste. C'était tes mots. Alors, sans crier gare, un peu soir tu as surgit victorieuse avec un pot aux nuances sombres, bleutées, et du bout des doigts tu as tracé des étoiles. Créant un ciel aux allures de paradis, transformant la petite pièce aux murs jaunis en morceau de voie lactée. De ta voix grave, tu m'as parlé d'Ouranos, de Zeus et d'Iris, des Hespérides et des couchants. Du vent aussi et d'Hélios, dieu du soleil et gardien des serments. Tu alignais les planètes, composait avec les constellations et tu me contais, à moi qui étais allongé sur le matelas à te contempler, des mythes d'autres temps sur des astres intemporels.
À tes côtés les barbelés de nos vies semblaient moins mordant et les murs plus bancals. Nos cages plus spacieuses.
Libres.
Et mes questions, toujours. Et jamais tu ne m'offrais de réponses, un baiser, un sourire, une réalité inventée mais jamais de vérité. C'était chaque fois plus difficile de se séparer, de te regarder disparaître dans ton énigmatique existence. C'était dur de me demander où tu étais et ce que tu faisais. À tout moment de la journée, me questionner sur ton occupation et sur la raison qui te faisait garder le silence.
Comme ton nom, ce « Courtney Love » qui sonnait faux et qui m'arrachait les lèvres. Ce mensonge qui me rongeait à chaque instant, te rendant innommable. Sérieusement, qui croyais-tu tromper en usurpant l'identité de celle-ci ? Cependant, il m'arrivait de prendre le rôle de Kurt Cobain et nous étions alors des rock-stars, cachés derrière nos lunettes noires, blousons en cuirs et cigarettes aux lèvres.
Errant dans la ville, mains liées. Leur fin funeste oubliée, nous étions seulement les étoiles qu'ils avaient été, nous parlions en anglais, approximativement pour ma part et pratiquement sans accent pour toi. Ce point m'avait posé question mais comme toujours tu avais rigolé, crié au complot et m'avais tourné en dérision.
- Mieux vaut brûler franchement que s'éteindre à petit feu. M'avais-tu dit un de ces soirs ou tu étais Courtney, ivre et allongée face aux étoiles.
J'avais relevé tes lunettes de soleil, t'observant sous la pâleur de la lune, éclairée par la vague lumière d'un lampadaire torché d'un parc aux allures de terrain vague. Tes yeux étaient lointains, vagues, la lueur arrogante disparue. Injectés de sang, larmoyants et curieusement dilatés.
Je me revois, glacé intérieurement et assaillit d'une fureur froide, la difficulté pour ne pas te gifler. Mes cris et tes larmes, mes injures et tes promesses. Et encore des questions.
Souvent par après je t'ai vue saigner du nez, exagérément joyeuse, survoltée ou léthargique. Paradoxale dans tes actions, changeante, agressive.
Mais plus jamais libre. Tu étais asservie.
J'étais impuissant, vaincu, et il m'arrivait de me défiler, de fermer les yeux sur tes absences répétées aux toilettes, sur tes mouvements trop rapides et sur ton manque d'appétit. Je te voyais trop peu pour me priver de toi, j'étais trop égoïste que pour te disputer. J'ignorais les signes alarmants et je te voyais sombrer progressivement.
Un de ces soirs où tu étais trop joyeuse pour que cela sonne vrai, tu m'as confié piquer cette merde à quelqu'un de ta famille. Ça t'a faite rire d'imaginer sa tête s'il te découvrait. Je n'ai pas eu le cœur de répondre, je t'observais rire et quelque chose dans ce brusque éclat de joie me faisait mal. Tu n'étais qu'une pâle copie de ce que tu devrais être et ce clone de toi perdait de ces reliefs, s'enfonçant dans des nuances sombres quand je t'aimais haute en couleurs.
J'esquivais de plus en plus souvent les confrontations, préférant jouer ces musiques que nous fredonnions, libres, insouciants. Nous étions plus souvent musiciens sur scène, qu'intimes désormais. Et la distance me tuait aussi sûrement que la poudre blanche qui te faisait tant vibrer.
Ta guitare rouge, flamboyante, sur ton perfecto de cuir noir, ta jupe plissée ondulant à chacun de tes pas. T'éloignant sur le trottoir, la cigarette entre les lèvres d'un rouge vif, les cils longs et noirs ornés de perles salées. Ta longue chevelure ébène virevoltant au vent et ce parfum de luxe, entêtant, derrière toi. C'est la dernière vision que j'ai de toi.
Après, ce fut le silence.
J'étais habitué à tes absences, à l'impossibilité de te joindre, à tes réapparitions quand je n'y croyais plus, à tes mensonges et à tes tentatives de te faire pardonner.
Mais rien ne m'avait préparé à ces mois de longue agonie.
Six mois, une demi-année de solitude, à me brûler les yeux sur tes mots, à m'user les doigts sur mes cordes, à errer dans des endroits foulés cent fois, à m'inventer des religions pour qu'un dieu quelconque te fasse apparaître, à formuler des prières insipides aux mots maladroits, à te dessiner parfois de quelques courbes malhabiles, de me faire chevalier pour sauver une princesse perdue et poète maudit en quête d'une muse égarée.
D'abord inquiet, puis perdu, abandonnée et bousillé. Je fumais trop, buvais sans doute exagérément. Isolé, vivant de nuit et rentrant chez moi aux petites heures, quand ce maudit bar me mettait à la porte.
Honteux quand j'allais dans les parfumeries sentir ce parfum, quand j'achetais ta marque de cigarette ou quand mon cœur s'emballait à la vue de chevelure de nuit.
J'étais porté disparu, dans le triangle des Bermudes ou ailleurs, loin, dans une autre galaxie. Je m'étais oublié en chemin, vivant à travers ton absence sans même envisagé de me reconstruire.
Tout était délicieusement intense à tes côtés et cruellement insipide en ton absence.
Et puis, cette fille. Cet espoir dans un premier temps et l'impression de suffoquer en voyant ces longues jambes blanches dans cette jupe, cette cascade de cheveux corbeau et ces bottes trop massives pour la frêle silhouette. Les longues secondes, le ventre noué et le sang en ébullition.
Glacé, brûlant, au bord du malaise et de l'euphorie, la sensation d'être vivant et de mourir à petit feu, l'agonie et la résurrection. Perdu.
Je me suis approché, lentement, chaque pas rendant plus réel la présence de ce que je pensais alors être une hallucination.
Je me suis senti devenir fou quand la réalisation que ce n'était pas toi s'est imposée. J'aurai pu me laisser choir, là, sur le parquet crasseux de ce bar, m'arracher les cheveux. Peut-être aurais-je sangloté, perdant le peu d'amour propre qu'il me restait, roulé en boule et les mains plaquées sur mes yeux trompeurs qui avaient fait renaître douloureusement l'espoir.
Mais même cela, j'en étais incapable. L'énergie me manquait, je n'étais plus vraiment là, je naviguais quelque part dans la galaxie d'Andromède ou la constellation de Pégase. À cheval sur une météorite, la tête dans un ciel noir où cette vie d'expectations était insignifiante.
Je n'étais pas taillé pour les drames, de toute façon.
Tel un automate, télécommandé par une puissance inconnue, je me suis assis sur le tabouret jouxtant l'inconnue trop similaire à toi pour n'être qu'une coïncidence. Et j'ai écouté la voix bourrue de Kankûro qui décrivait avec admiration ta prestance, ton énergie, la passion qui t'envahissait quand tu jouais, tes longues nuits à rire et à chanter, l'impossibilité de t'ignorer quand tu étais là et la douleur de ta perte. Je posais ma tête au creux de mon coude, me laissant bercer par les images sous mes paupières. Ravalant difficilement les mots qui me brûlaient : Où es-tu?
Le silence tomba et il me fallut un effort surhumain pour reprendre pied avec la réalité, pour réaliser qu'on s'adressait à moi.
- Kiba-kun ?
Je relevais la tête et fut frapper par les prunelles si claires, si similaires. Qui était-ce ? Pourquoi m'imposait-elle cette vision ?
Et surtout…
- Elle est morte, pas vrai ?
Ma gorge, si serrée, me faisait souffrir à chaque syllabes.
Elle hocha la tête et ses yeux manquèrent me rendre dingue, je peinais à garder les idées claires, luttant contre une crise d'angoisse mêlée à des larmes comme des morceaux de verres.
- Je lui avais dit d'arrêter avec cette merde, putain, je lui avais dit ! Pourquoi elle n'écoutait jamais rien !
Les mots sortirent mais manquaient d'intensité alors que ma tête était surchargée des questions sans réponses et des projets qui n'auraient jamais lieu. Des signaux que j'avais ignorés et des choses que je n'avais pas dites. De ce que j'aurais dû faire pour que cette saloperie ne t'emporte pas et de tout ce que je n'avais pas fait.
- De quoi parles-tu ?
Je tournais vivement la tête vers la fille, la regardant attentivement, interrompu momentanément dans le courant délirant de mes pensées. Elle paraissait réellement surprise, choquée même.
N'était-elle pas au courant ?
- Non. Elle a eu un accident de voiture.
Je digérais l'information et laissais le silence s'éterniser. Un infime soulagement pour une vérité crue, sans détour.
- Elle a souffert ?
- Non.
L'échange avait été chuchoté, comme s'il demandait trop de force que pour qu'on puisse l'exprimer à haute voix. J'étais vidé, liquéfié. Faible.
Je ne pus plus sortir un mot et retournais à mes tourments, contemplant dans un semi état de conscience la scène plongée dans l'obscurité avant de m'en détourner pour replonger ma tête dans mes bras réconfortants sur le teck du bar, fuyant une réalité si douloureuse qu'il m'était impossible de la décrire.
Quand j'ai péniblement relevé la tête, Kankûro avait déposé un verre sur le comptoir juste à côté de ma tête et l'inconnue avait disparu. Envolée. Une caractéristique familiale certainement, songeais-je avec amertume.
Je fis reculer mes souvenirs et mes sentiments à grand renfort de whisky, enchainant verre sur verre et ravalant une nausée qui n'était sans doute pas due qu'à l'alcool. Plus confortable dans cette sensation de naufrage, concentré sur mon ventre échauffé et ma gorge brûlante plutôt que sur mon système lacrymale insistant douloureusement à grand renfort de pétales liquides, m'arrachant les yeux telles des ronces.
Une semaine s'écoula.
Puis sans doute, une deuxième. Je n'en étais pas sûr, j'avais perdu le compte des jours, me trainant dans l'obscurité des nuits sans sommeil et des jours sans lumières. Le désespoir qui me menaçait depuis des mois m'avait engloutit et par vagues me faisait sombrer doucement mais inéluctablement.
Cette nuit-là encore, Kankûro me mit à la porte après avoir refusé de me servir le verre de trop, celui qui m'aurait plongé dans l'inconscience, et je me perdis dans les rues faiblement éclairée, les idées troublent mais obstinément tournées vers toi.
Je chassais mécaniquement d'un geste pataud une goutte que je pensais pourtant avoir refoulée et, titubant, je pris le large vers je ne savais où.
- J'ai sorti la grande voile. M'entendis-je articuler péniblement dans une pâle imitation de ce que tu m'avais un jour dit, par soir de grand vent alors que ta robe, trop longue, se plaquait violement sur ton corps trop mince. Ta voix c'était faite chantante, reprenant cet air connu dans un sourire espiègle.
Et brièvement, au détour d'un parc, je te vis danser dans le long voilage t'arrivant aux chevilles, gracieuse, les gestes fluides. Tournoyant sur toi-même.
Une vision du paradis dans mon enfer, une passerelle donnant l'accès à l'un comme à l'autre. Le problème du blanc étant qu'il a besoin du noir pour ressortir, de la même façon que traverser les ténèbres me permettait de me rendre compte que je vivais dans la lumière.
Cette vision de toi, dans cette robe si élégante qui dévoilait une facette de toi que je n'avais entraperçu qu'une unique fois lors d'un vernissage artistique, me fit prendre conscience de l'importance que cette relation étrange avait prise dans ma vie alors qu'elle était bâtie sur des fondations de secrets et que chaque blocs, posés difficilement, n'étaient qu'autant de mystères supplémentaires.
Bancale et pourtant tellement intense.
Si ton quotidien était factice, mes sentiments, eux, étaient réels. Et les regrets de ne pas te l'avoir avoué me traquaient et m'assaillaient aussi férocement qu'un requin ayant repéré du sang frais.
Je m'allongeais dans l'herbe humide du parc, à tes pieds illusoires et mes paupières closes je redessinais une fois de plus ces lignes angéliques, frôlant la perfection, façonnant ton visage et constatais amèrement que le temps effaçait progressivement la précision de celui-ci. Depuis le temps que tu t'étais volatilisée, j'aurais dû arrêter d'espérer.
Pourquoi avais-je si mal ? Pourquoi avais-je l'impression que le puzzle était incomplet et que la pièce manquante m'avait été définitivement dérobée ? Il manquait un rouage à mon mécanisme, m'empêchant de fonctionner correctement et tout induisait un risque de déraillement élevé. Je fonçais sur plusieurs voies à la fois sans qu'aucun de mes chemins ne soient clairs, désorienté, hagard, tous les sens en alerte et pourtant éteint.
Je restais jusqu'au lever du soleil à l'agonie dans le gazon parfaitement entretenu de ce que j'avais pris pour un parc dans mon délire hallucinatoire fortement influencé par l'alcool.
Il s'agissait en réalité d'un jardin et, alors que je regagnais la sortie péniblement, je vis au loin une silhouette à contrejour. Je forçais mes yeux, dans un piteux plissement, pour jauger l'homme face à moi. Il était à quelques pas, les cheveux ébène et étrangement longs pour quelqu'un de genre masculin, vêtu d'un luxueux complet gris anthracite et la mine sévère.
Réprobateur, il me tança d'un regard méprisant qui me donnait une furieuse envie de lui faire manger mon poing.
Seuls ses yeux, si clairs qu'ils paraissaient blancs, me retinrent.
Pris d'une impulsion je sortis mon portefeuille et, laissant s'envoler une multitude de cartes de fidélité inutiles, je fini par sortir une petite languette ornée de quatre photos, vestige d'un passage au photomaton influencé par une consommation élevée d'alcool de riz. Je tendais mon maigre butin d'un geste alourdi par la raideur de mes membres après cette sieste de fortune dans la nature.
L'homme écarquilla les yeux et releva la tête, m'inspectant à nouveau, toute trace de mépris envolée. Il repassa des photographies en noir et blanc à moi, tenant péniblement sur mes jambes, avant de prendre un air ennuyé.
- Comme connaissiez-vous Hanabi-sama ? S'enquiert-il un peu froidement.
- Hanabi, hein…
Je répétais doucement ce prénom, murmurant, caressant. Goûtant la sonorité de celui-ci.
Hanabi. Il me plaisait, ton prénom secret.
Même si j'avais la sensation curieuse d'être sur le point de violer une intimité qu'il ne m'appartenait pas de connaître. Percer tes mystères, enfin.
- Vous ne connaissiez pas son prénom ?
Les sourcils de mon vis-à-vis se froncèrent tellement fort que je restais un moment contemplatif béat de son faciès ainsi déformé.
- Elle prétendait s'appeler Courtney Love.
Contre toute attente, il se fendit d'un sourire doux et reporta un regard tendre sur les images toujours dans sa main.
- Suivez-moi.
Et il tourna les talons, se dirigeant à grandes enjambées vers la porte d'un énorme manoir duquel je n'avais jusqu'alors pas pris conscience.
Magistral de luxe et d'esthétisme. Signe de richesse significatif, l'étendue de mon ignorance te concernant me gifla à nouveau. Avais-tu vécu ici ? Peut-être s'agissait-il de ta maison d'enfance. Et qui était cet homme pour toi ? Et la fille du bar ?
Je le suivais dans un hall aux proportions grandiloquentes et escaladais un escalier démesuré avant de m'engager à sa suite dans un dédale de couloirs plus luxueux les uns que les autres. Nous pénétrâmes finalement dans une aile de la maison opposée à celle où nous avions démarré cette promenade -dont le sens m'échappait toujours- et j'observais rapidement au travers d'une fenêtre l'allée dallée en contre-bas où trônaient quelques voitures de sport.
Dont le petit cabriolet d'un gris métallique. Un frisson me traversa la peau et la boule dans ma gorge se rappela douloureusement à ma mémoire, me forçant à respirer plus profondément, haleté quasiment.
L'inconnu stoppa finalement sa course dans une salle d'attente au marbre noir impeccablement brillant et m'enjoignit d'un geste de prendre place dans un des sièges en cuir blanc.
- Attendez ici. Ordonna-t-il avant de disparaître derrière une lourde porte, me laissant seul face à un bureau immaculé dans une pièce si nette qu'elle en était suffocante.
Une femme rentra peu de temps après et me jaugea, surprise.
- Bonjour, puis-je avoir votre nom et l'objet de votre visite ?
Le ton était cassant, faussement poli tandis que le regard scrutateur n'était que dédain.
- Kiba Inuzuka. Bredouillais-je, me demandant ce qu'elle attendait de moi.
- Et puis-je savoir ce qui vous amène, Mr Inuzuka ?
- On m'a dit d'attendre ici… Enfin…
Un sourcil sceptique et parfaitement épilé se leva et une moue désapprobatrice tordit les lèvres maquillée.
- Bien entendu. Si vous n'avez pas rendez-vous je vous prierais de vous en aller. Monsieur Hyûga est quelqu'un de très occupé, voyez-vous, son temps est précieux.
Monsieur Hyûga, le patron de la multinationale du même nom ? La plus grosse maison de disque du Japon ? La chaine télévisée musicale ? La salle de concert et les festivals les plus importants de Tokyo ? Ce Hyûga la ?
J'oubliais même pendant quelques minutes de broyer du noir, trop déconcerté par l'étrangeté de cet enchainement d'évènement.
- Je ne sais pas, on m'a dit d'attendre ici… Me justifiais-je péniblement sous le regard de moins en moins aimable de la jeune femme.
- Si vous ne quittez pas les lieux de votre propre chef, je me verrais contrainte d'appeler la sécurité.
Sèche désormais, elle contourna raidement le comptoir pour rejoindre un poste téléphonique. Je ne savais que faire, toujours un peu dans le mal dû à mes excès de la veille, mon cerveau au ralenti.
Heureusement, l'homme réapparu et elle se figea, s'inclinant respectueusement.
- Il est avec moi, Anko.
Elle ne put masquer sa surprise et me vrilla de ses yeux reptiliens, passant un bout de langue sur ses lèvres pincées. Je me levais précipitamment alors que l'homme me faisait signe de le suivre et un léger vertige me saisit, m'obligeant à poser une main contre le mur pavé de marbre sombre. Tout était trop lumineux et mes rétines me piquaient, peinant à s'adapter à cette saturation de noir et blanc.
La pièce qui se dévoila derrière la lourde porte était du même acabit : luxueuse, vaste et écrasante de lumière. Une baie vitrée gigantesque donnait sur le parking et la rue où quelques dizaines de mètres sous nous la vie reprenait sa routine de va et vient. Face à ce spectacle, un homme aux épaules voutées et les mains derrière le dos patientait. Les cheveux noirs et longs, lâches, sur le costume sur mesure d'un blanc immaculé.
- Les oiseaux volent très hauts aujourd'hui. Nota-t-il d'un murmure rauque
- Mon oncle, voici le jeune homme dont je vous ai parlé. M'annonça poliment le plus jeune.
- Je te remercie, Neji. Tu peux disposer.
Ledit Neji s'inclina brièvement et non sans me lancer un dernier regard indéchiffrable, quitta la pièce. Je me retrouvais seul, à fixer le dos de cet homme étrangement imposant.
- Souvent, je me demande où j'ai pu échouer avec elle. Sans doute n'était-elle pas taillée pour cette existence. C'était une artiste, un oiseau rare qu'aucune cage n'aurait pu retenir.
Il monologuait en observant le vol aérien d'une nuée d'hirondelles. Sa voix brisée, teintée d'une tristesse immense, me fit serrer les poings et ravaler des larmes brûlantes.
Il n'avait pas besoin de la nommer, cette fille de l'air, je savais pertinemment qui elle était.
L'homme soupira et prit place derrière un bureau ébène qui contrastait avec le marbre crème omniprésent. D'un geste majestueux il m'indiqua le siège face à lui et j'obtempérais sans oser demander ce que je faisais là.
De près, il était encore plus imposant. Mélange de froideur et de noblesse, son regard intimait un respect et une obéissance que seuls quelques rares téméraires auraient osés contester.
J'aurais sans doute fait partie de ceux-là, en d'autres circonstances.
Mais pas ce jour-là. Pas alors que tu n'étais plus là pour que je me vante d'avoir tenu tête à pareil stature.
Pas alors que tu me laissais brisé, à quémander quelques miettes de toi, peu importe de quoi il s'agissait.
J'ignorais ce que cet homme allait me dire, mais s'il s'agissait de toi, je resterais et j'écouterais. Peu m'importait la douleur, l'horreur et le désespoir sans fond si, encore une fois, mon cœur s'enflammait à ton image. J'avais un besoin viscéral que cet homme parle, qu'il te dépeigne, qu'il cite tes rebuffades et condamne tes écarts.
- C'était ma fille cadette et mon héritière. Commença-t-il et je notais qu'il ne prononçait pas ton prénom. Depuis toute jeune, elle a été élevée dans cette optique et n'a jamais failli à son devoir. C'était ma plus grande fierté de père et d'homme d'affaire, impeccable en toutes circonstances, elle savait toujours comment se comporter et à quel moment se taire ou s'imposer.
Il marqua une pause et son regard se perdit au travers de la vitre.
- Extérieurement, elle était parfaite, une petite fille modèle. Modèle, c'est le mot. Ricana-t-il amèrement. Modélisée et façonnée pour ça.
Je fronçais les sourcils et passais une main sur ma nuque, de plus en plus perplexe.
- Hanabi… Sa voix se fêla légèrement et je pus lire le désespoir dans son regard clair. Elle n'aspirait pas à cette vie-là. C'était une artiste et une rêveuse. Je le savais mais je fermais les yeux, croyant à des caprices adolescents quand elle disparaissait la nuit pour traîner dans les bars ou dieu sait où. Je me disais que ce n'était pas grave tant qu'elle maintenait son image publique et ne salissait pas le nom des Hyûga.
Encore une pause et une multitude de sentiments passa dans le regard blanc de l'homme alors qu'il le reposait sur moi. J'étais décontenancé et je me demandais pourquoi il m'expliquait tout cela, à moi, un étranger, inconnu au bataillon.
- Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ma propre fille, ne me préoccupant que de l'image qu'elle renvoyait. C'est mon plus grand regret et malheureusement il est trop tard pour réparer cela.
Il passa une main lasse sur ses yeux et je me fis la réflexion qu'il cachait son chagrin, trop fier pour montrer ses larmes de père. Trop habitué à paraître inébranlable, les sentiments n'ayant pas leur place dans le dur monde des affaires. J'avais pitié de cet homme qui avait pensé bien faire et s'était fourvoyé mais j'éprouvais également du ressentiment à son égard. Tu aurais mérité plus que ce qu'il t'avait visiblement accordé.
- Pourquoi me raconter tout ça ? Demandais-je alors sans ambages, brisant le silence oppressant de l'instant.
- Parce qu'il est trop tard pour Hanabi mais j'ai une seconde fille. Vous l'avez rencontrée, me semble-t-il.
- J'vois toujours pas le rapport avec moi …
Ce petit jeu du chat et de la souris commençait à m'irriter, qu'il dise ce qu'il avait à dire et qu'on en finisse. Je ne comprenais rien à toutes ces simagrées. J'étais là pour qu'il me parle de toi pas pour qu'il s'épanche en regrets.
- Si Hanabi vous a aimé, Hinata fera de même. J'aimerais que vous essayiez de lui parler.
J'écarquillais mes yeux fatigués, avais-je bien entendu ? C'était quoi ce cirque ? Pourquoi ne le faisait-il pas lui-même ?
- Voyez-vous, elle ne veut plus rien savoir de moi et de cette famille. Elle ne vivait que pour sa sœur et me reproche sa disparition. J'ai besoin que quelqu'un lui parle.
- Pourquoi ferais-je ça ?
Il sourit tristement et sa belle prestance disparut pour ne laisser que ce qu'il était : un homme brisé.
- Parce que vous parlerez mieux que personne d'Hanabi, monsieur Inuzuka.
Je blêmis. Comment me connaissait-il ? Que savait-il de moi ? De nous ? Jusqu'où cet homme que je devinais maniaque, obnubilé par le sacro-saint nom de son empire, avait-il été pour protéger sa renommée ?
Il soupira à nouveau.
- Je la faisais suivre et je n'ignore donc rien de l'amour qu'elle vous portait. Mais c'est sans importance. Le ferez-vous ?
- Sans importance ? Vous vous foutez de moi ? Vous espionniez votre fille, bridiez sa vie et contrôliez le moindre de ses mouvements et vous arrivez à me dire que c'est sans importance ?
- J'ai fait des erreurs, je le reconnais. Mais ne doutez pas que cela était pour son bien. J'aime mes enfants, monsieur Inuzuka. Cela peut paraître étrange comme procédé mais les choses sont ce qu'elles sont.
- Étrange ? Vous voulez que je vous dise, vous êtes un putain de malade !
Son regard se fit plus sombre et je me demandais vaguement s'il allait s'emporter et me faire mettre à la rue comme un malpropre. Un chien galleux qui aurait été retrouvé sur un de ses tapis hors de prix de petit bourge.
- Sans doute cela peut-il sembler saugrenu, effectivement. Mais je me répète, j'ai fait des erreurs et je les regrette amèrement. Son absence me punit pour cela chaque jour que dieu fait. Si vous ne voulez pas m'aider, faites-le pour Hanabi. Elle chérissait son aînée plus que n'importe qui sur cette terre.
Je n'y comprenais toujours rien et son air suppliant m'empêcha de l'envoyer paître comme je l'aurais souhaité. Pire, je me retrouvais à me demander ce que j'allais pouvoir raconter à cette fille que je n'avais croisé qu'une fois et avec qui je n'avais échangé que quelques mots.
Dépité, j'acceptais donc d'un mouvement de tête trop sec qui me fit voir trouble. La migraine me guettait.
- Je saurais vous remercier, soyez-en sûr. Déclara d'un ton professionnel le père qui paraissait si éploré l'instant d'avant.
Son masque d'impassibilité remit en place, il lui suffit d'un regard pour me faire comprendre que notre petite entrevue touchait à sa fin. Déconcertant.
- Comment puis-je la joindre ?
Il me tendit une enveloppe scellée et je pris conscience que notre discussion n'avait rien d'un coup du sort. Il attendait que cela se produise et avait déjà tout planifié. Je n'avais pas la force de m'insurger à nouveau contre ses pratiques douteuses mais ne put me retenir de claquer la porte en sortant, oubliant volontairement les politesses d'usages et les salutations pompeuses.
La réceptionniste émit un son désapprobateur mais ne fit aucun commentaire et je quittais la bâtisse sans un regard en arrière. Je réfléchirais à ce curieux début de journée quand ma tête ne menacerait plus d'exploser et peut-être y trouverais-je quelque chose de cohérent m'ayant échappé jusqu'alors.
Je suis nostalgique d'une vie que je n'ai pas connue.
C'était la pensée la plus censée que j'avais eue depuis longtemps. Je me rendais malade d'une histoire d'amour qui n'avait eu aucune chance d'avenir, avortée brutalement sur un zinc étonnamment lisse et froid, passée sous un bistouri rouillé. Écrasée parmi les débris métalliques d'un véhicule trop rapide. Pulvérisée par une poussière de météorite qui passait par là. Balayée par Euros, Borée ou je ne sais lequel de tes dieux du vent à la con. Grillée comme Icare, brûlée et jamais reconstruite telle Babylone, traitresse comme Judas.
J'avais découvert la passion, l'amour à la limite de la rage, déraisonnable et obsédant, l'impression de flotter au-dessus du sol, d'être en-dehors de mon enveloppe corporelle et spectateur de ce bonheur inespéré. Mais tout avait pris fin aussi brutalement que ça n'avait démarré.
Et mon être réclamait sa dose, mon cœur manquait de force et tous mes membres aspiraient à ton contact. À cette bouche maculée de rouge sang, à ces fines phalanges ornées de bagues qui me ripaient la peau, à ces dents qui mordaient cruellement et à ces yeux trop purs, beaucoup trop purs.
Psychotique en manque.
Putain de parodie d'une tragédie classique telle Roméo et Juliette ou Tristan et Iseult.
On garde en mémoire celui qui meurt en victime et on oublie le malheureux restant, celui qui, à l'agonie, est prisonnier d'une boite à souvenirs dont on a fermé le couvercle. Plongé dans les ténèbres, sous le joug de Célaéno, la harpie représentant l'Obscurité dans tes foutues histoires mythologiques.
C'était d'autant plus compliqué de m'en sortir, que chacune de mes pensées me rapportait à toi.
J'ai hésité cinq jours avant d'ouvrir l'enveloppe. Dedans il n'y avait qu'une petite carte sur laquelle s'étalaient des coordonnées et un numéro de téléphone. Je jouais avec ce morceau de papier, assis sur le rebord de ma fenêtre, cigarette aux lèvres, volutes rondes dans la nuit.
Expirant, inspirant, hésitant.
Dans un sursaut de courage, j'ai tapé frénétiquement le numéro et j'ai pressé le petit téléphone vert, l'oreille attentive aux tonalités, patientant sans savoir ce que j'allais dire.
Personne n'a décroché. Ni ce soir-là, ni ceux d'après.
J'ai attrapé mon blouson et me suis trainé à l'amère à boire, je n'avais pas été depuis plusieurs jours. J'étais resté sobre, alité, tourmenté. Dans un état plus lamentable encore que les lendemains de biture.
J'ai interpellé Kankûro, demandé si par chance ta sœur n'était pas repassée, me suis entendu répondre que non et il m'a posé quelques questions que je n'ai pas écoutées, j'ai bu un peu, pour me donner une contenance puis je suis retourné me perdre dans la brume de la nuit.
Sur une impulsion, j'ai pris un taxi. Je me suis rendu à l'adresse indiquée sur le petit carton, patientant devant l'immeuble en grattant ma basse négligemment. Un voisin à gueulé par la fenêtre que ce n'était pas une heure pour faire pareil boucan et j'ai répliqué d'un geste obscène. J'ai même pissé dans ses fleurs.
Puéril mais libérateur.
Je crois que j'ai somnolé quelques heures, appuyé contre la porte d'entrée du bâtiment.
Et quand je n'y croyais plus, sur le coup de six heure alors que la nuit s'éclipsait pour faire place à une début de jour sombre, la fine silhouette qui te ressemblait tant est descendue d'une berline noire. Elle a hésité en voyant la masse informe que je formais sur le paillasson, sans doute pensait-elle que j'étais un de ces sans-abris accros à l'héroïne. Je me suis avancé sous la lumière faiblarde et jaunâtre d'un lampadaire, l'instrument en main et la bile dans la bouche.
Je n'étais pas prêt, je n'avais rien à dire et je ne pensais même pas être apte à entendre parler de toi. Elle m'a reconnu et a déverrouillé les portes menant à son appartement, me laissant la suivre sans rien dire.
J'ai pris place sur une chaise en plastique valant sans doute le prix de l'ensemble de mes meubles, dans une cuisine irréprochablement propre, sans rien qui dénote, toute droite sortie d'un catalogue ou d'un magazine de décoration. Elle a pris place face à moi et s'est mise à scruter le verre impeccable de la table, mal à l'aise. Mon impatience me dictait d'engager la conversation mais je me savais maladroit et quelque chose me disait que cette fille-là en bavait déjà assez, qu'elle n'avait pas besoin qu'un sale con malhabile dans mon genre vienne lui bousiller le semblant de reconstruction qu'elle avait entreprit.
La porte s'est ouverte et un homme est rentré.
Grand, chic, trop bien sapé et trop sûr de lui. Je l'ai détesté au premier regard dédaigneux qu'il m'a lancé puis je me suis rendu compte de la façon qu'il avait de regarder le petit bout de femme assis de l'autre côté de la table. Il la couvait d'un regard doux, protecteur et s'affolait visiblement de la voir si mal en point.
Je ne pouvais pas lui en vouloir, finalement. Sans doute aurais-je fait pareil, je me serais opposer à cet inconnu débraillé qui sentait la bière et le tabac et tourmentait ma belle d'un silence interminable et finalement plutôt parlant.
Ses plaies étaient loin d'être pansées, elles étaient toujours à vif, sanguinolentes. Rouge comme le grenat autour de son cou, qu'elle caressait du bout des doigts. Le tien, sans doute possible. Je l'aurais reconnu entre milles et mes souvenirs me tourmentaient.
Elle attendait, imperturbable, et les mots me manquaient, tournoyaient sans trouver de tournure juste qui éviterait des palabres inutiles.
- Qui est-ce ? S'enquit alors l'homme, apparemment lassé de ce silence.
Elle marqua un instant de surprise en le découvrant mais lui sourit, d'un sourire doux, tendre, et il parut se détendre. Il s'appuya contre l'îlot central et me jaugea de ses prunelles pétroles.
- Que faites-vous ici Kiba-kun ? M'interrogea doucement la jeune femme.
- J'avais besoin d'entendre parler d'elle.
Ma voix n'avait été qu'un murmure, un peu trop suppliant et je me sentis stupide d'être aussi faible alors que cet homme avec ses allures de sultan me fixait toujours. Mais la main de ta sœur se posa sur mon avant-bras, le pressant délicatement, avant de se lever et de disparaître dans une pièce adjacente. Elle revint avec des boites, des cahiers, des babioles. Le tout en équilibre instable dans ses bras pâles.
- Sasuke ? Souffla-t-elle.
Et elle n'eut besoin de rien rajouter, il comprit et s'éclipsa après avoir embrassé le haut des cheveux de jais et m'avoir lancé un dernier regard de mise en garde. Le genre d'œillade qui signifie « Fais lui du mal et je te brise os par os» ou quelque chose du même cru, pas commode.
- Et… C'est quoi tout ça ? Demandais-je ahuri.
- J'ai vidé sa chambre. A-t-elle dit en disposant sur la table quantité de choses.
Sa voix était plus douce que la tienne. Elle ne possédait pas ton assurance, ta belle arrogance et cette façon de te mettre en scène. Pourtant, il y avait quelque chose de réconfortant dans ces intonations chantantes.
- Il y a quoi là-dedans ? Questionnais-je en triturant le bord élimé d'un carnet épais.
- Je n'en ai aucune idée. Je n'ai pas eu la force d'ouvrir tout.
Elle engloba l'ensemble d'un geste de la main et soupira.
- Ce n'est qu'une infime partie mais si… Si ce n'est pas trop difficile pour vous, peut-être pourrions-nous faire cela ensemble ?
C'était une supplique. Elle craignait d'affronter ces souvenirs seule, c'était évident, et je devais être l'opportunité parfaite pour se remémorer ce que tu étais, raviver ton souvenir.
J'hochais la tête simplement et, rassemblant du courage, j'ouvris le carnet sur lequel je m'acharnais depuis quelques minutes, jouant négligemment avec la couverture cartonnée.
À l'intérieur, me foudroyant en plein cœur, je reconnus ton écriture. Si fine, calligraphiée, aérienne.
« Tu seras dominant ou noyé
Écrasant ou écrasé
Carnassier ou dispensable
Gagnant ou donné négligeable
Tu seras semblable à tes semblables
Comme tout le monde, ou dégradable
Plus malin ou trou du cul
Tortionnaire ou corrompu
Tu seras battu et silencieux
Ou bien cruel, mais victorieux
Rigoureux ou inutile
Féroce ou détails futiles
Tu seras ce qu'on te dit, tu discutes pas
Ici-bas, c'est comme ça
T'as compris l'jeu petit merdeux ?
C'est la roulette, tu choisis pas. » (*1)
Je lisais à m'en brûler les yeux, ces phrases que je ne savais si elles étaient de toi ou volées à quelqu'un d'autre ayant mis des mots sur tes ressentiments. Tu fustigeais notre monde, la société trop étriquée, ton éducation stricte et impitoyable, le manque de liberté et l'impossibilité d'être soi-même. Tu parlais de jeux de rôles, de masques, de carapaces. De l'adaptation sociale et du formatage dès l'enfance, ta capacité à feindre le socialement adapté et de toute la pression qu'on t'imposait au quotidien.
Je lisais et parfois j'osais un regard sur ta sœur qui sirotait une tasse de thé en épluchant une série de photographie. Nous échangions parfois quelques mots, quelques impressions, rien de bien transcendant.
- Écoute ça : « Le fort fait ses événements, le faible subit ceux que la destinée lui impose. » (*2)
Hinata cligna des yeux avant de sourire tristement.
- C'est bien elle ça, de parler de force et de destinée…
- Elle a l'air de beaucoup aimé ce Alfred de Vigny, ses citations reviennent de temps à autre.
- Je ne connais pas du tout… Souffla la brune alors que je me replongeais dans les nuances de ton écriture.
- « Condamnés à la mort, condamnés à la vie, voilà deux certitudes. », encore une. C'était si terrible d'être héritière ? Demandais-je en gardant le nez dans le cahier, en quête d'autres phrases trouvant un écho à mes tourments.
Un long silence ponctua cette question. Je savais qu'elle avait stoppé net son occupation puisque plus rien ne bougeait de l'autre côté de la table et pourtant, elle ne répondait pas. J'osais un coup d'œil discret et je la vis regarder dans le vague, semblant être à des kilomètres de cette table, la mine pensive et les dents mordillant légèrement sa lèvre du bas. Je n'osais insister pourtant la question me tourmentait. Tout dans ce cahier hurlait que tu étais malheureuse, contrainte, à l'étroit dans ta brève existence.
- Hanabi…- souffla ta sœur comme si le seul fait de prononcer ton prénom à haute voix la faisait souffrir- Hanabi et moi avons été élevées dans la digne tradition du clan. Dès notre plus jeune âge nous nous perfectionnions quotidiennement à la calligraphie, aux arts du combat de nos ancêtres, à l'art de la table, aux enjeux politiques et économiques, au monde des affaires et à l'élocution. Très tôt, Hanabi s'est distinguée. Elle excellait véritablement dans tous ces domaines. Dans tous les domaines de manière générale, en réalité. Elle était rigoureuse, appliquée, naturellement curieuse, vive d'esprit.
Elle marqua une pause et se passa une main légèrement tremblante dans ses longues mèches ébènes.
- Je fus donc, à mes quatorze ans, destituée de mon titre au profit de ma petite sœur. Mais contre toute attente, elle s'opposa catégoriquement à ce changement d'envergure. Il lui fallut de longues années pour finalement endosser ce rôle pleinement et devenir la petite fille modèle que père attendait d'elle. Mais cette apparente docilité n'existait que lors des réunions et autre apparition publique, elle devait rester libre le reste du temps. Je ne sais toujours pas comment elle s'y est prise pour faire céder père là-dessus mais il respecta cet accord tacite et la laissa ainsi peindre tout son soûl, courir les bars et les écoles de musique. Il ne voulait pas savoir ses occupations et jouait l'aveugle tant qu'elle conservait son image d'héritière parfaite. Elle me parlait peu de sa vie au sein du clan, en réalité. C'était quelqu'un de très mystérieux.
Un faible sourire s'étala sur ses lèvres, contrastant étrangement avec les flots salés qui s'écoulaient de ses yeux pâles. Je restais figé, attendant la suite. Je buvais littéralement ses paroles. De toute façon, qu'aurais-je pu répondre ? ''Oui, elle était mystérieuse, tellement mystérieuse que je ne connaissais même pas son vrai prénom en plus d'un an de relation'' ? Pas vraiment indispensable.
- C'était ma seule famille proche, c'est tellement vide sans elle… Confessa d'une voix éteinte la jeune femme, m'offrant une occasion de mettre en œuvre la raison de ma visite.
- Je pense que vous faites erreur, Hinata-sama. La contredis-je d'une voix douce.
Surprise, elle releva son regard sur moi, m'observant à travers quelques mèches noires qui étaient retombées devant ses yeux. Ses sourcils se froncèrent d'avantage au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient et que je peinais à trouver mes mots.
- J'ai rencontré votre père, la semaine dernière. Il était profondément malheureux et m'a confié avoir le sentiment d'avoir perdu ses deux filles ce jour-là. Peut-être devriez-vous aller lui rendre visite…
La bombe était lâchée. Je me rendais compte de la maladresse de mes propos mais que pouvais-je y faire ? Il était difficile pour moi d'exprimer de l'empathie pour cet homme froid qui avait régulé l'existence de ses enfants comme l'on enclencherait ses réveils, s'attendant à ce qu'il brise le silence à l'heure exacte à laquelle il l'a décidé et avec la mélodie choisie par ses soins. Reléguant les sentiments de sa famille au rang d'inutilité sordide.
Contre toute attente, Hinata eut un petit rire sec. Embarrassé, j'attendais qu'elle calme les soubresauts qui l'animait en me trémoussant sur ma chaise, je ne me sentais absolument pas à ma place et j'étais persuadé qu'elle allait me signifier d'aller me faire voir, merci, au revoir. Il n'en fut rien. Les filles Hyûga avaient un sacré potentiel quand il s'agissait d'être déconcertantes.
- Je comprends mieux. Chuchota-t-elle, une fois calmée. Ne vous donnez pas la peine de me convaincre, j'irais le visiter cette semaine. Mais s'il ose me redemander de prendre la suite d'Hanabi, je brûle le manoir.
Et elle m'adressa un rictus sarcastique détonnant, brisant l'image de jeune fille sage que je m'en faisais. Quand je disais qu'elles étaient déconcertantes les nanas de cette famille… Bon sang.
Elle dut remarquer mon air ébahi car elle m'adressa un sourire plus aimable et, tout en jouant négligemment avec le grenat entre ses clavicules, elle demanda d'une voix curieuse :
- Vous ne vous attendiez pas à ce que j'accepte ?
- Eh bien, pour être honnête, non. Bredouillais-je rapidement.
Elle étouffa un petit rire et plaça sa main sur sa bouche tandis que je sentais mes joues virer au cramoisi. Elle avait un coup d'avance sur moi et ne semblait pas du tout s'offusquer que son père m'envoie comme pigeon voyageur.
Pire, elle s'en amusait.
- Il me fait suivre depuis des semaines, voire des mois. Ce n'était sans doute qu'une question de temps avant qu'il ne se manifeste. Confia-t-elle dans un léger haussement d'épaules témoignant de l'habitude.
- Et vous n'êtes pas fâchée qu'il envoie quelqu'un ? Demandais-je, perplexe, alors que ses yeux rieurs me transperçaient.
- Il ne se salit jamais les mains. À quoi bon y aller lui-même s'il peut faire faire le sale boulot à quelqu'un d'autre…
La façon dont elle avait prononcé cette phrase, avec désinvolture, m'indigna. Non, ce n'était pas normal de reléguer les liens familiaux en arrière-plan, de les confier à qui veut bien et d'espérer des résultats sans réellement s'investir.
- Mais cela ne vous choque pas ? Insistais-je.
- Cela fait longtemps que je suis immunisée, Kiba-kun. Elle me sourit gentiment et referma la boite à photos qu'elle inspectait précédemment. Peut-être pourrions-nous poursuivre un autre jour, qu'en dites-vous ?
J'approuvais d'un rapidement signe de tête, toujours éberlué par le paternel Hyûga.
- Bien. Je ne vous donne pas mon numéro, j'imagine que vous l'avez.
- C'est exact. Articulais-je bêtement en me redressant. Elle me tendit une main fine et je remarquais qu'elle tremblait. Je serais quelques instants sa main si frêle, maladroitement.
Bien entendu que cela l'affectait. Quel imbécile j'étais. Elle était juste fidèle à son éducation, ne souhaitait pas critiquer son père devant un étranger et faisait bonne figure quoi qu'il arrive. Sans doute allait-elle aller s'effondrer dans les bras du brun prétentieux.
Néanmoins, ma mission avait été menée à bien. J'hésitais à prendre contact avec ton patriarche pour lui signifier que s'en était terminé et qu'il m'oublie pour le restant de ces jours.
Mais je ne le fis pas. Je me suis contenté de rentrer chez moi, rejoindre le silence étouffant de mon appartement décoré de toute part par ta folie artistique. Cette facette que ton père aurait voulu réprimer et que tu exprimais librement avec moi.
Sur quels critères m'avais-tu choisit ? Question stupide que je ne pourrais jamais te poser.
Il fallait que je fasse mon deuil, maintenant, que j'enterre toutes mes interrogations et mes espérances. Mon regard survola la pièce et prit d'une énergie insoupçonnée, je dépunaisais rapidement les feuilles volantes et les photos parsemant l'espace. J'enfermais le tout dans la malle au pied du lit et soufflais, soulagé. Je ne pourrais pas arracher la voie lactée courant sur le mur et je n'avais pas le courage de la recouvrir de blanc mais j'avais déjà dégagé un peu d'espace.
C'était un pas minuscule vers la guérison, mais ç'en était tout de même un.
Je souris, seul face à mon mur, et j'attrapais un feutre noir en grimpant sur le matelas. Debout, sur mon lit, j'écrivis solennellement sur le seul mur vierge de la pièce.
Condamnés à la mort, condamnés à la vie, voilà deux certitudes.
Ultime hommage. Je vais me battre, je vais vivre. Deux fois plus fort. Je vais voyager, je vais rire, danser et aimer. Je peindrais, je marcherais sur tes pas illusoires, je vibrerais aux sonorités étrangères, prendrait des directions inattendues, je serais partout.
J'abolirais les règles, mettrais à néant ma cage, et je vivrais tout ce que la vie ne t'a pas laissée le temps de faire.
Je serais libre. Pour toi.
Adieu, Hanabi.
Adieu, Courtney Love.
Je t'aimais, fille-mystère. Mais maintenant, il faut que je continue ma route. Alors, pardonne-moi, je m'en vais vivre.
Il fit rapidement ses bagages, passa l'étui de sa basse sur son dos et, sans un regard en arrière, il claqua la porte.
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Sasuke demanda la main d'Hinata cette semaine-là, face au regard froid du chef de clan. Celle-ci s'étouffa, manqua défaillir mais accepta.
Son père n'eut d'autre choix que de donner son accord, annonçant en grande pompe que ce mariage serait célébrer dans la digne tradition Hyûga.
Pour la première fois, sa fille s'opposa à lui. Fière, sans l'ombre d'un doute, le menton haut et le grenat dans son poing serré, elle exprima d'une voix claire tout ce qu'elle taisait depuis toute petite.
Et pour la première fois, son père pleura. Il traversa son bureau et étreignit son unique enfant, la priant de lui pardonner ses erreurs. Prononçant ces mots si simples et pourtant si épineux, cette petite phrase tue trop souvent. Je t'aime.
Il faudrait des années pour reconstruire les liens familiaux, ils en étaient conscients, mais c'était un début.
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Kiba écuma les continents, devenu célèbre au fil de ses pérégrinations, on le croisait régulièrement sur les routes, la basse jouant des notes issues d'ailleurs et le sourire aux lèvres.
Son premier album, « Liberté », signé chez Hyûga Corp rencontra un succès mondial et Kankurô fit salle comble lors de la première date de la tournée qui se déroula, symboliquement, à L'amère à boire.
Il honora son public, jouant de toute son âme, puis disparu.
Libre.
(*1) Il s'agit d'un passage de la chanson de FAUVE ≠ LOTERIE
(*2) Les citations sont d'Alfred de Vigny
Merci de votre lecture et n'oubliez pas : les reviews sont la nourriture des auteurs en herbe !
See you! :)
