Chapitre 2 : To be or not to be ?...
Laurence roulait dans la campagne en éprouvant le besoin de prendre l'air et de réfléchir. Sa secrétaire si bien élevée, venait de faire une proposition inédite et délirante qu'il avait peine à croire. Pourtant, il avait bien entendu… Il avait bien compris le ras-le-bol de Marlène dont le cœur oscillait en permanence entre Alice et lui. Elle les aimait tous les deux et était incapable de choisir entre eux… Mais aller jusqu'à lui faire ce genre de proposition ! S'il s'attendait à ça de la part de sa secrétaire si sage, si à cheval sur les principes ! Et que dire d'Avril qui envisageait de le faire pour Marlène, alors qu'elle ne pouvait pas le voir en peinture, lui ! La part de lui bien pensante, policée, rationnelle, était outrée, tandis que l'autre, joueuse et jouisseuse, était plutôt flattée, il devait se l'avouer.
Deux jeunes femmes magnifiques dans son lit, c'était le fantasme de tout homme, non ? Il eut un sourire devant l'image qui avait spontanément surgi dans son esprit, alors que son ego bondissait d'allégresse comme un jeune cabri pris de folie… Immédiatement, il se fustigea.
Merde ! Il s'agissait de ses amies ! Pas n'importe quelle(s) femme(s) avec lesquelles il couchait le temps d'une nuit ! Ses amies ! Amies ! A-M-I-E-S...
Allons bon, il n'était pas ami avec Avril ! Marlène, à la rigueur, oui, mais pas cette bougresse de journaliste qui prenait un malin plaisir à s'incruster dans ses enquêtes, à le faire disjoncter dès qu'elle en avait l'opportunité, et à le… le… pousser à reconnaître… qu'il éprouvait de l'affection pour elle…
C'était bien ça le problème. Coucher avec des inconnues ne le dérangeait nullement, mais Marlène et Avril, c'était autre chose…
En quoi était-ce autre chose ? Demanda le petit diable qui le tourmentait depuis qu'il avait entendu la demande de Marlène. Il savait qu'il ouvrait une brèche dans la forteresse dans laquelle il enfermait ses sentiments... Marlène, Avril, chacune à leur façon, c'était spécial… Il n'aurait su exactement définir en quoi, mais elle lui permettait de ne pas être malheureux, d'avoir de vraies interactions sociales, des attaches qui lui réchauffaient le cœur, et quoi qu'il en pense, de ne pas se sentir seul.
Il soupira. Il n'y a que la vérité qui blesse et l'œil acéré de la journaliste avait vu juste... Il puait la solitude. Autrefois, une alliée, elle était devenue un fardeau au fil du temps… Marlène, Avril… Elles étaient ses petites bulles de bonheur qui égayaient son quotidien insipide. Il ne voulait pas les perdre, pourtant, c'était ce qui se profilait si d'aventure…
… Non, jamais plus il ne pourrait les regarder en face s'il s'engageait sur cette voie…
Et pourtant, Marlène semblait déterminée. Sous sa douceur et sa gentillesse, il savait qu'il y avait quelque chose d'inflexible en elle quand elle avait pris une décision. Il devait pourtant la faire changer d'idée, lui dire que c'était de la folie... tout faire pour l'obliger à faire un choix en sa faveur ! Certes, il partait avec un sacré handicap face à Avril, puisque les deux jeunes femmes étaient déjà… amantes... mais la rousse n'était pas de taille à l'affronter quand il s'agissait de conquérir le cœur d'une femme ! Ça allait être la guerre. Et il y aurait un vainqueur et une perdante.
Il était prêt au combat. Un doute s'insinua cependant en lui : et s'il semait la zizanie dans l'harmonie du trio de façon irréparable ? Et si, incapable de faire ce choix entre eux, Marlène finissait par les quitter tous les deux ? A cette pensée, il fut pris de panique. Non, il ne supporterait pas le départ de sa secrétaire, son rayon de soleil ! Il devait aller lui parler, lui dire qu'elle le mettait dans une situation impossible, qu'il ne pouvait pas avoir de relations intimes, qu'être amis avec bénéfices n'étaient pas pour eux, qu'il était un salaud infidèle, attiré par le premier jupon qui passait, qu'il la rendrait malheureuse, qu'il était invivable… n'importe quelle excuse ferait l'affaire, pourvu qu'elle se désintéresse de lui… tout en restant avec lui... Quel casse-tête !
Et il y avait Avril qui évoquait tant de sentiments contradictoires en lui, à tel point qu'il ne parvenait pas à comprendre la femme qu'elle était. Comment pouvait-il autant la rabaisser, la décrier, tout en éprouvant une affection sans limite pour cette fille bornée et pas féminine pour un clou ? C'était un mystère… L'idée de coucher avec elle, n'était plus aussi révoltante dans son esprit - après tout, il s'envoyait bien en l'air avec des femmes pour lesquelles il n'avait que de l'indifférence - mais ils ne s'entendaient pas. Comment pourraient-ils partager Marlène ? Ils allaient tout bonnement s'entretuer !
Non, le plus sage était de dire à Marlène que c'était impossible… absolument im-po-ssi-ble… de s'engager dans cette voie ! Le statu quo dans leur relation à trois était encore ce qui était préférable.
Sans s'en rendre compte, il était arrivé dans la rue où habitait sa secrétaire. Il stoppa devant la maisonnette, sortit de son véhicule et pénétra dans le jardinet pour aller frapper à la porte quand il entendit… Il tourna la tête en direction de la fenêtre proche qui était entrouverte…
… C'était incontestablement des gémissements de plaisir qui sortaient de la chambre de Marlène…
Laurence fut interloqué et gêné l'espace d'un instant. Que faire ? Revenir plus tard ou le lendemain semblait le plus raisonnable… Il s'apprêtait à rebrousser chemin lorsqu'un soupir plus fort se fit entendre… Il se surprit à éprouver de la curiosité qui souleva soudain une interrogation, qui de fil en aiguille, suscita de la jalousie… Il supposait que Marlène était avec Avril, mais si ce n'était pas le cas ? Si Marlène était en fait avec un homme ? Non, ça ne se pouvait pas… L'image de Timothée Glissant s'imposa avec force dans sa tête, persistante, insidieuse comme un poison, irritante comme de l'urticaire...
Perfide, l'idée fit son chemin et le doute s'insinua en lui avec de plus en plus de force. Il fallait qu'il en ait le cœur net… Il s'approcha de la fenêtre et glissa discrètement un regard au travers du carreau… Le vent agitait doucement le rideau et il les vit enfin… Alice et Marlène, nues, en train de se caresser et de s'embrasser…
Il se recula vivement et déglutit, pris en faute dans le rôle du voyeur. Coupable, il se réprimanda pour sa curiosité malsaine et décida qu'il valait mieux s'en aller. Pourtant, il restait là, planté au milieu du parterre de fleurs, avec la vision de leurs deux corps tendrement enlacés, gravée au fer rouge dans son esprit… Il s'aperçut qu'il avait manqué une respiration quand il recommença à inspirer… et qu'une autre partie de lui-même avait totalement échappé à son contrôle…
Gêné par sa réaction masculine somme toute naturelle, il se fustigea vertement, quand de nouveaux gémissements sonores lui parvinrent… Et là, il ressentit clairement de l'excitation… Honteux, il tourna les talons, l'esprit totalement perturbé, furieux de la trahison de son corps…
Laurence trouva refuge dans l'habitacle de sa voiture. Les mains crispées sur le volant, comme pour s'accrocher à une réalité qui lui échappait, il ne parvenait pas à oublier la vision fugitive de Marlène et d'Avril ensemble, belles à damner un Saint... Il dénoua maladroitement sa cravate, tenta de calmer les battements désordonnés de son cœur et se força à respirer, profondément bouleversé. Que venaient-elles de lui faire ? Etait-il ensorcelé ?
Une seule vision, une seule image et il était obsédé, parce que la possibilité de réaliser un fantasme, d'aller les rejoindre et de se glisser dans leurs bras accueillants, se présentait à lui, offerte sur un plateau...
… Et la réalisation qu'au fond, c'était ce qu'il voulait, ce qu'il désirait le plus en cet instant, le frappa avec une force nouvelle...
Il se surprit à sortir de la voiture et à revenir dans le jardinet. Sans hésitation, il posa la main sur le bouton de la porte d'entrée et le tourna, laissant le destin choisir... Si elle était fermée, il partirait… si elle était ouverte…
… Il pénétra dans la maison...
A suivre…
Merci à toutes pour vos retours et votre soutien !
Je tiens à vous avertir que le rating changera au prochain chapitre. Âmes sensibles ou facilement choquées par des scènes graphiques chaudes, passez votre chemin. Ceux qui n'ont pas froid aux yeux, prenez vos dispositions pour passer en M quand la fic aura disparu de vos écrans ! Prévoyez également le frigo, les glaçons, la douche froide, les bonbons à la menthe (suisses de préférence), etc… Vous allez avoir chaud…
