Hermione quitta le jardin pour retrouver la plénitude du canapé du salon. Elle saisit un livre d'une épaisseur impressionnante et le posa sur ses genoux pour commencer sa lecture. Elle ne vit même pas Harry et Ron rentrer et s'installer sur le bord de la fenêtre, en grande discussion. Ce dont ils parlaient ne pouvait pas être plus intéressant que l'évolution des centaures depuis le XVIIè siècle.
- Tu crois que Dumbledore devient vraiment fou ? souffla la voix de Ron.
Ce fut cette remarque qui la sortit finalement de sa torpeur. Elle ferma son bouquin et releva la tête. Elle haussa un sourcil interrogateur en apercevant la mine écarlate du rouquin. Ses cheveux semblaient s'être dressés sur sa tête et il soufflait bruyamment, comme pour contenir une rage incontrôlable.
- Calme-toi vieux, soupira Harry. Je ne comprends pas plus que toi, là ça me dépasse. Mais je fais confiance à Dumbledore. Aussi bizarre que cela puisse paraître dans ce cas.
Hermione fronça les sourcils et se leva finalement.
- Que se passe-t-il ? s'enquit-elle d'une voix chargée de curiosité.
- Dumbledore a invité un nouveau membre.
- Et alors ? rétorqua-t-elle. C'est plutôt une bonne nouvelle, non ? Plus on est nombreux, moins la bataille sera difficile.
- Je crois que tu ne réalises pas, soupira Harry.
Un cri strident les interrompit et ils se précipitèrent dans la pièce d'où il provenait : c'était la bibliothèque. Ils entrèrent à la hâte et tombèrent nez à nez avec Ginny, droite, la mâchoire crispée, qui pointait sa baguette sur le cou tendu d'un Blaise Zabini visiblement peu effrayé. Hermione fronça les sourcils et sortit sa baguette à son tour, prête à le renvoyer d'où il venait mais Harry arrêta son geste, avant de baisser délicatement le bras de la cadette des Weasley.
- Qu'est-ce que tu fais Harry ? hurla l'intéressée, avant de se tourner vers l'intrus, ses yeux lançant des éclairs. Comment as-tu réussi à rentrer ? Pourquoi Il t'envoie ?
- Ce n'est pas Voldemort qui l'envoie, la coupa Harry. C'est Dumbledore.
Ginny acheva de baisser son bras et, dans une synchronisation parfaite avec Hermione, s'écria :
- Quoi ?
- Est-ce que Dumbledore a perdu la tête ? hurla Hermione. On ne peut pas faire confiance à ce serpent !
Blaise Zabini congédié, le quatuor se trouvait dans la bibliothèque et Harry et Ron tentaient vainement de calmer les deux furies qui remplaçaient leurs amies depuis son départ. Hermione faisait les cent pas, les jointures de ses mains blanches comme la neige tant elle serrait les poings. Les trois autres la regardaient faire, abasourdis. Ils ne se souvenaient pas avoir déjà vu Hermione s'énerver la sorte et encore moins s'exprimer en ces termes pour parler du directeur de Poudlard.
- Non mais est-ce qu'il sait au moins qui il a laissé entrer ici ? Blaise Zabini dans l'Ordre du Phénix, c'est du délire ! Cet imbécile a certainement la Marque des Ténèbres et il doit jouer un double jeu pour Voldemort ! Mais qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête de Dumbledore ? Je vais finir par croire qu'il est aussi fou que certains le prétendent.
- Hermione, tu devrais te calmer, tenta Ron et la lionne ne s'étonna même pas de la douceur dont il avait fait preuve, lui qui manquait pourtant cruellement de tact.
- Que je me calme ? s'écria-t-elle en le fusillant du regard, pointant sa baguette sur sa poitrine. Que je me calme Ronald ?
- Ne pointe pas ta baguette sur moi, s'il te plaît, supplia l'intéressé qui avait arrêté de respirer, les yeux fermés par la peur.
Hermione baissa vivement le bras et tapa du pied en poussant un gémissement de colère. Harry et Ginny observaient la scène, muets.
- Mais est-ce que l'un de vous peut m'expliquer ce qui est passé par la tête de Dumbledore ? répéta-t-elle une nouvelle fois.
- Je le pourrais sans doute, répondit une voix guillerette.
Ils se tournèrent tous les quatre vers son propriétaire. Le directeur se tenait dans l'embrasure de la porte, ses yeux rieurs cachés derrière ses lunettes en demi-lune, un franc sourire accroché à ses lèvres. Il s'approcha du petit groupe et pointa du doigt les canapés de la bibliothèque pour les inciter à s'asseoir. Ils s'exécutèrent sans un mot, Hermione en queue de peloton, rouge comme une pivoine. Dumbledore s'installa en bout de table et les observa en souriant. Il demeura longuement silencieux, laissant s'installer une tension palpable qui finit de les mettre mal à l'aise.
- Alors, Miss Granger, vous souhaitiez me parler de quelque chose ? demanda-t-il sur un ton malicieux.
- O-O-Oui Professeur, bafouilla-t-elle maladroitement. J-Je ne comprends pas ce que Zabini fait ici.
- Monsieur Zabini sera désormais un membre à part entière de l'Ordre du Phénix.
- Mais vous ne pouvez pas faire ça ! C'est un partisan de Vous-savez-qui !
- Ses parents le sont, oui. Cela ne veut pas dire qu'il en est un également. Monsieur Zabini pourra nous être d'une grande aide en infiltrant le camp adversaire !
- Nous avons déjà Rogue pour ça, non ? intervint Harry qui ne put retenir l'amertume dans sa voix.
- C'est exact, répondit simplement le vieil homme. Mais Monsieur Zabini n'aura pas le même rôle que Severus.
- C'est-à-dire ? demanda Ginny en haussant un sourcil.
- Disons simplement qu'il n'aura pas les mêmes objectifs. Sa place est désormais très importante, sachez-le et grâce à lui, nous pourrions recruter des personnes qui seront décisives lors de la bataille finale.
- Comme qui ? lâcha amèrement Hermione. Pansy Parkinson ? Elle ne sait certainement même pas compter jusqu'à 10.
- Détrompez-vous Miss, répondit Dumbledore. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois aller voir Molly pour installer Monsieur Zabini dans une chambre.
Et sans un mot de plus, il se leva et sortit de la pièce, laissant le petit groupe dans un silence de plomb.
Le repas arriva rapidement et l'ambiance était tendue autour de la table. Alors que les adultes parlaient avec entrain d'un plan pour rallier plus de gens à leur cause, les adolescents ne pipaient mot, dévisageant parfois du coin de l'œil le nouvel arrivant. Blaise Zabini avait la tête basse et mangeait à petites bouchées, regrettant déjà d'avoir été voir le vieux fou. Mais qu'est-ce qu'il lui avait passé par la tête ? Non seulement ses parents le tueraient s'ils apprenaient une telle chose mais en plus, il était clair qu'il n'était pas le bienvenu ici. Il le retenait, Rogue et ses idées stupides pour le remettre dans le droit chemin. Il se souvint avec un sourire acerbe de ce jour où tout avait basculé pour lui.
Rogue avait surpris une conversation houleuse entre son meilleur ami et lui et alors qu'ils étaient sur le point d'en venir aux mains, le professeur les avait séparés et avait renvoyé avec autorisé Drago dans sa chambre. Il s'était exécuté sans un commentaire mais avec un visage plus fermé que jamais. Rogue s'était alors tourné vers lui et il avait compris à son regard qu'il avait entendu toute leur conversation.
- Je dois vous parler, Zabini, avait-il simplement dit de sa voix caverneuse qui lui avait toujours donné des frissons.
Et voilà, maintenant, il se retrouvait là, au milieu de tous ces Gryffondors qu'il n'avait jamais pu supporter. Il était seul désormais, mais il avait connu ce sentiment bien plus souvent que les gens qui l'entouraient à cet instant. Alors il n'avait pas peur.
Le repas passa bien trop lentement à son goût mais il dut reconnaître que Molly Weasley était une excellente cuisinière et qu'il avait bien mangé. Le repas achevé, tous s'installèrent dans le salon et il en profita pour s'éclipser. Il rejoignit la chambre de fortune qu'on lui avait aménagée et se laissa tomber sur le lit qui laissa échapper un grincement sonore. Il soupira. C'est sûr, c'était autre chose que la luxurieuse maison à laquelle il était habitué. Mais il préférait vivre ici pendant 100 ans plutôt que d'y remettre les pieds une seule fois. C'est sur cette pensée qu'il ferma les yeux, songeant à la colère de ses parents quand ils remarqueraient qu'il avait disparu.
Il savait qu'ils se précipiteraient chez les Malefoy pour voir si leur fils ne le cachait pas à l'insu de ses propres parents. Il savait que Drago subirait quelques Doloris de son père pour s'assurer qu'il ne mentait pas et il s'en voulait pour ça. Mais ce qu'il savait surtout, c'est qu'il avait enfin fait le bon choix.
