Chapitre 1
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Ce matin-là, Harry sortit de l'appartement qu'il occupait à Poudlard en tant qu'assistant professeur depuis trois ans. Il était en avance pour le petit déjeuner – il était sept heures – mais il ne supportait pas de rester sans rien faire.
Il décida donc de faire un tour dans le château, histoire de passer le temps et, après avoir évité Peeves dans l'escalier qui descendait dans le hall, il s'arrêta devant les sabliers géants. Son regard se posa sur celui de Gryffondor et il sourit en voyant que ses successeurs se tenaient relativement bien, au vu du niveau de rubis dans la partie supérieure du sablier.
- Potter ! s'exclama soudain une voix dans son dos.
Harry sursauta et se retourna, une main sur le cœur.
- Professeur Rogue, dit-il. Vous m'avez flanqué une de ces trouilles !
Rogue eut un sourire narquois.
- Peut-on savoir ce que vous faites ici de si bonne heure ? ronronna-t-il.
- Je vous retourne la question, dit Harry en haussant un sourcil.
- Peu importe, dit Rogue. Je pensais vous trouver ici, de toute façon. J'ai, dans mon bureau, quelqu'un qui voudrait vous voir… Suivez-moi.
Harry leva l'autre sourcil.
- Si tôt ? dit-il.
Rogue ne répondit pas et Harry le suivit alors dans les cachots.
Le froid glacial de ce début d'octobre parcourait les couloirs des sous-sols en grands courants d'airs et Harry se demanda encore une fois comment Rogue faisait pour supporter ce froid. Il ne devait pas faire plus de dix degrés, voire même moins à certains endroits.
Le brun suivit le sombre professeur le long de plusieurs couloirs tout aussi sombres que lui avant de s'arrêter brusquement devant une porte.
- Entrez, dit Rogue en poussant ladite porte.
Un peu méfiant, même s'il savait qu'il n'avait rien à rien de Rogue, Harry entra et regarda prudemment à l'intérieur. Il ne se souvenait que trop bien du traitement que lui avait réservé le Maître des Potions quand il était encore élève ici. Brimades et insultes fusaient régulièrement, sans parler de la haine sous-jacente que l'homme lui vouait toujours et dont il semblait se délecter.
Au premier coup d'œil, Harry ne vit personne quand soudain une voix traînante se fit entendre. Une voix que le Gryffondor n'eut aucun mal à reconnaître.
- Salut, Potter…
Harry se figea. Cela faisait trois ans qu'il n'avait plus entendu cette voix… Il se retourna lentement et regarda au fond de la pièce, vers une grande armoire noire. Il découvrit une grande silhouette vêtue d'une longue et large robe noire sur un pull à col roulé du même ton. Cette tenue faisait ressembler le nouveau venu à une sorte de candélabre…
- Malefoy ? dit-il, surprit.
- Drago Malefoy, le seul et unique, rétorqua ce dernier de son ton toujours aussi moqueur.
- Je vous laisse, dit alors Rogue en fermant la porte sur lui. Soyez sages.
Malefoy était appuyé contre le mur, les bras croisés et un pied négligemment posé contre le mur. Harry le regarda puis soudain Malefoy sourit et décroisa les bras.
- Ça fait plaisir de te revoir, Potter. Tu n'as pas changé malgré les années.
Harry se détendit aussitôt et s'approcha.
- Moi aussi, ça me fait plaisir de te revoir Malefoy, dit-il. Qu'est-ce que tu étais devenu ? Depuis qu'on est sortis de Poudlard tu n'as pas donné de nouvelles… Tout le monde te croyait mort, tu sais ?
- Et pourquoi aurais-je donné des nouvelles ? demanda Malefoy en se redressant. Ce n'est pas une obligation, si ?
Harry rentra le menton et haussa les épaules.
- Ben… Je ne sais pas… comme ça… bafouilla-t-il.
- Ne fait pas cette tête, dit Malefoy. On dirait que tu as vu un fantôme !
- Ben… Presque… dit Harry en se ressaisissant. Tu te rends compte ? Ça fait trois ans ! Trois ans qu'on ne s'est pas vus ! J'ai cru que tu t'étais fait tuer…
Malefoy, étonné, sursauta et regarda son ancienne Némésis de travers.
- C'est gentil de t'inquiéter pour moi… dit-il avec un air étrange, surprise mêlée au soulagement. Mais je ne suis pas venu pour ça…
- Ah ? Pourquoi alors ?
Le Serpentard sembla soudain gêné et regarda autour de lui.
- J'ai besoin de… eh bien… de ton aide, Potter… dit-il en baissant le nez, trouvant soudain le sol terriblement intéressant.
Harry gloussa.
- Toi ? Besoin de moi ? Allons ! Un grand garçon comme toi qui aurait besoin du Sauveur ?
Le ton était clairement sarcastique mais le brun reprit rapidement son sérieux et soupira.
- Et pourquoi voudrais-je t'aider ? demanda-t-il. Et surtout, en quoi.
- Ma vie en dépend, répondit Malefoy.
Harry resta muet et Malefoy reprit :
- Je sais très bien qu'entre toi et moi ce n'est pas l'amour fou mais il va falloir que ça le devienne…
Harry haussa les sourcils.
- Je te demande pardon ?! s'exclama-t-il. Malefoy, est-ce que tu…
- Oups… dit alors Malefoy en mettant un doigt sur ses lèvres avec un sourire. J'ai l'impression que pour changer, tu as tout compris de travers…
- En même temps, si tu terminais tes explications… dit Harry en croisant les bras.
Le blond pinça la bouche puis soupira.
- En fait, je voulais dire que nous allons devoir apprendre à nous supporter… rectifia Malefoy. Toi et moi. Pendant un certain temps.
- Et pourquoi donc ? demanda Harry, sceptique.
- Voldemort… souffla Malefoy en montrant son bras droit.
Harry inspira en relevant le menton.
- Je vois, dit-il en plissant le nez. Alors finalement, tu es devenu un vrai Mangemort…
- Il semblerait, dit Malefoy en laissant retomber la manche ample de sa robe de sorcier.
- Et ton père ?
Malefoy serra les poings.
- À Azkaban, grâce à toi, lâcha-t-il. Depuis cinq ans. Merci pour lui.
Harry haussa les sourcils. Le blond ronfla puis soupira.
- Je vois, dit Harry. Bien, si tu veux, tu n'as qu'à m'attendre chez moi car pour l'instant, j'ai un cours à huit heures et je n'ai pas encore pris mon petit-déjeuner. On reparlera de ton… problème, plus tard.
Malefoy opina et fronça les sourcils.
- Si tu ne me dis pas où c'est, je risque de chercher un moment, dit Malefoy sur un ton sarcastique.
La cloche sonna au même moment et Harry leva les yeux vers le plafond.
- Voilà, dit-il. Je vais devoir manger devant les élèves, j'ai horreur de ça. Bon, j'habite tout en haut de Poudlard, dans la tour Sud. Prends l'escalier central puis suis le couloir à droite jusqu'à une tapisserie représentant un chevalier sur un grand cheval noir. Passe derrière et monte les escaliers, toujours tout droit. Tu vas traverser trois couloirs et après une dernière volée de marche, tu es chez moi. Tu peux entrer, ce n'est jamais fermé, mais tu ne touches à rien. Tu trouveras normalement deux hiboux et un Phénix. Et si tu es perdu, demande aux tableaux.
Malefoy hocha la tête, un peu perdu, puis Harry le laissa et quitta le bureau de Rogue, direction de la salle de DCFM. Il croisa Hermione qui précédait d'un pas très rapide une professeur McGonagall noyée sous les parchemins. Harry sourit puis sortit sa baguette et jeta un sort de lévitation pour aider le professeur McGonagall.
- Oh ! dit celle-ci en voyant ses parchemins s'envoler. Merci Potter…
- Mais de rien, dit Harry. Où allez-vous d'un si bon pas ?
- Miss Granger a décidé de poser un devoir surprise à mes élèves ce matin, répondit McGonagall en regardant Hermione tourner au coin du couloir. Je me demande comment vous faisiez pour arriver à la suivre, ajouta le professeur de Métamorphose. Elle est inépuisable ! Ce qui n'est pas mon cas…
Harry sourit puis souhaita une bonne journée à son ancien professeur de Métamorphose.
- Ha ben quand même, dit Remus Lupin en voyant entrer Harry dans la salle. Tu es en retard, mon garçon !
- Désolé, dit Harry en longeant les rangés d'élèves. J'ai croisé le professeur McGonagall dans les couloirs…
Lupin sourit puis il reprit sa leçon et Harry alla s'asseoir au bureau, devant une pile énorme de parchemins à corriger. Il se mit aussitôt au travail, jetant parfois un coup d'œil sur les élèves de quatrième année de Gryffondor et Serdaigle assis en face de lui, en train de rédiger sur la façon de se protéger des Détraqueurs.
Deux heures plus tard, lorsque la cloche retentit, les élèves se levèrent dans un bruit assourdissant. Ils quittèrent la salle de classe pour rejoindre la suivante et Remus se tourna vers Harry en soupirant.
- Ça ne va pas ? demanda Harry en retournant une énième copie sur le tas déjà corrigé. Tu as l'air… fatigué.
- Je me fais vieux, ce n'est rien, dit Lupin en s'asseyant sur le bureau.
Il se releva aussitôt et Harry se redressa pour regarder entrer les élèves de première année de Pouffsouffle et Serpentard. Le cours suivant commençait, à peine le temps de souffler.
Cependant, dans les appartements d'Harry, Malefoy tournait en rond. Il réfléchissait au meilleur moyen d'annoncer à Harry qu'il fallait qu'il le cache.
En réalité, Malefoy n'avait pas tout dit à Harry. La véritable raison de son retour à Poudlard était le fait qu'il avait fui Voldemort, voilà deux mois, et que depuis, sa tête était mise à prix, non pas par les Aurors, mais par les Mangemorts eux-mêmes, par Voldemort, qui le voulait vivant, sans doute pour lui faire subir les pires tortures qui existent.
Le Mage Noir avait en effet eu vent d'une mission qui avait échoué par la faute de Malefoy qui avait, soi-disant, empêché ses collègues d'attaquer au meilleur moment et, de ce fait, il voulait la tête de Malefoy à tous prix.
En entendant cela, Malefoy n'avait pas demandé son reste et avait pris ses jambes à son cou, s'estimant trop jeune pour mourir. Il avait ensuite erré pendant deux mois entiers en se cachant dans le monde Moldu mais depuis quelques jours, il avait un mauvais pressentiment et il lui fallait une cachette plus sûre. Il était donc revenu à Poudlard et ce n'était que quand il l'avait réalisé qu'il s'était décidé à demander asile à Harry… pour une durée indéterminée.
Mais pourquoi Harry ? Il ne le savait pas lui-même. Peut-être qu'au fond de lui, quelque chose le poussait vers Harry… Mais quoi ? Était-ce parce qu'il était considéré comme le Sauveur du Monde Sorcier ? Il n'en savait rien. Il savait juste qu'auprès du Gryffondor, il était en sécurité.
Il était évidemment hors de question qu'il se réfugie chez sa mère, dans le manoir des Malefoy, car c'était le premier endroit que les Mangemorts avaient fouillé. Ils y étaient même revenus plusieurs fois ces dernières semaines, au cas où Narcissa aurait caché son fils dans un placard entre temps.
Non, Poudlard était la meilleure des cachettes, d'autant plus que Voldemort ne pouvait entrer dans le périmètre du parc grâce à une nouvelle magie, renforcée depuis les diverses attaques du Mage Noir contre Poudlard et qui « grillait » littéralement, tous les sorciers qui essayaient d'entrer en ayant de mauvaises intentions envers les habitants du château. En plus bouclier Antitransplanage, bien entendu.
Malefoy soupira. Il leva les yeux et regarda le gros Phénix orange et jaune qui dormait paisiblement sur son perchoir – l'unique petit de Fumseck, le Phénix de Dumbledore – sans se soucier de l'intrus qui tournait depuis maintenant une heure dans l'appartement de son maître. Juste à côté du perchoir en or se trouvait deux autres perchoirs vides mais qui devaient sûrement appartenir à Edwige et à l'autre hibou dont Harry lui avait parlé.
Malefoy chassa ses pensées et regarda autour de lui. La pièce était ronde, comme le bureau de Dumbledore et semblait comporter plusieurs étages ou tout du moins un, comme en témoignait l'escalier de pierre qui montait en épousant la forme du mur, jusqu'au plafond où était aménagée une trappe ronde gravée du blason de Poudlard.
À droite de la porte d'entrée se trouvait une grosse armoire fermée, elle aussi gravée du blason de Poudlard sur l'une de ses portes et d'un autre blason, inconnu de Malefoy, sur l'autre porte.
Juste à côté se trouvait une fenêtre dont la vue donnait le vertige mais qui avait un avantage, un panorama à vous couper le souffle. Au pied de la tour se trouvait le terrain de Quidditch puis plus loin, la Forêt Interdite. Encore plus loin vers le Sud, des montagnes grises se dressaient, majestueuses, leurs cimes accrochant les nuages blancs lourds de pluie ou de neige.
Malefoy laissa vagabonder ses pensées un moment quand il distingua Edwige qui rentrait. Il se poussa de la fenêtre et la chouette blanche s'y engouffra dans un bruit infernal. Elle se posa brutalement sur son perchoir, pivota et chercha Harry des yeux. Elle se tourna alors vers Malefoy et, sans plus de cérémonie, tendit la patte dans sa direction.
Machinalement, Malefoy détacha la lettre de sa patte et la chouette, après avoir bu un peu, repartit en sortant par l'autre fenêtre, elle aussi ouverte.
Malefoy remarqua alors les bibliothèques qui couraient tout autour de la pièce, du sol au plafond. Elles étaient bourrées de livres, leur taille allant d'un paquet de cigarettes à un gros pavé de plusieurs kilos qui, bien que Malefoy soit devenu curieux en grandissant, ne le tentait absolument pas.
En parlant de cigarettes… Malefoy tira un paquet doré de la poche de sa robe de sorcier et il en tira une cigarette. Il l'alluma et s'accouda à la fenêtre.
Étrangement, et alors que les deux fenêtres de la pièce étaient ouvertes, il faisait bon dans la pièce, même chaud. Mais, connaissant Harry, Malefoy devina qu'il avait jeté un sort quelconque sur les fenêtres afin que le froid ne rentre pas bien que celles-ci soient grandes ouvertes pour que les hiboux puissent entrer et sortir comme bon leur semble.
Malefoy soupira et retourna inspecter l'appartement.
Il tourna autour de la pièce pendant une bonne heure de plus, regardant çà et là, penchant la tête sur le côté pour lire le titre d'un livre, etc.… ne s'en rendant même pas compte du temps qui passait et ce fut l'arrivée soudaine de Harry qui le fit sursauter. Il regarda le Gryffondor entrer dans l'appartement, les bras chargés, et se redressa.
- Enfin ! dit Malefoy en jetant le mégot de son énième cigarette par la fenêtre. Ça fait plus de deux heures que…
- Ouh, dit Harry en posant son sac sur le bureau. Tu commençais à t'impatienter ?
- Ça fait quand même deux heures que je tourne en rond ici… dit Malefoy. Tiens au fait, tu as reçu du courrier.
Il désigna du menton la lettre posée sur le bureau. Harry la prit et regarda de qui elle venait.
- Encore le Ministère, soupira-t-il en jetant la lettre dans la cheminée où ronflait un grand feu.
Étonné, Malefoy lui demanda pourquoi il ne la lisait pas et Harry répondit que c'était toujours la même chose.
- Mais dis-moi d'abord pourquoi tu es venu me trouver, dit Harry en s'asseyant derrière un gros bureau de style Louis XIV avec des pattes griffues à la place des pieds. À ta tête, je me doute bien que Voldemort n'est pas le seul acteur dans l'histoire…
Malefoy serra les mâchoires puis s'assit dans un fauteuil proche.
- Non, dit Malefoy. Tu as raison…
- Et tu le reconnais, c'est bien, dit Harry en sortant un tas de copies de son sac.
Malefoy grogna.
- Je suis en danger, dit-il finalement. Danger de mort.
- Ah bon ? dit Harry, moqueur. Plus que d'habitude ? Parce que les Mangemorts, en général…
- Potter… soupira Malefoy. Tu pourrais être sérieux un instant ?
- Désolé, dit Harry. Alors ? Qui veut ta peau ?
- À ton avis ?
- Voldemort ?
- Gagné, marmonna Malefoy entre ses dents. À cause de moi, soi-disant, un de ses plans aurait échoué mais je n'y suis pour rien. En apprenant ça, je me suis enfui et depuis deux mois, j'erre dans le monde Moldu. Mais récemment, j'ai eu un mauvais pressentiment et je devais chercher une cachette plus sûre. Poudlard était la meilleure.
- Je me doutais un peu que c'était ce genre de chose, dit Harry en croisant ses mains sous menton. Néanmoins, comme tu es sans doute le plus jeune de ses fidèles, il te condamne à la place d'un de ceux qui le servent depuis plus longtemps. À moins que ce soit pour faire payer l'arrestation de ton père.
Malefoy ronfla et soupira profondément.
- Et pourquoi viens-tu me voir, moi ? demanda alors Harry en se redressant.
- Je te l'ai dit, j'ai besoin de ton aide… pour me cacher.
Harry fronça les sourcils puis regarda Malefoy. Pour une fois, en dix ans, il semblait sincère.
- Tu ne réponds pas exactement à ma question mais tu m'as l'air sincère, Malefoy, dit Harry. En quoi puis-je t'aider ?
- J'ai besoin de me cacher quelque part… quelques temps… Me faire oublier.
- Ça, j'avais compris, dit Harry. Bon, tu peux rester ici, si c'est ça que tu veux. Je dois juste informer Dumbledore mais il ne verra sans doute aucun inconvénient à ce que tu restes quelques jours.
Le visage de Malefoy s'éclaira brièvement.
- Merci Potter, dit-il en se renfrognant. Je te le revaudrais. Si j'arrive à rester en vie assez longtemps.
Harry secoua la tête puis se leva et se dirigea vers l'escalier.
- Viens, dit-il. Je vais te montrer ton nouveau « chez toi ».
Il s'engagea dans l'escalier et Malefoy le suivit. À l'étage au-dessus, il resta bouche bée devant la pièce qui s'ouvrit à lui.
- Hé bien monte, dit Harry. Ne reste pas dans l'escalier…
- Je dois avouer que tu as du goût, Potter, dit Malefoy en se redressant après avoir passé la trappe. C'est très sympa, ici.
- Merci, mais je n'ai pas décoré cette pièce, elle l'était déjà, dit Harry. Dumbledore m'a donné cet appartement il y a trois ans, quand Lupin m'a pris comme assistant. Il était inoccupé depuis plusieurs années et à part des monceaux de poussière et des colonies d'araignées et de souris, il était en bon état. Je n'ai fait que lui rendre vie et encore, c'est Dobby et Winky qui l'ont fait. Enfin bon, continuons.
Harry alla au fond de la pièce, suivant le mur incurvé, et ouvrit une porte dissimulée par un rideau représentant Gryffondor. Il vit Malefoy froncer le nez en voyant le lion doré qui se promenait sur la tapisserie rouge et il sourit.
- Libre à toi de décorer ta chambre comme bon le semble mais ici, c'est chez moi, dit-il, amusé.
Malefoy grommela et Harry lui montra la salle de bains.
- Il n'y en a qu'une donc on fera avec, dit-il. Si tu restes plus longtemps, on avisera.
Il referma la porte puis se dirigea vers un second escalier en colimaçon, dans l'alignement du premier, que Malefoy n'avait pas remarqué au premier abord. Harry grimpa et ouvrit la trappe qui permettait d'accéder à l'étage supérieur, tout aussi grand que les deux premiers.
- Voici ta chambre, dit Harry. Elle doit être un peu poussiéreuse, je ferais monter Dobby et Winky pour la nettoyer…
Malefoy avait pensé que Harry lui aurait donné une minuscule chambre de type placard à balais mais il était loin du compte. La chambre qu'il avait sous les yeux était immense, de taille équivalente à celle de Harry, mais elle le semblait encore plus sans aucun meuble. Ses murs dénués de tapisseries, boiseries et autres se serait installé.
- C'est vide, constata Harry. Mais ça n'a pas été occupé depuis je ne sais combien de temps et je n'y viens jamais. C'est spacieux mais tu n'as pas de salles de bains ici, la seule qui existe est en-dessous et si cela te dérange de la partager avec moi, tu le dis, en un coup de baguette c'est arrangé.
- Pas la peine, dit Malefoy. Je n'ai pas l'intention de rester des mois, alors on fera avec.
Harry opina puis retourna vers l'escalier.
- Si tu me cherches, je suis au premier, dans mon bureau, dit-il en continuant de descendre. Tu peux arranger comme tu veux.
- Merci Potter, dit Malefoy.
Harry lui fit un signe de tête puis redescendit en fermant la trappe.
- Bon, dit Malefoy en relevant ses manches. Au boulot !
La nuit tombait quand Malefoy, satisfait, assis sur un vaste lit à baldaquin, observait ce qu'il avait fait de l'après-midi.
- Pas mal, dit alors une voix.
Malefoy sursauta et tourna la tête vers la trappe ouverte.
- Ne me fait plus jamais ça, Potter, dit-il en se levant. Je pourrais te blesser involontairement.
- Désolé, dit Harry en montant dans la chambre. Je ne voulais pas te faire peur. Mais tu sais, tu peux te détendre… Ici, tu ne crains absolument rien…
Malefoy ne répondit pas et détourna la tête.
- Fait comme tu veux, dit Harry. Enfin, j'étais juste monté voir comment tu t'en sortais et je vois que tu as terminé. Je vais dîner, tu veux venir ?
- Tu as parlé à Dumbledore ?
- Oui. Il est d'accord pour que tu restes quelques temps ici. Il va envoyer Rogue pour voir où ton cas en est et ensuite on avisera.
Malefoy opina lentement puis pinça la bouche.
- Je n'ai pas faim, dit-il alors. Merci…
Harry hocha la tête puis redescendit et Malefoy entendit la porte principale de l'appartement, se refermer.
Le lendemain, quand Malefoy se leva après la première vraie nuit depuis des semaines, il eut la surprise de trouver Harry dans son bureau, en train de corriger des copies.
- Tu n'as pas de cours aujourd'hui ? s'étonna-t-il en s'approchant.
- Non, répondit Harry avec un sourire. Enfin si, mais pas toute la journée. Deux heures ce matin et deux cet après-midi, après, je vais sur le terrain de Quidditch faire quelques entraînements avec Ron… Tu voudras venir ?
- Weasley ? Il est là, lui ? s'étonna Malefoy.
- Eh oui, dit Harry. Il remplace à présent le professeur Bibine qui a fait une mauvaise chute il y a deux ans. Elle ne peut plus voler et se contente de faire les cours théoriques tandis que Ron s'occupe de la pratique. Ils s'entendent bien, c'est un plus d'avoir un professeur pour chacune des deux disciplines.
Malefoy hocha la tête.
- J'imagine que Granger est ici aussi ?
Harry lui décocha un sourire.
- Elle est devenue l'assistante de McGonagall. À ce qui paraît, elle est très sévère avec les élèves, surtout avec les septièmes années, mais quand je lui en parle, elle me dit que non, qu'elle est comme elle a été avec nous à l'époque.
Malefoy passa sa langue sur ses lèvres puis soupira et se tourna vers l'une des fenêtres. Le soleil se levait sur la Forêt Interdite.
- Rien n'a changé, donc, dit-il. Le trio de Gryffondor est toujours ensemble, rien ne pourra les séparer, pas même les années ou la guerre…
- Peu de choses ont changé depuis notre septième année, tu sais, dit Harry en s'adossant à son fauteuil. La majorité de nos professeurs sont toujours là, les fantômes aussi, et on est en relative sécurité ici donc peu se soucient des Mangemorts de Voldemort…
Malefoy eut un mince sourire et Harry soupira.
- Bon, dit-il soudain en se levant. On va prendre un petit-déjeuner ? Tu dois avoir faim depuis hier soir…
Malefoy haussa un sourcil puis hocha la tête. Les deux garçons descendirent donc dans la Grande Salle, croisant quelques élèves dans les couloirs, bien qu'il soit encore tôt, et quand ils entrèrent dans la vaste salle aux quatre longues tables encore vides, les regards des professeurs déjà présents les accueillirent.
- Ne nous regardez pas comme ça, dit Harry. On dirait que vous avez vu un fantôme !
- Presque, Monsieur Potter, répondit McGonagall. Albus, saviez-vous que…
- Oui, Minerva, Harry est venu me voir hier dans l'après-midi. J'ai autorisé Drago à rester quelques temps au château. Il a… disons… quelques soucis personnels en ce moment.
Assise près de McGonagall, Hermione jeta un coup d'œil à Malefoy. Elle ne l'avait pas revu de la fin de leur scolarité, moment où il était parti sans se retourner, sur le quai de King's Cross. Elle se surprit à le trouver beau, et elle ne devait pas être la seule car plusieurs élèves l'observaient avec un étrange intérêt en chuchotant entre elles.
Durant tout le petit-déjeuner, les élèves, notamment ceux de Serpentards, ne cessaient de jeter des coups d'œil furtifs en direction de la table des professeurs où Malefoy avait pris place, tout au bout, près de Rogue. Ils se demandaient sans doute pourquoi le fils Malefoy était là. Soudain, Lupin en eut assez et, d'un geste de la main, il figea les élèves, la tête face à leurs bols. Des murmures de reproches s'élevèrent de la salle et Dumbledore y resta sourd.
- Ça leur apprendra, dit Lupin en replongeant son attention dans son propre bol de café.
McGonagall, assise à sa droite, poussa un soupir de mécontentement puis elle retourna elle aussi à son petit-déjeuner.
Harry remontait chez lui, suivit par Malefoy qui était soudain muet. Le petit-déjeuner avait, semble-t-il, été une épreuve pour lui, à moins qu'il ne soit préoccupé par quelque chose concernant la raison de sa venue surprise à Poudlard.
- Qu'est-ce que tu as ? demanda Harry au bout d'un moment en s'arrêtant au beau milieu d'un escalier.
Malefoy le regarda avec étonnement et haussa les épaules.
- Malefoy, dit Harry. Je veux bien t'aider mais si tu ne me dis pas ce qui te tracasse…
- Un jour peut-être, dit Malefoy. Mais je n'ai pas envie d'en parler aujourd'hui. Navré.
Harry fronça les sourcils et Malefoy le contourna. Il continua de monter les marches, la tête basse et les mains jointes dans les manches de sa robe de sorcier, à la manière d'un moine.
Harry secoua alors la tête puis reprit sa montée et suivit le blond dans l'appartement. Il le vit disparaître dans l'escalier menant à l'étage et, quelques secondes plus tard, Harry entendit la trappe du second étage qui se referme lourdement. Il soupira puis se mit à son bureau et continua de corriger des devoirs de Gryffondors qu'il devait rendre l'après-midi même.
Quand la cloche sonna, une heure plus tard, Harry rejoignit le professeur Lupin dans sa classe et laissa un mot à Malefoy sur son bureau au cas où il descendrait.
Mais Malefoy ne comptait pas descendre. Il était affalé sur son lit et regardait une photo coincée dans un pendentif d'argent. Soudain, il referma le pendentif et le jeta avec force sur l'oreiller. Il se tourna ensuite sur le dos et soupira. Mais à quoi – ou à qui – pouvait-il bien penser ?
À la fin des deux heures de cours avec Lupin, midi sonnait et Harry remonta chez lui pour déposer des papiers et en reprendre d'autres. Il vit que le mot qu'il avait posé sur le bureau à l'intention de Malefoy n'avait pas bougé.
Il monta donc dans sa chambre, récupéra quelques affaires puis décida de demander à Malefoy s'il voulait l'accompagner sur le terrain de Quidditch. Le prochain cours qu'il avait était en fin de journée, il avait donc toute la pause déjeuner puis les deux heures suivantes pour aller prendre l'air.
Il gravit le second escalier et frappa doucement à la trappe.
Sans réponse, Harry ouvrit la trappe et trouva Malefoy sur son lit, endormi. Il esquissa un sourire puis referma la trappe et rejoignit rapidement Ron sur le terrain de Quidditch.
Celui-ci ne tarda pas à le bombarder de questions à propos de Malefoy et Harry y répondit aussi bien que possible.
- Si je comprends bien, dit Ron en lançant le Souaffle à Harry. Malefoy t'a demandé asile.
- En quelque sorte, répondit Harry en relançant le Souaffle à son ami. Il semblerait qu'il ait fuit les Mangemorts, accusé de ne je sais quelle faute, et qu'il ait besoin d'un abri quelques temps.
- Tu sais ce que tu risques, j'espère, demanda Ron en bloquant la balle rouge d'une main. Il est visiblement devenu un vrai Mangemort, le genre de ceux qui tuent sur ordre…
Harry haussa les épaules.
- Malefoy a beau être un Serpentard, il n'en est pas moins quelqu'un qui a besoin d'aide, dit-il. Il m'a demandé mon aide, à moi, alors que nous étions ennemis par le passé. Même si je ne le porte pas vraiment dans mon cœur, je ne peux pas lui fermer ma porte et avoir sa mort sur la conscience…
Ron soupira. Comprenant qu'il n'arriverait pas à faire changer d'avis son meilleur ami, il lui lança le Souaffle en haussant les épaules.
- Tu as raison, dit-il au bout de quelques secondes. Mais j'aurais été toi, je l'aurais repoussé… C'est bien trop risqué d'héberger un Mangemort, surtout s'il est recherché par les siens.
- Oui, mais tu n'es pas moi, dit Harry en souriant.
Il empoigna alors le manche de son balai et fit signe à Ron de lui faire des passes en allant d'un bout à l'autre du terrain, côte à côte, à environ cinq ou six mètres l'un de l'autre. Ron accepta et ils ne reparlèrent plus de Malefoy durant les deux heures et demie que Harry passa avec le rouquin. C'était une sorte de tradition, depuis trois ans.
Quand la séance fut terminée, Harry remonta chez lui et il trouva Malefoy assit sur le rebord de la fenêtre, perdu dans ses pensées, en train de fumer une cigarette.
Ne voulant pas le déranger, Harry passa près de lui sans rien dire et alla ranger son balai à côté de la vitrine qui contenait l'épée de Godric Gryffondor et divers objets qui lui tenaient à cœur.
- Potter ? dit soudain Malefoy sans le regarder.
Harry le regarda et Malefoy reprit la parole.
- Merci de m'offrir l'hospitalité. J'ai bien vu les regards des professeurs, ce matin, mais…
- De rien, répondit Harry. Ce n'est pas mon genre de laisser mes amis dans le pétrin. Surtout si leur vie en dépend.
- Amis ? dit Malefoy en regardant Harry.
Harry sourit et se mordit les lèvres.
- Désolé, je n'ai pas réfléchi, dit-il.
- Non, non, dit Malefoy. Tu me considère vraiment comme un ami après tout ce que je t'ai fait pendant qu'on était ici ?
Harry haussa les épaules.
- J'avoue, au début, je te détestais puis j'ai appris à te connaître, au fil des ans… Bon, on n'a jamais été de vrais amis, je suis d'accord, disons que le mot est peut-être un peu fort mais… Et puis, tu as eu cette aventure avec Hermione et ça m'a permis d'en apprendre un peu sur toi. De voir le vrai Drago Malefoy…
Malefoy rigola.
- Tu parles d'une aventure ! On est restés un mois ensemble… Je ne sais même plus comment ça a commencé, d'ailleurs…
- Un mois c'est énorme pour deux personnes qui se détestaient, dit Harry. Je suis resté trois semaines avec Cho avant qu'elle me plaque…
- Cho ?
- Chang, une ancienne élève de Serdaigle.
- Ha, la copine de Diggory… Et pourquoi elle t'a plaqué ?
- Soi-disant que je lui rappelais trop Cédric… Je pense plutôt que je lui rappelais Cédric, effectivement, mais uniquement parce que j'étais avec lui quand il est mort…
Malefoy secoua la tête et Harry reprit :
- Tu ne veux toujours rien me dire ?
Malefoy reporta son attention sur le paysage.
- Tu as de la chance, dit-il.
- De ?
- Tu as un job, un appartement… des amis… Alors que moi, j'ai tout perdu du jour au lendemain et que je n'ai aucun moyen de régler cette histoire sans me faire tuer.
Harry sentit sa bonne humeur s'envoler pour laisser place à de la compassion envers Malefoy. Un sentiment étrange qu'il n'avait encore jamais éprouvé pour lui, d'ailleurs, et cela le perturba un peu.
- Être Mangemort est si dur que ça ? demanda-t-il en s'approchant.
Malefoy soupira profondément.
- Plus que tu ne le crois, Potter. Nous sommes très mal payés, quand nous le sommes. Rien ne nous appartient, même pas les femmes que nous prenons en otage… Le Seigneur s'approprie tout et on peut espérer récupérer les restes… si elles sont encore en vie.
Harry hocha lentement la tête.
- Tu sais Malefoy, dit-il en s'appuyant sur le rebord de la fenêtre. Ici, tu es tranquille… Oublie Voldemort et essaye de te changer les idées. Demain, je ne travaille pas du tout et j'avais envie d'aller à Londres… Tu voudras venir avec moi ?
- Je ne sais pas si c'est très prudent… Je suis recherché et les Mangemorts ont des moyens de pistage différents des Aurors…
Harry sourit.
- Tu te soucie pour ma vie, maintenant ?
- Je disais plus ça pour moi, dit-il avec un mince rictus. Mais l'un n'empêche pas l'autre…
Harry soupira alors et regarda dehors.
- Tu sais, je suis très bien capable de protéger quelqu'un… Après tout, je suis Harry Potter et les gens réfléchissent en général à deux fois avant de s'en prendre à moi…
- Je sais me protéger, Potter, répliqua Malefoy. Aurais-tu oublié ce que je suis ?
- Oh non, dit Harry. Mais en matière de défense, j'en connais sûrement plus que toi. Et puis ça te changera les idées.
- Je ne sais pas…, dit Malefoy.
- Tatata, dit Harry. Demain, tu viens avec moi à Londres, sur le Chemin de Traverse, je dois faire quelques courses et après, j'irais voir mes Moldus, ça va faire presque un mois que je ne suis pas allé les voir…
- Tu restes encore en contact avec eux ? demanda Malefoy, étonné.
- Oui, depuis que Dudley s'est fait tuer par un Mangemort, il y a un an, j'essaye de leur remonter le moral comme je peux, dit Harry en regardant le ciel grisâtre. C'est dur pour eux parce qu'ils détestent les Sorciers, que j'en suis un et que leur fils unique a été tué par l'un d'eux…
Harry haussa légèrement les épaules.
- Je ne savais pas, dit Malefoy. J'avais entendu parler d'une mission à Londres mais je n'y ai pas été affecté… Je ne savais pas que c'était tes Moldus qui étaient visés. C'était sans doute dans le but de te faire sortir de Poudlard…
- Sans doute. Mais ça n'a pas fonctionné. J'ai été mis au courant plus d'une semaine après, quand un membre du Cercle du Phénix est allé s'assurer qu'ils allaient bien. Depuis j'essaye d'aller les voir une fois par semaine, mais cela m'est difficile en raison de mon travail. Quand je ne peux y aller, je leur envoie une lettre avec Edwige, le seul animal qu'ils laissent rentrer dans la maison… en dehors de moi !
Malefoy ronfla puis il regarda les élèves de Botanique sortir de leur cours qui avait eu lieu dans la serre n°2. Quelques secondes plus tard, la cloche sonna et Harry soupira. Il était l'heure de reprendre les cours, dernière ligne droite avant la fin de la journée.
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Réécrit le 4/01/2017
