Et oui, vous ne rêvez pas, voici le deuxième chapitre après plus de deux semaines d'écriture (qui, pour raisons personnelles, fut pénible..) J'espère que ça vous plaira !

Surtout, un grand merci à Strider'Arbalest, little-road, ainsi que deux Guests pour leurs reviews. Et merci aussi à Strider'Arbalest et Sayuri494 qui ont mis cette fic dans leurs favoris ainsi qu' à CamilleR, kikibretagne, little-road et shirosaki35 qui la suivent.

Et, juste histoire de rendre à César ce qui lui appartient, les lieux et les personnages appartiennent à tolkien, notre maître à tous, et le prénom de la fiancée d'Elphir vient de Game of Thrones, de G.R.R Martin.

Bonne lecture !

Chapitre 2 : Des jours heureux/Insouciance

Le jour se levait sur la forteresse de Dol Amroth. Le soleil venait lécher de ses rayons encore tièdes les hautes tours de pierre. Les soldats en faction sur les remparts en carré s'étiraient après une longue nuit de veille et regagnaient les tours dans l'attente du premier repas chaud de leur journée, leurs muscles endoloris par la fraîcheur de la nuit accueillant avec reconnaissance la venue du soleil. La citadelle s'éveillait lentement, ses murs de pierre grises perdaient peu à peu la lueur bleutée de la nuit au profit de celle, ambrée, de l'astre levant. Dans les écuries, les chevaux commençaient à s'agiter, impatients de manger. Des cheminées, s'échappaient les fumées grises des premiers feux des cuisines. Dans la cour, les servantes sortaient frileusement remplir des bassines et des cruches à la pompe d'eau douce, écartant à grands renforts de cris les molosses baveux laissés en liberté pour la nuit. Les rayons montaient le long de la facade comme des lianes, se frayaient un chemin derrière les croisées des fenêtres orientées à l'est, couraient le long des dallages jusqu'à accrocher le pied d'un lit et y grimpaient pour tirer du sommeil le dormeur bienheureux qui y rêvait encore.

Toutes les chambres réservées aux invités étaient occupées par des chevaliers de Dol Amroth ou des dignitaires du Gondor. Car, en ce jour d'août 3011, Elphir de Dol Amroth épousait Catelin Oilossë, sœur de l'un des capitaines de l'Ithilien. Depuis un mois, la forteresse était en effervescence : le pont-levis et les grandes portes étaient constamment ouverts afin des laisser passer les messagers portant les invitations destinées aux proches des deux familles et à leurs vassaux, les marchands installaient leurs carrioles dans la cour, faisant de la citadelle un marché temporaire où se cotoyaient les étoffes les plus fines dont certaines, aux dires des commerçants, avaient été tissées par les Elfes, les plus beaux bijoux et joyaux de la Terre du Milieu, forgés par les Nains des Montagnes de Fer, des épices aux noms exotiques arrachées à des prix exhorbitants aux Haradrims, des armes d'un métal éticelant et résistant à n'importe quel choc et encore une quantité d'autres produits tous plus étonnants les uns que les autres.

Malgré la menace que Sauron faisait peser sur les peuples libres depuis une dizaine d'années, le Prince de Dol Amroth, que la proximité du Mordor aurait dû inquiéter, restait persuadé que l'Ennemi se concentrerait d'abord sur Minas Tirith ou Osgiliath avant de venir faire la guerre aux gens de Belfalas et avait donc tout naturellement décrété une semaine de liesse à l'occasion des noces de son fils (à 24 ans, il était plus que temps !) avec celle qui passait pour l'une des plus belles femmes du Royaume de Gondor. Son teint de neige si parfait, qui lui avait valu le surnom d'Oilossë, avait fait le tour de la Terre du Milieu et des seigneurs tous plus riches, plus beaux, plus éloquents les uns que les autres étaient venus dans la haute tour battue par les vents, unique vestige de la puissance de ses ancêtres, demander sa main. Son père était mort lors de l'insurrection de son minuscule territoire perdu dans les Montagnes Blanches à la source du Morthond contre la puissance de Minas Tirith et Denethor, redoutablement pragmatique, avait décidé de laisser la vie aux deux enfants du seigneur belliqueux. Il espérait faire du garçon un soldat dévoué et de la fille, qui était déjà très belle, l'épouse d'un de ses fils. Malheureusement pour les fils de l'Intendant, Catelin, alors qu'elle rendait visite à son frère dans sa garnison, était tombée amoureuse d'Elphir. Lui aussi avait été charmé par la jeune fille et, après l'avoir fréquentée pendant le temps de son séjour, avait demandé à son frère d'armes la main de sa cadette, qui lui avait été accordée avec grand plaisir. Imarhil, quand il avait l'impression que l'ombre de son beau-frère s'étendait sur Dol Amroth plus dangereusement que celle de Sauron, pensait à sa future bru et se rengorgeait à l'idée que cette perle serait le joyeau de la Maison du Cygne, pas de celles des Intendants.

Catelin était arrivée avec le printemps, accompagnée d'une colonne de charrettes transportant les gens et les meubles que son frère lui laissaient pour l'entretien de son futur ménage. Tout Dol Amroth attendait avec une impatience croissante, pressés de découvrir celle dont tous les hommes célébraient la beauté, allant même jusqu'à la comparée à l'une des Premiers Nés. Ils n'avaient pas été déçus : de longues boucles brunes qui cascadaient jusqu'au creux de ses reins, de longs cils noirs sublimants ses grands yeux verts qui semblaient constellés d'étoiles, une taille fine et délicate, des formes harmonieuses, et surtout une peau couleur de neige, la jeune femme avait fait sensation lorsqu'elle était descendue de carosse de son pas délicat, cueillie au vol par Elphir, rayonnant de bonheur et ravi à l'idée qu'une telle beauté ait accepté de devenir son épouse. Imrahil, Erchirion et Amrothos avaient eux aussi été subjugués par la grâce qui émanait de leur nouvelle fille et sœur. Ils avaient posé sur elle des regards respectueux et positivement étonnés auxquels la demoiselle avait répondu d'un petit hochement de tête accompagné d'un sourire de ses belles lèvres qui faisaient penser à des pétales de rose. Seule la petite Lothiriel avait semblée insensible à la douce beauté de Catelin. Au lieu de s'extasier en silence comme tous les autres, elle s'était contentée de laisser errer son regard gris sur sa future sœur avant de lui souhaiter la bienvenue comme la bienséance et son éducation de princesse l'y obligeaient.

Dans les premiers jours, les hommes de Dol Amroth s'étaient inquiétés, effrayés à l'idée que la jeune fille de douze ans ne soit jalouse de la jeune femme à qui l'on accordait tant d'attention. Catelin, habituée à ce que tout le monde succombe à son charme, s'était elle aussi laissée gagner par la crainte générale et avait tenté d'apprivoiser la sœur de son fiancé par des cadeaux, sans succès. La petite continuait de la scruter poliment de ses grands yeux dont le gris rappelait la mer les jours de tempête et ne pas lui adressait pas la parole. La situation commençait à désepérer Imrahil, qui avait déjà suffisamment de soucis avec les préparatifs du mariage. Pourtant, contre toute attente, un soir que la pluie battait les carreaux et que tout le monde était bien au chaud dans le salon, Lothiriel s'était approchée silencieusement et avait proposé à Catelin en lui montrant l'échiquier qui attendait sur un guéridon :

-Tu joues ?

La jeune femme avait levé ses yeux du livre posé sur ses genoux et, d'un hochement de tête, avait accepté. Les quatre hommes les avaient regardées s'installer et commencer une partie, la plus jeune expliquant patiemment à son aînée les rudiments du jeu. Après cette soirée, elles étaient devenues beaucoup plus proches, Lothiriel allant même jusqu'à aider son amie dans ses travaux de couture. De son coté, Catelin suivait la jeune princesse dans ses escapades dans les montagnes ou dans les baies. Elles rentraient souvent toutes deux, échevelées et les joues rougies par les embruns mais riant de bon cœur, leur complicité naissante si visible qu'Elphir charriait sa sœur en l'accusant de lui avoir volé sa fiancée. Amrothos passait désormais moins de temps avec sa cadette et en profitait pour s'entraîner aux armes avec Erchirion et compter fleurette aux jeunes servantes ou aux filles de chevaliers qui écoutaient ses compliments et ses balades maladroites en riant sous cape. Bref, tout le monde avait trouvé son compte dans l'arrivée de Catelin et les jours à venir paraissaient placés sous de bons auspices.


-Lothiriel ! Lothiriel ! Mais où es-tu ? Lothiriel, j'ai besoin de toi !

Cachée dans le renfoncement d'une fenêtre, la jeune fille regardait le soleil jouer avec les vagues, totalement indifférente aux appels incessants et de plus en plus inquiets de la jeune femme qui déambulait dans la citadelle à sa recherche. Elle était déjà passée deux fois devant elle sans la remarquer. Il faut dire que, menue comme elle était, elle se soustrayait aisément aux regards des autres en se dissimulant derrière une tenture ou dans l'embrasure d'une porte. Elle profitait autant que possible de ce don pour faire ce qu'elle voulait, qu'il s'agisse de fouiner dans les greniers ou la bibliothèque ou d'échapper aux interminables leçons de bienséance, de tricot et de chant dispensées par sa gardienne. La pauvre femme avait eu bien des sueurs froides en se rendant compte que, le temps qu'elle fasse deux pas pour ramasser sa pelote de laine tombée à terre, la petite sur laquelle elle devait veiller avait pris la poudre d'escampette. Commençait alors une course-poursuite dans les couloirs qui ne prenait fin que lorsque Lothiriel le décidait et réapparaissait comme par magie sous les yeux interdits de la moitié du château lancée à sa recherche. Au bout d'un an de cache-cache, la vieille femme avait rendu sa démission au Prince étonné du comportement de sa fille. Lui qui n'avait plus quitté son bureau depuis les morts forts proches de son épouse bien-aimée et de sa chère sœur avait eu une conversation avec sa cadette dans le but de la remettre dans le droit chemin. Il lui avait interdit de s'entraîner aux armes avec son frère et de pénétrer dans la salle aux cartes jusqu'à ce qu'elle ait une attitude plus digne d'une princesse. Maligne, la petite avait accédé à toutes les demandes de son père et avait été une enfant exemplaire, ne montant jamais le ton, riant avec parcimonie, s'exprimant avec délicatesse, chevauchant en amazone avec toute la grâce que cette position inconfortable permettait et enchantant tout le château de son chant merveilleux. Au bout de trois mois, le Prince avait levé la punition et Lothiriel avait continué à perfectionner sa connaissance de la géographie de la Terre du Milieu et sa science de l'épée, arme qu'elle préférait nettement à toutes les autres, la jugeant plus légère, plus maniable et plus gracieuse. De plus, depuis l'arrivée de Catelin, il n'était plus question de gouvernante.

Comme à son habitude, Lothiriel attendit que le tapotement léger des pieds nus de sa poursuivante ne soit plus très loin pour sauter de son perchoir sur le sol de pierre.

-Je suis ici.

Un sourire apparut sous les mèches brunes tombant devant le beau visage de la Gondorienne qui arrivait à ce moment précis, sa robe de chambre laissant apercevoir sa chemise de nuit fine.

-C'est là que tu te cachais ? s'étonna-t-elle, un sourcil levé.

-Oui.

-C'est fou, je suis passée je ne sais combien de fois par ici sans te voir.

-C'est parce que tu ne sais pas regarder.

La jeune femme eut un instant d'hésitation, comme si elle doutait de comprendre ce que la fillette si sérieuse qui lui faisait face voulait dire par là. Lothiriel rompit le silence :

-Tu as vu la mer ?

-Pourquoi me demandes-tu ça ?

-Regarde, dit-elle en pointant du doigt les vagues qui léchaient la plage quelques dizaines de mètres plus bas. Le sable est blanc malgré la lumière du soleil. Ça veut dire que tu seras heureuse.

-Plus heureuse que je le suis déjà ? releva la Gondorienne avec un sourire.

-Peut-être, répondit énigmatiquement la petite.

Le sable blanc malgré le soleil était le signe d'un mariage heureux, certes, mais aussi de beaucoup d'enfants à venir. Par contre, personne ne savait si les enfants grandissaient et se fortifiaient tous ou si le grand nombre annoncé ne faisait que pallier celui des enfants qui mouraient. Alors, non, Lothiriel ne pouvait pas garantir que Catelin serait plus heureuse qu'elle ne l'était.

-Tu viens, demanda soudain la jeune femme, je n'ai plus beaucoup de temps pour me préparer.

Lothiriel la suivit jusqu'à la chambre qu'elle occupait en attendant de partager les nuits d'Elphir. Une armada de servantes s'activait en tout sens, réarrageant les couvertures froissées par la nuit, posant des coffres débordants de bijoux sur la coiffeuse aux côtés de flacons d'huiles et de parfums, sortant de sa cachette la robe de mariée ou versant des baquets d'eau chaude dans la baignoire masquée par un paravent dont les vantaux représentaient des cygnes. Quand les deux princesses poussèrent les portes, toutes les femmes arrêtèrent leurs occupations et les saluèrent avec déférence, les plus jeunes osant à peine lever les yeux de peur de commettre une erreur gravissime dont leurs aînées les réprimanderaient dès qu'elles en auraient l'occasion.

-Laissez-nous, je vous prie, dit Catelin de sa belle voix douce.

Toutes les servantes s'évanouirent en un clin d'oeil. La tradition voulait que les femmes de la maison du marié aident la fiancée à se préparer le matin du grand jour. Restés seules, l'épousée disparut derrière le paravent et se glissa dans l'eau chaude tandis que Lothiriel, assise à même le sol de pierre, sortait un à un colliers, bracelets, pendants d'oreilles, tiares, de leurs boîtes, opérant une première sélection pour faciliter la tâche à Catelin. Bientôt, la jeune femme sortit du bain, les gouttes ruisselant sur sa peau blanche, ses boucles gouttant sur le sol. Dès qu'elle se fut séchée, Lothiriel l'aida à revêtir la belle robe blanche aux motifs de fleurs constellés de petits diamants qui la rendait plus brillante dont le décolleté rond dévoilait le haut de sa poitrine ronde. Elle tressa ensuite les longs cheveux bruns en un motif complexe puis aida la jeune femme à appliquer une pointe de fard sur ses paupières. Après cela, elles passèrent un long moment devant les bijoux étalés sur les couvertures, essayant de trouver ceux qui mettraient le plus Catelin en valeur. Le choix fut difficile : les coffres de Dol Amroth contenait des richesses entreposées là depuis des centaines d'années. De plus, chaque mariage, alliance ou autre occasion, avait apporté sa contribution à cette collection déjà bien fournie. Finalement, Catelin se décida pour une paire de boucles d'oreilles en argent agrémentées de diamants, auquelles elle accorda un fin diadème, en argent lui aussi, qui augmentait l'éclat de sa chevelure. Enfin, elle garda autour de son cou un petit pendentif qu'Elphir lui avait offert lors de leurs fiancailles, espérant que ce clin d'oeil toucherait son futur époux.

-Qu'est-ce que tu en penses ? demanda la jeune femme quand elle s'estima prête pour le grand jour, faisant tournoyer autour d'elle les pans de sa robe blanche.

Elle rayonnait littéralement, un bonheur et une joie sans nom éclairant son visage. À son cou, le petit flocon de neige captait la lumière du soleil et projetait autour d'elle mille et une étincelles.

-Tu es très belle, approuva Lothiriel. Je te laisse, moi aussi, je dois aller me préparer.

Et elle déguerpit, courant jusqu'à sa chambre. En chemin, elle se heurta à Erchirion qui portait dans ses bras une tunique bleue et argent.

-Et alors, moustique, rit-il en avisant la tenue débraillée sa sœur, pas encore prête ?

-Je dois juste mettre ma robe...Et je suis pas un moustique ! se défendit-elle en détalant sous les rires de son frère.

Une fois la porte de son repère fermée derrière elle, elle laissa tomber sa robe de toile, se débarbouilla rapidement, enfila en hâte la robe bleue et argent qui attendait sur son lit, glissa ses pieds dans une paire de ballerines, démêla ses cheveux auburns, fit deux tresses qu'elle noua à l'arrière de son crâne et accrocha à son cou un pendentif en argent qui avait la forme d'un cygne, emblème de sa famille. Un rapide coup d'oeil au miroir l'assura qu'elle avait fière allure et elle repartit, plus calmement pour ne pas abîmer sa robe, à la recherche de son père.

Le Prince attendait justement devant la chambre d'Elphir, où les trois garçons étaient enfermés. Quand il vit arriver sa cadette, un large sourire éclaira son visage si taciturne depuis deux ans :

-Tu es superbe, ma chérie.

-Merci, Père, le remercia Lothiriel en allant piquer un baiser sur la joue fraîchement rasée d'Imrahil.

C'est alors que la porte s'ouvrit sur Amrothos, riant encore d'une plaisanterie d'Erchirion. Il baissa humblement la tête en s'effaçant devant son père et serra briévement sa sœur dans ses bras, la complimentant pour sa tenue.

-Ah, Père, Lothiriel ! s'exclama Elphir en les voyant entrer alors qu'il agraffait à sa cape une broche en forme de cygne. Vous avez-vous la mer ? C'est un bon présage.

-Je l'ai dit à Catelin ce matin, intervint Lothiriel en allant s'asseoir sur le lit de son aîné.

-Tu l'as aidée à se préparer ?

-Comme le veut la tradition.

-Et elle...

-Non, frérot, le coupa Erchirion avant qu'il ait fini sa phrase, si tu demandes à Lothiriel si ta future épouse porte une belle robe ou si elle est elle-même belle, tu t'attireras du malheur pour l restant de tes jours.

Elphir leva les yeux au ciel, exaspéré par son frère :

-Et c'est comme ça depuis ce matin...glissa-t-il à l'adresse de sa petite sœur.

Les quatre enfants et leur père éclatèrent de rire, heureux de se retrouver avant de commencer cette journée qui marqueraient un tournant dans la vie d'Elphir mais aussi dans leur vie à tous. Plus rien ne serait plus comme avant : Elphir consacrerait à sa femme la moitié du temps qu'il passait avec sa famille et personne ne l'en blâmerait, conscients du fait qu'il en allait de la pérennité de leur maison. Plus vite Catelin donnerait un fils à son époux et plus vite Imrahil dormirait sur ses deux oreilles, attendant que les trois autres se marient et lui donnent à leur tour des petits-enfants.

Les yeux de Lothiriel se promenaient dans la pièce sans vraiment se fixer sur quelque chose. Ses frères bougeaient sans arrêt (sauf devant les miroirs), cherchant une botte ou s'assurant que les cols de leurs tuniques tombaient bien comme ils le souhaitaient. Tous portaient une tunique bleu-gris au col argenté, un pantalon du même bleu, des bottes noires et la fameuse broche en forme de cygne. Seul Elphir, en tant que futur marié, était couvert d'une cape courte et bleue sur laquelle ses cheveux noirs, exacte réplique de ceux d'Imrahil, retombaient élégamment. Erchirion et Amrothos avaient pour leur part lié leurs chevelures brune et noire. Soudain, elle capta le regard de son père qui, jusqu'alors rivé sur ses fils, exprimait une profonde fierté.

-Les enfants, je voudrais échanger quelques mots seul à seul avec votre frère, si vous le voulez bien.

Erchirion arracha Lothiriel à sa place et la poussa dans le couloir tandis qu'Amrothos refermait la porte derrière eux.

-Qu'est-ce qu'il va lui dire, à ton avis ?

-Peut-être qu'il veut lui expliquer tu-sais-quoi.

-D'habitude, on fait ça avant la nuit de noces, non ? Et de toute façon, Elphir sait comme on fait.

-Ce que tu peux être naïf, Amroth ! Bien sûr qu'Elphir sait comment on fait ! Mais je ne crois pas que Père sache qu'il est déjà au courant !

-Au courant de quoi ? demanda Lothiriel, qui ne comprenait pas ce que ses aînés évoquaient à demi-mots.

Les deux frères en perdirent leur superbe et échangèrent un regard où la gêne le disputait à l'étonnement. Si leur père apprenait quel genre de discours ils tenaient devant leur sœur, mariage ou pas, ils allaient passer un mauvais quart d'heure.

-Je crois qu'on va aller voir où en sont les préparatifs dans la cour...dit Erchirion en entraînant les deux autres à sa suite.

Dans la cour, les caravanes des marchands avaient laissé la place à un long tapis qui courait de l'entrée principale de la citadelle jusqu'à une petite rotonde qui donnait sur la mer. Là, sous ce dôme symbolisant le renouveau et la fécondité et devant le dieu de la mer, les vies d'Elphir et de Catelin seraient unies pour toujours. Erchirion emmena ses cadets jusque-là et, d'un œil expert, observa les rangées de chaises préparées pour les invités, plus ou moins proches suivant leur importance. Des employés de maison disposaient des fleurs blanches de toutes sortes le long de l'allée que Catelin, au bras de son beau-père, traverserait jusqu'à l'homme de sa vie. Tout se mêlait dans le regard de Lothiriel : le tapis bleu, la rotonde aux blanches colonnes de marbres, la blancheur éclatante des fleurs, la mer grise, le ciel d'un bleu clair et sans nuages...Comment se déroulerait son propre mariage ? Épouserait-elle un homme qu'elle aimerait ? Marcherait-elle, fière, au bras de son père ou de l'un de ses frères, à travers le peuple de Dol Amroth réuni, pour voir sa vie liée à celle de son aimé ?

Des exclamations de joie dans son dos lui firent quitter ses réflexions. Deux hommes, jeunes, souriants et magnifiques dans leurs habits d'apparat, venaient à leur rencontre. Le rire du plus grand des deux retentit dans l'air avec la même force insolente que celui d'Erchirion tandis que l'autre, quelques pas en arrière, avait un sourire bienveillant sur les lèvres. Erchirion et Amrothos leur souhaitèrent la bienvenue et ils se serrèrent les épaules selon la coutume du Gondor. Quand ils eurent fini de se saluer, Lothiriel, bousculant ses frères, courut se jeter dans les bras du plus jeune, qui recula d'un pas en arrière pour ne pas s'écraser sur le sol avec elle.

-Faramir ! cria-t-elle, heureuse de voir son cousin.

Le jeune homme sourit :

-Content de te revoir, Lothiriel ! Comment vas-tu ?

-Très bien. Et toi ?

-Ca va...

-Alors, là, je suis jaloux ! intervint son frère, feignant la mauvaise humeur. Ma cousine chérie me préfère mon petit frère !

-Mais non, je vous aime autant l'un que l'autre, se défendit la jeune fille en quittant les bras de Faramir pour aller se pendre au cou de Boromir, ce qui lui rendit le sourire.

-Père sait que vous êtes là ? demanda Amrothos.

-Pas encore, répondit Boromir, Lothiriel toujours accrochée à lui. Où est-il, que nous allions le saluer ?

Les deux fils du Prince échangèrent un regard, la phrase de leur cousin leur remémorant la conversation qu'ils avaient eue au sortir de la chambre d'Elphir, et eurent un petit rire.

-Quoi ? s'étonna l'héritier de l'Intendant. J'ai dit quelque chose de drôle ?

-Non, c'est...dit Erchirion, coupé par un rire spasmodique, c'est juste que...(Amrothos, maintenant tout aussi hilare que lui, lui tapa dans les côtes pour qu'il retrouve son sérieux)Père parle à Elphir de...Enfin, de...

Un éclat de rire gêné l'empêcha de trouver ses mots.

-'Te fatigue pas, lui dit Boromir avec un clin d'oeil complice, on a compris. Amrothos, tu m'avais promis de me montrer l'étalon que ton père t'a offert pour tes dix-huit ans, tu te rappelles ?

-Tu as entièrement raison, reprit le plus jeune des héritiers de Dol Amroth. Venez, il est dans les écuries...

Lothiriel regagna la terre ferme et suivit les jeunes hommes qui marchaient à grandes enjambées en plaisantant gaiement. Seul Faramir, se rendant compte que la fillette n'arrivait pas à garder le ryhtme imposé par son frère, resta en arrière pour l'attendre, ce dont elle lui fut très reconnaissante.

-Pourquoi personne ne veut me dire ce dont Père et Elphir parlent en ce moment ? s'interrogea-t-elle en levant ses yeux gris vers le visage paisible de son cousin.

-Tu comprendras quand tu seras plus grande...répondit évasivement le jeune homme, jugeant que ce n'était pas de son devoir de s'entretenir de ce genre de chose avec elle.

-Qu'est-ce que je comprendrai ? Pourquoi personne ne m'en parle ou ce dont ils parlent ?

-Les deux...

-Et pourquoi devrais-je attendre pour comprendre ?

-Tu es encore trop jeune.

-Tu viens de dire que j'étais trop petite, releva la jeune fille.

-Arrête de jouer avec les mots.

-Pourquoi ? Ça t'ennuie ?

-Moi pas, mais certaines personnes pourraient être ennuyées par cela.

-Qui, par exemple ?

Faramir chercha une réponse qui la satisferait et la dissuaderait de continuer de le bombarder de questions, mais aucun éclair de génie ne lui traversa l'esprit.

-Tu joues toujours aux échecs ? demanda-t-il pour changer de sujet.

Elle acquiesca, son mouvement de tête donnant l'occasion à une mèche rebelle de s'échapper de ses tresses pour tomber le long de sa joue :

-J'ai commencé à apprendre à Catelin.

Faramir sourit. Ainsi, même la fiancée d'Elphir n'avait pas échapper à l'obsession de Lothiriel d'apprendre ce jeu à toute sa famille. Ses frères et son père avaient trouvé une parade et feignaient toujours d'être très occupés pour échapper à la ténacité de la jeune fille. Seul Amrothos cédait parfois aux désirs de sa cadette et la laissait le battre à plate couture malgré ses efforts pour pimenter la partie. À en croire Imrahil, cette passion qu'entretenait sa fille depuis deux ans était dûe à sa rencontre avec Denethor et il ne se passait pas une journée sans que le Prince trouve à reprocher secrètement à l'époux de sa sœur le comportement mystérieux de sa cadette. Comme si l'Intendant, du haut de sa tour de Mians Tirith, pouvait avoir une quelconque influence sur le destin de Lothiriel...

Ils arrivèrent bientôt à la carrière où Boromir et Erchirion, déjà accoudés à la barrière, attendaient qu'Amrothos sorte son cheval de son box. Quand Faramir et Lothiriel les rejoignirent, les deux jeunes hommes parlaient du mariage d'Elphir.

-Où dis-tu qu'il l'a rencontrée ? demandait Boromir.

-En Ithilien...

-Je ne savais pas que les jolies filles poussaient dans les forêts, ironisa l'autre. Si j'avais su, j'aurais pris la place de mon frère. D'ailleurs, tu as sûrement déjà vu Catelin, Faramir.

-La fiancée d'Elphir ? Oui, bien sûr. Elle a rendu visite à son frère il y a un moment, et c'est là qu'elle a envoûté notre cher cousin.

-Et...Est-elle aussi belle qu'on le dit ?

Erchirion fit signe à Faramir de garder le silence :

-Je te laisse la surprise, mon cher frère, répondit simplement ce dernier.

-Ça doit en valoir la peine, alors...

-Et vous, toujours pas de projets de mariage ? demanda Erchirion.

-Non, avoua Boromir. De toute façon, je préfère ne pas m'attacher à une femme. Pourquoi n'en prendre qu'une quand on peut toutes les avoir ?

-Donc, tu ne crois pas à l'amour ?

-Si ! Mais je trouve qu'il faut partager ! Quand je pense à toutes les filles qui seraient malheureuses à en mourir si je me mariais...Je laisse donc la dure tâche de perpétuer la race à mon petit frère adoré. Enfin, pour ça, il faudrait d'abord qu'il rencontre une femme suspectible de lui donner des héritiers. Et c'est pas en restant terrer dans les forêts qu'il y arrivera !

-Tu parles comme Père, soupira Faramir, en lançant un regard dur à son aîné.

-Pour la simple et bonne raison que notre père a raison, petit frère, même si ça nous déplait à tous deux.

C'est alors qu'Amrothos sortit des écuries, tenant par une longe reliée à un fin licol de cuir un magnifique cheval. L'étalon possédait une belle robe baie qui prenait des reflets rouges à la lumière du soleil. Sa crinière d'ébène appuyait chacun de ses mouvements et sa longue queue fouettait l'air. Il s'avançait, avec grâce et majesté, sur ses fines jambes qui lui donnaient des airs d'échassier. Quand il atteignit la barrière où les spectateurs étaient accoudés, il releva fièrement la tête et poussa un puissant hennissement, comme pour prouver au monde entier son existence.

-Et l'on dit que les seuls beaux chevaux viennent du Rohan...souffla Boromir.

Le cheval approcha son nez de la main que Lothiriel, en équilibre sur la barrière pour être à sa hauteur, lui tendait. Elle caressa le chanfrein de l'étalon, démélant délicatement de ses doigts le long toupet où se cachaient quelques brins de paille. Le cheval pressa sa tête contre la main de la petite fille tandis qu'elle lui grattait le front et ferma les yeux, parfaitement à l'aise.

-Quel âge a-t-il ? demanda Faramir à son cousin.

-Wilwarin a cinq ans, expliqua Amrothos, tout content de pouvoir vanter les mérites de sa monture. Il vient d'un petit élevage de Lebennin. Père l'a remarqué lors d'un voyage chez l'un de ses vassaux et il l'a acheté. Il est très rapide mais, malheureusement, il s'essoufle vite. On a encore besoin d'entraînement tous les deux, mais il progresse vite et on s'entend bien. Il n'a pas du tout peur du bruit des armes ou du feu et il passerait des torrents si je le lui demandais.

-Le cheval parfait, en quelque sorte, sauf qu'il ne vole pas, dit Erchirion en imitant à la perfection l'air de satisfaction peint sur le visage de son cadet, ce qui provoqua une avalanche de rires du côté des autres.

Amrothos allait répliquer quand le Prince Imrahil, accompagné d'Elphir, vint à leur recontre :

-Boromir ! Faramir ! Vous êtes enfin là ! Mais pourquoi n'ai-je pas été informé de votre arrivée ? Enfin, ça n'a pas d'importance.

Ils se serrèrent les avants-bras selon les coutumes du Gondor.

-Votre père n'a pas changé d'avis ? demanda Elphir après avoir lui aussi salué ses cousins.

Les deux frères hochèrent la tête en choeur. À l'annonce du mariage du premier fils d'Imrahil, Denethor avait immédiatement renvoyé une réponse négative par le biais du messager du Prince, l'informant que des affaires urgentes l'empêchaient de se joindre à la fête mais que ses fils iraient à sa place. Elphir et Lothiriel avaient espéré qu'il reviendrait sur sa décision, mais c'était visiblement peine perdue.

-Alors, tu t'es décidé à faire le grand saut ? commença Boromir en passant un bras par-dessus les épaules de son cousin et en l'entraînant à l'écart, laissant les autres seuls.

-Amrothos, s'énerva le Prince quand il se rendit compte que son cadet tenait son cheval en main, va remettre ce cheval dans son box et débarrasse-toi de toute cette poussière qui encombre tes habits ! C'est bientôt l'heure ! Allez prendre place, vous autres, je vais chercher la mariée !

Le jeune prince aux cheveux bruns s'éclipsa et Erchirion, Faramir et Lothiriel marchèrent jusqu'à l'endroit où devait avoir lieu la cérémonie. La plupart des chaises étaient déjà occupées. Lothiriel ne put s'empêcher de pouffer lorsque, alors qu'ils traversaient rapidement l'assemblée pour rejoindre leur place, des femmes (jeunes et moins jeunes) aux robes dévoilant une grande partie de leur poitrine et aux coiffes hautes comme des maisons jettèrent des regards langoureux et aguicheurs aux deux jeunes hommes. Les joues de Faramir prirent une belle teinte rosée et le sol sous ses pieds lui sembla soudain être la chose au monde la plus digne d'intérêt tandis qu'Erchirion se mit à rouler des mécaniques et à promettre aux plus jolies des filles de leur accorder une danse lors du bal. Ils atteignirent finalement leurs sièges au premier rang et s'installèrent, les pieds de Lothiriel se balançant à une dizaine de centimètres du sol. Amrothos se fraya un chemin pour les rejoindre, bientôt suivi par Boromir qui se glissa sur la dernière chaise de la rangée. Enfin, Elphir vint se poster sous le dôme, les yeux rivés sur l'endroit où Catelin allait arriver. Soudain, des trompettes retentirent et tous les invités se levèrent dans un concert d'étoffes froissées. Lothiriel, au lieu de se tourner comme tout le monde vers la citadelle, regarda son frère qui, lorsqu'il se rendit compte que sa petite sœur avait ses grands yeux gris posés sur lui, planta ses pupilles dans les siennes. Une chose étrange se démenait dans les fond des yeux gris d'Elphir : il semblait fier de lier sa vie à celle d'une femme aussi merveilleuse que Catelin, heureux de prendre un engagement solennel devant sa famille, mais aussi apeuré à l'idée de ne pas être à la hauteur de quelque manière que ce soit, de voir sa vie changer radicalement sans espoir de retour en arrière. Lothiriel lui sourit, espérant réussir à donner à son frère la force de refouler ses inquiétudes pour se consacrer uniquement à son bonheur.

La mariée se rapprochait, on entendait son pas léger flotter sur l'épais tapis. Quand elle passa à côté d'elle, Lothiriel croisa son regard qui exprimait les mêmes émotions que celui d'Elphir. Une preuve, s'il en manquait, qu'ils étaient faits l'un pour l'autre...Elle avait posé sur ses cheveux un fin voile qui couvrait son doux visage. Quand elle arriva sous le dôme, Imrahil prit la main de sa bru et la posa, ému, dans celle de son fils, avant d'aller s'asseoir aux côtés de sa fille.

Les deux jeunes gens paraissaient prêts à éclater de joie. Plongés dans le regard l'un de l'autre, ils échangeaient des serments muets, prémisses de ceux qu'ils prononceraient bientôt devant l'assemblée réunie. La blancheur de la robe de Catelin éblouissait sous les rayons du soleil, si bien qu'elle ressemblait à une étoile venue briller sur Terre.

-Moi, Elphir de Dol Amroth, fils d'Imrahil, je te le demande, Catelin Oilossë, veux-tu de moi pour époux ?

-Oui, moi, Catelin Oilossë, fille de Beral, j'entends ta requête et je t'accepte, Elphir de Dol Amroth, comme époux. Et toi, veux-tu de moi pour épouse ?

-Oui, moi, Elphir de Dol Amroth, j'entends ta requête et je t'accepte, Catelin Oilossë, comme épouse. Je jure devant le dieu de la mer et devant ces hommes réunis de t'aimer, de te chérir et de t'honorer et je te prends, devant mon peuple et sur ma terre, comme légitime épouse.

-Je jure devant ces dieux qui sont les tiens et devant ces hommes réunis de t'aimer, de te réconforter et de porter tes enfants et je te prends, devant ton peuple et sur cette terre qui est désormais mienne, comme légitime époux.

Elphir, des étoiles pleins les yeux, souleva délicatement le voile qui recouvrait le visage de Catelin et, avec une douceur incomparable, posa ses lèvres sur les siennes. Sous les vivas de la foule, ils s'enlacèrent. Ils étaient liés par le mariage, nul ne pouvait dénouer leur union. Entre deux applaudissements, Lothiriel posa les yeux sur son père. Il pleurait.


La journée qui s'ensuivit fut des plus agréables. L'on mangea longuement des mets tous plus divins les uns que les autres, l'on but des tonneaux entiers à la santé des jeunes mariés et les murs de la citadelle retentirent tout l'après-midi des rires des enfants.

Enfin, lorsque les derniers plats furent vides et que tous se furent remplis la panse à sasiété, Elphir prit la main de sa femme et l'emmena jusqu'à l'endroit de la cour que l'on avait dégagée pour aménager une piste de danse. Les musiciens entamèrent une valse et les deux amoureux ouvrirent le bal dans les bras l'un de l'autre, se dévorant mutuellement des yeux. Erchirion les rejoignit quelques instants plus tard avec une jeune femme aux cheveux noirs et aux yeux bruns dont la beauté compensait les piètres qualités de danseuse et la conversation assez limitée. Le suivant fut Boromir, avec à son bras sa première conquète de la soirée, une demoiselle filliforme aux longs cheveux blonds comme les blés et au rire de crécelle. Amrothos, Faramir et Lothiriel restaient assis sur leurs chaises, regardant les danseurs évoluer sur la piste. La jeune fille remarqua un groupe de femmes d'une vingtaine d'années qui regardaient ses deux compagnons de table avec intérêt.

-Tu crois que c'est nous qu'elles regardent ? demanda Amrothos quand il prit enfin conscience de leur présence.

-Y a des chances...

-On devrait peut-être aller en inviter une chacun, histoire de pas passer pour des nuls même pas capable d'avoir une cavalière.

-C'est une bonne idée.

-J'y vais si tu y vas le premier.

-Quoi !? manqua de s'étrangler Faramir. Mais tu sais très bien que je perds tous mes moyens dès qu'une fille me plait ! Je ne sais pas quoi dire, je m'embrouille...Tu n'as qu'à y aller. Moi, il n'y a que la blonde avec la robe mauve que je trouve jolie...

-Mmmh, c'est vrai qu'elle est pas mal, approuva Amrothos. Mais je préfère la rousse qui porte une robe verte.

Lothiriel, mi-amusée, mi-désespérée par l'attitude des deux jeunes hommes, se leva et marcha droit vers le groupe de jeunes femmes qui lorgnaient toujours dans leur direction. Quand ils comprirent ce qu'elle s'apprétait à faire, Faramir et Amrothos avalèrent de travers et hésitèrent un bref instant à courir ratrapper la petite fille. Ils préférèrent faire comme si de rien n'était et faire semblant de mater d'autres filles.

-Bonsoir ! clama Lothiriel en s'incrustant dans le groupe. Il y a deux jeunes seigneurs là-bas intéressés par vous, mais ils sont trop peureux pour vous le dire. Alors, voilà, maintenant que vous le savez, bonne soirée !

Et elle repartit, laissant les jeunes dames incrédules. Quand elle regagna son siège, un sourire satisfait flottant sur le visage, son frère et son cousin la dévisagèrent comme si elle était folle :

-Non, mais qu'est-ce que tu as fait ? Elles vont nous prendre pour des imbéciles !

-Peut-être pas...renchérit-elle.

En effet, quelques instants plus tard, deux demoiselles, blonde et rousse, arrivèrent en se trémoussant d'un air gêné jusqu'à la table où ils attendaient.

-Euh, bonsoir, commença la blonde, un bras derrière la nuque. On se disait que, comme vous êtes seuls et, euh...que nous aussi et bien on...on pourrait danser.

-Pasdeproblèmeceseraitavecpla isir ! débitèrent les deux autres d'une traite et d'une manière incompréhensible en se levant pour les inviter.

-Chouette ! laissa échapper la rousse quand Amrothos l'emmena sur la piste de danse et passa un bras autour de sa taille.

Lothiriel sourit en voyant ses frères et ses cousins danser et s'amuser. Elphir et Catelin, seuls au monde, s'embrassaient à pleine bouche, Erchirion faisait tourner à toute vitesse sa partenaire, Boromir draguait une jeune fille gloussante dans un coin et Amrothos et Faramir dansaient maladroitement, osant à peine adresser la parole à leurs partenaires de peur de dire des bêtises.

-Tout va bien ?

Imrahil venait de prendre un siège près de sa fille :

-Tu as déjà dansé ?

-Personne ne m'a invitée, expliqua Lothiriel.

-Ooh ! Et bien, tant pis pour tous ceux qui n'ont pas saisis leur chance, parce que moi, je vous invite, mademoiselle, si vous voulez bien de moi pour cavalier.

-Avec plaisir, répondit-elle, sourire aux lèvres, en esquissant une révérence.

Elle dansa un long moment dans les bras de son père, savourant la chaleur de plus en plus diffuse de la nuit et la lumière de la lune qui concurrençait les torches. Elle vit du coin de l'oeil Elphir porter Catelin dans ses bras et entrer dans la citadelle puis le sommeil la cueillit et elle s'endormit contre son père.

Et wala ! J'espère que ça vous a plu...J'attends vos impressions et commentaires !