Chapitre 2 : Où Séverus apprend

Mélie pénétra dans la grande salle avec un serrement au cœur. C'était sa dernière année à Poudlard et par conséquent sa dernière année loin de Voldemort. Elle ne voulait pas penser à ce qui se passerait quand tout cela serait terminé. Elle ne voulait pas penser au moment fatidique où le Seigneur des Ténèbres lui confierait une mission telle qu'il en confiait à son père. Elle n'était pas naïve… Elle savait que s'il l'avait formé à la magie noire la plus puissante qui soit, c'était pour l'utiliser. Elle se refusait de penser au moment où il l'obligerait à tuer des gens innocents. Pour l'instant elle était dans sa véritable maison et c'était tout ce qui comptait. Après bien sûr, il y avait toujours ce problème qui pesait sur elle depuis maintenant plusieurs mois. Ce problème là, elle ne pourrait plus le repousser encore très longtemps et la meilleure solution qui se présentait à elle, c'était de se confier à son cousin, Séverus Rogue. Ce même cousin qui la fixait d'ailleurs d'un œil interrogateur de la table des Serpentards. Se rendant alors compte qu'elle s'était arrêtée en plein milieu de la salle, elle rejoignit précipitamment ses camarades.

Excuse-moi pour tout à l'heure, Mél… Je me suis montrée maladroit.

Séverus affichait un sourire penaud. Mélie hésita tout de même quelques instants avant de répondre :

On ne va pas se disputer pour ça de toutes façons… J'ai peut-être été un peu violente.

Le jeune homme se mit à rire en se massant la joue, où une trace rouge se discernait nettement sur sa peau habituellement blafarde. Ce fut au tour de Mélie d'avoir un sourire d'excuse.

Autour d'eux les autres élèves ne leur prêtaient pas attention. Ils étaient habitués à la famille Rogue, aussi excentrique que renfermée, sujet de raillerie générale. Malgré leur beauté aristocratique, cela faisait bien longtemps que les filles et les garçons avaient cessé de les convoiter. Et les gens qui auraient tenté quoi que ce soit ce seraient heurtés à un mur. Séverus Rogue se préoccupait uniquement de ses études et Mélie Rogue semblait constamment dans un autre monde.

Une fois que la répartition et le banquet furent terminés, les élèves rejoignirent leur dortoir respectif. Alors que Mélie passait près de la table des Gryffondors suivie de près par son cousin, elle fut interpellée par une voix chaleureuse :

Mélie !

Celle-ci se retourna et se retrouva face à Lily Evans, rayonnante dans les bras de son petit ami James Potter, les inséparables maraudeurs tout autour du couple. Elle prit un ton neutre pour répondre :

Oui ?

Attends-moi deux minutes s'il te plaît et je t'accompagne jusqu'à notre nouvel appartement. Il ne me semble pas t'avoir précisé où il se trouvait.

D'accord !

Les quatre garçons ne dirent rien, que ce soit à elle où à Séverus, mais ils leur jetèrent des regards méprisants. Devant la jolie rousse, ils ne les embêtaient jamais. D'ailleurs depuis l'année dernière les taquineries incessantes s'étaient largement apaisées, laissant enfin respirer son cousin, victime constante des maraudeurs, contrairement à Mélie qui l'était bien plus rarement.

Lily finit par se lever et rejoignit sa coéquipière qui l'attendait devant la porte. Elle la conduisit par un dédale de couloir jusqu'à une grande statue qui représentait une chimère. La Gryffondor donna le mot de passe et la statue bougea pour les laisser entrer dans un bruit d'outre-tombe. Mélie se retrouva dans un grand salon où étaient représentées les couleurs des quatre maisons. Des fauteuils à l'aspect confortable attendaient de potentiels occupants près de la cheminée éteinte à cette époque de l'année. Des marches menaient à quatre portes différentes, chacune aux couleurs d'une des maisons.

Dès qu'elle eut repéré la sienne, Mélie s'y précipita sans un mot et claqua la porte derrière elle. Elle ne voulait surtout pas de la pseudo-amitié de cette Lily Evans, qui étant gentille avec tout le monde, en devenait abject. Peut-être un jour devrait-elle la tuer sur les instances de Voldemort… Non, il ne fallait pas y penser… Elle boucla sa porte avec un sort puissant que même la parfaite préfète ne pourrait contrer s'il lui en venait l'idée et se mit à déballer ses affaires. Elle en sortit plusieurs chaudrons, de nombreux flacons aux substances illicites et des ingrédients pour ses potions. Après avoir soigneusement rangé toutes ses précieuses possessions, elle observa la chambre : un grand lit à baldaquin aux couleurs des Serpentards, une table de chevet, une armoire et un bureau… Là étaient les seuls meubles de la pièce. Une porte donnait sur la salle de bain. Cela allait parfaitement à Mélie, elle avait ainsi eu la place pour ranger tout son matériel. Elle jeta un sort d'insonorisation… au cas où… on ne savait jamais… puis elle enfila sa chemise de nuit. Elle rompit les sortilèges qui l'enveloppaient et se regarda dans la glace qui se trouvait dans la salle de bain. Une jeune fille à l'air épuisé lui faisait face, la fixant d'un regard vide. Ses yeux s'abaissèrent vers son corps… La jeune fille d'à peine dix-sept ans arborait un énorme ventre... Incontestablement, elle était enceinte… et la délivrance était proche…

Séverus,… j'ai quelque chose à te dire !

Le jeune homme interloqué fixa Mélie, attendant qu'elle s'explique. Depuis la rentrée, une semaine auparavant, elle avait eu une attitude étrange. Comme-ci elle lui cachait quelque chose. Peut-être allait-il enfin comprendre.

Elle l'attira dans une salle de classe vide, ferma la porte et inspira bruyamment avant de se lancer :

Jesuisenceinte !

Quoi ?

Oui, je sais, ça parait incroyable, mais j'ai utilisé des sorts pour le cacher et même Voldemort n'y a vu que du feu. Tu te rends compte même lui, j'ai réussi à le berner tout l'été. C'est depuis Noël, je m'en suis rendue compte trop tard. C'est bientôt la fin et je vais avoir besoin de toi. Tu es d'accord pour m'aider et pour ne rien répéter ?

Mélie qui avait détourné le regard tout le long de son explication, fixa son regard dans celui de son cousin, qui avait l'air d'être dans le brouillard le plus complet.

Mais de quoi parles-tu ? Je n'ai rien compris !

Je répète : Je suis enceinte de Voldemort !

QUOI ?

Cette fois, le cri de Séverus c'était fait plus perçant. Et là devant lui, Mélie Rogue, cette fille imperturbable, se mit à pleurer. Elle ne pouvait plus s'arrêter, elle pleurait, pleurait, pleurait… sous le regard impuissant de son confident, qui tentait vainement de la consoler.

Tu comprends… hoqueta t-elle… ça a beau être… l'enfant de… de cette ordure,… je veux… le garder, je ne veux pas qu'on me… le prenne… et surtout je veux le tenir loin… de Lui…

Le Serpentard attendit que la jeune fille se calme, qu'elle ait repris ses esprits, la serrant dans ses bras pendant de longues minutes. Les sanglots finirent par s'espacer pour finalement s'arrêter complètement. Séverus questionna alors :

Que comptes-tu faire ?

Eh bien… J'y ai déjà un peu réfléchi… Je vais me débrouiller seule pour ce qui est de l'accouchement…

Elle fit taire les protestations de son cousin :

Je t'assure, c'est le cas de pleins de femmes. Après je le garderai avec moi, je le cacherai dans ma chambre et si tu veux bien tu m'aideras à m'en occuper.

Il la regarda incrédule, se demandant si elle était devenue folle :

Mais Mél, tu te rends compte de ce que représente la charge d'un enfant… ça passe son temps à chouiner, à réclamer à manger ! Tu n'auras plus le temps de rien faire…

Mais que veux-tu que je fasse d'autre ?

Parles-en à Dumbledore ! Tu peux avoir confiance en lui !

Oh non, quand il saura de qui il est, il me méprisera, ou alors il prendra peur, ou il voudra m'utiliser moi… ou même l'enfant. Non, pas ça s'il te plaît, Sév…

Quand elle lui parlait comme ça il ne pouvait pas résister, il allait accepter, il le sentait… Il tenta tout de même un dernier argument :

Tu n'es pas obligé de lui dire qui est le père. C'est un homme compréhensif d'après tout ce que disent les autres élèves.

Il finira par le savoir, tu le sais très bien… Ce n'est pas pour rien que c'est le sorcier le plus puissant d'Angleterre !

Séverus soupira. Avait-il vraiment le choix ? Peut-être finirait-elle par se rendre compte elle-même qu'elle faisait fausse route que la situation serait intenable… En attendant il devait la soutenir du mieux qu'il pouvait :

Quand devrais-tu accoucher ?

A la fin du mois, si tout va bien !

Dans trois semaines alors…

Mélie hocha la tête, soulagée. Il n'avait pas trop mal pris la chose. Mieux que le jour où il avait appris pour sa liaison avec Tom en tout cas. Enfin, à ce niveau là pouvait-on vraiment parler de liaison ? Quand à l'âge de quatorze ans, un homme, qui a le quadruple de ton âge, te demande avec onctuosité de rejoindre ses draps et que tu acceptes car ton père t'as clairement fait comprendre qu'il faut obéir au doigt et à l'œil à cet homme, si tu ne veux pas qu'il t'arrive malheur et en plus de cela donner l'impression d'être satisfaite… Et il y avait cette phrase, cette phrase qui revenait en boucle dans son esprit depuis bientôt huit ans :

Ferme ton esprit Mélie, ferme le… puis transforme les images qui s'y trouvent, modifies-les pour qu'elles correspondent aux désirs de la personne qui essaye de le percer…

La voix de Robert Rogue... Lui aussi elle le détestait… Il avait laissé faire… Il n'avait jamais rien dit… Juste cette phrase, cette phrase maudite qui la maintenait en vie.