Note de l'auteur:

Bonsoir/Bonjour à toutes et à tous. Voilà la suite des péripéties de Caroline.

Dans ce chapitre ont été censurés les gros mots (on sait jamais, au cas où il y a des plus jeunes qui lisent sur le net avec leurs frères et soeurs plus âgés)

J'espère que cela ne vous gênera pas dans votre lecture !

N'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez dans vos reviews, histoires que je puisse améliorer les choses dans les chapitres suivant.


Chapitre 2: Conversations et révélations.

Ce matin, j'ai la surprise de sentir, accroché autour de mon cou, le collier que le comte m'a donné hier soir. Je n'ai donc pas rêvé ! Je me suis rendue en plein 18e siècle où j'ai rencontré mon père, en plus de lui avoir sauvé la vie comme par miracle. Je vais devoir discuter avec ma mère tout à l'heure mais pour l'instant il faut que je me prépare avant de descendre. Une fois ceci fait, je rejoins Maman en cuisine. Elle est déjà entrain de préparer les toasts, quant à la confiture, elle est sur la table prête à être étalée sur le pain grillé. Je m'assois en face d'elle, elle ne m'a pas entendue, comme souvent à cette heure-ci. D'habitude, je la laisse constater ma présence avant de lui adresser la parole, mais là, je ne suis pas d'humeur à patienter.

D'une voix qui laisse deviner que quelque chose ne va pas, je salue ma mère en essayant de ne pas faire une expression trop empreinte de la colère que j'essaye de contenir le plus difficilement du monde. Elle me demande alors, en affichant une expression trahissant son ironie:

- Que se passes-t-il ma chérie ? Tu t'es levée du pied droit ce matin ?

- Non … J'ai seulement eu une surprise pendant la nuit.

- Ah bon … Quel genre ?, demande-t-elle en me donnant l'impression qu'elle est tendue.

- Je me suis retrouvée propulsée dans un autre siècle, alors que je pensais, pour la première fois depuis des années, à ce que tu m'a raconté sur mon père.

Prenant une pause d'à peine une seconde, j'enchaîne les phrases suivantes d'un bloc:

- Je l'ai rencontré, j'ai atterri dans sa chambre. Il n'était pas en forme et il a failli mourir devant mes yeux !

Le visage de ma mère blanchit à ses mots et je me sens un peu mal à l'aise. Je n'aurais peut-être pas du lui dire ça de cette façon. Tant pis, maintenant, le mal est fait. Je la regarde, attendant qu'elle dise quelque chose, tandis que je prépare mes tartines, un peu honteuse de mon attitude. Elle arrête ce qu'elle fait puis me dit:

- Je comptais t'en parler depuis longtemps, mais je ne savais pas comment amener

le sujet ... Que s'est-il passé au juste ?

- Tu aurai eu l'occasion à chaque fois que tu m'as parlé de lui. Je ne demandais qu'à en savoir plus et ce serait mieux passé que maintenant. Si j'avais su pour ton pouvoir avant, je ne l'aurais jamais vu dans un tel état. Il a remplacé son jumeau dans son rôle de comte. On l'a empoisonné, pensant par ce moyen, tuer le véritable comte de Saint-Germain, mon oncle. Le pauvre, son visage était perlé de sueur et son corps entier était secoué de convulsions. Que crois-tu que j'ai ressenti à ce moment-là ?! J'étais sous le choc, et puis d'un seul coup, comme par miracle, il était guéri.

J'arrête de parler un instant pour me rappeler l'air doux et étonné du comte et poursuis:

- Il n'a pas comprit comment je suis parvenu à faire ça et à vrai dire moi non plus. J'ignore si cela me vient de toi ou non, mais en tout cas, après, nous avons mangé un morceau en discutant puis nous nous sommes mis à jouer du piano. Voilà ce qui s'est passé.

Elle me regarde comme si j'étais une créature étrange et demande:

- Mon Dieu ... Tu plaisantes j'espère ?

Je croise les bras puis demande vexée:

- Tu ne me crois pas lorsque je te dis que je l'ai vu ou c'est le reste qui te paraît impossible ?

Elle semble hésiter avant de demander:

- As-tu une preuve que tout cela n'est pas un rêve ?

Je soupire en lui lançant un regard mauvais puis je dis un peu agacée:

- Bien sûr. Il m'en a donné une, je pense qu'il devait se douter que tu ne me croirais pas sans cela.

Je sors de sous ma chemise d'uniforme, le collier que le comte a attaché à mon cou, et le montre à ma mère. Elle connaît tous les bijoux que je porte, mais, celui-là, elle ne l'a jamais vu auparavant. Elle sait que je ne lui cache rien, encore moins l'achat d'un bijoux. Elle s'en saisis doucement, et l'examine sous toutes ses coutures. Elle écarquille les yeux sous le choc puis m'interroge à nouveau:

- Alors, tu n'as rien inventé ?

- Non, tu as vraiment cru que je créerais de toutes pièces une chose qui paraît aussi improbable ?

- Je suis désolée ma chérie ...

- Maman, ça me fait de la peine que tu me fasse moins confiance qu'une personne que je viens juste de rencontrer.

Elle s'apprête à dire quelque chose lorsque soudain, une ombre apparaît à la fenêtre, attirant mon attention et la stoppant dans son élan.

C'est un aigle qui me regarde de derrière la vitre. Je m'approche de cette dernière, laisse entrer l'animal qui se pose sur mon épaule, en douceur, et me tend une de ses pattes. Un message est enroulé autour de ses plumes à l'aide d'un fil rouge. Je le dénoue et récupère le papier, l'animal reste perché sur mon épaule tandis que je retourne m'asseoir près de ma mère. Je déroule le petit parchemin, je ne connais pas cette écriture, mais parviens à déterminer, grâce à la couleur de l'encre : vert émeraude, qu'il s'agit d'un message de Bastien. Il arrive directement du passé ! Je me demande comment c'est possible, et espère que la réponse à cette question est présente sur cet ancien papier.

L'oiseau, a un regard qui me fait penser à celui que m'a lancé Bastien lorsque je suis partie hier soir: rempli d'affection. Je crois que j'ai vraiment un bon contact avec ces animaux-là, avec les bêtes en général en fait. Je lui caresse la tête comme s'il n'était pas un terrible prédateur, mais un gentil animal domestique et je lis à voix haute le contenu de ce que je viens de recevoir :

"Chère Caroline, j'ai beaucoup apprécié le moment que nous avons passé hier soir ensemble. J'aimerais apprendre à mieux te connaître. De plus, je souhaiterais que tu reviennes chez moi, le plus souvent que tu le pourras. Sache que ma maison te seras toujours ouverte et Gérôme sera plus que ravi, ainsi que le reste de la maisonnée, de te revoir dans nos murs, comme c'est mon cas. Embrasse ta maman pour moi. Bonne journée, dans l'espoir de te revoir bientôt, Baptiste de Saint-Germain, dit Bastien Nolan.

PS : J'ai placé quelques petites choses pour toi dans les caches de la maison, toutes indiquées sur le petit plan joint à ce message.

PPS: Ne t'en fais pas pour l'aigle, c'est un animal envoyé par l'un de mes descendants. Je pense qu'il attend avec impatience de faire ta connaissance. Si jamais tu le vois, et c'est fort probable, puisque ma descendance ne vit pas loin de la maison où tu habites, salue-le de ma part. Gérôme."

Une fois le mot lu, je lève un regard noir sur ma mère et lui dit, furieuse:

- Encore quelque chose dont tu as omis de me parler ? Franchement Mom, tu dépasse les bornes là ! Que tu me caches tes capacités particulières ça passe encore puisque tu ne les as plus, mais ne pas me dire que nos voisins sont en lien avec le serviteur de mon père, là, c'est grave !

J'embarque le plateau que je me suis préparé pour le petit-déjeuner et monte dans ma chambre, l'aigle toujours perché sur moi. Je mange en silence, donnant un peu de toasts à mon nouvel ami, puis je prends mon sac et quitte la maison sans prendre le temps de dire au revoir à ma mère. J'emprunte le chemin qui mène au terrain de nos voisins. L'animal ne semble pas vouloir me quitter, il vaut mieux que je le ramène à son propriétaire avant d'aller en cours.

Arrivée à la porte, je frappe trois coups et un homme qui partage des caractéristiques physiques avec ce brave Gérôme, vient m'ouvrir la porte.

- Bonjour, je suis Caroline, la fille de...

- Enfin j'ai l'occasion de vous voir mademoiselle Ravian ! Entrez.

Je le suis, un peu surprise, et tandis qu'il fait je ne sais quoi, j'observe les lieux. Sur les murs, je peux voir beaucoup de photos où mon hôte prend la pose au milieu d'aigles qui semblent vivre en captivité. Il a dû hériter cette passion de son ancêtre. Il n'y a pas d'autres explications, à tous les coups, il fait l'élevage de l'animal préféré du comte et de son frère. Je me demande qui d'autre vit ici, je n'ai jamais vu personne sortir de cette maison. Je ne pensais même pas qu'elle était habitée jusqu'au message que j'ai reçu du passé. Il se poste devant l'escalier qui mène à l'étage et parle à quelqu'un:

- Ian, dépêche-toi de descendre. La fille de la voisine est là, elle nous a ramené Spirit.

- Je suis bientôt prêt Papa. Emmène-la dans la voilerie, je suis sûr que ça va lui plaire.

- Oui, c'est une bonne idée. À tout de suite fiston.

Après ce rapide échange, mon voisin, véritablement éleveur d'aigles, se tourne vers moi et propose de me montrer la voilerie comme l'a suggéré son fils. J'accepte, impatiente de voir les congénères de l'aigle un peu assoupi sur mon épaule.

Une fois entrée, je parviens à le faire grimper sur un perchoir, mais quelque chose ne va pas ici. Je peux ressentir l'agitation des femelles depuis le seuil de la pièce, cela provient des couveuses. Je m'élance vers le fond de la salle et l'une d'elles pose un œuf entre mes mains de ses grandes serres. Je sens à travers la coquille, que le petit à une malformation le rendant plus faible que ses frères et sœurs et l'empêchant de briser la coquille qui le prive de sa liberté. C'est le moment de voir si ce qui est arrivé avec Bastien était le fruit du hasard ou non.

Mes mains recouvrent l'œuf et des paroles en latin quittent mes lèvres sans que je puisse les maîtriser. Quelques secondes plus tard, des craquements se font entendre et un petit aigle albinos quitte sa coquille. Je n'aurais jamais cru en voir un en vrai, mais il est adorable. Un joli duvet blanc le couvre de la tête aux pattes tandis qu'il est impossible de déterminer si ses yeux seront rouges ou d'une couleur différente.

John le regarde attendri et soupire de satisfaction avant de dire:

- Regardez-moi ça ! N'est-il pas adorable cet animal ?

Une personne que je ne vois pas distinctement à cause des aigles qui volent dans tous les coins entre dans la pièce et dit:

- Je suis d'accord avec toi Papa.

Il se tourne vers moi, j'ai encore le petit animal dans les mains et constate qu'il s'agit d'un jeune homme de mon âge. Il me sourit avant de se rapprocher.

- Salut, c'est toi la fille de la voisine j'imagine ?

- Oui. Ravie de te rencontrer. Je m'appelle Caroline.

- Je suis moi-même enchanté. Je me présente, Ian George.

- Salut, tu habites ici depuis longtemps ?

- Non, j'étais dans un pensionnat aux États-Unis, alors que mon père faisait de son mieux pour récupérer ma garde. Je peux te dire que ça me fait un bien fou d'être de retour en Angleterre.

- Je n'en doute pas une seconde ! Tu vas continuer tes études ici ?

Il me souris avant de dire joyeusement:

- Oui je serai dans ta classe. C'est pour ça que mon père m'a demandé de descendre pour que l'on puisse aller au lycée tous les deux.

Il jette un coup d'œil à son père en train de soigner l'un de ses oiseaux puis ajoute:

- Il ne peut pas m'emmener et je ne sais pas comment gagner l'établissement.

- Pas de problèmes, je vais te montrer où c'est.

Il me sourit et dit sincèrement:

- Merci c'est gentil de ta part. On y va, ou tu veux encore dorloter des aigles ?

- Je vais le remettre dans son nid et on va pouvoir partir.

Je m'approche de l'alcôve où se trouve l'aigle qui a déposé l'œuf dans mes mains, et installe le petit dans du duvet au fond de la cage. Ensuite je sors de la pièce, suivie par le père de Ian, dont je connais maintenant le nom entier: John George. Ian l'embrasse, je le salue de loin et nous quittons la maison pour prendre le chemin menant au lycée. Nous commençons les cours à 10 heures, il nous reste donc encore une demi-heure pour nous y rendre. En marchant sur le chemin, il m'interroge sur mon lien avec les animaux et j'explique que cela me suit depuis l'enfance.

Il me parle de son propre lien avec les bêtes:

- Moi je ne suis pas lié à d'autres animaux que les aigles de l'élevage de mon père, et pourtant, je ne suis pas resté longtemps auprès d'eux lorsque j'étais petit, d'ailleurs j'étais trop jeune pour m'en souvenir. Par contre, j'ai un autre don ...

- Ah oui ? Quel genre ? Enfin ..., seulement si tu acceptes d'en parler avec quelqu'un que tu connais à peine.

- Je préfère en parler avec une personne comme toi, dotée de caractéristiques particulières, plutôt qu'avec n'importe qui d'autre.

- D'accord, je t'écoute alors.

- Je suis capable de voyager dans le temps ... Je sais c'est difficile à croire.

- Non pas du tout, du moins pas pour moi, je suis capable de faire ça aussi, en plus de ce que tu as vu dans la voilerie.

Il me regarde avec un air d'ahuri et s'exclame:

- Tu es sérieuse ?!

Je suis un peu vexée qu'il ne me fasse pas confiance puis une idée me vient à l'esprit et je lui dis en souriant malicieusement:

- Bien sûr que oui. J'ai le temps de te donner une preuve. Tu viens avec moi ?

Il n'a même pas le temps de me répondre que je lui attrape la main et l'entraîne dans la maison de Bastien au 18e siècle. J'atterris juste à côté de son fauteuil préféré où je sais, d'après l'ancêtre des George, qu'il est toujours en pleine lecture dans ces horaires-là. En revanche, aujourd'hui, il semble plutôt entrain de dormir. Je pose doucement ma main sur son épaule, il tourne vivement sa tête vers moi surpris, mais ses traits se détendent lorsqu'il me reconnaît.

- Bonjour Caroline... Tu as failli me faire mourir de peur !

- Je suis désolée, je ne pensais pas que vous dormiez vraiment ...

Il retient un petit rire avant de dire:

- Ce n'est pas grave très chère. J'imagine que vous ne passez qu'en coup de vent ?

- C'est tout à fait exact, il fallait que je prouve à mon ami que j'ai le même don que lui.

J'ai trouvé cela plus sûr de venir chez vous plutôt que d'atterrir au hasard.

- Je vois, dis-t-il avec un sourire. Vous vous chargez des présentations ?

- Volontiers. Ian, je te présente Bastien Nolan alias Baptiste de Saint-Germain. Monsieur Nolan, je vous présente Ian George, le descendant de ce cher Gérôme.

Il examine mon nouvel ami de la tête aux pieds puis dit:

- Je suis enchanté de faire ta connaissance mon garçon. Je ne pensais pas qu'un jour l'un des descendants de mon meilleur ami puisse me rendre visite. Aurais-tu un gêne de voyage dans le temps instable d'une provenance inconnue ?

- Cela est fort possible Monsieur, puisque j'ignore tout de ma mère...

Notre hôte lui lance un regard triste avant de dire:

- Oh... J'en suis navré, toutes mes excuses mon garçon.

- Vous ne pouviez pas savoir.

Bastien acquiesce puis se tourne vers moi et demande:

- Pensez-vous qu'un jour vous arriverez à m'appeler comme tous les enfants le font lorsqu'ils sont en compagnie de leurs parents Caroline ?

Mon ami manque de s'étouffer. C'est vrai que je n'ai pas précisé l'identité de la personne à qui nous allions rendre visite. Je comprends tout à fait sa réaction et alors qu'il manque de souffle je lui mets une claque dans le dos. Une fois qu'il a repris sa contenance, et que je me suis arrêtée de rire, je le rassure avant de me poster un peu plus près de notre interlocuteur auquel je réponds poliment:

- Je crains que cela ne soit pas pour aujourd'hui. Seul l'avenir répondra à votre question.

Il soupire un peu déçu, mais acquiesce tandis que j'ajoute:

- Nous aurions aimé pouvoir rester plus longtemps en votre compagnie, mais il est temps que nous retournions à notre époque.

Il me regarde avec tendresse puis dit:

- Je comprends tout à fait ma chère Caroline. Je vous souhaite donc une bonne journée à tous les deux. En espérant que la prochaine fois, nous pourrons discuter davantage.

- Ce sera avec joie, Monsieur Nolan. À bientôt.

Sur ces entrefaites, nous retournons à notre siècle, atterrissant dans un endroit discret près du lycée et nous y arrivons 15 minutes avant le début du cours d'histoire. J'ai le temps de conduire Ian au bureau du directeur qui nous accueille avec un grand sourire. Il remet à Ian son emploi du temps puis nous libère en me conseillant de lui proposer une petite visite guidée avant d'aller en cours.

Je dois aussi faire au mieux pour qu'il puisse suivre sans trop de problèmes. Je lui souris, il sait très bien qu'il peut avoir toute confiance en moi. Il fait juste ça pour tromper les apparences, puisque, en plus d'être le directeur, il est aussi mon parrain, il ne faudrait pas que les autres prennent ça pour du favoritisme. J'entraîne donc Ian dans les couloirs de l'établissement, presque aussi vieux que ma maison, et nous terminons la visite juste à temps, en atteignant, une minute avant le cours, la salle de classe de monsieur Whitman. Mon ami se présente rapidement à nos camarades puis vient s'asseoir à la place libre à côté de moi et le cours peut commencer.

Tout au long de notre séance d'histoire, je sens des regards curieux ou jaloux braqués dans mon dos. Cela me met mal à l'aise tout comme mon voisin de table, mais nous faisons de notre mieux pour ne pas le montrer et restons concentrés sur ce que dit notre professeur. À la fin de cette leçon sur le 16 e siècle, et plus précisément, concernant William Shakespeare, dont il est très friand, il nous donne une dissertation à faire pour la semaine prochaine.

Une fois ce devoir noté, nous nous préparons à aller à la cafétéria. C'est alors que nous sommes bloqués par les pires garces de notre classe. Ian ne les connaît pas encore, mais je crois qu'il les a très bien cernées, car il recule d'un pas en même temps que moi. Cela montre aussi qu'il se fie à mon jugement et qu'il a compris ce qui a brisé mon expression joyeuse à l'idée de pouvoir manger.

- Alors la pétasse, tu t'es trouvé un nouveau jouet ?

- Comment est-ce que tu as osé l'appeler ?!, s'exclame mon ami outré, malgré le fait que je pose une main sur son épaule dans un geste d'apaisement.

- Oh, mais c'est qu'il mord le jouet ! Ah ah ah ! Tu ne vaux pas mieux que la p****** à mon avis. T'es qu'un sale bâtard pour pouvoir fréquenter une fille pareille. Je le sens se crisper de tout son corps sous ma main, et renforce un peu la pression pour le contraindre à retrouver son calme, mais rien n'y fait.

Heureusement, avant qu'il ne puisse sauter à la gorge de Samantha : la meneuse du trio et celle qui a lancé les hostilités, monsieur Whitman, qui a tout entendu intervient:

- Caroline, allez déjeuner avec vos amis, je m'occupe de celles-ci. Je ne vais pas laisser qui que ce soit proférer des insultes si ignobles à l'attention de mes élèves.

- Oui professeur, répondons-nous d'une même voix, Ian et moi-même en prenant nos sacs et en faisant quelques pas pour quitter la salle.

Les autres élèves se préparent à faire de même ... Cependant, comme on peut s'en douter de la part de quelqu'un comme Samantha, ce n'est pas fini:

- Tu es contente de toi la chouchoute ? Combien de fois tu es passée sous le bureau pour que le prof t'apprécie autant ? Ou alors tu as un amant riche caché quelque part, que tu as rencontré en faisant le trottoir, et qui…

Elle ne peut pas terminer sa phrase. Monsieur Whitman, les nerfs à vif et les oreilles assassinées par ce flot d'injures à mon égard, ne peut se retenir de lui coller une baffe mémorable. Il frappe avec une force dont on ignore la provenance et elle est suffisante pour envoyer valser la provocatrice plus loin dans la salle de classe. Le prof d'habitude si distingué et calme, est rouge de colère. Sa main lui fait mal, je peux le lire dans les traits de son visage, et d'ailleurs, il saigne un peu. Il tient sa main abîmée avec la valide et, comme à chaque fois que je vois une blessure, je sors mon petit kit de soin pour traiter la plaie avant qu'elle ne s'infecte. Il me lance un regard reconnaissant, puis alors qu'une autre élève relève Samantha, celle-ci commence à pleurer. Un rassemblement de jeunes est massé devant la porte de la classe. Cela ne manque pas d'attirer l'attention du directeur qui entre et me demande une explication tandis que je suis en train de terminer le bandage de monsieur Whitman.

Après avoir terminé les soins de la blessure de mon enseignant, je me tourne vers le directeur et entame un rapport des faits:

- Eh bien, pour éviter de répéter en détail toutes les choses insultantes qui ont été proférées avant votre passage, nous allons dire que les dits propos, ont provoqué la colère de Ian, j'ai réussi à le retenir.

Je m'arrête un instant pour jeter un œil à mon ami qui lance un regard noir et discret à la provocatrice, puis reporte mon attention sur mon interlocuteur:

- Cependant, Samantha qui a lancé les hostilités a continué alors que notre professeur était intervenu et nous avait demandé d'aller déjeuner ... Le coup est parti et j'ai remarqué qu'il s'est blessé en frappant. Alors, juste avant votre arrivée, je lui ai donné les premiers soins, sans avoir l'occasion de vérifier l'état de Samantha.

Un bref silence s'installe, vite brisé par la voix de Michelle, notre déléguée de classe:

- Monsieur le Directeur le reste d'entre nous peut témoigner de la véracité des faits, si vous doutez de la parole de Caroline.

- Ce ne sera pas nécessaire Michelle. Je crois votre camarade sur parole et j'ai déjà reçu des plaintes au sujet du comportement de Samantha.

Je peux voir dans ses yeux qu'il est outré par ce que je viens de lui dire, même si je lui ai épargné les détails. Il conserve son calme légendaire puis emmène les coupables dans son bureau, après avoir donné rendez-vous à monsieur Whitman pour pouvoir discuter avec lui le soir même.

Je remarque un petit objet sur le sol, et me penche pour le ramasser. Il s'agit de la chevalière que notre professeur porte habituellement à sa main droite. Elle a du tomber lorsqu'il a cogné cette garce de Samantha, d'ailleurs, on peut voir que du sang a séché dessus. Monsieur Whitman ne va pas apprécier à mon avis. Je la place dans un mouchoir puis la glisse dans la poche de ma jupe dans l'idée de la rendre à mon professeur lorsque je l'aurai nettoyée.

Les autres sont toujours en train de nous observer, dans l'attente d'un peu plus d'action, mais devant notre inactivité, ils se rendent à l'évidence et s'en vont tous, mis à part Ian, Gwendoline, Leslie et moi. J'entends une voix familière dans ma tête:

"Ne t'inquiète pas Caroline, ce n'est que moi, ton professeur. Désolé de devoir m'y prendre ainsi, mais tu dois le savoir avant que nous en discutions plus en détail ce soir ... Tu vas sûrement avoir du mal à me croire, mais je suis ton oncle. Fait comme si je ne t'avais rien dit devant tes camarades. S'il te plaît, ... aies confiance."

Je ne lui réponds pas, je me contente de me tourner vers la porte, mes deux amies attendent là, tandis que, comme si de rien n'était, je demande à monsieur Whitman:

- Qu'est-ce qui vous a pris de faire un truc pareil ? Vous savez que vous pourriez être

renvoyé après un tel événement, voir même courir le risque d'être poursuivi en justice ?

- Je suis parfaitement au courant, mais j'ai fait une promesse et je m'y tiendrai, quelle que soit les conséquences.

- A qui avez-vous promis une telle chose ?

Je le regarde troublée mais il ne réagit pas tout de suite devant ma perplexité. Il semble réfléchir à quelque chose, ce n'est qu'après que je le vois sourire. Je me demande ce qu'il cache puis il me fait une mini explication qui ne m'éclaire qu'un peu:

- C'est une longue histoire Caroline, je vous en parlerai une fois que vous vous serez restaurée. Allez déjeuner avec vos amis.

Il s'interrompt un instant avant d'ajouter:

- Je vous attendrai dans mon bureau à la fin des cours de cette après-midi. Je vous expliquerai au mieux les choses avant de rejoindre le directeur.

- Très bien Monsieur. N'oubliez pas de changer votre bandage dans deux heures.

- Ne vous en faites pas pour moi, je sais ce que j'ai à faire. Bon appétit Caroline.

- Merci. A vous aussi Monsieur.

Je fais signe à mes deux amies de partir devant puis Ian et moi les rejoignons dans laqueue de la cantine. J'ai comme une vague idée de ce qui va être au centre des conversations ce midi ... Mes deux amies analysent d le comportement que notre enseignant a eu aujourd'hui. Ian et moi, nous préférons rester à l'écart de ce débat. Une fois le repas fini, je me précipite aux toilettes et grâce à mon don, je parviens sans trop de problèmes à effacer toutes traces d'hémoglobine du bijoux.

J'espère que mon professeur ne sera pas trop embêté par la disparition de cet objet, après tout, s'il le porte tout le temps, c'est qu'il doit compter à ses yeux ... Non ? Quoi qu'il en soit, je suis impatiente de savoir ce que mon oncle a à me dire. Mon Dieu ! Mon prof favoris est mon oncle ! Je me suis attendue à beaucoup de choses, mais pas à ça. Il va falloir que je sois patiente. Je dois d'abord survivre à une heure de math, suivie d'une heure de littérature (ma matière préférée !), et pour terminer la journée en beauté, une heure d'Allemand. Oui, en Angleterre, nous accordons une grande importance aux langues étrangères ! Non, je plaisante, c'est simplement que je n'aime pas ne pas savoir parler une langue, lorsque je me rends ailleurs avec ma mère ou dans le cadre d'un voyage scolaire. Les cours passent bien plus vite que je ne l'aurais cru. L'heure de mon rendez-vous avec mon enseignant s'approche à grand pas. Je me rends donc à son bureau et frappe à la porte pour m'annoncer.