Assis devant son piano, House observait la neige tombée à travers la fenêtre, perdu dans ses pensées. Il soupira en entendant le vent secouer ses volets. Même s'il n'avait rien de prévu pour la journée, l'idée d'être bloquée chez lui l'agacer.
Il but une gorgée de café et se remit à jouer. Ses mains dansaient sur les touches sans qu'il n'y pense vraiment, alors qu'il réfléchissait à ses congés. Cela faisait déjà trois jours et il ne s'était pas encore soulé, ce qui constituait un record étant donnée sa situation. Bien sûr, il avait bu un ou deux verres, mais ça n'avait rien à voir avec l'état d'ébriété avancée dans lequel il avait été pendant des semaines la dernière fois que Stacy l'avait quitté.
Cette fois, c'était différent. Il n'avait pas l'impression de devoir boire pour fuir la douleur de la séparation. Son départ lui faisait mal, mais c'était une douleur saine. Le genre de douleur qui accompagne la cicatrisation. Il savait qu'ils avaient pris la bonne décision. Elle méritait d'être avec quelqu'un qui mettrait son bonheur avant tout. Déjà avant son infection, House n'avait pas été capable de faire ça.
Plus il repensait au temps où ils étaient ensembles, plus il réalisait que ça n'avait pas été aussi idyllique que ça. Durant longtemps, il s'était laissé plonger dans l'auto-apitoiement et avait mis sa relation passée avec Stacy sur un pied d'estale, ne gardant que les bons souvenirs pour pouvoir la regretter comme elle le méritait. Mais quand elle lui avait dit qu'elle l'aimait toujours, tous les mauvais souvenirs étaient réapparus. Stacy était une personne fantastique, mais leur relation ne l'était pas. Elle n'avait jamais vraiment compris son travail, lui reprochant de la délaisser totalement à l'apparition d'un cas intéressant. Et elle avait raison, quand un mystère le défiait, il ne pensait plus qu'à le résoudre, restant des jours entiers à l'hôpital sans même penser à la prévenir. Les week-ends, elle aimait faire des tas d'activités, recevoir des gens. Lui, il aurait préféré faire la grasse matinée et rester en tête à tête. Mais il se forçait parce qu'il l'aimait. Son amour avait été la seule chose évidente dans leur relation.
Après avoir passé tant de temps tout seul, il en été venu à se complaire dans ses défauts, il ne se voyait plus se forcer à être quelqu'un d'autre pour lui faire plaisir. Il savait que pour pouvoir la garder, il aurait dû changer. Il ne voulait pas changer. Il était loin d'être parfait, mais c'est sa singularité qui le rendait si bon à ce qu'il faisait et il n'abandonnerait pas ça. Même pour elle.
Le grognement plaintif de son estomac le sortit de ses réflexions. Il sourit en voyant qu'il était midi pile. Son ventre avait toujours été ponctuel. Il attrapa sa canne et se dirigeait vers la cuisine quand il entendit frapper à la porte. Il se retourna et la fixa un moment, se demandant qui pouvait bien venir le voir en plein blizzard. Wilson ? Possible, même si House avait particulièrement insisté sur le fait qu'il voulait rester seul. Ou peut-être Cameron, il était d'ailleurs étonné qu'elle ne soit pas encore passée pour l'inciter à ouvrir son cœur et à réaliser qu'en fait, contrairement à tout ce qu'il pouvait croire, il était désespérément amoureux d'elle aujourd'hui et pouvait donc oublier Stacy. Il grimaça à cette idée.
L'invité
surprise commença à toquer avec plus d'insistance et
il ne reconnut pas là la délicatesse de Cameron.
Curieux, il boita jusqu'à la porte. Quand il ouvrit
cette dernière, ses sourcils se dressèrent à
l'unisson. Dire qu'il était surpris aurait été
un euphémisme.
Sur le pas de sa porte, se trouvait Lisa Cuddy totalement recouverte de neige et tremblante de tout son être, un sac accroché à l'épaule.
« Fermez la bouche et laissez moi entrer », ordonna-t-elle de sa voix de directrice.
House était si étonné qu'il s'exécuta sans dire un mot.
« Je sens plus mon visage », dit-elle en se laissant tomber sur son canapé, recroquevillée sur elle même.
Il resta planté sur place quelques secondes avant de fermer la porte et de la rejoindre.
« Cuddy ? », l'appela-t-elle.
« Oui ? », siffla-t-elle en claquant des dents.
« Y a une tempête dehors. »
« Vraiment ? C'est pour ça qu'il y a toute cette neige ? Ba mince, heureusement que vous êtes là pour me prévenir ! », ironisa-t-elle, visiblement de mauvaise humeur.
« Cuddy », reprit-il. « Que faites-vous chez moi, pendant mes vacances, alors que le blizzard fait rage et avec un sac de voyage ? Si c'est pour passer ce week-end torride dont on avait parlé, vous auriez du me prévenir, j'aurais été chercher mon fouet et mes chaînes au magasin. »
« La ferme, House. »
Elle se tut un instant, serrant ses mains gantées entre ses jambes et se balançant légèrement d'avant en arrière pour se réchauffer. Il vint s'asseoir sur la table basse en face d'elle, attendant qu'elle ne s'explique.
« J'ai juste…eu un accident en allant à l'hôpital. J'ai oublié mon portable chez moi et ma voiture est foutue. Vous étiez la personne qui habitait le plus près. Croyez-moi, seule une mort imminente peut me conduire à violer votre « sanctuaire » comme ça ».
House fronça les sourcils, une expression inquiète se dessina sur son visage avant qu'il ne se force un visage neutre.
« Vous avez eu un accident ? »
« Je vais bien, précisa-t-elle rapidement. Juste quelques coupures et hématomes. Mon poignet a été brûlé par l'airbag, ça fait un mal de chien, mais c'est superficiel. »
« Dites, vous avez une prime en fin d'année pour comportements stupides en faveur de l'hôpital ? »
Il attrapa son menton et leva sa tête pour inspecter ses blessures. Elle chassa sa main d'un geste. Il l'ignora et ressaisit son menton. Elle tenta de l'éloigner de nouveau, mais il la devança en lui donnant une tape sur la main.
« On sait tous les deux qu'on n'est pas objectif sur ses propres blessures après un accident. Alors vous choisissez : soit vous me criez dessus et m'empêchez d'inspecter vos blessures pendant la prochaine demi-heure, soit vous cessez de vous montrer plus idiote que vous n'êtes et me laissez faire. Dans les deux cas, je finirais par vous examiner alors autant en finir tout de suite, non ? »
Elle le scruta un moment avant de lever les yeux au ciel et de croiser les bras. La colère irraisonnée de la jeune femme l'amusa et l'agaça à la fois. La stupidité était déjà insupportable quand elle était naturelle, mais chez des gens intelligents en temps normal, elle était exaspérante.
Il ignora le regard meurtrier de la jeune femme et inspecta son visage. Il plissa les yeux en voyant une tache rouge sur son front. Il dégagea la mèche encore recouverte de neige qui le recouvrait et aperçut une entaille. Mis à part cette coupure et quelques égratignures, son visage était intact. Il attrapa ses mains et elle les retira immédiatement. D'un regard, il l'incita à se laisser faire et elle s'exécuta en ronchonnant à peine. Il retira ses gants et observa sa main légèrement bleuie. Son poignet droit était recouvert d'une brûlure chimique qui devait être extrêmement douloureuse, mais n'avait, en effet, rien de grave. Il recula légèrement, saisit la cheville de la jeune femme et entreprit de défaire ses bottes.
« Qu'est ce que vous faites ? », s'exclama-t-elle, tentant vainement de retirer sa jambe que l'homme tenait fermement.
« Je satisfais mon fétichisme des pieds », ironisa-t-il avant de soupirer. « Vous venez de parcourir au moins un pâté de maison dans la neige à une température inférieure à zéro, je m'assure juste que vos pieds vont bien », expliqua-t-il de la voix qu'il réservait d'ordinaire aux patients particulièrement lents.
« Je vais bien, House. »
« Vous n'allez pas me faire me répéter, si ? »
Ils se défièrent un moment du regard et Cuddy comprit qu'il ne la lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas vu ses pieds. Elle soupira et il acheva de retirer ses chaussures et ses chaussettes pour inspecter ses orteils. Il sourit en voyant son vernis rouge.
« Vous savez ce qu'on dit à propos des femmes qui peignent leurs orteils en rouge ? », demanda-t-il une lueur mutine dans le regard.
« Qu'elles ont plus de chances de frapper les infirmes qui font des remarques idiotes au lieu de chercher des engelures ? »
« Je suis multitâches. Je peux faire les deux », assura-t-il. « Vos orteils vont bien », ajouta-t-il en laissant lourdement tomber le pied de la jeune femme sur le sol.
Il se leva et disparut en lui intimant de ne pas bouger. Deux minutes plus tard, il revint avec une sacoche noire et en sortit toute une collection de bandages, désinfectants et crèmes. Surprise, elle se mit à rire.
« Quoi ? », questionna-t-il sur la défensive.
« Je suis désolée », mentit-elle en riant. « Mais vous êtes le dernier docteur chez qui je me serais attendue à trouver une de ces anciennes sacoches qu'utilisaient les médecins pour aller voir les patients à domicile…vous savez, en personne. »
House soupira et prit son menton entre deux doigts, passant un coton imbibé de désinfectant sur son front de son autre main. Il parut prendre plaisir à la voir grimacer sous la douleur.
« Ma mère me l'a offerte quand j'ai été diplômé de Harvard. Je voulais pas la laisser vide alors j'y range quelques trucs », expliqua-t-il.
Cuddy profita qu'il soit totalement concentré sur le soin de ses blessures pour observer son visage, prise d'une bouffée de tendresse inattendue. House était l'homme le plus énervant qu'elle ait jamais connu et pourtant, de temps en temps, il révélait une part de lui et on ne pouvait s'empêcher d'éprouver…de l'affection pour lui.
Il planta soudain ses yeux bleus dans les siens et elle tenta de reprendre figure neutre. Elle ne sut pas si elle y était parvenue, mais il s'éloigna et porta son attention à son poignet. Il finit de la soigner en silence. Quand il eut terminé, il commença à remballer son matériel dans son sac.
« Vous devriez aller vous changez dans quelque chose de plus confortable…et de plus sec. Pourquoi pas un peu de satin ou de dentelles ? », offrit-il malicieusement.
Elle ignora sa remarque et se leva.
« Je dois utiliser votre téléphone. Je dois appeler la police pour leur signaler l'accident et l'hôpital pour prévenir que je ne viendrais pas ».
« Le téléphone est là », pointa-t-il en direction de la table basse.
Elle saisit le combiné et alla s'isoler dans la cuisine.
TBC….
