· La loi de la Création : « Nous participons à la réalisation de nos souhaits. » - Bellatrix

Février 1998

Bellatrix n'avait jamais frissonné, du moins, jamais à cause du froid. En revanche, elle frissonnait de plaisir en repensant à ce regard vide, sans vie et inexpressif de son cousin. Elle le revoyait, un dernier sourire idiot et insolent sur le visage, en train de passer à travers le voile. Elle aurait préféré un sourire tordu, peut-être un peu édenté, un sourire douloureux à cause d'une lèvre fendue… Mais qu'importe. Le dernier sourire de Sirius Black l'avait rendu heureuse, parce que justement, c'était son dernier.

Elle en riait encore en y pensant.

Et dire que pendant treize ans, son cousin et elle, avaient vécu sur la même île, la même prison. Aujourd'hui encore, certains sorciers pensaient que Sirius Black était un mangemort, un fidèle de Voldemort, et ça la rendait malade. Elle avait bien agi, elle avait bien fait de le tuer.

Ce traitre à son sang ne méritait pas de vivre. Il méritait encore moins d'être associé à la noble et puissante famille Black. Bellatrix avait débarrassé son arbre de la pomme pourrie. Elle avait bien fait. Elle avait réparé le mal qu'il leur avait causé. Elle était prête à le tuer encore cent fois.

- La pureté du sang appelle à faire certains sacrifices, commenta une voix dans son dos.

Elle se tourna vers sa sœur. Narcissa avait un visage étrangement calme, si peu marqué par les années. Ça rendait Bellatrix folle de rage. Parfois, elle avait envie de la gifler et de lui creuser elle-même des rides à l'aide de ses ongles, lui faire payer le prix d'une dette dont elle n'avait même pas conscience. Parce que Narcissa n'avait pas passé quatorze ans à Azkaban, elle avait préféré se terrer dans son manoir, avec son petit mari, et son garçonnet qui encore aujourd'hui, geignait pour un oui ou pour un non. Narcissa ne donnait rien au seigneur des Ténèbres. Elle, elle donnait son corps, son cœur, sa vie, tout ce qu'elle était capable d'être et ce qu'elle serait capable de donner. Bellatrix croyait si durement en la pureté du sang, en la suprématie des sorciers… Les moldus, capables de rien, ces êtres infames qui les obligeaient à vivre dans le secret…

- Ce ne sont pas des sacrifices Cissy, répondit-elle enfin.

C'était ce qui devait être fait. Le regard de Bellatrix glissa jusqu'au bras de sa sœur, qu'elle savait vierge. Bellatrix portait fièrement la marque des ténèbres sur le sien, preuve de son allégeance, et de sa loyauté infinie pour son maître. Cissy n'était loyale qu'envers sa famille, Bellatrix, au fond d'elle, le savait.

- Que se passera-t-il pour notre sœur ? murmura la matriarche des Malfoy.

- Je n'ai qu'une sœur. Et elle est à mes côtés, répondit simplement Bellatrix.

Bellatrix avait essayé d'oublier l'existence d'Andromeda. Vraiment… Mais comment ignorer l'infamie qu'elle avait fait vivre au Black, elle aussi ? Comment supporter de voir une sœur, entacher la réputation de sa famille ? Comment se résoudre à la laisser souiller son sang, ce même sang qu'elle tenait de leurs parents, un sang noble, pur ? Bellatrix ne ressentait qu'un profond dégoût, allié à une haine brulante quand elle pensait à Andromeda. En se mariant avec un né-moldu, leur sœur avait définitivement décidé de ne plus faire partie de leur famille. Elle les avait abandonnés, mais plus encore : elle les avait tous humilié. Et ça, pour Bellatrix, c'était intolérable.

- Ce n'est pas en pulvérisant son portrait sur la tapisserie familiale que l'on effacera son affiliation à notre famille, Bella.

La brune leva les yeux au ciel. Heureusement que ce n'était pas aussi simple ! Andromeda méritait de souffrir. Plus encore que Sirius. Parce que Sirius, lui, il n'avait jamais menti à personne. Ce sale chien avait toujours traîné dans les pattes de Potter… Sirius avait toujours été en rébellion contre eux tous, et ce, depuis le début. Andromeda, elle, elle avait menti à tout le monde. La si douce, et si calme Andromeda… La traîtresse. Elle allait payer elle aussi, et sa dette était immense.

- J'ai entendu dire que sa fille était enceinte. Ce ne sont que des rumeurs. Quelqu'un les aurait aperçu dans un petit village en Ecosse, et un membre de l'Ordre aurait vendu la mèche…

Cissy vit très clairement le regard de sa sœur changer. Plus sombre, plus noir, plus meurtrier que d'ordinaire … Le corps tordu de Bellatrix venait de se redresser, et elle serra ses doigts sur sa baguette. Elle détacha son regard de la réplique de la tapisserie des Black que Narcissa avait fait reproduire dans son salon privé. Bellatrix inspira, expira, puis se retourna, sa baguette en main. L'endroit déjà noirci, ou avait un jour été représenté leur sœur, se noirci encore plus. Bellatrix s'acharna, hurlant, criant, vociférant tout ce qu'elle pensait, tout ce qu'elle haïssait. Une fureur parcourait chacun de ses membres, engourdissant son cerveau, l'empêchant même de respirer un long moment. Il ne resta qu'un plus qu'un trou.

- Il faut couper la branche, affirma-t-elle.

La branche « Andromeda », nécrosée ou le sang Black était mêlé à du sang de né-moldu, et bientôt, du sang lycanthrope. Ça lui donnait envie de vomir. La rage l'animait, et elle, son malheureux pantin, elle se laissait faire, convaincue qu'il s'agissait de l'unique réaction à avoir. Comment pourrait-il en être autrement ?

- Je les tuerai tous de mes mains.

C'était sa famille. Son nom. Sa responsabilité. Son maître leur avait bien dit, qu'il était de leur devoir à tous de purifier leur sang, leur nom. C'était sa mission. Et sa haine était si grande, son envie de les tuer si immense, qu'elle ne les imaginait plus vivre en ce monde. C'était impossible. Elle le désirait si fort, le souhaitait au plus profond d'elle-même.

Cette guerre, ils l'avaient déjà gagné.

Il fallait juste faire le ménage.

Enterrer les morts, détruire les derniers opposants, décimer les derniers traîtres à leur sang et tuer les derniers nés-moldus qui pensaient encore avoir le droit de tenir une baguette entre leurs doigts.

- Je les tuerai, répéta-t-elle.

Elle se le promettait. Elle participerait à la réalisation de son souhait, de voir l'honneur de sa famille rétablie, de redonner au nom des Black la noblesse qui est le sien.

- Bella…

Elle frissonnait de plaisir. Elle imaginait ce qui se passerait, quand enfin, elle serait face à sa sœur. Elle ferait ça lentement. Elle dégusterait ce plaisir, celui qu'elle attendait depuis si longtemps, celui d'enfin, lui faire payer toute l'humiliation, qu'Andromeda leur avait fait subir. Bellatrix s'amuserait à lui décrire la façon dont elle s'était occupée de son mari, de ce né-moldu, qui s'était fait prendre par Greyback lors d'une traque. Elle lui raconterait comment elle l'avait torturé, comment il avait saigné, souffert, comment il avait crié son prénom et celui de sa fille, comment il l'avait regardé avec défiance et insolence jusqu'à la dernière minute. Puis, elle la tuerait avant de lui promettre que sa fille, son ventre encore rond, et son sale cabot de gendre allaient bientôt les rejoindre.

- Je le promets…, murmura-t-elle en longeant les couloirs du Manoir des Malfoy.

Elle s'arrêta devant l'une des fenêtres. Il neigeait à gros flocons dehors mais sa rage, lui tenait chaud. Bientôt, elle le jurait, son arbre généalogique serait de nouveau fort et pur. Bientôt, il ne restera plus que les pommes saines. Bientôt, tout sera beau et parfait. Elle le souhaitait si fort, et elle ferait tout pour que ses vœux se réalisent. Elle le voulait, alors elle l'aurait.

- Amène-moi l'un des prisonniers, ordonna-t-elle à son neveu qui sursauta.

Elle avait besoin de calmer ses nerfs, de taillader quelques centimètres de chair et d'entendre hurler. Elle en avait vraiment besoin…

Drago revint quelques instants plus tard, avec Gripsec à ses côtés, le visage inexpressif.

Un premier os craqua. Puis un deuxième et elle se demanda combien de temps ça lui prendrait, pour tous les briser les uns après les autres. Et elle décida qu'elle ne s'arrêterait que lorsqu'elle serait satisfaite. Jamais.

Ou jusqu'à ce qu'on lui enlève son jouet des mains…

Qu'importe quand, où, ce qu'elle ferait, à qui elle se promettait de le faire : le karma, Bellatrix s'en fichait royalement.