Achtung ! A partir de ce chapitre il y a un tout un paquet de références à un certain film cité à la fin du chapitre, je vous suggère de la voir si c'est pas déjà fait. Au moins le premier quart d'heure.

Rectification, je vous ordonne de le voir. Si vous ne le faites pas, honte à vous, et en plus ça manquera cruellement à votre culture.

Maintenant que j'ai fini de vous menacer, je remercie tout le monde du fond de mon petit coeur pour l'accueil sympathique qu'a reçu le premier chapitre. Vous êtes sur la bonne pente, les enfants.

Ah oui, question technique aussi, est-ce que quelqu'un sait si le cri du hérisson a un nom spécial ? C'est important mine de rien.


DES PREMIERS JOURS ET DE LA CINÉMATOGRAPHIE URBAINE


« Alors, là c'est la réserve, la porte à droite là c'est le labo. En général c'est là qu'on passe le plus de temps, sauf le week-end et à l'heure de midi pendant les rush, là où tout le monde arrive en même temps. Tu verras, à part ces moments là c'est assez peinard, il y a juste deux trois personnes qui passent de temps en temps pour jeter un oeil. »

« Et la gazinière, c'est pour quoi faire exactement ? » demanda Harry. Il n'était pas très sûr d'avoir envie de le savoir au fond, qui pouvait savoir les immondices qui avaient cuit là-dessus, mais son tempérament de Gryffondor avait pris le dessus.

« Les repas. On ne quitte pas le magasin de la journée, et à la longue les sandwiches ça lasse. » répondit George comme si c'était une évidence. Ce qui, en y réfléchissant, était probablement le cas.

Mais avec les jumeaux, on ne se méfiait jamais assez.

« Oh. Bien sûr. » répondit Harry en s'efforçant de ne pas avoir l'air d'un abruti et en espérant qu'il n'était pas déjà trop tard pour ça. Fred releva la tête d'une caisse remplie de bocaux remplis d'une substance mal identifiée mais définitivement encore en vie et lui adressa un sourire en coin.

« Fais pas cette tête, mon petit crapaud frais du matin, t'as l'air d'avoir mordu dans un citron. »

« Hé ! Vous aviez juré de ne plus m'appeler comme ça ! Ginny continue de s'enfuir en l'entendant et ça fait six ans. »

« Fred, laisse le petit tranquille, tu vois bien que tu le perturbes. » dit George en ajoutant un 'tututut' pour faire bonne mesure. Alors que Harry contemplait les mérites respectifs de lui coller son poing dans l'épaule ou de sortir carrément sa baguette, la sonnette de la porte d'entrée retentit, et les jumeaux se trouvèrent derrière le comptoir si vite que Harry se dit qu'il avait besoin de lunettes neuves.

Puis il y eut un grand cri extasié et ils tombèrent tous les deux à genoux et s'inclinèrent.

Maintenant, Harry savait que les jumeaux avaient une légère tendance à l'irrationalité, mais il ne se serait tout de même pas douté qu'ils iraient jusque là pour vendre leur produits. Il décida donc d'aller enquêter, et la réponse à l'énigme apparut sous la forme de son parrain, qui affichait un grand sourire un peu niais, et de Rémus Lupin, qui affichait un air somme toute perplexe tout en se retenant de sourire de son mieux.

« Nous vous rendons hommage, ô grands Maraudeurs ! Nous vous devons tout, acceptez en gage de notre reconnaissance ces modestes coupons de réduction. » dit George, le nez collé au lino. D'un geste de la baguette de Fred, une petite ramette de papier alla se jeter dans les bras de Rémus et de Sirius, qui dut faire un pas en arrière sous la force de l'impact.

Il y eut un instant de silence surpris, et les sourcils de Harry remontèrent si haut qu'ils disparurent derrière la misérable touffe noire qu'il était suffisamment généreux pour appeler une frange. Il aurait dû s'y attendre, après tout.

« Meeer-ci, » dit lentement Rémus. « On était venus voir comment Harry se débrouillait pour son premier jour. » Ce qui en rémusien signifiait que Sirius avait débarqué chez lui à la seconde où Harry avait refermé la porte et l'avait traîné par le bras pour voir comment allait son grand garçon qui travaillait déjà.

« Je suis là depuis une demi-heure, » dit Harry en levant les yeux au plafond. « Je devrais encore survivre un petit moment. » Il trouvait que, après avoir été forcé à devenir adulte si tôt, il était parfaitement injuste qu'on se mette à le traiter comme un gamin juste au moment où il pouvait commencer à en profiter. Sans mauvaise foi aucune.

Non, vraiment.

Même s'il était possible que son Nesquick de vingt heures trente quotidien avec Sirius lui soit devenu indispensable, et que malgré tout avoir une tête échevelée passer par la porte de sa chambre pour lui souhaiter bonne nuit n'était pas si pénible. Sauf en cette mémorable occasion où Harry avait à peine eu le temps de cacher son « Sorciers et Grosses Baguettes magasine » sous son drap et avait frôlé l'infarctus. Sirius, Merlin le bénisse, ne s'était rendu compte de rien.

Ah, les affres de la jeunesse...

Rémus lui adressa discrètement un petit sourire d'excuse, et puisque les jumeaux ne semblaient avoir aucune intention de se relever il en profita bassement pour leur coller un petit coup de pied chacun dans les fesses, histoire de les encourager à se redresser un peu. Il n'avait pas prévu que Fred s'en retrouverait étalé de tout son long mais ça ajoutait une touche amusante au tableau.

George s'épousseta nonchalamment les genoux et tenta d'effacer l'air d'émerveillement absolu qui semblait mettre leurs deux visiteurs un peu mal à l'aise, et Fred proposa un thé à tout le monde depuis le sol.

Entre le thé, les deux heures que mit Sirius à piller les étagères du magasin avec une extase absolue, la pause déjeuner plutôt extensive que les jumeaux s'offraient chaque jour et les quatre clients qui comblèrent la boutique de leur présence (il n'y avait jamais beaucoup de monde le mardi, d'après Fred), Harry s'étonna de finir sa journée avec l'impression d'avoir fait quelque chose d'utile. Ou même d'avoir fait quelque chose tout court.

Lorsque George se retourna vers lui après avoir retourné la pancarte ouvert/fermé du magasin avec une lueur que Harry avait appris à craindre dans le regard pour lui dire que le lendemain ils l'introduiraient aux joies de la recherche, il s'étonna de ne pas commencer à regretter d'avoir signé son contrat.

Puis se demanda quelle substance avait bien pu se glisser dans son thé.

Puis se rappela que c'était lui qui l'avait préparé.

Puis décida de laisser tomber la question avant de se donner une migraine.

Il secoua la tête et transplana devant la porte de la maison de Sirius. Après une journée aussi merveilleusement dépourvue d'accident typiquement weasleyien, il aurait dû s'attendre à ce que quelque chose se produise, il aurait vraiment dû. Mais il ne l'avait pas fait, et maintenant la maison était remplie de fumée et une odeur pestilentielle se répandait depuis la cuisine.

Il avait pourtant fait promettre à Sirius de ne plus cuisiner sans supervision, justement pour éviter ce genre de choses. Cet homme était une cause perdue.

« Sirius, qu'est-ce que t'as encore fait ? » s'exclama t-il depuis le couloir.

« Rien, rien, pas la peine d'aller dans la cuisine ! » Harry se débarrassa du gros de la fumée d'un coup de baguette, et se dirigea droit vers, justement, la cuisine.

Dans laquelle Sirius se battait avec les restes carbonisés de ce qui avait à une époque lointaine pu être un poulet tout en donnant de grands coups de torchons dans le rideau pour étouffer les flammes. Harry balança le contenu d'une théière abandonnée là depuis trois bonnes semaines sur le tissu et confisqua vivement à Sirius le grand couteau avec lequel il essayait sans succès de désincruster la carcasse du plat à gratin.

« Sirius, qu'est-ce que je t'ai dit avec la cuisine ? »

« De ne pas m'en approcher ? »

« Excellente mémoire. Tu m'expliques comment t'as réussi à mettre le feu à la maison sans allumer de feu ? »

« Ben, je voulais te faire un poulet rôti pour ton premier jour de travail, mais j'ai oublié qu'il était au four et je suis sorti faire un tour, et quand je suis rentré il était un peu trop cuit, » Harry ne parvint pas à réprimer un pouffement de rire. « Oh, ça va hein. Bref, j'ai sorti le plat du four en oubliant de mettre des gants et j'ai du le bazarder à toute vitesse sur le comptoir, et le verre était tellement chaud que le rideau a pris feu, avec le contact. »

Harry le fixa une seconde d'un air incrédule, puis s'effondra en une misérable pile gloussante et ricanante sur une chaise qui passait par là. Sirius jeta un regard attristé au pauvre gallinacé avant de se débarrasser du tout, plat compris, dans la poubelle.

« Bon, ben on va commander une pizza. La même chose que d'habitude ? » Harry hocha la tête entre deux pouffements et Sirius sortit dans le couloir pour utiliser le téléphone. C'était Harry qui lui avait appris à le faire, et il s'en servait à présent autant qu'il le pouvait tellement il était fier d'avoir réussi à maîtriser une compétence moldue.

La cohabitation avec son filleul l'avait introduit à une variété de merveilles moldues, telles que les raviolis en boîte, les micro-ondes et la soupe de tomate lyophilisée. Sans parler de son nouveau livre de chevet, « L'Entretien des motos pour les nuls ».

« Et sinon, c'était bien ta journée ? » demanda Sirius une fois la pizza dûment en route.

« Tu devrais le savoir, t'étais là la moitié du temps. » Devant le regard de chien battu de Sirius, Harry craqua et ajouta plus gentiment. « Mais oui, c'était bien. Plutôt calme, mais j'ai l'impression que ça va pas durer. »

« Chouette. Moi je me suis fait chier sec, sans toi. Je me demande ce que je vais faire des mes journées maintenant. » dit-il d'un ton pensif en se grattant l'aisselle. Harry fut assailli par le souvenir d'un chimpanzé en couverture d'un vieux numéro du National Geographic mais jugea plus sage de ne pas le dire à voix haute.

« Tu pourrais toujours travailler. »

« Nan, ça prend trop de temps, c'est pas marrant. Dis, si on sortait ce soir ? Je t'invite. » Harry leva les yeux au plafond devant le miracle qu'était Sirius (comment aurait-il survécu s'il n'avait pas été aussi riche était un mystère), et demanda à Sirius s'il était déjà allé au cinéma.

« James nous a emmené une fois, en soixante dix-sept, mais le film était un peu... »

« Un peu quoi ? »

« Quand tu seras plus grand. » Harry eut une seconde d'arrêt.

« Mon père vous a emmené voir un porno ? »

« ... peut-être. » Le haut des pommettes de Sirius était d'un rose soutenu et il semblait très absorbé dans la contemplation du lustre de la cuisine.

« Tu sais que tous les films ne sont pas comme ça, pas vrai ? » Sirius hocha vaguement la tête. Merlin, il ne s'imaginait tout de même pas que son filleul venait de lui proposer une soirée de débauche sordide dans une salle obscure, si ? « Menteur. Bref, au cinéma en bas de la rue ils ont une bonne programmation, on ira quand on aura fini de manger. »

La sonnette de la porte d'entrée permit à Sirius d'esquiver une conversation glissante, et il revint bientôt dans la cuisine avec deux grandes boîtes en carton plates qui répandaient une odeur de graisse et de fromage absolument divine.

Une demi-heure plus tard les pizzas n'étaient plus qu'un souvenir et Harry traînait Sirius devant le cinéma 'Le Capitaine', où une longue queue de moldus attendait patiemment son tour à la caisse.

« Alors, qu'est-ce qui te tente ? » demanda Harry en examinant les affiches. Apparemment il y avait une rétrospective de films de gangsters ce mois là. Il s'approcha de la porte sur laquelle était affichés les résumés et commença à peser les mérites respectifs des Affranchis et du Clan des Siciliens.

Au moment où il se demandait comment exactement un film d'Alain Delon avait pu se retrouver dans le cinéma d'une petite banlieue anglaise, il sentit une main le tirer par la manche avec insistance.

« Harry, hé, Harry, hé hé, Harry, hé- »

« Quoi, Sirius ? » demanda Harry avec agacement. A se demander lequel des deux avait trente-huit ans et lequel en avait dix-huit. A ce point là, c'était même à se demander lequel des deux avait cinq ans.

« Je veux voir celui-là ! » s'exclama un Sirius totalement surexcité en pointant du doigt une affiche. Sur un fond noir se tenait un homme d'âge mûr en costume, avec une petite rose rouge à la boutonnière et un chat dans les mains. Ses cheveux étaient gominés vers l'arrière, il portait une petite moustache droite, et à en juger par sa tête il avait probablement du coton dans les joues. Personne n'avait une mâchoire pareille naturellement. Il avait une expression étrangement mélancolique, comme si partager son titre avec Sirius le chagrinait profondément.

Harry se dit que, franchement, il aurait dû la voir venir celle-là. Il demanda deux tickets pour la salle six et s'installa calmement, pendant que Sirius s'émerveillait bruyamment devant cette invention merveilleuse que sont les strapontins.

« Hé, regarde, quand je me lève, hop !, ça se ferme tout seul ! C'est génial, non ? »

« Oui, oui. Tais-toi maintenant, ça va commencer. »

Et en effet, les lumières s'éteignirent presque immédiatement, et dans le noir retentit une voix d'homme, avec un fort accent italien.

I love America...

Bientôt les violons jouèrent le thème du film, et Sirius ouvrit de grands yeux émerveillés lorsque le titre du film se répandit sur l'écran:

Le Parrain.