Hey ! Vous pouvez pas dire que je vous donne rien à lire, ce chapitre est DEUX fois plus grand que le précédent. [Comment? Faire des chapitres égaux ? Ahah, très drôle. :3]. le prochain chapitre sera sur Natsu et sera.. Plus court. Je pense. [Enfin, je m'avance pas, vu que je me suis trompée sur l'estimation de la longueur de celui-ci..]
Je tiens à remercier Jya', GruviaFT, Lucifer, Caporal Crowny, Little wolf of snow, Aelig, MayFullbuster et Crisalys Nara pour les gentilles reviews, tranchant avec l'aspect sombre de cette histoire. J'ai beaucoup aimé lire vos reviews, vos commentaires sur cette fic - Et, surtout, vos questions dessus. Elles m'ont aidés à écrire la suite. Ici, peut-être que quelques questions seront résolues; ou, peut-être, que vous en aurez juste encore plus.. Qui sait ? *fourbe*
Hm. Il semble que fanfiction . net a du mal à garder le texte en entier.. Si jamais vous voyez des phrases étranges - Comme s'il manquait des mots; Prévenez-moi! Merci!
Bonne lecture !
Torture Sentimentale
Partie I/ Need Help despite I don't call for it.
Chapitre deux : Papiers Froissés - Grey.
« L'espoir, c'est comme un bout de papier froissé. On le chiffonne encore plus, on le jette.. Mais son message reste le même, quoi qu'il arrive. On meutrit aussi l'Espoir, quand on y croit plus. On le fripe, on l'envoie à la corbeille comme s'il n'était rien. Comme s'il n'avait pas le droit d'exister.. Et, malgré tout, le message est écrit. L'Espoir reste là. » Y.
« Quand tout est perdu, il reste encore l'espoir. » ; « L'espoir fait vivre. » Disaient-ils. (Proverbes français)
Mais savaient-ils que « L'espoir, c'est dangereux. L'espoir peut rendre un homme fou. » ? (Frank Darabont)
Regard fier, yeux noisette qui ne flanchaient pas. Le petit garçon venait de nulle part, au détour d'un couloir. Il se posa devant Grey et Ultear qui discutaient tranquillement. À son arrivée, le silence se fit. Sans se présenter, il prit la parole : Sa voix était fine comme un katana. Tranchante, elle résonna dans le couloir dans un son lugubre – Les autres enfants se dépêchaient de partir sans demander leur reste.
- « Je veux vous rejoindre.
- Quoi ? » Demanda intelligemment le brun. Tout ceci est trop soudain pour lui – C'est qui, celui-là ? Que veut-il ?
- « Vous prévoyez de vous échapper, n'est-ce pas ?
- Qui t'en a par-
- Je veux en être. » Répondit le nouveau venu, coupant très vite la parole à Grey.
Celui-ci fronça les sourcils et, comme la jeune fille, détailla l'arrivant. Il était de leur taille, élancé. Des cheveux en bataille, un menton droit assurément habitué à ne pas plier. Tout criait en lui qu'il était un « battant », qu'il ne se laissait pas marcher sur les pieds. Ou simplement qu'il était pourri-gâté, pas habitué à ce qu'on lui dise « non ». Peut-être savait-il simplement ce qu'il voulait. La lueur dans ses yeux marrons faisait penser à Ultear, d'une étrange façon.
- « … C'est quoi, ton nom ?, demanda Ultear.
- Marc. »
Les futurs-adolescents s'observèrent en silence, chacun pesant le pour et le contre. Grey hésita. Il n'aimait pas l'idée de partager Ultear et le risque – Quoique pour le risque, Folie ronronnait désagréablement dans sa tête. Le brun n'a pas l'habitude de se soucier d'une deuxième personne – Ultear savait pour sa part s'occuper d'elle et Grey était plutôt du genre « anti-social ». Remarquant leur hésitation, Marc décida de s'expliquer, autant qu'il le pouvait sans se trahir lui-même. Alors il rentra dans son histoire personnelle et avoua, à demi-voix :
- « Je veux partir. Cet endroit est une prison, pour moi et.. J'ai de la famille, qui m'attends. Je veux savoir pourquoi ils ne font rien, pourquoi ils m'ont abandonné, pourquoi-
- J'ai compris. On est un peu tous dans ton cas. » Sauf Grey. Sauf Ultear. Eux, ils n'avaient personne. Mais aucun des deux n'en fit la remarque. Marc s'impatienta, les regarda dans les yeux et lâche d'un ton sec :
- « Oui, mais moi, ils m'aimaient. »
Silence. Choc.
Flammes noisettes, brunes dans les pupilles, vicieuses. Pendant quelques secondes, les regards lancent des éclairs. Des frémissements agitèrent Grey, Violence se manifesta à son tour. Il la retient à contre-cœur, préférant balancer une petite vacherie au nouveau, demandant une chose qu'il pensait impossible :
- « Quand tu les retrouveras, pourras-tu encore les aimer malgré tout ?
- Je dois au moins essayer. » Soupira le dernier venu, sans frémir. Il ne se laissera pas avoir par la langue empoissonnée du brun qui lui fait face et, de toute façon, préféra avouer la vérité. À ces deux-là, mieux valait ne pas mentir.
Ultear n'avait rien dit, plongeant dans ses pensées abyssales. Mais Grey comprit très bien son point de vue – ça devenait un peu angoissant, d'être proche d'elle comme ça. Sans mot, ils se comprenaient et Grey ne savait pas s'il aimait cette nouvelle façon de communiquer. Peut-être devrait-il s'éloigner un peu d'elle.. Non. Il ne pouvait pas. Il sombrerait, sinon et plus personne ne pourra faire quelque chose pour lui. Alors il ne dit rien, se contentant d'acquiescer. Si Ul' avait accepté ce Marc, il pouvait se le permettre aussi. Mais pas question qu'il compte sur lui – Qu'il se débrouille !
Et le soir, quand Grey rejoignit sa chambre, il murmura à la Mer : « Nous sommes maintenant trois. »
Ultear n'aimait pas Marc et celui-ci lui rendait aimablement ses regards noirs, sans faire d'état d'âme. La venue d'un Troisième dans nos plans nous aidait. On explorait de nouvelles pistes, on connaissait maintenant les trajets des gardes de l'aile Sud – la sienne. La nôtre, l'Ouest, avait déjà été fouillée de fond en comble pour trouver des choses intéressantes. Tout et n'importe quoi. Alors les deux jeunes enfants entreprirent de suivre quelques fois Marc, disant qu'ils le « raccompagnaient », parce qu'ils « s'entendaient bien » – Tellement faux mais personne ne remarquait qu'ils mentaient. Les gardes les plus crédules ne disaient rien ; ils avançaient petit à petit.
Ultear avait confiée à Grey, un jour, qu'elle n'aimerait pas revoir sa mère. Au contraire de Marc qui se rongeait discrètement les ongles quand il pensait que les autres ne le voyaient pas. Dans l'esprit d'Ul', c'était simple : Sa mère ne voulait pas d'elle. La brune disait que celle-ci l'avait abandonné, malade, à cette clinique de dingues. Sans rien dire, Grey fronçait les sourcils. Il aurait voulu la rassurer. Après tout, qui donc pouvait oser laisser sa fille ici intentionnellement ? L'adulte ne savait-t-elle donc pas ce qui se passait-ici ? Et surtout qui n'aimerait pas cette forte tête qu'était Ultear ?
Elle avait un caractère affirmé, forgée en profondeur par son passage ici. Mais elle savait aussi être intelligente et compréhensive, bien que bornée. Non, Grey ne comprenait pas. La jeune fille poursuivit, sans prendre en compte le regard absent du brun :
- « Tu sais Grey.. C'est elle qui m'a appelé Ultear. Ça signifie « Les larmes d'Ul ». Marquer ça dans mon propre prénom.. Je suis sûre qu'elle me haït. »
Qu'aurait-il pût répondre ? Rien. Il ne connaissait pas toute l'histoire de sa camarade. Ce qu'il savait de sa mère se limitait simplement à son prénom et à sa fille ; autant dire pas grand-chose. Aucune histoire, aucun passé – Même Ultear avait dû mal à en savoir sur elle. Il paraît qu'elle était connue pour être ferme mais gentille et surtout travailleuse. Elle avait une certaine autorité dans son milieu professionnel. Lequel ? Aucune idée.. Non, réellement il n'y avait rien à rajouter. Pas de « Désolé » minable qui vient d'un sentiment de pitié. Car Ultear ne lui faisait pas pitié – Elle ne lui donnera jamais cette impression. La flamme dans son regard avait un peu vacillé à cause de toute cette histoire mais, au fond, elle n'abandonnerait pas aussi facilement. Car après tout, elle était Ultear, peu importe sa mère et les autres. Et si un jour on demandait à Grey de la décrire, il répondrait simplement : « Ultear ? Elle est déterminée ; détermination et déterminante. » Enfin, pour peu qu'il vous réponde ce qu'il pense vraiment.
Brusquement mais avec douceur, l'enfant brun prit la tête de celle qu'il regardait, posant son front contre le sien. Lui indiquant alors qu'il partageait sa douleur avec elle grâce à ce geste. Qu'elle n'avait pas besoin d'en dire plus – Que ça n'en valait pas la peine. Elle et lui, ils allaient continuer leur projet. Ils allaient partir d'ici. Les deux enfants finiraient par arrêter de survivre pour enfin pouvoir vivre. Qu'importe Marc, la mère de la brune, les gardes, les autres.
Grey et Ultear allaient vivre.
- « Moi, c'est Sherry. C'est quoi, ton petit nom à toi ? »
Elle était étrange. Différente.
La petite fille aux cheveux roses foncés partageait la même chambre qu'Ul', alors Grey l'avait déjà plusieurs fois croisés. Elle n'était pas méchante ; juste un peu.. Rêveuse. Étrange. Différente. La première fois, l'enfant l'avait serré dans ses bras – Et Grey avait eu envie de vomir. C'était, pour elle, des salutations normales. Un jour, pour signifier « Aurevoir », elle avait dit « Que les Dieux vous gardent. ».
Non, vraiment, elle n'était pas normale. Grey ne comprenait pas la conception de Dieu, bien que ses anciens professeurs avaient plusieurs fois essayé de lui enseigner. S'il y avait un quelconque Être Suprême, là-haut, alors le schizophrène le détestait. Il ne l'avait jamais aidé, il n'avait jamais rien fait pour lui – Et regardez à présent où il en était ! L'Institut.. Haine et fiel découlait de ce mot quand Grey le prononçait.
Et puis, Sherry, elle l'avait dit au pluriel – ça, c'était pire que bizarre. Il l'avait interrogée, un soir, vaguement ennuyé. Il était dans la chambre d'Ultear et Sherry lisait un très vieux livre ; sûrement un bouquin qu'elle avait emmené ici. Croyez-le, des objets qui leur appartenaient étaient rares. Les écritures étaient étrangères – Grey ne comprit pas. D'ailleurs, il ne comprit pas non plus ses réponses à ses questions. « Je pense, comme les miens, qu'il y a un Dieu dans tout élément naturel. ».
Il avait ricané et Cruelle avait parlé à sa place. « Il doit y avoir de la place, au Panthéon, parce que vu le nombre qu'ils doivent être... ! Ce n'est pas logique, Sherry. Je déteste tout ce que sort de la logique. » C'était vrai, après tout. La logique, c'était la seule chose censée à laquelle il osait se raccrocher. Un comble, non ?
- « Ne penses-tu pas qu'il y a une personne, quelqu'un qui crée les éclairs ? Ou bien quelqu'un qui fait trembler la Terre ? Quelqu'un qui guérit les maladies – Ou les distribue ? » Demanda-t-elle faiblement, mais sans avoir honte de ses propres mots.
- « La Science a déjà répondu à cette question. »
Fiel. Il détestait qu'on lui réponde et d'ailleurs, il commençait à haïr cette discussion et son sujet – C'était sot, c'était bête, il fallait en finir avec cette conversation incensée. Sherry devait ouvrir les yeux, bon sang ! Et puis, cette histoire de maladie. Ça le mettait mal à l'aise. Il n'avait jamais pensé aux raisons de l'apparition de sa schizophrénie. D'ailleurs, il évitait même de dire ce terme – Les voix adoraient le lui rappeler et ça lui suffisait amplement.
Qu'un quelconque Dieu puisse être la cause de tout ses tourments l'énervait encore plus. Il n'y croyait pas, d'accord ? Parce que sinon, il devrait s'avouer sincèrement qu'il était maudit. Depuis qu'il était né, il savait que s'il voulait quelque chose, c'était à lui de se débrouiller pour l'avoir. Il n'attendrait rien des autres, ni d'inconnu, ni d'une divinité. Il ne comptait que sur lui-même. « Tes Dieux, s'ils existent, me paraissent bien effroyables. », ajouta-t-il au bout d'un moment. La jeune fille pâlit et se surpris à guetter le retour d'Ultear, partie voler un truc à manger en bas.
- « Chacun à plus ou moins de chance.. », tenta-t-elle faiblement.
La voix de Grey résonna, cinglante. « Parce que l'Institut rayonne de bonté et de bonheur, peut-être ?! ». Il s'énervait rapidement et Violence commença à s'agiter. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas agi. Le brun tentait de se calmer, de se retenir – C'était la coloc' à Ultear, il ne pouvait pas lui faire de mal. Et puis, ces yeux l'empêchaient d'aller plus loin. Trop innocent. Comment pouvait-elle être comme ça à l'Institut, alors qu'elle était arrivée avant Ultear et lui-même? Cette gamine un peu perdue n'était pas méchante au fond.. Violence grogna. Une prochaine fois, alors. Juste affreusement têtue avec ces histoires d'amour et de Dieux, là. Sherry attendit un peu avant de répondre, insistante :
- « Moi, j'y crois Grey. Tu ne peux pas m'enlever ça. Je suis sûre qu'il y a quelqu'un qui s'agite, sous cette Terre. Ou sous cette Mer. »
La réplique de Grey mourut dans sa gorge tellement celle-ci se resserra vite. La jeune fille aux cheveux tagada le regardait, attendait visiblement une réponse. Un contre-exemple, un argument. Le brun ne dit rien – Parce qu'il n'avait rien à dire. Parce que, au fond, lui aussi espérait que cette Mer soit quelqu'un. Mais, contrairement à Sherry, il savait qu'il se berçait d'illusions.
Il sortit précipitamment de la chambre des deux filles et rentra dans la sienne, bousculant le gardien. Il n'en sortit que deux jours plus tard – Muet comme une tombe. Personne ne lui fit de remarque ; on lui donna juste les médicaments qu'il n'avait pas pu prendre avant. Finissant son verre d'eau, les yeux de Grey se firent plus noirs – Si c'était encore possible. Un chaos indescriptible régnait dans ces deux fenêtre de l'âme. Son âme, d'ailleurs, riez. Elle est blessée et blessante, sanguinolente.
Irréparable.
Ils ne s'entendaient pas très bien et des fois, l'orage menaçait d'éclater. Marc était un ancien enfant gâté et certaines de ses remarques ou réactions laissaient les autres sur les rails. Grey ne parlait pas beaucoup – Sauf à Ultear. Il évitait Sherry sans que les autres ne comprennent ou ne veulent comprendre pourquoi. Celle-ci ne s'en formalisait pas et passait son temps avec un autre petit garçon blond ou à parler avec sa colocataire. Ultear, elle, était devenue sèche avec tout le monde. Stressée, impatiente peut-être ? Des tremblements agitaient ses mains blanches. Elle voulait s'enfuir d'ici ! Ses lèvres, mordues, avaient des marques pourpres.
L'ambiance était tendue et, au fur et à mesure des jours, ne s'améliorait pas.
Il devenait difficile aux trois enfants rêvant d'évasion de s'organiser. La chambre d'Ul' était souvent occupé par la petite fille aux cheveux roses. Ils ne pouvaient pas parler devant elle, même si le brun glacial savait qu'elle savait. L'étrangère était différente mais pas stupide – Et c'était bien là un problème, au fond.
- « Vous préparez un mauvais coup. » Leur avait-elle dit un soir tandis que les trois gosses partaient dans la chambre de Grey, le seul qui avait une pièce pour lui tout seul – Trop dangereux pour d'autres enfants.
- « Qu'est-ce qui te fait croire ça ? » Demanda Marc. Sherry l'ignora ostensiblement et continua :
- « Si vous continuez à être aussi imprudent dans vos rendez-vous secrets, tout le dortoir de l'aile finira par le savoir. Faîtes attention.
- Tu nous aides ? » Questionna le brun du groupe.
- « Non. »
Silence. Grey avait ses yeux perçants ancrés dans ceux de Sherry. Cette fille, véritable appel à l'apprentissage d'une nouvelle culture, ne baissa pas la tête. Elle n'avait pas peur de lui – Ni de ses voix. Dans son pays, personne n'avait peur les uns des autres. Respect. Et c'était ce même respect, cette même indifférence à la condition particulière de Grey qui énervait le garçon – Parce que pour elle, il n'était qu'un gamin égaré qu'il fallait recadré, simplement ; alors que c'était tellement plus compliqué que ça..
C'était une des raisons pour laquelle il évitait de lui parler. Chaque phrase pouvait avoir plusieurs sens ; Sherry pouvait exprimer quelque chose de grave sans émotions particulière et, l'instant d'après, blaguer sur la mort de quelqu'un. Elle était tellement différente, sauvagement indépendante et pourtant tristement attaché à la protection d'Ultear.. La petite taille et les origines de l'étrangère ne l'aidait pas, dans cet établissement d'enragés et de dérangés. Visiblement, Sherry s'en foutait de ces regards haineux qu'elle recevait. Elle vivait au jour le jour, nullement affectée par sa venue dans l'Institut. Effrayant.
D'ailleurs, même Grey ne voyait en elle que l'intrus au premier regard. Ce n'était pas spécialement qu'il ne l'aimait pas mais, avec elle, on ne savait pas sur quel pied danser. Comme s'il fallait faire attention à chacun de nos dires, de nos actions. Avec Ultear, tout était plus normal, plus naturel – Mais c'était la brune en même temps. La familiarité qu'il entretenait avec elle avait un goût de poison et de besoin. Indescriptible mais nécessaire et à la fois douloureux et désespérant. Grey se mordit la lèvre, à son tour. De quoi parlait-il ? C'est quoi la normalité pour ces gosses perdus ? Depuis quand jugeait-il quelqu'un sans le connaître alors que, lui-même, était traité comme un désaxé ?
Il savait pas. Plus. Il l'avait jamais fait avant – Non. Mais depuis qu'il était arrivé ici, il avait changé. En négatif. Déjà qu'il était cassé, petite poupée pourfendue par une Voix, rien ne s'améliorait. Ici, tout était mauvais. Des regards haineux ou peureux des gardes aux médicaments et autres test qu'on leur faisait avaler et subir – Et cette ambiance maussade qui régnait n'améliorait rien. Ni le bruit des bottes de militaire sur le pavé sale, ni les pleurs des autres.
L'influence néfaste de ce monde croupi se refermait lentement sur lui, comme un piège – Il voulait fuir ; ne pouvait pas. Ce n'était pas encore prêt. N'y avait-t-il aucune lumière pour l'aider à tenir un peu plus longtemps ? Il releva les yeux et écouta la conversation en cours, au détour d'un couloir. Les quatre étaient réunis et attiraient les regards – Qu'est-ce qu'ils mijotaient, encore ? Le brun se tourna vers les curieux et très vite, ils disparurent.
- « Tu ne veux pas t'enfuir avec nous ? » Finit par demander Ultear à Sherry. Marc grogna derrière eux.
- « Non. Pas si je n'y suis pas obligé. Pas si vous pouvez prendre quelqu'un d'autre.
- Tu vois, Sherry. C'est ça qui te perdra. » Souffla en réponse la brune. Sherry se contenta se sourire sans répondre, mystérieuse.
Grey grimaça – Il n'aurait plus à la supporter, au moins. Tiens. Pourquoi grimaçait-il ? Pourquoi n'en était-il pas soulagé, voire heureux ? Pourquoi avait-il un sentiment amer au fond de lui ? Cruelle ricana dans son esprit. C'était étrange. Peut-être qu'au contact de Sherry, il avait découvert autre-chose que la banalité dans laquelle il baignait. Et, peut-être alors, que ça lui manquerait. Un peu. Un rien.. « Comme si tu avais besoin de cette inutile gamine, mon cher.. » Déclara Cruelle, narquoise.
Grey l'ignora et soupira. Elle aussi, sa voix.. Non, ses voix, le faisaient glisser vers le fond. Ultear lui serra l'épaule ; ils partirent tous les trois pour sa chambre, laissant l'étrangère seule. Marc soupira, à moitié content et à moitié confus. Personne ne devait savoir. Ils devaient réussir. Sherry allait-elle dire ou faire quelque chose contre eux ? Ils espéraient tous que non. – Espoir futile à l'Institut.. Mais Sherry était différente, après tout.
L'attente devenait insoutenable. Les ongles d'Ultear n'existaient plus depuis longtemps. Silencieusement, dans le dos de leurs gardiens, les trois enfants avaient rassemblés leurs affaires – Du moins, le peu qu'ils avaient. Bien sûr, tout se passa sans que les autres enfants furent mis au courant – Mais, à quoi cela aurait-il servit, de les faire participer ? Trop de risques. Et puis, ils n'avaient pas la flamme de rébellion qui brûlait en eux. Ils étaient des pantins inutiles, voilà tout. Vu leurs yeux éteints et mornes, Ultear doutait scrupuleusement qu'ils ne soient pas déjà devenus bornes ou aveugles.
Marc avait relevé les horaires des gardiens qui, conscients d'avoir à faire à des enfants, ne prenaient pas la peine de les changer suivant les semaines. Une chance pour eux qui connaissaient dès lors l'heure des relèves où ils pourront fuir. De plus, ils firent bien attention par où passer ; quel gardien rencontré. Car certains ne prenaient pas leur métier à cœur – Surveiller des gosses, et puis quoi encore ? Ils étaient donc endormis parfois ou bien saouls. Pire, certaines fois ils ne patrouillaient pas – Leur attention était tellement faible qu'Ultear s'amuserait bientôt à marcher dessus.
Quant à Grey, il avait depuis longtemps gardé une clef de sa chambre – Cadeau d'un de ses ex-gardiens qui avait fui en courant, agacé et dérangé par les monologues du petit garçon froid. Très vite, ils s'aperçurent que la même clef ouvrait toutes les cellules de l'aile Ouest. Marc gronda ; il allait devoir se débrouiller par d'autres moyens. Cependant, les deux autres enfants savaient qu'ils ne manquaient pas de ressources.
Ils avaient prévu de se retrouver dans la ville la plus proche, se fondant dans la masse. Ils attendraient tous jusqu'au matin au mieux – Mais s'ils étaient en danger, ils fuiraient de nouveau, qu'importe comment. Bien sûr, les bus et autres trains étaient à éviter au début. Même si ce n'était pas si évident. Des adultes iront-ils jusqu'à arrêter des enfants sans défense devant une foule entière de voyageurs ? Mais des enfants pouvaient-ils voyager seuls sans attirer de soupçons ?
Ultear fit la remarque intelligente qu'ils ne devraient pas non plus attirer l'attention de « mauvais adultes » qui, croyant bien faire, les rendraient à l'Institut sans savoir l'atrocité qu'ils produiraient, croyant à une simple fuite contre l'autorité. Hmf. S'ils savaient... Marc approuva vivement et Grey ne dit rien, un sourire narquois aux lèvres. – Vous vous rappelez ? Il haït le monde entier et surtout les adultes qui le peuplent.
Leur plan n'était pas parfait ; dangereux, même. Mais c'était tout ce que ces gamins pouvaient faire avec leurs moyens et, en vrai, ils en avaient déjà fait beaucoup. L'oxygène commençait à manquer à Marc, dont l'âge approchait de la limite pour qu'il soit envoyé dans la Grande Salle, tandis que Grey restait impassible. Tous les trois essayèrent de rester stoïque jusqu'au moment où ils partiront, enfin libre de leurs chaînes. Ils faisaient de leur mieux pour passer inaperçus.
Pas facile de rester de marbre quand vous pouvez, dans deux ou trois jours, voler sans répits dans le ciel, comme vous le voulez.
- « Voler, ou s'écraser. » Rappela Cruelle tandis que Folie s'esclaffait dans le fond de son âme alors qu'il n'y avait rien de drôle.
Il frissonna. Hors de question de laisser ses conneries de voix interférer le jour précis de sa libération !
- « Comme si on allait t'écouter, gamin.. » Soupira l'une d'entre elles – Et sûrement pas Innocence...
Alors que Grey repensait au plan qu'Ultear, Marc et lui essayaient de former, il se demandait si leur absence serait remarquée. Si oui, la serait-t-elle vite ? Sûrement verront-ils à l'appel général du matin qui leur manquait deux, trois enfants. Le pire serait qu'ils fassent un tour de ronde pendant la nuit – Ça arrivait parfois, aléatoirement et les trois enfants espéraient de tout cœur qu'ils n'y penseront pas le soir de leur évasion. Peut-être paniqueront-ils et les chercheront-ils ? Et, qui sait, ils laisseront peut-être tomber ?
Après tout, pour eux, ils n'étaient rien.. Juste des patients, des cobayes, des essais ? Ou bien des fous, des dérangés, des désaxés ? Ou alors, simplement des enfants, des gamins, des perdus ? Non. Cruelle s'agita et ricana : « Personne, gamin. Tu n'es personne. »
Personne. Oui, c'était ça, en vrai. Ou.. Non ? Non. Non ! Grey était quelqu'un !
- « Vraiment ? » S'amusa la voix à ses dépens.
- « … Tu crois que, pour eux.. Je ne suis.. ? » Grey ne finit pas sa propre phrase à voix haute, malgré le regard perçant d'Ultear. Il plongea dans ses pensées tortueuses sans même s'en apercevoir.
Il n'était ni Grey, ni Fullbuster. À peine que « l'occupant de la chambre deux cent quarante-huit ». Que le « patient cent quatorze ». Qu'un enfant parmi tant d'autres, un nombre dans la foulée. Il n'avait aucune identité, pas même sa propre personnalité tant Folie, Cruelle et Violence faisaient preuve de cannibalisme intellectuel. Ses voix le mangeaient et l'auront à l'usure.
Et tandis que le plus jeune frissonne, refroidi par ses propres doutes et ses propres erreurs, il fait une deuxième constatation. Ultear, avec ses mains froides et frêles, lui relève la tête et leurs regards s'entrechoquent – Elle a compris. Que dire ? Désespoir ; elle pense pareil – Que, tant qu'elle serait à l'Institut, elle ne sera jamais autre chose que ce qu'il voulait en faire. Elle n'accepte pas.
En attendant, il n'est pas Grey Fullbuster et elle n'est pas Ultear, fille de Ul. Ils ne sont personne ; Juste des nombres.
Des putains de nombres.
- « Sherry ? », demanda Ultear, d'un ton surpris.« Qu'est-ce que tu fais là ? »
- « Ils vont nous tuer, Ultear. Ils vont vraiment le faire. ». L'enfant tremblait de tout ses membres et paraissait clairement paniqué. Ultear ne s'en formalisa pas, restant calme.
La voix aiguë sortit le brun de ses pensées et celui-ci releva la tête vers la pièce, quittant la fenêtre à regrets. Les larmes commençaient à embuer les yeux clairs et Grey vit finalement qu'il y avait quelqu'un derrière elle, caché entre ses jambes. Plus petit, avec des cheveux d'une blondeur rare dans ce pays-ci – Brun, brun, noir, noir. Tout comme les cheveux roses de Sherry – Mais la fille lui avait dit, au brun, qu'elle était étrangère.
Il ne savait pas qui était l'enfant blond – sûrement un ami de Sherry. Lui, il n'en avait pas ; d'amis. Il ne prenait pas la peine de connaître le nom des gens qu'il croisait. Mis à part Ultear, Sherry et Marc – et, Enfer, qu'il avait eu du mal avec les deux derniers prénoms – et le sien, il ne connaissait le nom de personne ici. Aussi, c'est intrigué qu'il demanda à l'étrangère : « C'est qui, derrière toi ? »
Prenant sur elle, Sherry entra complètement dans la pièce, referma la porte et poussa le gosse sur son lit. Elle resta debout, attendit un peu avant de parler comme pour choisir ses mots. Les murs gris s'accordaient parfaitement avec l'ambiance lugubre qu'elle avait amené avec elle. Finalement elle répondit à la question du brun : « C'est Eve. Un ami. O-On.. », commença-t-elle. L'étrange enfant se tourna vers Ultear, cherchant dans ses yeux une parole de soutien.
La brune lui rendit son regard sans animosité mais sans aucun geste indiquant qu'elle la soutenait. Pourtant, son vis-à-vis dut voir quelque chose de spécial et finalement, ça dut suffire à Sherry puisqu'elle continua, se pinçant les lèvres avant de parler sans marmonner : « On a vu quelque chose que l'on n'aurait pas dû voir. » Grey se tendit imperceptiblement et devient intrigué à son tour.
- « Comme quoi ? » demanda, impatiente, Ul' – Est-ce que leur plan allait en pâtir, oui ou non ?
Une voix enfantine, tremblante, résonna soudain : « Hibiki. ». Ultear se releva précipitamment tandis que Grey ronchonnait. Il ne comprenait rien. Encore un nom inconnu. Peut-être un enfant ? Un numéro, comme lui ?
- « Qui ? » Interrogea-t-il au bout d'un silence qui lui comprimait la poitrine. C'est Ultear qui lui fournit la réponse en précisant que Hibiki, comme il s'appelait, était en fait un enfant récemment envoyé dans la Grande Salle.
Personne n'aurait du le voir ressortir vivant de là – Pourtant, Sherry et Eve l'avait vu. Voulant se débarrasser de cet affreux secret, le blond continua sur sa lancée et expliqua toute l'histoire aux autres enfants. Sherry, elle, regardait le mur blanc ; le regard dans le vide.
- « C'était lui, sans être lui. C-C'était horrible, il marchait au pas, les yeux vagues mais fixés vers l'avant. On aurait dit.. Qu'il n'avait aucune volonté, q-qu'il.. Oui. Qu'il n'était qu'une machine. » Finit-il dans un souffle. Dans le silence de la pièce, chacun l'entendit distinctement.
Folie ronronna. Elle aimait ce qui se passait ici, dans ces sous-sols tortueux de l'Institut et dans la Grande Salle, ce qui ne rassura pas du tout le brun. Le plan était prévu pour ce soir, il n'y avait aucune chance que les trois enfants se permettent d'amener des problèmes en plus et de risquer d'échouer. Mais même si Marc n'était pas là pour décider avec eux, Ultear et Grey se regardèrent et se comprirent instantanément.
- « D-Des gardes nous ont vu, Ultear. Je crois. », ajouta Sherry, tortillant une de ses mèches roses. « J'ai peur.. »,souffla-t-elle en tombant par terre, ses jambes étant impuissante à la soutenir plus longtemps.
La brune se releva dans la petite pièce où, à quatre, ils commençaient à étouffer. Puis, solennellement, elle tendit une main à sa colocataire de chambrée. Sherry ne réfléchit absolument pas – Elle la prit, gratifiant Ultear d'un sourire un peu amer et un peu lumineux à la fois et se releva. Il n'y avait pas le choix, après tout. C'était venir avec eux et avoir une chance ou rester ici et attendre d'être cueilli par les administratifs ou les surveillants. C'était s'enfuir et espérer ou se déshumaniser, se terrer et se taire.
En comptant Marc, ils étaient à présent cinq à partir ce soir. C'était plus dangereux, inconscient même. De la folie, pour des gosses comme eux – « Et alors ? Je ne vois pas le problème. » Décréta la voix éponyme de Grey dans sa tête qu'il ignora. Ils n'étaient pas assez préparé, mais Ultear allait bientôt être assez vieille pour être amenée à la Grande Salle, à son tour. Comme la plupart d'entre eux.
De plus, l'incident avec Sherry et Eve avait fini de les convaincre. Ils étaient pressés par le temps. « C'est maintenant ou jamais », se dit Grey en regardant l'aube se lever. Ils finiraient la préparation aujourd'hui, cacheraient les deux fuyards comme ils pourront et ce soir – Ce soir, ils s'enfuiront. Ils vivront ou mourront.
À cinq.
Ce soir.
Et plus tard, Grey se répétera dans sa tête telle une litanie : « Nous étions cinq.. »
Réunis une dernière fois dans la chambre de Grey, les cinq enfants se regardaient. Chacun cherchait quelque chose à dire, une dernière parole à offrir, un simple geste de réconfort à donner. Puis, brusquement, Ultear décida d'annoncer le ton aux autres. Les « Aurevoir » pourraient attendre – Ils n'avaient plus le temps pour ça. Non, maintenant, il fallait agir !
- « Je n'ai que deux choses à vous dire : Si vous êtes attrapés, nous ne nous connaissons pas. » Son regard nous sonda un à un. Nous hochâmes la tête sans rechigner. « Nous n'allons nulle part. Nous n'avons pas de point de rendez-vous, pas de plan, pas de relation. Taisez-vous, mordez-vous la langue s'il le faut. »
Il y eut un petit silence, le temps que ses paroles fassent mouche. Finalement, Ultear ajouta d'un ton cinglant :
- « Compris ? »
Ils hochèrent la tête. Grey s'avança et demanda à l'enfant brune : « Et la deuxième chose ? ». Elle leur lança un regard empreint de.. Quelque chose. Un peu d'espoir sûrement. Mais aussi de la tristesse – Vivront-ils, réussiront-ils ? Un mélange exaltant d'émotions qui faisait scintiller ses yeux, refusant pourtant de laisser les larmes couler. Sa gorge était serrée d'angoisse, d'à priori, et de la terreur sans nom de l'échec. Cet écart de faiblesse ne sema pas la zizanie dans le groupe, au contraire. Il renforça les convictions de chacun. Ils se serrèrent les coudes, sans autre mots.
- « Bonne chance.. » Souffla-t-elle doucement ; les quatre autres se tendirent. Si Ul' en venait à dire ça en deuxième chose, en dernier mot, après même leur soi-disant non-affiliation, c'était que tout se jouait ce soir – C'était leur vie qu'ils misaient sur un plateau en équilibre, soutenu par un poids visiblement au bord de l'effondrement.
Ultear et Grey partaient, ce soir. Ils partaient et ne reviendraient pas ; sauf les deux pieds en avant – Au moins, mentalement pour eux. Marc n'ont plus, ne reviendra pas. Plutôt se faire du mal à lui-même, quitte à devenir dangereux et rester dans une véritable prison que de retourner à l'Institut. Sherry et Eve, eux, voulaient juste ignorer la menace sourde qui pesaient sur leurs frêles épaules, telle une épée acérée de Damoclès qui les narguait.
Aucun des cinq ne voulait sauver le monde ; dévoiler l'atrocité de ce lieu ; informer les citoyens de tout pays des expériences étranges auxquelles ils ont été confrontés. Non. Égoïstement, ils voulaient juste sauver leur peau – Et cet objectif en lui-même semblait déjà bien irréalisable à leurs yeux d'enfants..
Grey POV.
Nous étions cinq.
« Ul.. Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée ! » Finit par craquer Sherry, la petite fille aux cheveux roses foncés. Sa peluche – Une souris nommée Angelica auquel il manquait un œil représenté par un bouton – était dans ses bras pâles. L'enfant avait le visage tiré, les jambes douloureuses et les pieds en sang. Sa respiration était difficile et son regard était terne. Il n'y avait plus aucune détermination en elle. Ultear l'avait compris et c'est de là que découlaient ses prochaines paroles. Sherry était perdue.
- « Libre à toi d'oser rester ici ou là-bas. Mais ne nous empêche pas de prendre notre liberté. » Le ton était sec. Définitif. Jamais Ultear ne lui avait parlé comme ça – Mais, là encore, jamais sa vie n'avait été si près du précipice.
La fille trembla, peinant à tenir sur ses jambes. Elle avait peur, ne voulait pas rester seule – Ne voulant surtout pas rentrer là-bas. Mais elle avait failli, elle n'avait plus foi en ce projet. L'étrangère n'avait plus cœur à fuir. Alors Ultear la rejeta, comme on se débarrasse des inutiles et des faibles – Ultear voulait survivre. Se délaisser des boulets lui détruisait ce qui lui restait d'humanité mais, très vite, la détermination flamba dans son regard. Sherry ne dit rien sur le moment. La fille aux cheveux noirs lui avait offert une chance. Chance gaspillée, manifestement. Pas assez d'esprit, pas assez d'envie – Mais, au fond, je me demandais si Sherry avait eu un jour envie de quelque chose.
Elle nous regarda dans les yeux, voulant ancrer une dernière image de nous avant son retour là-bas. Elle examina tout ce qu'il y avait autour, faisant s'impatienter Ultear. « Que l'amour vous garde », souffla-t-elle et je me sentis immédiatement mal. Sherry parlait toujours de ce sentiment qui me restait inconnu et je détestais ça. Je voulais savoir, connaître, ressentir ? J'étais un glaçon. Finalement, les larmes aux yeux, la petite rebroussa chemin. Dans les bois, elle disparut dans la lumière rougeâtre, sanguinolente, d'un couché de Soleil.
Nous étions cinq. L'une est partie.
Nous continuâmes notre course dans les bois. Les ronces peuplaient notre chemin. Désagréablement. Cela ralentissait aussi notre fuite. Je commençais à ne plus trop sentir mes jambes – Et bon sang, je détestais ça. Ce n'était encore que le début de notre voyage, je ne pouvais pas me permettre de me fatiguer aussi vite. Mais.. Les mois passés à l'Institut avaient rongé nos capacités physiques, petit à petit. Pourtant nous, pauvres gosses, on continuait de courir comme si l'on avait la mort aux trousses.
Et on l'avait.
Des hurlements de chiens se firent entendre, nous donnant des frissons d'angoisses. Oh, on les connaissait bien, les chiens de l'Établissement – Mais ce n'est pas des gardes que l'on parle ici. Mais bien des animaux au sens propre du terme. Des chiens enragés, de combat, toujours de mauvaise humeur. On nous interdisait de les approcher et à raison. Ils étaient dangereux, entraînés pour mordre et pour tuer. Leur présence était surtout l à pour dissuader les enfants de tenter quoique ce soit. Bien que nous, pauvres fous, aurions essayé quoiqu'ils eurent fait pour contrecarrer nos plans.
Le bruit lugubre se rapprochait, bien trop vite. Ils avaient lâché les chiens. Ils avaient lâché les chiens ! Une panique pris le petit groupe restant, et trois regards se tournèrent vers Ultear. Notre chef. Elle avait blêmi et était secouée de tremblements. Oh. Oh, oh..
J'avais oublié.. Ul' déteste ces animaux – C'est presque une phobie. Une fois, à l'Institut, elle avait pratiquement eut une crise de panique quand un garde s'amusait à promener une de ces sales bêtes dans les rangs. C'était tellement pas.. Pas elle. Ultear, le regard fixé derrière nous, les gens tremblantes. Hé, oui. On l'oublie parfois mais Ul, elle est humaine – Et moi, je me mords la lèvre pour me réveiller, agir et l'aider.
Mais là, tout de suite, dans le crépuscule qui tombait, elle semblait incapable d'écouter une seule de mes paroles, autant qu'elle semblait incapable de prononcer un seul mot. Les secondes s'égrainaient et les deux autres enfants impliqués commençaient à se balancer sur leur pied, mal à l'aise – Eve et Marc n'avaient jamais vu la brun comme ça. Elle ne réagissait pas, le temps semblait figé – Mais les hurlements se rapprochaient !
Alors, j'arrêtai de lancer des mots inutiles et je pris Ultear par le bras, cria quelque chose aux autres. Quoi ? Je ne m'en rappelle pas. Sûrement « Courez ! » ou quelque chose du genre. Ce qui était sûr, c'est que j'étais pris dans le feu de l'action, avec une pensée unique. Les sauver. Faire ce qu'Ultear aurait du faire. Agir comme elle, agir à sa place – Sauver quelqu'un comme Ultear m'a sauvée, moi, Grey.
Et pour une fois, ce n'était pas « moi ». Ce n'était pas « Me sauver, moi et ma peau, moi et mes voix. ». C'était « Eux ». J'ai croisé leur regard – ça m'a encore fait un choc. L'un deux a hoché la tête. Ultear ne disait rien, mais elle répondit à ma pression sur son bras – Libération, souffle nouveau. Elle n'était plus prisonnière de ses peurs, elle était à nouveau ici, avec nous, dans une forêt inhospitalière. La quatrième hésita mais finit par me suivre, jetant de fréquents regards en arrière. À ce moment, dans mes pensées, dans ma nouvelle fuite, le groupe m'évoquait un « nous ».
Alors, nous avons couru. Plus rapidement que jamais. Mes jambes foulaient le sol pavé de boue, suivies de celles d'Ul qui ne me lâchait plus d'une semelle. Les deux garçons restants n'étaient pas très loin. Au fur et à mesure, nous commencions à perdre le dernier de la file – Eve faisait de son mieux. Serait-ce assez ? Il avait des cheveux blonds qui tiraient aux châtains clairs dans l'ombre des arbres menaçants, un air innocent et devait avoir entre sept et huit ans. Il était plus jeune que nous, il avait plus de mal à tenir sur de longues distances.
Finalement, le troisième, – Celui qui nous avait rejoint en premier – essaya de l'encourager. Le froid de la nuit tombait et nous soufflions des voluptés blanches. Heureusement que la course nous gardait au chaud.. Marc finit par se stopper, attendant le dernier. Est-ce du courage ? De la folie ? D'ailleurs, la mienne ronronna, sans s'encombrer de parole. Non, je ne ferai pas pareil – Pourtant, je ralentis. Instinct de survie qui fuit loin de moi – Non, je me mourrai pas. Mais je ne peux pas les laisser derrière.
Tandis que je m'arrêtais aussi, malgré ce qu'Ultear criait dans mes oreilles, mes pensées s'embrouillèrent. Pourquoi faisais-je ça ? Ultear hurla de nouveau quelque chose et puis se retourna vers le fond de la forêt, vers l'Institut. Je fis de même, Marc aussi – Eve, continuait de courir regardant droit devant lui. Et puis nous fûmes trois à les voir. Ils étaient juste là, derrière nous, le bruit de leurs bottes militaires écrasant l'herbe nous marquant. Les chiens avaient été remis en laisse, nous pistant toujours, toutefois sans pouvoir nous faire du mal. Le plus avancé des gardes, sûrement un éclaireur, courut encore plus vite. C'était mauvais, il était tellement proche du blond..
Ultear me secoua, et hurla quelque chose à Marc – Trop de bruits autour de moi. Je ne voyais que la grosse main caleuse du garde prendre Eve par l'épaule, faisant tomber en arrière l'enfant, les fesses dans le sol boueux.
- « On en a un deuxième ! » cria-t-il. Brusquement, les armes des autres étaient portées sur lui ou pointés en avant, avec les torches – Alors que ses yeux se remplissaient de terreur et de pleurs. Et Marc cria à son tour, première parole qu'il laissa filtrer de ses lèvres de la soirée.
Il se détruit la voix à les insulter, à essayer de les distraire tandis que ses jambes refusaient de bouger. Il ne pouvait pas partir. Il ne voulait pas partir ! Laisse l'autre derrière soi, dans cet endroit lugubre, cette prison de fer et de métal – Non, non, non ! Incapable de faire un choix, Marc restait là, à mi-course entre nous et Eux, figé par son hésitation. Ultear reprit la course, ses cheveux noirs tournant comme au ralenti devant mes yeux tandis qu'elle partait en ligne droite, fuyant seule. Elle, elle avait un véritable instinct de survie.
Et moi ? Moi, j'avais envie de mourir. Moi, j'étais là – et en même temps ailleurs. Folie riait à gorge déployer et j'entendais Innocence gémir. C'était trop, pour moi. Tout ce qui arrivait ici et maintenant et puis la course, l'effort, la fuite, les chiens, la nuit, le froid et ça – ça ! Peu à peu, ils nous enlevaient tout ce que nous avions mis des semaines à construire. J'étais comme Marc – Gelé sur place.
Avant je serai parti, comme Ultear, sans un regard en arrière. Mais je ne pouvais m'y résoudre. Où est donc passé ce « moi » qui m'aurais sauvé ? Non, je pensais toujours à « nous ». Je franchis la courte distance qui me séparait du troisième, l'obligeant à me suivre ensuite. Marc cria, se débattit dans mes bras. S'époumona. Mais, pour Eve, il était trop tard.
Nous étions cinq. L'une est partie. L'un s'est fait attraper.
On a reprit la course, toujours plus rapidement, ignorant les cris d'Eve. Finalement, Ultear avait ralenti, un peu plus loin. Elle ne nous attendait pas – Elle ne nous aurait jamais attendu. Mais elle avait laissé un peu moins de marge entre nous trois, comme pour s'excuser d'avoir agi en solitaire. Comme son instinct lui avait crié. Comme pour s'excuser d'avoir raison – Et je trouvais ça bizarre, au fond, qu'elle se soit soucier de nous. Bizarre, mais étrangement réconfortant.
Marc essaya plusieurs fois de se défaire de ma poigne, mais je ne le permettais pas. Je savais qu'il y serait retourné, énervé comme il était. Comme il se débattait toujours, m'énervant de plus en plus, Cruelle me souffla quelques phrases empoissonnées à dire pour le faire se taire et se calmer. Ce n'était pas une bonne idée d'après moi, alors je me mordais la lèvre, me taisant – Et Cruelle grinça des dents. Avec surprise, ce fut finalement Ultear qui prit la parole d'une voix cassante, briseuse de rêves – Comme pour rappeler qu'ils n'avaient pas fini leur fuite, qu'ils étaient en danger. Que rien, non rien, n'était joué.
- « Lâche-le, Grey. »
Je m'exécutais fébrilement, peu rassuré par la tournure des choses. La seule fille restante du groupe continua à parler, reprenant discrètement son rôle de chef – Ce qui me convenait très bien. « S'il veut revoir ses parents, il saura où aller. S'il veut sauver Eve – Et se détruire en même temps, alors qu'il y aille. ».
Elle finit par me fixer du regard et je retiens difficilement un son étranglé de ma gorge. Ses yeux étaient noirs, déterminé. Enflammé de nouveau. Elle voulait vivre – Rien n'y personne ne l'en empêcherait. Ni Sherry, ni Eve, ni Marc. Comme la première fois où j'ai rencontré cette adolescente rebelle, j'eus la même pensée. Cette fille – Ultear, qu'elle s'appelait – Personne ne pouvait l'enchaîner. Ses chaînes sous son regard polaire se glacent et se brisent.
- « Fuir, courir, mourir ou revenir.. C'est son choix. Plus le nôtre »
Devant ces mots, Marc avala sa salive avec difficulté et je ne pouvais pas le blâmer. Les paroles de notre chef étaient crûes, mais saignantes de vérité. Il avait mal, moi aussi et, bien que la brune le cachait bien, elle aussi. Alors on se serra les coudes une nouvelle fois, on endura ensemble et on reprit la course. Le troisième me regarda dans les yeux, m'interpellant discrètement. Une flamme vacillante était encore présente – Petite mais présente. Alors lui non plus, au final, il n'avait pas abandonné. « Je dois retrouver mes parents. » me murmura-t-il.
J'hochais la tête et continua à regarder droit devant moi, me questionnant sur le pourquoi de ma participation à cette fuite folle. Qu'avais-je à y gagner ? À part la mer qui m'appelait, à part ce vide que je ressentais et dont je ne connaissais pas la provenance, que pouvais-je bien chercher ? Je n'avais personne et personne n'avait besoin de moi. Aucun endroit où vivre. Juste des voix, dans ma tête, qui ricanent. Je me retournai alors vers Marc et...
Le vide. Personne.
Il avait disparu dans la nuit noire, prenant un chemin dérobé, emportant avec lui notre secret. Il n'avait pas dit « Aurevoir. » ou « Merci. » ou bien « Crevez. ». Le garçon avait juste réaffirmé, encore une fois, sa volonté d'aller vers ceux qu'il aimait. Et moi, amer, je pressais le pas pour rejoindre Ultear. Au fond, j'espérais qu'il retrouve les siens et que tout se passe bien – Oui, je l'espérai, même si je détestais ce gosse. Malgré cette vie sombre, cette enfance perdue dans les couloirs gris.. Peut-être.. Peut-être que j'avais encore une lueur d'espoir. Même si je savais d'avance que je ne le reverrais jamais, au grand jamais, j'espérais. Marc le méritait, plus que moi, ce bonheur.
Parce que lui, ce bâtard, il savait aimer.
Nous étions cinq. L'une est partie. L'un s'est fait attraper. Le troisième fut perdu de vue.
Il ne restait plus qu'Ultear et moi, courant encore à travers les bois, fatigués, peut-être perdus. Le souffle erratique, tout le corps en effort et en spasme, la sueur coulant sur nos fronts. Nous fuyons pour survivre. Nos jambes d'enfants tremblaient, mais nous continuons à courir. Car chaque pas nous rapprochait d'une vie meilleure, nous éloignant de notre plus grand cauchemar. Au loin, on distinguait encore un peu les grands bâtiments de l'Institut.
Soudainement, Ultear me fit signe de nous arrêter. Nous reprenons doucement notre souffle lâche et – elle me regarda, étonnée. Que se passait-il ?
- « Grey. Je n'entends plus les gardes. Ni même les chiens. »
L'enfant qu'elle était avait raison et mon cœur manqua un battement. Étions-nous sains et saufs ? Tous les deux, nous attendîmes un peu plus longtemps avant de se sentir en sécurité. Tout du moins, une sécurité relative. J'avais envie de sourire, de rire, de chanter des chansons inconnues ; je me taisais, prenant une grande inspiration. Autour de moi, dans la lueur sombre de la Lune, le décor me semblait changeant, mouvant. Inconnu.
Je ne connaissais rien, ici. Je ne savais même pas où nous étions. Mais qu'importe. La bouffée de liberté que je venais de prendre me frappa en plein fouet, comme une claque dans ma gueule. Oui, il y avait de quoi devenir vulgaire. J'étais libre. Mes voix ronchonnaient ou s'exaltaient, selon leur envie. Et moi, je ne disais rien, ne pensais rien. Je vivais le moment présent, regardant les milliers d'étoiles qui parcouraient ce ciel que je pouvais enfin embrasser en intégralité. Plus aucun mur ne m'arrêtait, plus aucun barreau ne me forçait à baisser la tête – J'étais libre.
Enchaîné par mon passé, détruit par mes peurs, assiégé par mes souvenirs cauchemardesques. Mais là, tout de suite, j'étais libre.
Et j'avais une furieuse envie de me jeter dans la mer, nager jusqu'à m'épuiser et me faire porter par le courant, où qu'il aille. J'avais une furieuse envie de cigarettes, comme cette fois où j'en avais empruntée une à un garde. Les volutes blanches qui filtraient mes lèvres, preuve du froid, me faisait sourire. Nicotine, oxygène.. Liberté et enchaînement – J'avais besoin de quelque chose de cancéreux pour atténuer mon envie de vomir devant ce vide béant qui me tendait les bras.
Je pouvais me jeter au sol et rouler dans l'herbe. Je pouvais rester immobile pendant des heures sans que l'on me contraigne à faire quelque chose. Plus de test. Plus de médicaments. Bon sang, je pouvais.. Je pouvais.. J'étais sans contrainte et je ne bougeais pas. Je pouvais tout faire. Alors pourquoi je ne réagissais pas ?
Pourquoi cette étendue immense de possibilités m'effrayait comme pas possible, pourquoi je commençais à trembler, pourquoi mes yeux devenaient flous ? Pourquoi à force de lever la tête vers le ciel et ces étoiles qui se moquent de moi, à force de me faire mal au cou, pourquoi je me sentais si insignifiant, si minable ? Pourquoi je pleurais, pourquoi j'avais peur de l'inconnu alors que c'était moi – Moi et moi seul. Car mes Voix n'avaient jamais été d'accord – moi, donc, qui m'étais engouffré dans ce projet, dans cet abyme de liberté qui m'oppressait aujourd'hui ? Pourquoi j'avais peur de ma propre décision et de ses conséquences ?
Cette émancipation n'était-elle qu'une apparence ? Trop de questions. Tandis que je me remettais de mes émotions, refusant de céder à la panique et de penser à l'avenir – Mais qu'allons-nous faire, maintenant ?! — je prenais de grandes respirations. Je me sentais nauséeux et en même temps heureux. J'étais vivant, effrayé, tremblant, passionné. Dans la cacophonie de pensées qui s'entrechoquaient en moi, une seule me marqua au fer rouge. J'étais libre ; libre de devenir fou.
Sans restriction.
Finalement, nous atteignîmes le village le plus proche, fatigué comme jamais. Ultear ne commenta pas ce qui s'était passé avant, même si elle m'avait vu aussi confus, aussi perdu. À la lisière de la ville, elle ne m'adressa pas de dernier adieu, de dernière parole significative. Pas de « Bonne chance. », pas de « Ne dis rien. ». Elle repartit de son côté, le pas lent, usé. Pas de « Au-revoir. » ni de « On se reverra. ». Non. Simplement, ses yeux noirs d'encres m'avaient fixé et m'avaient fait reprendre contact avec la Terre. Pas de « Merci. », pas de « Je n'aurai rien pu faire sans toi. ». Pas de « Oublie-moi. », ni de « Contacte-moi. ».
Juste une larme de soulagement, sur sa joue. Juste mon nom dans un soupir qui exprimait tout ce qu'elle n'arrivait pas à dire. « Grey.. » – Elle n'ajouta rien, son émotion coupant sa voix. Je la fixais, lui disant un « Je sais. Moi aussi. », transmis par un regard qu'elle interpréta vite. Et l'eau qui coulait, étoilant ses joues, m'ébranla à mon tour – Faille. Faille chez la fille inébranlable qui a fait tourner de nouveau mon monde fissuré.
Elle n'avait pas besoin de dire ou de faire plus – J'avais compris. On ne s'est pas pris dans les bras, on ne s'est pas salués. Elle est partie d'un côté, moi de l'autre et c'était dur. C'était dur, parce qu'il y avait comme un lien que l'on avait tissé au fur à mesure du temps qui nous retenait l'un contre l'autre. Lien que l'on était en train de déchirer, morceau par morceau, bout par bout, centimètre par centimètre.
C'était dur, mais nous avons fait chacun de nos pas sans flancher. Nous n'avons rien exprimé, parce que l'autre le savait déjà. Il n'y avait rien d'autre à faire. Plus rien. Plus rien à rattraper, plus rien à oser. Plus de bouts de papiers à brûler, plus de plan à préparer. Plus de regards échangés ou évités, plus de mensonge à créer.
Y'avait plus, entre nous deux, de papiers froissés.
Plus de raisons de rester ensemble. C'était trop dangereux, trop évident. Ils nous chercheraient et nous trouveraient si l'on ne faisait pas attention. Il n'y avait aucun virage à prendre, il fallait juste continuer notre route, droite et lisse, après les tourments, torrents et contre-sens que nous venions de subir.
Nous étions cinq. L'une est partie. L'un s'est fait attraper. Le troisième fut perdu de vue. Ultear m'a guidé puis laissé, au détour d'un chemin.
Nous étions cinq. Chacun à leur tour ils ont disparu ; bien plus vite qu'ils ne sont arrivés.
J'aurai voulu la rattraper, l'emmener avec moi. Rester à ses côtés ; je marchais vers la ville avec un goût amer dans la bouche. Je filais droit – Faisait ce qu'elle attendait de moi. Ce qui semblait logique.
…
J'avais vraiment besoin d'une clope.
- « Qu'avons-nous là.. ? »
Regard perdu. Au milieu du chemin, dans le petit matin, le vent cinglant venait de faire tomber la petite bête. Devant les yeux hagards du brun, l'oiseau essaya de remonter la pente, de s'envoler de nouveau. Ses frêles ailes se confrontèrent au violent courant d'air ; il redescendit en chute libre rapidement. Paniqué, ne pouvant plus bouger ses appendices pour reprendre de la hauteur, l'oiseau piaillait.
Grey, lui, ne bougeait pas. Il regardait l'animal se débattre face aux forces de la nature, impuissant à se relever. De nouveau ; une forte brise. L'oiseau s'écrase au sol. Il ne bouge plus cette fois, comme résigné sur son sort.
- « Tu es fatigué ? » demanda l'enfant, prenant son temps. Il aurait dû fuir aussi vite qu'il le pouvait – Alors pourquoi restait-il ici, à parler tout seul ?
Le brun s'accroupit à sa hauteur, effrayant la petite boule de plume. L'humain ne le toucha pas, pourtant – Il le laissa respirer. L'oiseau réessayera-t-il ou se laissera-t-il mourir, cloué au sol ? Grey grelotte – Un peu de brume sort de sa bouche. L'hiver est là et le moineau, promesse d'un printemps lointain, est étalé sur le bitume. Sûrement parti à la recherche de nourriture, il se laisse gelé sans réagir.
- « Tu as faim ? »
Possible. Probable. Comme Grey, alors. Ils sont deux, dans ce froid mordant, à se laisser aller. La tête vide de pensées, l'enfant soupire – L'oiseau ne gigote plus. Il a abandonné, à son tour. Après tout, ça arrive tout le temps. Il a abandonné, comme Sherry. La Nature est la plus forte. L'oiseau, s'il est incapable de subvenir à ses besoins, meurt. Il n'y aura personne pour s'inquiéter de lui, personne pour le protéger. L'oiseau est seul, sans défense – Comme Grey, alors..
- « Tu as froid ? »
Pourquoi lui parle-t-il, à cet animal en cage ? Le vent souffle de plus en plus fort, les feuilles de l'automne virevoltent autour de l'enfant. Cinglant, mordant, violent, effrayant, comme une tempête de couleurs mornes venues de nulle part – Brun, rouge terne, marron foncé. Noir. Noir, pourri jusqu'à la racine. Un noir moisi, un noir-gris. Un noir Grey.
Sous l'effet des éléments, l'oiseau commence à être traîné à terre, plus loin, disparaissant. Disparaissant comme Marc. Le vent l'emmène, le vent l'emporte et l'humain ne bouge pas. Les arbres se plient, des passants lui hurlent de se mettre à l'abri – La tempête arrive, sourde et indolente. Au loin, les vagues frappe le littéral, furieuses. Ultear doit déjà être loin. Aubaine pour eux, avec un peu de chance les recherches seront retardées.. Grey, lui, parle encore à l'oiseau qui s'en va sans pouvoir se débattre.
- « Dis, tu meurs ? »
L'animal réagit. Et, d'un coup vif, s'envole de nouveau. Le vent mugit et hurle – Sa proie s'échappe comme elle le peut. La tempête ne l'accepte pas. Le brun se relève soudainement, ses yeux écarquillés. Avait-il eu tort ? Y'avait-il encore des raisons d'y croire ; et des personnes, des entités qui se battaient pour celles-ci ?
Son monde avait-il une lueur d'espoir ? Non, bien sûr que non.
Coup cinglant ; aile brisée.
Il chute. Il ne ressent que de la douleur ; de la peur. La fin approche. L'oiseau s'est fait prendre sans pouvoir fuir – Comme Eve, alors. L'oiseau meurt, Grey tombe dans un abyme de ténèbres. Comment a-t-il pu y croire, ne serait-ce qu'une seconde ?
Ils chutent.
Nous étions cinq. Je suis seul.
Seul..
- « Tu ne l'es pas.. » Murmura Innocente, voix que je n'avais plus entendu depuis des siècles – Tonnerre. Ça a claqué dans ma tête. Cette voix, celle-ci, qui se réveille et Grey qui l'accueille à bras ouverts. Renouveau ; Innocence était là, prête à se faire tâcher et lyncher de nouveau. « Tu n'es pas seul. ». La voix est déterminée, chose rare. Elle a des accents d'Ultear et tout redevient concret, réel. Vrai. Le monde s'ouvre devant mes pieds et je rejetais cette foutu ligne droite toute tracée.
Cette simple phrase dans mon esprit brida mes chaînes d'amertumes qui pointaient. Je bouclais ma détermination et filais droit.. Adieu, route droite. Je vis de torrents, de contre-sens et de virage. Oui. J'ai pris un virage ; un énorme, un dangereux, sans possibilité de voir la fin de la route. J'ai pris un virage – Et je l'ai pris sans peur et sans regrets.
J'ai couru, couru, couru jusqu'à elle. Je lui ai crié un nom de ville, dont je ne savais même pas si elle existait. Dans ses yeux, j'ai lu la surprise, la peur, la résignation et puis l'envie. La folie. L'excitation de l'interdit – Elle aussi, elle s'est brisé et a prit un virage. On était deux abrutis, à l'aube ; électrons voulant se réunir alors qu'ils n'en avaient pas le droit et, physiquement, pas la possibilité. Mais elle était Ultear, j'étais Grey et toutes ces Lois, nous les balancions à la Mer. Elle m'a sourit, a continué son chemin, a balancé sa main dans le vent – Et j'étais sûr de la revoir un jour. J'aurai été jusqu'à renommée ou créée cette ville pour qu'elle existe et que nous nous rencontrâmes de nouveau...
Nous étions cinq. Je suis seul, avec mes voix et un Espoir fugace.
Pour la première fois. Un espoir. Chaud, réconfortant. Quelque chose qui me donne envie de vivre, envie de voir l'avenir. Un espoir. C'est si simple, si facilement nuisible ou cassable. C'est si précieux, si fragile. C'est juste ça qui m'a empêché de flancher, de devenir véritablement fou. Ça m'a fait tenir. Un rien du tout, une chose que le vent aurait pu emporter, que le temps aurait pu me faire oublier. Rien du tout – Qui, malgré tout, a tenu.
Juste un espoir.
Avis? Commentaire? Impression sur ce passé tortueux? Sur cette fuite vers l'avant? Sur l'écriture? Ce chapitre était-il trop long? Sur le caractère des personnages? (Je crois m'être attachée à Sherry.. J'espère qu'elle n'est pas trop OOC. Même si c'est un UA ! Du moins, dans un UA, j'espère avoir respecté son caractère d'un bout à l'autre de l'histoire). Et pour l'OC, Marc, sa présence est-elle "trop imposante"? (premier OC donc j'espère ne pas avoir trop fail !). Ultear et Grey vous ont-ils touché? Les voix de Grey sont-elles toujours aussi bien retransmises? Innocence, à la fin, qui change la donne. Toute une signification. Vous vous y attendiez?
Trop de questions, désolée. Mais je suis avide de connaître vos réponses.. Et puis, rien n'est fini. On se retrouve bientôt (Euuuh, je donne pas de date. *PAN* je me connais trop bien.) pour le passé de Natsu qui, lui aussi, sera.. Pas très joyeux. *PAN*. Mais avouez.. L'angst, vous aimez ! Et puis, ce genre inspire beaucoup ! :). Allez, on se retrouve bientôt pour le chapitre trois :"Fée brûlée". (Et après, on passera à la deuxième partie.. Torture Sentimentale avec du Yaoi \o/ ! Mais d'ici là.. On a encore le temps. Non? C: - Ceci veut implicitement dire que je suis une larve, longue et feignasse, quand il s'agit d'écrire. Même si c'est ma passion. *PAN*)
