Merci de lire cette fiction. Je vais avoir un peu plus de temps maintenant pour uploader plus régulièrement. Bonne lecture ;-)
Chapitre Deux: révélation
Zuko recevait le plus souvent dans une petite pièce encombrée d'une large table et d'innombrables parchemins et cartes que dans la salle du trône, trop spacieuse et trop intimidante. Mai n'aimait pas cette proximité avec le peuple. Iroh, avec son habituelle et immense sagesse, approuvait l'utilisation de l'office et assistait souvent son neveu.
Un soldat vint l'avertir de la bonne marche des investigations concernant l'Avatar, lancées trois jours plus tôt. Zuko avait prétendu vouloir le contacter pour un problème relativement mineur- une tempête annoncée dans le sud de la Nation- Il voulait à tout prix éviter d'alarmer le monde entier avant d'en savoir plus sur ce qui était arrivé à Aang. Cette disposition prise, la recherche pouvait être lancée sans crainte.
Le soldat, une fois son message livré, prit congé. Zuko s'excusa auprès de son oncle
- Je vais rassurer Katara. Tu sauras recevoir les éventuelles personnes qui se présenteraient pendant mon absence.
- Tu sais que je pourrais faire patienter un troupeau de rhinos en charge !
Zuko frappa à la porte de la chambre de Katara. Il savait que Mai lui pardonnerait difficilement cet incartade mais il devait tenir son amie informée de l'avancée de ses recherches, il ne pouvait pas la laisser errer comme une âme en peine dans le palais et l'ignorer toujours alors qu'elle était si seule et si loin de chez elle.
Elle ne répondit pas immédiatement. Il insista et elle l'invita à entrer. Elle était assise sur le lit, elle triturait nerveusement ses longs cheveux, Momo dormait sur l'oreiller. Zuko s'arrêta dans l'embrasure de la porte. Malgré les dix années écoulées, Katara semblait n'avoir pas changé. Il remarqua qu'elle portait un collier auquel pendait un médaillon gravé en pierre grise entouré de quatre perles. Elle avait perdu celui de sa mère dans la bataille contre Azula, ou après, elle n'avait jamais su. Elle leva la tête et il vit alors que ces dix années n'avaient pas laissé intacte la maitre de l'eau : si sa silhouette s'était arrondie pour devenir un corps de « vraie » femme, son regard s'était durci. Il s'approcha. Les yeux de la jeune femme étaient rougis. Elle avait pleuré. Il s'avança alors jusqu'à elle et s'assit à son côté.
- Katara, tu… tu vas bien ?
- Oui. Je suis seulement fatiguée.
- Ah. Tu… tu sais que tu peux me parler, je veux dire, si tu as le moindre problème. Je n'ai pas été très présent ces dernières années et je le regrette...
- Je vais bien, ne t'en fais pas.
Elle avait le regard étrangement fuyant.
- Je suis content que tu sois là, même si les circonstances ne sont pas très agréables… à propos, j'ai lancé les recherches et envoyé des messages aux garnisons dont je te parlais. J'en saurai plus dès demain.
- Merci de faire tout ça.
- Dès que j'aurai des informations plus sures, j'irai moi-même chercher Aang.
- Non !
Elle se mordit la lèvre.
- Il ne faut pas…
Il ne comprenait pas sa réaction. Qui mieux que lui pourrait ramener Aang ? Elle regardait ailleurs, gênée. Il se dit que c'était sans doute l'air très sérieux qu'il avait pris qui l'avait perturbée. Il reprit, d'un ton plus dégagé :
- Tu sais, j'ai déjà eu l'occasion de chercher l'Avatar un peu partout à travers le monde et je ne me débrouillais pas si mal.
Elle se retourna, et dans un sourire timide, dit :
- Je croyais que c'était le hasard qui nous réunissait…
- Aussi, mais j'ai fait jouer mes relations pour que le hasard me soit favorable.
- Tout s'explique.
- Il faut bien qu'être le fils du Seigneur du feu ait ses avantages, sinon personne ne voudrait de ce job !
Elle rit. C'était bon de l'entendre rire. Peu de rires résonnaient dans le palais, ces derniers temps. Il se rappela le repas si tendu de la veille. Mai et Ursa semblaient incapables de s'échanger deux mots sans s'agresser l'une l'autre, et Iroh, qui était pourtant le roi de la diplomatie, ne faisait qu'envenimer les choses en prenant cette situation avec une légèreté déconcertante. L'arrivée de Katara n'arrangeait rien, au contraire.
- Au fait, quels sont les avantages à être le fils de l'Avatar ?
- Tu veux dire, à part le fait que son père sera souvent absent, qu'il attendra qu'elle soit exceptionnellement douée et que le monde passera systématiquement avant elle…
- Tu … tu parles de toi, là ?
- Un peu, parce que je sais ce qu'elle ressentira quand elle le verra partir.
- Elle ? Tu as l'air sure que ce sera une fille. Tu risques d'être déçue…
- Absolument pas, je suis certaine que mon bébé sera une fille. Je le vois.
Il grimaça sans vraiment comprendre.
- Je n'en ai pas encore parlé parce que Mai… ta femme… la reine, bref, elle semblait ne pas supporter le sujet.
- Elle a mal vécu l'arrivée de son petit frère dans sa vie. Elle l'a vécu comme une éviction, une disgrâce.
- C'est ridicule.
- Ne sois pas si dure avec elle.
- C'est elle qui est de marbre, moi je suis plus… cool.
- Tu ne la connais pas…
- Je ne demandais qu'à la connaître ! Tu ne nous as pas conviés ici depuis tes fiançailles, alors qu'avec Appa, il faut seulement trois jours pour revenir du Temple Austral. Tu m'as vivement déconseillé de « passer te voir à l'improviste », tu ne t'es pas présenté à mon mariage et tu ne m'as pas invitée au tien !
- Tu sais pertinemment pourquoi je l'ai fait !
- Dis-moi.
- C'est… c'est trop compliqué.
Il soupira, se pinça le haut du nez. Mai faisait parler d'elle ! Que de remous pour quelqu'un qui prétend ne pas faire de vague !
Il reprit son souffle et dit :
- Changeons de sujet, tu veux bien ? Dis-moi comment tu sais que ce sera une fille ?
Comme toute mère, Katara préférait de loin parler de ses enfants que de ceux des autres.
- Je le vois. Je maitrise de mieux en mieux cet aspect de mon pouvoir et ça m'aide énormément pour soigner les gens. Je vois grâce à la maitrise de l'eau.
- Un peu comme Toph ?
- Exactement, mais le cas de Toph est très particulier. Ma vue gagne en précision avec l'exercice.
Elle attira à elle l'eau d'un vase, souleva un pan de sa chemise et posa ses mains luminescentes sur son ventre rond et doré comme un pain.
- La première fois que j'ai vu comme ça, c'était sur le bateau… expliqua-t-elle.
Katara, tu réveilles de trop vieux souvenirs.
- Elle dort… chuchota-t-elle. Tu veux sentir son cœur ?
Sans attendre de réponse, la future maman attrapa la main de Zuko et l'appuya doucement sur son ventre. Il sentit d'abord la peau si chaude et si tendre sous ses doigts puis il sentit les battements d'un petit cœur. Le bébé bougea, il sentit une pointe dure contre sa paume
- Elle vient de te flanquer un coup de pied, rit Katara. Elle n'est pas du matin… elle doit tenir ça de son oncle !
Il rit. Il sentait l'enfant de Katara vivre à l'intérieur. C'était bizarre mais merveilleux. Il se demanda pourquoi il n'avait pas encore fait de bébés, lui aussi, pourquoi il n'avait pas caressé le ventre rond de Katara… non, de Mai ! en étant d'avance fier du chérubin qui viendrait au monde, son enfant.
- Et tu disais à ma mère que tu devrais…
Il rougit comme un enfant en disant « accoucher ». Katara sourit.
- Dans moins de cinq semaines.
Il s'était redressé, sa main toujours sur le ventre de Katara. Il prit un ton très solennel et dit
- Je te jure que je retrouverais Aang d'ici-là.
La jeune femme éclata en sanglots. Il entoura ses épaules de son bras et tenta de la consoler en lui disant qu'elle ne devait pas s'inquiéter, que Aang allait bien –surement-, qu'il le sentait, comme en quittant Bah-Sing-Se, il sentait que Aang était bien vivant et qu'il serait là pour voir naitre sa fille, et que lui, Zuko, faisait le serment de le ramener le plus vite possible, coûte que coûte.
- Non… non… murmurait Katara d'un ton plaintif.
Elle semblait vraiment en proie à une profonde angoisse, à une très vive inquiétude. Elle regardait de tous côtés, semblant chercher une solution au plafond. Il tint fermement la tête de Katara entre ses mains et la força à le regarder bien en face.
- Pourquoi tu ne veux pas que j'y aille ?
- Je… je préfèrerais que tu restes. Je… je ne suis plus en état de voyager et je serais trop seule ici, sans toi.
- Mais Toph arrive la semaine prochaine. Et tu sembles t'entendre avec Maneka, elle dit avoir déjà progressé grâce à toi. Puis il y a ma mère…
- Je sais mais… ooh c'est pas pareil. C'est chez toi, ici.
- Dans ce cas, j'enverrais mon oncle. Il sera ravi de rendre visite à ses amis du Royaume de la Terre.
- Non ! Il ne faut pas. Aucun de vous ne doit y aller.
- Pourquoi ?
Elle pleurait, serrait les dents, évitait de plonger ses yeux dans ceux de Zuko. Il répéta « Pourquoi ? Dis-moi ! ».
Elle le fixa enfin et d'une voix éteinte elle dit
- C'est un piège.
- Quoi ? Mais comment as-tu pu… Qu'est-ce que…
Il grogna de rage, s'écarta de Katara. Il se sentait trahi.
- Je peux avoir une petite explication ? lança-t-il d'un ton tranchant
- Les agents corrompus du Dai Li ont trouvé un nouveau chef qui veut te nuire. Ils ont capturé Aang, ils lui ont fait prendre je ne sais quelle drogue pour qu'il n'entre pas en l'état d'Avatar et ils m'ont appelée. Ils veulent ton trône, tes terres et surtout ton armée. Ils font un chantage odieux. Ils me menacent si Aang ne coopère pas, et ils m'ont obligée à venir mendier ton aide, je devais m'arranger pour que tu te déplaces jusqu'à Omashu. Ils m'ont fait savoir qu'ils n'hésiteraient pas à le tuer si…
Zuko eut du mal à traiter ces informations. Il devinait la condition.
- Il n'est pas condamné, personne ne sait que tu m'as prévenu…
- Ils le devineront.
- Dans ce cas j'irai, dit-il en se levant d'un bond. Je me suis déjà sorti de situations pires que…
Il ne finit pas sa phrase. Il regarda Katara qui ne pleurait plus mais tremblait comme une feuille.
- Pourquoi m'avoir prévenu ?
Elle lui lança ce regard désespéré, infiniment triste, qui suppliait « Ne me demande pas ça ». Katara détourna son visage quelques instants, se mordant la lèvre. Il hésita à la laisser seule -elle devait avoir besoin de réfléchir, de se calmer. Mais il resta. Il s'accroupit aux pieds de la maitre de l'eau, lui prit les mains.
- Katara, dis-moi.
Il ne savait plus ce qu'il espérait entendre, ou ne pas entendre. Il voulait se libérer d'une question qui lui pesait depuis longtemps et libérer son amie d'un secret trop lourd pour elle. Elle le regarda enfin et dit dans un souffle
- Quand ils m'ont dit que je n'avais pas le choix, que je devais t'entrainer dans ce piège pour sauver Aang ou le condamner pour te sauver, la solution, même si elle m'horrifiait, me semblait évidente. Entre mon mari et toi…
- Je comprends. Tu as plus besoin de Aang. Le monde a plus besoin de Aang. Et ton enfant…
Ça paraissait encore plus moche à dire que la dernière fois.
- Tout ça, c'était très clair… coupa Katara. Avant d'arriver ici. Avant de te revoir.
Elle avait une sorte de colère dans la voix mais ses yeux semblaient la contredire.
- Ces derniers jours, tu as tout fait pour être distant et désagréable. Mais quand tu me parles, quand tu me regardes… je ne peux pas me résoudre à te faire du mal.
Elle porta machinalement sa main à son pendentif et le serra. Il brillait d'un éclat lunaire.
Malgré son trouble, Zuko réfléchissait. Ses idées s'enchainaient et il croyait déjà entrevoir le bout du tunnel. Katara tenait suffisamment à lui pour ne pas l'envoyer se jeter dans la gueule du loup mais elle craignait le pire pour Aang. Il devait avant tout gagner du temps, s'assurer de la sécurité de sa famille et de son amie.
- On peut les faire patienter le temps de réunir plus de monde et d'assurer ta sécurité.
Katara sembla surprise par le ton résolu de sa voix. Il expliqua
- Si j'annonce publiquement que je serai à Omashu dans six semaines, ils attendront. Je ferai savoir que je prépare mon voyage…
- Tu… tu crois ? Ils ne risquent pas de lui faire du mal ?
- Ils lui feront du mal. Quoi qu'on fasse. Et nous serions bien naïfs de penser le contraire. Mais si je ne me manifeste pas, ils vont penser que tu les as vendus. Et il est probable qu'ils se débarrasseraient de Aang s'ils se doutaient de quoi que ce soit...
Elle pleurait silencieusement, les larmes coulaient le long de ses joues et tombaient du bout de son menton sur ses mains. Il pensa qu'il fallait peut-être qu'il la serre dans ses bras ou quelque-chose de ce style pour la rassurer. Un peu maladroit, il l'embrassa sur le front. Elle sourit.
Un silence gênant commençait à poindre, il allait s'installer et l'obliger à quitter la pièce comme un idiot. Zuko sauva la situation en changeant de sujet :
- C'est ton collier de fiançailles ? demanda-t-il en pointant le pendentif au cou de Katara
- Oui, dit-elle en ôtant le collier pour lui permettre de le regarder. C'est Aang qui l'a gravé à la main, comme le veut la tradition des tribus de l'eau. Ce sont les quatre points cardinaux, tu vois. Et les quatre perles sont aux couleurs des quatre nations. Même amoureux, il restait très… avatar.
- Ne lui en veux pas pour ça. D'autres sont tellement Seigneur du Feu qu'ils en oublient d'aimer, alors…
- Tu parles de ton père.
Il faisait rouler les perles sous ses doigts et caressait la surface lisse du pendentif, il répondit :
- Et de son père avant lui. Quelle pierre étrange, d'où vient-elle ?
- De la grotte des Amoureux. Elle a la propriété de s'illuminer dans le noir. Regarde.
Elle forma un cône avec ses mains et couvrit le pendentif. Dans l'obscurité, la pierre devint fluorescente.
- C'est extraordinaire.
Changer de sujet, penser à autre chose, discuter coutumes et bijouterie… Katara semblait retrouver son calme. Il valait sans doute mieux, pour le bébé, qu'elle ne se tracasse pas tant pour Aang, à longueur de journées.
- Quel est le cadeau qu'on offre à sa fiancée dans la nation du feu ?
- Dans la nation du feu, on n'offre rien à la fiancée. Le fiancé doit offrir au père de la jeune femme un présent qu'il estime de valeur égale à celle qu'il aime. Ou le défier dans un Agni Kai. Avec le risque que la fiancée ne pardonne jamais au jeune homme d'avoir blessé son père.
- C'est horrible.
- La plupart du temps, les pères sont suffisamment lâches pour accepter de céder leur fille au jeune homme sans l'affronter. C'est ce qui s'est passé pour moi. Mai estimait toujours valoir plus que ce que je pensais offrir à son père. Que j'offre un titre, des richesses ou des terres, elle me disait que ses parents avaient déjà « tout ça » en suffisance.
Katara semblait préférer de loin la coutume des tribus de l'eau.
- On a une légende à ce sujet-là, continua Zuko. Je peux te raconter, enfin de mémoire… si tu veux.
- Je dois me changer les idées, alors pourquoi pas ?
- Je ne raconte pas très bien…
- Laisses-moi en juger.
- Bon… On dit qu'il y avait une fois, une jeune fille si belle que toutes les femmes de la nation l'enviaient, si douce que tous les enfants la chantaient et si intelligente que tous les hommes la respectaient. Elle était la fille unique d'un grand soldat réputé pour sa force et son courage. Un jour, alors qu'elle se promenait dans son village natal, elle rencontra un jeune marchand de perles qui lui raconta ses voyages merveilleux. Elle en tomba amoureuse et il se laissa très vite gagner par des sentiments identiques. Elle rentra chez elle et conta à son père l'heureuse rencontre qu'elle avait faite. Il lui dit que si ce jeune homme avait le cran de venir lui demander sa main, il accepterait de la lui donner, puisqu'elle semblait l'aimer.
- Tous les pères devraient faire de même !
- Attends ! Le jeune homme malheureusement ne vint jamais demander la main de la jeune fille. Il n'avait pas beaucoup de richesses à part ses perles. Mais même la plus parfaite des perles n'atteignait pas la perfection de sa bien-aimée. Et comme il ne maitrisait pas le feu, il se serait déshonoré ainsi qu'elle en défiant son père. On le retrouva quelques jours plus tard, il s'était pendu. La jeune fille disparut la nuit suivante.
Il hésita avant d'ajouter :
- Il y a une autre version où elle se voit contrainte d'épouser un homme violent et sanguinaire parce que ce dernier a réussi- en trichant- à vaincre son père.
- Mais elle est horrible cette histoire !
Zuko rit en disant :
- Oui, c'est vrai qu'elle est horrible. Pourtant c'est probablement le conte le moins sanglant !
Quelqu'un frappa à la porte ; c'était Maneka. Maintenant qu'il avait « l'originale » sous les yeux, il ne trouvait plus qu'elle ressemblait tellement à Katara.
- J'arrive, Maneka, je n'ai pas oublié ta leçon. J'ai juste eu un léger malaise. Mais le Prince… oups, le Seigneur du feu était là !
Et elle sortit en toute hâte, suivie de Maneka.
…oooOOOooo…
Zuko fit part à son oncle des révélations de Katara. Iroh compris qu'il ne la blâme pas d'avoir cédé à un tel chantage, surtout dans son état, et l'approuva vivement quand il lui expliqua son plan.
- Mais évite d'en parler à ta mère ou à ton épouse, je doute qu'elles se montrent aussi compréhensives.
- Maman saurait que c'était pour le bien-être du bébé. Mais Mai…
Le Seigneur du feu fit annoncer tambour battant qu'il irait au Royaume de la Terre six semaines plus tard, pour rencontrer la future reine d'Omashu et sceller les accords commerciaux avec les mines de fer de Henno.
Iroh le regarda prendre les choses en main. Il se réjouit de ce regain d'énergie de son neveu. Zuko avait eu fort à faire pendant les cinq premières années de son règne, pour gagner la confiance et la loyauté de son peuple et pour assurer la paix et la prospérité de sa Nation. Il avait dû user de trésors d'ingéniosité diplomatique, des compromis aux paniers garnis envoyés à tous les chefs d'états... Il avait dû surmonter deux ou trois coups d'états menés par des dignitaires nostalgiques de l'ancien régime et encore fidèles à Azula. Mais depuis lors, les problèmes se faisaient rares et le jeune Seigneur du feu en arrivait presque à regretter ses années d'exil et de course effrénée autour du globe. Il ne se sentait vivre que quand il se battait, que quand il avait un ennemi à affronter, un but à atteindre, une barrière à tomber.
- Tu ne penses pas que... ta sœur pourrait se trouver mêlée d'une manière ou d'une autre à cette affaire? Elle avait su obtenir l'obéissance et la subordination des membres du Dai Li, peut-être agissent-ils suivant ses instructions... suggéra Iroh
- Impossible, rétorqua Zuko. Là où elle est, gardée comme elle l'est... impossible. Mais...
- Si je pouvais envoyer un homme de confiance s'assurer de sa bonne santé et de son bon confort, tu ne m'en tiendrais pas rigueur.
- Je peux toujours compter sur vous, mon oncle.
…oooOOOooo…
Mai ne comprenait pas pourquoi il s'investissait autant dans cette affaire. Il semblait toujours préoccupé, sur le qui-vive. Elle ne parlait que pour lui faire des reproches.
- Et tu es de nouveau si familier avec elle. C'est une femme mariée, pas l'une de tes servantes !
- Je n'ai jamais été familier avec les servantes ! Ce ne sont pas des esclaves, je les respecte.
- A part cette petite des colonies…
- Je la respecte autant que les autres. C'est mon oncle qui est « familier » avec elle. Mais elle n'a plus de famille donc elle ne va pas rejeter l'affection amicale d'un vieil homme.
- Ni celle d'un roi.
- Crois ce que tu veux Mai ; je n'ai pas touché un seul cheveu de cette gamine.
Mai était assise dans l'un des canapés de sa suite. Elle soupirait. Zuko s'apprêta à s'en retourner à ses occupations. Ou peut-être aller assister à la séance d'entrainement de Maneka, pour observer les progrès miraculeux tant vantés par Iroh. Il se dirigeait vers la porte quand la voix de Mai le rappela.
- Tu pars ?
- Oui, tu sembles avoir envie de rester seule. Je ne voudrais pas te déranger.
- Et où penses-tu aller ?
- Probablement dans les jardins.
- La femme de l'Avatar s'y trouve.
- Surement. Elle entraine Maneka à la maitrise de l'eau. Mais si tu me le demandes, je reste.
- Tu sais que je ne m'abaisse jamais à demander quoi que ce soit.
- Tu devrais. Ça fait parfois plaisir d'être un peu sollicité, de sentir que notre présence est souhaitée !
Elle grogna vaguement. Seul son chignon dépassait du dossier du canapé. On aurait dit un chat noir endormi.
- Dans ce cas, reste. Si tu veux.
Zuko contourna le siège et vint s'asseoir près de Mai. Elle s'allongea et posa sa tête sur ses genoux. Il lui caressa la joue et les petites mèches noires et brillantes qui s'échappaient de ses chignons si strictes et tombaient derrière ses oreilles. Il aimait ces petits détails, les failles dans cette apparence si figée et si froide, la preuve que Mai vivait. Elle demeurait silencieuse. Il tenta de lui parler de choses et d'autres mais elle ne répondait que par des soupirs ou des « Mmh ? ».
Il finit par annoncer qu'il devait y aller, qu'il avait beaucoup de travail.
- Oui, j'imagine, fit-elle, sarcastique.
- J'ai un Avatar à retrouver.
- Tu as déjà passé trois ans de ta vie à le chercher, c'est bon ! Qu'il reste où il est !
- Katara m'a demandé de le retrouver.
- Oui, elle est très « demandeuse », elle. Elle sollicite beaucoup.
- Elle est enceinte, elle ne peut pas affronter ces problèmes toute seule.
- Ah ? il est donc nécessaire d'être grosse pour attirer ton attention !
- Peut-être.
Oui, peut-être qu'il voulait un enfant de Mai, un enfant qui aurait ses beaux cheveux et ses yeux en amande, un enfant qui parviendrait à lui arracher un sourire tendre, un rire affectueux. Il ne s'était pas vraiment posé la question jusqu'alors, malgré le harcèlement constant de sa mère. Il avait trouvé tous les prétextes « trop jeune » « trop tôt » « trop occupé » « pas envie » « je serai un mauvais père » « mon bagage génétique est un fardeau, je ne peux pas obliger un enfant à le porter » « Mai n'aime pas les enfants »… Mais l'arrivée de son amie qui portait la vie en elle, en plus de toutes ces vies qu'elle portait sur les épaules, lui avait ouvert les yeux.
- Bien, je vois, dit Mai avant de se lever et de tourner les talons vers sa chambre.
Pendant un vague instant, il pensa que Mai l'invitait à la suivre, même si cette réaction était brusque et cette décision surprenante, complètement en désaccord avec le caractère de sa femme. Il s'avança donc mais se retrouva face au panneau de la porte, rabattu dans un grand « Vlam ! » suivit du bruit d'une serrure qu'on ferme à double tour.
- Mais à quoi tu joues !? grogna-t-il
- Vas-t-en ! hurla Mai de l'autre côté.
- Très bien !
- Parfait !
Rageant contre cette fichue femme caractérielle, il traversa le palais en direction des jardins. Il croisa son oncle dans le patio mais ne le salua pas, et alla s'asseoir au pied des cerisiers en fleur. Il regarda distraitement les deux maitres de l'eau, un peu plus loin près de l'étang aux canne-tortues. Katara était assise sur un banc et envoyait à Maneka des lames de glace que celle-ci devait éviter. La jeune fille était en sous-vêtement et avait les cheveux tressés. Il sourit. Katara envoya plusieurs lames très rapidement et son élève forma une vague qui lui servit de bouclier. A cet instant elle remarqua la présence de Zuko et lâcha tout en rougissant.
- Tu viens distraire mon élève ? railla Katara
- Sauf si tu veux que je m'en aille.
- Non. Je suis contente que tu sois venu, j'avais besoin de savoir si elle arrivait à rester concentrée malgré un imprévu.
- Je suis donc un bon imprévu.
- Et tu feras une parfaite cible mouvante, si tu acceptes. Je ne suis pas, disons, suffisamment leste sur mes jambes pour cet aspect de l'entrainement.
- Ça ne me parait pas très protocolaire… Elle est en sous-vêtements.
- Elle doit s'entrainer avec le moins de tissus sur elle dans un premier temps : les habits mouillés pèsent très lourd et elle ne pourrait pas apprendre à être très fluide dans ses mouvements avec un tel poids sur le dos. Alors, tu es d'accord ?
- Sans problème. Mais je crains de m'être un peu rouillé en dix ans.
- Voyons ça ! dit-elle en se levant.
Malgré son ventre qui l'encombrait manifestement dans ses mouvements, Katara n'était que grâce quand elle manipulait son élément. Elle forma un long serpent d'eau qu'elle fit danser autour d'elle avant de le dresser comme la tête d'un cobra prêt à mordre.
- Prêt ?
- Je suis toujours prêt, feinta Zuko.
Le filet d'eau fouetta l'air avant de venir s'enrouler autour du bras du maitre du feu. Ce dernier s'en libéra d'un geste et produit un lasso de flammes qui fit s'évaporer le liquide. Katara brassa l'air et récupéra rapidement de quoi créer un bouclier pour parer le coup envoyé par Zuko. Bouclier qu'elle brisa en cinq pointes de glaces qui fusèrent vers son partenaire. Sautant en arrière, il les évita et retomba sur ses mains. Sautant à nouveau il envoya deux poings de feu que Katara para avec une vague qu'elle lui envoya avant qu'il ne retombe sur ses pieds. Il trébucha et bascula en arrière, sur un coussin épais de neige, créée par la maitre de l'eau.
- Je ne voudrais pas que tu abimes tes royales fesses en tombant, ricana-t-elle.
- Merci, dit-il en se relevant. Je suis rouillé.
- Un peu. Et tu avais peur de me faire mal alors tu étais doublement désavantagé. Maneka, tu as vu comme j'ai fait gigoter notre bon seigneur ? Je veux que tu en fasses autant.
Katara se rassit sur le banc tandis que Maneka s'avançait. Zuko ôta sa chemise détrempée. Il n'avait pratiquement pas changé depuis qu'elle l'avait soigné suite à son combat contre Azula. Son torse et ses épaules avaient toujours été tracés, les muscles parfaitement définis. Elle constata qu'il avait un peu maigri. Il sentit qu'elle le regardait et il expliqua :
- Je n'ai pas eu tellement d'occasion de me battre… ni le temps de m'entrainer ces derniers temps.
- Les choses changent, soupira-t-elle avant de se tourner vers Maneka qui avait eu le temps de récupérer pendant leur petite démonstration. Prête ?
La jeune fille acquiesça. Katara interrogea Zuko du regard « Prêt » répondit-il. Et la jeune maitre de l'eau tenta de le faire tomber. Elle ne parvint même pas à l'obliger à sauter : planté dans le sol, les pieds campés dans leurs positions, il parait les coups sans difficulté, heureux de voir qu'il ne se faisait quand même pas avoir par une débutante.
- Varie plus tes attaques ! lança Katara à son élève. Tu ne parviens même pas à le surprendre.
- C'est difficile, il est très rapide pour parer les fouets d'eau et les lames ! se plaignit Maneka.
Katara se leva pour assister de plus près son élève. La jeune fille se tenait trop droite, était trop rigide sur ses jambes. De plus, elle n'exploitait pas l'infinie variété de coups qu'offrait la maitrise de l'eau et surtout d'endroits où les porter qu'offrait le corps humain. Katara lui en fit la remarque avant le la laisser tenter sa chance à nouveau. Mais Zuko avait vite fait le tour des attaques de la jeune fille et les brisait à présent d'un revers de main.
- Tu es face à un adversaire qui sait défendre ses points vitaux, dit Katara en s'avançant. Il ne te laissera atteindre ni son buste, ni son visage, ni probablement certaines autres parties de son anatomie auxquelles il pourrait tenir. C'est donc les membres qu'il ne protège pas qu'il faut viser.
Elle se mit en position, produit un serpent d'eau qu'elle laissa maladroitement tomber au sol.
- Ça va ? s'inquiéta Zuko
Mais elle ne lui répondit que par un sourire satisfait en lui envoyant une boule de neige à la figure. Il fit un mouvement pour l'éviter et bascula en arrière : la maitre de l'eau avait produit une large plaque de verglas sur la pelouse.
- C'est de la triche, râla-t-il.
- Non, c'est plutôt de la… créativité.
Maneka applaudit son maitre.
Un garde vint chuchoter quelque-chose à l'oreille de Zuko. Celui-ci se redressa et annonça, ravi :
- Toph est arrivée !
