Et bah finalement j'ai continué...
Tout ce fatras d'idées et de sentiments n'a aucune prétention. Ca fait juste du bien. Et puis... Réécrire une vie est une drogue qui, une fois n'est pas coutume, n'a aucun effet secondaire, alors j'en profite.
En tout cas, merci pour vos commentaires. Ils m'ont touchée plus que vous n'imaginez.
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« Doutez que les étoiles ne soient de flamme.
Doutez que le soleil n'accomplisse son tour.
Doutez que la vérité soit menteuse infâme.
Mais ne doutez jamais de mon amour. »
William Shakespeare
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Je me retourne dans le lit, les yeux secs mais le coeur serré. Ces derniers temps, j'ai changé de position. Je n'arrive plus à m'endormir en le serrant contre ma poitrine, dans mes bras. Il n'a presque plus de gestes tendres envers moi. Je suis dans une telle confusion que prendre l'initiative est une véritable souffrance. Pourrai-je l'attendre jusqu'à ce qu'il trouve des réponses à son mal-être ? Je n'ai plus de forces en moi. Il me dit qu'il m'aime, mais ne me le prouve pas. Les frôlements de nos corps ont disparu. Les embrassades amoureuses n'existent presque plus. Bien sûr, nous faisons encore l'amour, et même si cela reste un émerveillement, je me sens vide lorsqu'il s'endort sur le côté.
Pourtant il en a toujours été ainsi. Il aime partir au pays des songes son dos plaqué contre mon torse, enserré par mes bras. C'est moi qui ne parviens plus à fermer les yeux sans m'écarter de lui. Je ne sais plus qui je suis, ou qui je dois être. Sans ces marques d'amour quotidiennes, comment nous différencier encore d'un simple couple d'amis ?
Mais qu'est-ce qui me prend ?
Où est mon esprit si brillant ? Où est mon intelligence si fine qu'elle me protégeait de tous les écueils de ce monde ? Je m'abaisse jusqu'à terre, je suis indigne de moi. Envolées ces promesses solitaires de rester de marbre devant la vie. Envolé ce silence, celui qui régnait lorsque mon coeur était encore coupé de mon esprit. Je ne parviens plus à réfléchir de façon sensée. Tout devient aberrant, je suis tout ce que je ne voulais pas devenir.
A cause de lui.
Watson.
Je hais ce qu'il a fait de moi autant que je l'adore lui. Ma fierté disparaît, ma dépendance ne fait que croître. A la simple pensée de cet homme, je deviens une ombre, je tremble comme une feuille, je hurle et je soupire.
C'est tellement étrange...
Le fil d'une épée scindant mon corps en deux n'aurait pas eu d'autre effet. Je sais que le jeu est malsain, cruel, dangereux, mais je ne parviens pas à prendre la décision. Tout en moi me crie d'arrêter là ces souffrances déraisonnables, et pourtant je ne peux pas. Suis-je donc si faible ?
J'ai mal. Il est à quelques centimètres de moi, et pourtant je ne me suis jamais senti aussi seul. Mes yeux restent secs, mes paupières sont lourdes. L'épuisement me gagne. J'ai la sensation d'avoir perdu la bataille. Je suis vidé, je ne suis rien.
Je n'ai pas envie de me réveiller.
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Je me réveille brusquement, et ma tête cogne contre le bois du fauteuil. Quel imbécile ! Je me suis encore endormi tout près du feu, dans le noir et l'odeur du tabac brun que j'affectionne tant. J'ouvre les yeux et ne parviens à distinguer ce qui m'entoure qu'au bout de quelques secondes.
John est là, juste derrière moi. Son genou soutenait mon visage, et sa jambe calait mon dos pendant mon sommeil. Il a réussi à réaliser cette prouesse consistant à se glisser entre moi et le siège moelleux sans me réveiller. Cette attention empreinte de délicatesse me touche plus que de raison. Que voulez-vous ? Je me raccroche à tout ce que je peux.
« Ai-je dormi longtemps ?
- Je l'ignore, mon ami. Je vous ai trouvé ainsi lorsque je suis rentré.
C'est à ce moment que le parfum me frappe. Il y a dans l'air des effluves de pâtisseries, de thé indien et de fleurs d'été. Or nous sommes encore en hiver...
- Avez-vous passé une bonne après-midi ? Fais-je en me frottant discrètement les yeux, un peu ébloui par les flammes.
- Certes oui. A ce propos, j'ai rencontré l'une de vos anciennes clientes, Mary Morstan. Elle vous transmet ses salutations respectueuses.
- Mary Morstan... Morstan... Ah oui, le signe des quatre. Il me semble que c'était il y a des siècles.
- Cinq années tout au plus.
Les fleurs d'été d'une fragrance de femme... J'ignore pourquoi, mais un violent frisson me traverse. Malgré la présence réconfortante du brasier, je suis saisi par le froid. John me sent qui tremble contre sa jambe et s'inquiète soudain.
- Êtes-vous mal ? »
Est-ce l'amant ou le médecin qui me demande cela ? Je penche pour le second. Je suis un incurable pessimiste, préférant toujours envisager la pire des hypothèses pour ne laisser aucune place aux mauvaises surprises. Là encore je ne peux lutter contre mon naturel.
Et pourtant...
Je sens John qui me repousse doucement et se lève pour me contourner. Sa main se tend vers moi et il me tire en avant pour me remettre sur mes jambes. Profitant de ma surprise, il me vole un rapide baiser. Puis il sourit calmement; je ne sais vraiment plus sur quel pied danser avec lui.
Sans un mot, il me serre dans ses bras et enfouit son visage dans mon cou. Je fais de même et cale ma tête sur son épaule. Mes mains se crispent sur ses vêtements, comme toujours lors de nos enlacements les plus chastes. Mes muscles se tendent pour mieux lui donner l'étreinte dont il a besoin maintenant. Mais mes yeux restent ouverts, et je fixe l'âtre rougeoyant, incapable d'oublier combien il me fait souffrir par ses irrésolutions.
Il me serre, il me serre tellement qu'il me ferait certainement mal si j'étais moins en forme. Étrange. Il semble avoir autant besoin de moi que moi de lui. Mais alors, pourquoi doute-t-il ? S'il m'aime, quelles sont ces questions étranges qui semblent le tarauder ?
Et pourquoi, par tous les saints, ne parviens-je pas à lui tenir rigueur de tout le mal qu'il me fait ?
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Je craque.
Voilà près d'un mois qu'il ne cesse de me parler de cette adorable Mary. Je n'en puis plus. Mes journées défilent aussi vite que les nuages poussés par le vent, et notre salon commence à porter les traces de mon séjour prolongé et désoeuvré entre ses murs. Pourtant, les stigmates des explosions, brûlures et autres départs de feu d'aujourd'hui ne troublent pas mon colocataire outre mesure alors qu'il babille presque sur les nouvelles du soir et le temps qu'il fait.
Là c'en est vraiment trop.
« Watson.
- Oui ?
- Je suis fatigué.
Ces quelques mots l'ont mis en alerte. J'exagère, je sais, mais mon côté théâtral ne peut s'empêcher de faire des siennes, même dans les plus graves instants. Tant pis, cela se paiera certainement plus tard.
- Je suis fatigué d'essayer de comprendre ce que vous refusez de me dire. Jamais esprit d'homme ne m'a autant résisté. Quelque chose ne va pas.
- Holmes...
- Mais pourquoi diable ne voulez-vous rien me dire !! M'exclamé-je brusquement. Quelle idée folle vous empêche de vous confier à moi ? Pensez-vous que je ne suis pas de taille ? Parce que vous m'avez porté durant toutes ces années, il serait impossible que je sois capable de semblables prouesses ?
John, mon John... Son visage a changé de couleur pour devenir livide. Et ce regard, si inquiet... Je le connais... Il va mal interpréter ma colère, se croire en faute, s'en vouloir... Je ne dois pas le laisser faire.
Les mots qui traversent ma gorge sont de plus en plus douloureux, et pourtant je me sens renaître. Je suis prêt à me battre pour lui. Si rien n'est joué, alors je peux encore entrer dans la partie.
- Parlez-moi, John ! Crébonsang ! J'aime le silence, mais le vôtre me tue. Qu'avez-vous ?
Son regard se détourne de moi, et je dois quitter la fenêtre à laquelle je m'étais appuyé. Mon dos glisse contre le montant de la cheminée et je viens m'asseoir à même le sol, juste en face de lui.
- N'espérez pas vous débarrasser de moi sans une explication, fais-je, le regard sombre.
- Je ne veux pas me débarrasser de vous. J'ai juste... peur. »
Son ton m'émeut. Il y a une vraie détresse dans sa voix, de ces tremblements qui ne peuvent se simuler. Un autre que moi se sentirait coupable devant ce chagrin manifeste, mais c'est trop me demander: je reste flegmatique. Cette peur est une nouvelle donnée que je dois traiter. J'ai besoin d'en savoir plus.
Non, John n'est pas un de mes divertissements énigmatiques. Simplement, j'ignore comment régler les problèmes autrement que par une analyse posée. C'est lui l'émotif, le coeur de notre couple. Moi je n'en suis que le cerveau, froid, implacable, rationnel. Voilà ce qui a toujours fait notre force.
Pourvu que cela ne devienne pas notre faiblesse.
« De quoi avez-vous peur ?
Ma voix...! Je dois empêcher mon ton de devenir doctoral... Cette affreuse manie d'incarner celui qui ''sait''... Watson... Il est mon compagnon, pas l'un de mes chalands.
- J'ai peur... de me tromper.
Mon coeur semble vouloir briser mes côtes tant il s'affole à ces mots.
- Sur quoi ? Sur nous ?
Pas un mot ne sort de ses lèvres.
- De grâce mon ami, répondez-moi !
- Oui. »
Voilà, c'est fait. Le sol se déchire sous mes pieds, le ciel s'écroule sur ma tête et mon coeur implose. Ma vie défile au son d'un violon imaginaire: mon passé avec lui, mon avenir sans lui. La mort elle-même doit être moins insupportable que cette révélation de l'abandon qui me guette. J'ai mal, mal, mal, mal, mal... Je l'aime, je ne me voyais pas vieillir sans lui. Je ne me voyais rien faire sans lui ! Déjà le pire des scénarios s'impose à mes yeux où affleurent les larmes, et il n'y a plus qu'une pensée qui s'impose à moi.
Que vais-je devenir ?
Déjà les pires des résolutions caressent mon esprit torturé. Cocaïne, encore et encore, jusqu'à en mourir... Isolement, confinement, dépérissement... Travail... Haine de l'amour pour m'immuniser... Haine des femmes, des hommes, du monde entier même. Fumer, boire, couper tous les liens qui me feront souffrir...
« Sherlock.
Il me connaît, il sait comment stopper ma litanie. J'évite de redresser la tête et de le toucher. Il ne m'approche pas non plus. Je me sens seul au monde.
- Je vous aime.
- Comment est-ce possible ? Fais-je dans un murmure pitoyable.
- Vous n'êtes pas en cause, je n'ai rien à vous reprocher. Si c'était le cas, cela rendrait les choses plus faciles, croyez-moi.
- Allez-vous me quitter ?
- Je ne sais pas. »
Ca suffit. Je renonce. Mes yeux se ferment et je plonge dans une obscurité salvatrice. J'entends au loin la voix de John qui m'appelle, mais je ne réponds pas. Une main fraîche se pose sur mon front et une exclamation résonne dans la pièce. Je dois être brûlant de fièvre, comme toujours lorsque je sombre dans cette folie morbide qui fut mienne autrefois.
Je ne me réveillerai pas. Je l'ai dit, je suis trop fatigué.
C'est une histoire qui finalement ne prendra pas fin maintenant. On verra bien dans quel maëlstrom mes divagations se décideront à m'emmener...
Mais si à un moment je débloque de trop, surtout dites-le moi... Je compte sur vous... ;-)
Kissoux !
