Chapitre 2! Merci pour les reviews! C'est très encourageant :) J'espère que la suite vous plaira autant.. Attention, assez violent.....

Bonne lecture!


                    « Attrapez la !! Je veux cette garce vivante ! »
Ces cris me parvinrent d'assez loin derrière moi, cependant je savais qu'il ne fallait pas trop traîner.. Ces saxons étaient loin d'être de faible endurance. J'accélérais mon pas de course pour m'enfoncer un peu plus dans cette forêt que je connaissais par cœur. Cela faisait quelques années déjà que je la parcourais sans relâche, comme j'avais parcouru le monde pour… pour…
Ce souvenir m'échappait.
Je ne savais plus même vraiment de quelle partie du monde je venais, sans doute de quelques lointaine contrée romaine, ou plus loin encore.. La seule chose dont j'étais sûre, était que le vent venant de l'est m'apportait toujours un réconfort que je ne trouvais nulle part.
Mes jambes se frayaient un chemins d'elles mêmes entre les racines et les herbes hautes qui obstruaient le passage pour qui ne savait pas leur demander la permission de passer… Je connaissais les gestes pour cela.
Une main puissante m'arrêta dans ma course, se fermant sur ma gorge comme un étau, m'empêchant même d'appeler à l'aide.. Cette pensée me fit presque avoir un sourire.
Qui pourrais-je appeler à l'aide de toute façon… J'étais une renégate et une fugitive pour toutes les peuplades des environs.. Il n'y avait plus guère que les romains qui ignoraient mon existence.
La douleur sur ma gorge me ramena à la réalité, et je baissais les yeux en suffoquant pour découvrir le visage de cet infâme saxon que j'avais déjà défié et combattu à plusieurs reprises.
« Je commence à connaître ton chemin sale chienne ! Tu ne m'échapperas plus. »
Mes jambes tentaient d'atteindre quelques parties sensibles de son corps, mais c'était ses espoir, et lorsque je vis d'autres saxons émerger des buissons, je sus que c'en était fait de moi.
Au moment où l'air me manqua vraiment, j'eus un dernier regard vers les cieux, j'aurais préféré mourir plutôt que de tomber aux mains de ces chien galeux de saxons…
…Mais la vie resta en moi..
Suffisamment longtemps pour souffrir des humiliations et violences de ces saxons. J'implorais chaque jour les dieux de me faire quitter cette vie durant laquelle j'avais perdu mon temps à courir après quelque chose qui m'échappait sans cesse. Je les implorais de m'achever plutôt que de me laisser me faire humilier chaque jour dans cette cage.
Je provoquais  les gardes, dès que j'avais un peu de force pour le faire, afin qu'ils perdent patience et qu'ils m'achèvent une fois pour toute.
Mais les Dieux restaient sourds à mes suppliques, qu'elles soient silencieuses ou hurlées durant la nuit pour énerver les saxons. Les Dieux restaient sourds.
Et mon corps était brisé de toute part.. Je sentais ma peau se gonfler et à divers endroits mes os l'avaient percée.. J'espérais mourir suite à ses blessures, mais Vagneth s'arrangeait pour que rien ne s'infecte, pour que ses hommes évitent les blessures qui pourraient m'être mortelles.
Finalement ces saxons pouvaient faire preuve de tact et de sensibilité quand la situation l'exigeait.
« Je ne vois pas pourquoi tu t'entêtes ainsi. » Me susurra-t-il un jour à l'oreille alors que l'un de ses hommes était en train de s'acharner sur moi. « Il suffirait que tu m'implores et je cesserais ces tortures.. Tu resterais mon esclave personnelle et n'aurait plus à subir tous ces hommes qui se repaissent de tes charmes et de ta souffrance. »
Il m'adressa un large sourire en faisant bouger l'os de ma jambe qui ressortait de mon tibia.
La douleur me foudroya de la tête aux pieds et je me mordis les lèvres pour ne pas lui offrir le plaisir de me voir crier.
« Alors j'attends ? » Fit-il en se penchant vers moi comme s'il tendait l'oreille à quelque révélation. « Crie un peu pour moi…»
Je pris une inspiration aussi longue que possible et aussi profonde que me le permettaient la douleur dans mes poumons.
« Tu peux bien aller mourir dans la fange, sale chien, plutôt mourir maintenant que de te faire ce plaisir..»
Il se redressa en fronçant le nez et les sourcils, et j'eus un sourire.
Cette fois-ci il ne m'épargnerait pas.
J'avais gagné mon droit de mourir.
Un seul regret cependant : je n'avais pas retrouvé ce pourquoi j'avais quitté mes terres.
Je fermai les yeux, enfin sereine après tant d'années à errer sans savoir pourquoi, à chercher quelque chose dont j'avais oublié l'existence mais que je savais plus important que tout pour moi.
Mais au lieu d'un coup se furent des cris, puis le son d'armes qui s'entrechoquent.
Ces bruits me rappelaient vaguement quelque chose, comme un battement de cœur lointain qui reviendrait petit à petit quelque part dans mon âme. Cela faisait palpiter mon sang, frémir mes muscles.. A moins que ce ne soit la perspective de la mort qui fasse cela.
Non.
C'était plus ancien.
Comme un vieil écho qui trouve soudain une paroi, un repère pour se répercuter ailleurs, pour se faire entendre de nouveau.
On me détacha soudain de la planche sur laquelle j'étais depuis plusieurs jours, et on me jeta sans ménagement dans ma cage.
« On reprendra cette discussion plus tard ma jolie… »
Le froid de la lame qui s'était glissé sous mon cou s'éloigna : ce n'était pas encore le moment de ma délivrance.
J'eus un hoquet et des larmes roulèrent sur mes joues pendant que je me recroquevillais contre les barreaux.. Assez.
J'en avais tellement assez.
Assez de courir sans savoir où aller. Assez de ces souffrances que j'endurais chaque jour depuis .. depuis… Depuis combien de temps étais-je là ? à leur merci ? Je ne savais même plus.
Au dessus j'entendais la bataille qui faisait rage, puis les bruits s'estompèrent, puis plus rien.
Le silence.
Après tout, si tout le monde avait été tué là haut, peut-être avais-je une chance de mourir de faim… Un petit rire me secoua quelques instants, repris presque aussitôt par un cri de douleur.
Non.
Si tout le monde était mort là haut, je devais trouver un moyen de sortir d'ici et me battre de nouveau pour trouver ce que j'avais perdu. Je n'allais pas me laisser mourir de faim.
La mort semblait une délivrance, à condition que je l'ai choisi, or une mort faute de nourriture était loin d'être une mort agréable.
J'avais une chance de sortir d'ici et de partir de nouveau.
Tenter de trouver… Je ne savais même pas quoi. Ou qui.
Le plus lentement possible je me traînais vers la porte de la cage, en tentant de ne pas forcer sur ma jambe brisée dont l'os était toujours visible à l'extérieur. La douleur de ces mouvements me voila les yeux un moment, mais je luttais pour ne pas perdre connaissance, pour ne pas laisser le sang m'envahir le cerveau et me faire perdre pieds.
Ma mâchoire trouva un barreau et se referma dessus pour le mordre de toute mes forces alors que je bougeais encore un peu pour atteindre la serrure.
Je voulus bouger mon bras gauche pour attraper la porte, mais il resta inerte à mon côté, et la douleur qui se répandit dans mon corps lorsque je tentais une deuxième fois de le mouvoir me fit lâcher les barreaux et pousser un hurlement.
J'eus l'impression qu'il aurait pu fendre les murs et tout ce qui se trouvait au dessus de moi, mais la seule chose qu'il fendit fut mes poumons, et je restai ainsi, le souffle court, au seuil de la mort sans que celle ci ne daigne m'ouvrir.
Mes mains se mirent à trembler.
Ou peut-être qu'elles avaient toujours trembler, mais je n'en prenais conscience que maintenant. J'avais un voile devant les yeux, un voile épais qui ne me permit pas de voir grand chose à ce qui se passa dans les minutes qui avaient suivit mon hurlement.
Il y eut du mouvement autour de la cage, puis le silence, et des silhouettes qui semblaient me fixer.
« Vous êtes en retards….. » Murmurai-je à l'attention de mes ancêtres qui se trouvaient là, prêts à me tendre les mains pour que je les rejoigne.
Mais la porte de ma cage s'ouvrit sur un visage jeune, un visage qui fit de nouveau écho dans le lointain. Il me fixa quelques secondes, puis deux bras passèrent doucement sous moi, déclenchant une nouvelle vague de douleur qui me fit gémir de nouveau. Je pris entre mes dents la première chose qui se trouva proche de mon visage, et je sentis les mains se crisper un instant sur mon corps. C'était sans doute son épaule.
La lumière du jour me brûla les yeux et avec un gémissement je serrais un peu plus les mâchoires alors que des larmes ruisselaient sur mes joues.
Lorsqu'ils s'habituèrent un peu, ce fut pour constater que le camp des saxons avait été détruit par ce qui semblait être une armée romaine, au vue des armures, mais quelque chose clochait. Les quelques personnes que je voyais passer ou s'approcher de moi n'étaient pas des romains.. Plutôt des Pictes. Le visage du saxon apparut soudain devant moi et je me blottis instinctivement contre le corps qui se recula également un peu, mais l'autre avança la main avec un sourire empli de haine.
« Je garde ça en souvenir garce ! »
Ses doigts s'accrochèrent à mon collier et tirèrent un coup sec dessus. Le lien céda et Vagneth éclata de rire alors que deux hommes l'entraînaient sans ménagement vers un chariot où d'autres saxons étaient déjà enchaînés.
Mon sang ne fit qu'un tour et le temps d'un battement d'ailes dans le lointain, je m'écartais du corps qui surpris me lâcha. Je posais ma jambe valide à terre, alors que dans le même mouvement ma main droite se saisissait de l'épée que le romain avait à la ceinture. Mon bras gauche pendait le long de mon corps et ma jambe droite traînait dans la neige, mais la douleur m'importait peu. Tout ce que je voyais c'était ce saxon qui osait poser son infâme main sur la seule chose qui restait de ce que j'étais.
La seule chose qui me rattachait un temps soit peu à la vie.
L'épée tourna dans ma main.
« Rends le moi sale porc. » Mes doigts assurèrent leur prise sur la garde de cette épée dans un réflexe qui éveilla en moi de lointaines choses, des choses qui étrangement me faisaient me sentir mieux pour un moment.
« Ôte tes sales doigts de ma vie où je te tranche la gorge sur le champ. » Le saxon me lança un regard implorant avant de se débattre.
« Mais lâchez moi ! Vous ne voyez pas qu'elle va vraiment me… » Mon bras droit fendit l'air, et l'épée se planta dans le cœur du saxon qui s'affaissa entre des deux hommes encore sous l'effet de la surprise.
Mes doigts lâchèrent la garde de l'arme alors que j'avançais d'une jambe vers la main ouverte du saxon qui tenait quelques secondes plus tôt le collier.
Des larmes roulèrent de nouveau sur mes joues alors que je tendais la main vers cet objet qui était presque plus que ma vie, mais la douleur revint soudain, et je sus que je ne pourrais pas l'atteindre.
Mes jambes se dérobèrent avant que j'atteigne le cadavre, et je basculais lentement.
Je vis une main s'emparer du collier, il disparut de ma vue un court instant, puis cette même main le posa entre mes doigts qui se fermèrent instinctivement dessus.
Je reconnus cette main.
C'était celle du romain qui avait ouvert la porte de ma cage.

A suivre...