Résumé : Là, je refais un peu les présentations, avec un récapitulatif des circonstances qui ont fait que Justin se retrouve à Ploucland.
Avertissement : Je ne l'ai pas encore fais alors je précise : cette fic est beaucoup plus sombre que mes précédentes. Je vais pas vous raconter en détails mais disons que l'ambiance risque d'être à couper au couteau par moment. Après c'est selon vos goûts personnels.
Sachant que je vous considère comme un public adulte et averti, je ne vais pas mettre un avertissement à chaque fois.
Chapitre II : Justin Taylor
Justin Taylor était un jeune homme blond d'environ dix-sept ans, fils aîné d'une famille aisée, bon élève, garçon brillant, voir même très brillant. Alors, pour quelle raison ses parents _ enfin, surtout son père _ avaient-ils tenu à l'envoyer à St-James, dans le Montana ; loin de Pittsburg, la ville où il avait grandi, loin de sa famille, loin de ses amis, loin de tout ce qu'il connaissait ? La réponse était une longue et très complexe histoire, en fait pas si longue ni si complexe que ça _ en tout cas pas pour lui _ mais cela avait provoqué un tel remue-ménage dans le foyer des Taylor, que ce qui aurait pu être une simple anecdote, s'était transformé en un véritable drame familial.
Tout avait commencé aux alentours de ses seize ans. Non. Si l'on voulait être honnête, cela avait plutôt commencé vers sa quinzième année, voir bien avant. Mais dans le fond cela importait peu. Le fait est qu'en entrant dans le stade critique de l'adolescence, le jeune Justin avait, à l'instar de tous les garçons de son âge, vu ses hormones prendre le pas sur ses neurones et s'amuser à créer chez lui des besoins qui n'existaient pas auparavant. Comme celui de s'enfermer à double tour dans sa chambre avec une boîte de mouchoirs en papier et un magazine, ou celui d'être le plus souvent possible à des fêtes organisées par ses amis, et de danser au milieu d'une pièce en se frottant contre un autre corps. La seule chose qui différenciait Justin d'une partie de ses camarades _ qui passaient leur temps à comparer les mensurations de leurs homologues féminins, à rester des heures devant les photos du calendrier pour routier ou à écouter une pom-pom-girl parler de son maquillage pendant trois quarts d'heure(1) en gardant les yeux fixés sur son décolleté _ était que si lui passait le plus de temps possible dans les vestiaires, ce n'était pas pour participer aux conversations sur les dernières photos parues dans playboy, s'il éprouvait un intérêt grandissant pour les magazines de sport, ce n'était pas pour le plaisir d'échanger ensuite des points de vue stratégiques avec ses camarades. Et si Justin était un passionné d'art et de dessin, la Vénus de Milo ne le captivait pas autant que le David de Michel-Ange.
Oui, pour faire bref, Justin aimait les mecs(2).
Cela était devenu pour lui une évidence. Il ne cherchait pas spécialement la compagnie des filles _ bien qu'il fut pratiquement inséparable de sa meilleure amie Daphné _ contrairement aux autres garçons. Elles ne le terrorisaient pas non plus, c'était simplement sans intérêt à ses yeux. En revanche, toutes les excuses étaient bonnes pour passer le plus de temps possible dans les vestiaires ou sous les douches communes. Cela n'avait pas été sans provoquer quelques petits incidents, heureusement vite maîtrisés avant qu'un de ses partenaires de hand-ball n'ait pu s'en rendre compte. Mais au-delà de ça, le jeune homme n'avait jamais eu l'occasion de laisser libre cours à ses envies. Il faut dire que l'atmosphère du lycée privé dans lequel il était inscrit ne s'y prêtait pas vraiment.
Puis lors d'une soirée, chez un membre de l'équipe de foot qui profitait de l'absence de ses parents, après plusieurs verres de bière et un joint taxé à un pote, Justin s'était enhardi auprès d'un garçon qui suivait le même cours de chimie que lui. Il y avait eu des baisers et des caresses échangés, à l'abri des regards indiscrets dans la salle de bain de la maison, mais ça n'était pas allé plus loin car les deux garçons étaient trop déchirés à ce moment-là pour être bons à quoi que ce soit. Cependant, ils avaient continué à ce voir en dehors des cours. Justin n'était pas certain de ressentir quelque chose pour lui, mais c'était toujours mieux que rien.
Et puis un après-midi, tout s'était accéléré. Alors qu'il se promenait dans la rue, main dans la main avec son petit-ami, ils s'étaient embrassés au milieu du trottoir. Un bruit de klaxon les fit sursauter tous les deux. Se retournant, Justin avait eu la désagréable surprise de voir son père au volant de sa voiture, arrêtée juste devant eux. Ce dernier paraissait furieux, ses yeux lançaient des éclaires dans sa direction et celle de son camarade, et il va sans dire que s'ils avaient pu lancer des balles, les deux garçons auraient fini à la morgue. Craig Taylor se pencha vers la portière de son véhicule et intima à son fils l'ordre de monter. Inquiet mais résigné, Justin s'exécuta sans broncher. La voiture démarra en trombe, lançant l'autre garçon sur le bord du trottoir.
Une fois rentrés à la maison, une dispute houleuse s'était engagée entre le père et le fils. Justin n'avait pas cherché à nier l'évidence sur le fait qu'il était gay. En y repensant avec le temps, il s'était dit que c'était sûrement ça qui avait le plus mis son père en colère : le fait qu'il ne tente même pas de lui donner une autre explication pour soulager sa conscience. Une bêtise du genre : « C'était juste pour essayer » ou encore « J'ai glissé sur un sac plastique et ch'uis tombé ». Passe encore qu'il soit gay, mais qu'il n'en éprouve pas le moindre remord, c'était un comble. Pour Craig Taylor admettre que son fils, la chaire de sa chaire, soit homo, c'était tout simplement au-delà de ses capacités. Et celui-ci ne tentait même pas de le soulager, de le rassurer par un mensonge hypocrite, comme il est d'usage dans toutes les familles respectables dignes de ce nom. La dispute s'était conclue par une interdiction de sorties pendant un mois et l'obligation de lire tout un tas d'articles trouvés dans des magazines pseudo-scientifiques sur les maladies mentales. Justin crut l'espace d'un moment qu'il serait également obligé de lire la Bible, mais heureusement personne n'était pratiquant dans la maison.
Le seul effet qu'avait eu cette période de réclusion sur le comportement du jeune homme, fut de le rendre complètement fou de rage. Lui qui avait toujours été d'une humeur égale, était devenu soupe-au-lait et cherchait en permanence le conflit avec son père dès que celui-ci mettait un pied dans la maison. L'ambiance était devenue tellement mortelle sous le toit des Taylor que sa mère, Jennifer, finit par prendre l'initiative de lever elle-même la punition. Lorsque son mari avait protesté, elle lui avait rétorqué que l'enferment n'aidait en rien leur fils, et qu'il existait sûrement des moyens plus sains de régler le problème. Elle l'avait donc trainé chez un psy.
Après les heures qu'il avait dû passer à lire les articles imposés par son père, Justin n'avait pas une très bonne opinion des psychanalystes. Il se montra donc particulièrement désagréable à la séance à laquelle sa mère l'accompagna. Par chance la femme qui les reçut était un peu moins conne que les autres, et après une longue conversation, elle conclut que Justin était tout à fait normal et que toute tentative pour le changer serait une perte de temps parfaitement inutile. Il va sans dire que cela ne satisfit pas, mais alors pas du tout, Craig.
Ce dernier, se mit à suivre son fils comme son ombre : il l'attendait à la sortie du lycée, lorsqu'il se rendait chez des amis, il téléphonait au moins dix fois sur son portable. Si la situation était fatigante pour lui, pour Justin elle était plus qu'oppressante : il ne pouvait plus marcher tranquillement dans un couloir ou une rue sans avoir l'impression d'être observé, même lorsqu'il parlait avec ses amis, il ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil inquiet dans son dos, s'attendant à apercevoir son père avec un fusil de chasse à la main. Cela le mettait dans un tel état de stresse qu'il en perdait le sommeil et ses notes étaient en baisse.
Puis les vacances d'été arrivèrent et il se retrouva de nouveau cloîtré chez lui. Un soir, bien décidé à reprendre sa liberté, il avait fait le mur pour se rendre à une soirée piscine organisée chez Daphné. Tout s'était bien passé, l'alcool coulait à flot, tout le monde était en maillot de bain et dansait dans le jardin. Vers la fin de la soirée, entre ceux qui cuvaient et ceux qui planaient, Justin s'était vu offrir un bain de minuit avec un mec plutôt mignon.
Ils s'étaient embrassés, se roulant des pelles au bord de la piscine, se frottant si fort l'un à l'autre qu'ils pouvaient sentir leurs sexes se durcir à travers la mince étoffe de leurs maillots. Grisé par cette sensation, Justin s'était baissé vers l'entre-jambe de son partenaire et l'avait pris dans sa bouche. A ce moment, il découvrit pour la première fois la sensation du sexe d'un autre à l'intérieur de lui, et le moins que l'on puisse dire c'est que cela lui plut énormément. L'autre gémissait au contacte de sa langue et de ses lèvres, remuant le bassin pour l'encourager à le sucer davantage. Il accéléra la cadence, augmentant les cris de l'autre, jusqu'à ce qu'il vienne dans sa bouche.
Il aurait voulu que le temps s'arrête à ce moment-là, car ce qui suivit fut particulièrement horrible.
Alors qu'il se remettait debout, s'essuyant la bouche, il entendit derrière lui un cri qui le glaça d'effroi.
_ JUSTIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNN !!!!!!!!!!!!!
Il n'osa pas se retourner, car il savait pertinemment que ce qu'il verrait ne le réjouirait pas. Il sentit la main de son père se refermer sur sa nuque telle un étau de fer. Ce dernier le traîna ainsi hors de la maison, sous les regards ébahis des autres invités encore conscients. Sa poigne était si forte que Justin cru un moment qu'il allait l'étrangler, il tenta bien de se débattre mais cela n'eut pour effet que de resserrer la prise sur son cou. Aussi dut-il renoncer avant de manquer d'air. Son père le ramena en voiture jusqu'à la maison. Jennifer les attendait sur le pas de la porte, emmitouflée dans sa robe de chambre. Elle tenta de s'interposer entre Craig et son fils, le suppliant de se calmer avant de commettre l'irréparable. Mais celui-ci, sourd à ses appels, faillit se défouler sur elle si Justin ne s'était pas placé en travers de son chemin pour protéger sa mère.
Le lendemain, il était toujours enfermé dans sa chambre. Retenu comme un prisonnier, il ne pouvait ni téléphoné, ni utiliser son ordinateur ; c'était à peine s'il avait le droit de mettre le nez à la fenêtre. Sa mère, impuissante, lui apportait ses repas dans sa chambre. Elle avait envoyé Molly, la benjamine de la famille, chez ses grands-parents, afin qu'au moins un de ses enfants soit épargné par le véritable soap qui se jouait sous son toit. Elle gardait Justin au courant des dernières lubies de son époux, qui avait pris la décision d'envoyer leur aîné dans un pensionnat dès la rentrée prochaine. Il faisait actuellement des démarches pour trouver l'établissement le plus adéquate selon lui. Jennifer avait bien tenté de raisonner son mari, mais à Justin elle avoua, que dans l'état actuel des choses, il était peut-être préférable qu'il y aille. Le temps pour le père de se calmer, et que la situation devienne moins confuse. Il serait toujours temps alors de le faire revenir à la maison. Justin avait ronchonné, mais intérieurement il admit que sa mère avait raison. Non qu'il fondit le moindre espoir sur un possible revirement de son père, mais la situation était devenue telle, que partir d'ici lui aurait sans doute fait le plus grand bien. Et qu'au moins loin de son père, il pourrait retrouver un peu de sérénité et de liberté.
Lorsque Craig leur apprit qu'il l'expédiait dans le Montana, ce fut une douche froide pour la mère et pour le fils.
1 J'avoue, j'y vais fort sur les clichés.
2 Vous allez me dire que ça fait beaucoup de lignes pour un truc qu'on savait déjà. Mais je pars du principe que c'est une histoire nouvelle, et donc qu'il faut tout réexpliquer. Mais libre à vous de sauter les passages que vous trouvez trop longs.
