-Bon je te laisse, il faut que j'aille voir où en sont les filles pour ce soir et organiser un peu la soirée.

-La soirée ?

Le patron ignora superbement la question et continua de parler sur le même ton.

-Toi tu vas rester là. Tu bouges pas. Tu te reposes.

-Soirée de quoi ?

Il sourit.

-On est dans un bordel ici gamine, et je tiens à maintenir sa bonne réputation.

-Un bordel hein ? C'est pas interdit en France ?

Le criminel laissa échapper un rire sadique.

-Ouais ! Enfin ça veut pas dire qu'y en a pas !

-Je vois…

Tatiana se désintéressa totalement de la conversation et se dirigea lentement vers le sofa. Le Patron entra dans l'ascenseur et prit un ton légèrement menaçant.

-A toute à l'heure et fait pas de conneries !

Elle hocha la tête et le regarda partir. Qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir faire toute l'après-midi ? Elle regarda la table basse et constata en souriant que le Patron lui avait laissé un paquet de cigarettes et un briquet. Elle se cala aussitôt dans le canapé et en alluma une. Elle resta ainsi un moment puis décida de faire le tour de l'appartement pour tuer le temps. Cela ne lui prit tout au plus 10 minutes bien qu'elle est du mal à marcher avec sa cheville toujours douloureuse. Elle s'arrêta dans la cuisine pour se servir un verre d'eau et soupira. Elle s'ennuyait. Elle se surprit à attendre le retour du Patron. Bordel mais qu'est-ce qu'il lui voulait ce mec ? Certes, il l'avait sortie et plus ou moins sauvé, par pur hasard, de cette cave moisie et après ? Elle était maintenant enfermée chez ce type dont elle ne savait rien bien qu'à l'évidence c'était au moins un sadomasochiste dangereux. Est-ce qu'il la laisserai partir un jour ? Elle pouvait toujours rêver… Et puis partir pour aller où ? Elle n'avait nulle part où se rendre et pour le moment il la laissait tranquille, pour le moment ! Elle avait un doute sur la durée de sa « gentillesse » à son égard. Et puis la simple idée d'être enfermée quelque part lui était insupportable. Elle se promit de le questionner dès qu'il serait revenu.

Elle retourna au salon en grimaçant. Sa cheville diffusait une douleur sourde dans toute sa jambe et son épaule la lançait de manière épouvantable.

-Bordel…

Elle se mit alors à repenser à la bouteille d'alcool sur la table de chevet de la chambre. Elle entra dans la pièce en gémissant et se saisit de la bouteille avant de revenir s'affaler sur le canapé. Elle défit le bandage de son épaule et versa un peu d'alcool sur sa plaie heureusement peu profonde mais néanmoins douloureuse. Elle plissa les yeux en serrant les dents sous la sensation de brulure. Elle avait trop mal. Elle prit alors la bouteille et but directement au goulot. Elle sentit le liquide la brûler de l'intérieur quand il descendit dans sa gorge. Ses sens s'engourdirent rapidement, au bout de quelques gorgées elle ne sentait plus la douleur puis, lorsque la bouteille fut à moitié vide elle ne sentait plus rien du tout. Seulement sa vessie qui lui rappelait son besoin urgent d'aller aux toilettes. Elle se décida à se lever pour répondre à ses besoins de base mais elle ne put atteindre que le sol dur et froid contre lequel son corps s'écrasa sans retenue.

-Et merde… Qu'est-ce que je… P… Patron !

Sauf que le criminel n'était pas là. Alors elle commença à ramper en direction la salle de bain, incapable de se relever. Sa tête tournait, les meubles tournaient, l'appartement tout entier tournait.

-Sale petite garce… Arrêtes de bouger bordel sinon je n'y arriverai jamais… aller restes tranquille tu veux ? Ah ben vous êtes deux maintenant ! Bravo ! Je frappe laquelle en premier ?

Tatiana fixait la porte de la chambre qui se déformait et se dédoublait à travers son regard alcoolisé. Elle continua d'essayer d'avancer, plaquant ses mains sur le sol et tirant sur ses avants bras.

-Patron… !

Elle s'entêtait à appeler le Patron dans le vide en espérant qu'il revienne vite pour la relever et dire au sol d'arrêter de tanguer parce que ce n'était quand même pas pratique !

L'homme en noir revenait un sac à la main. La porte de l'ascenseur s'ouvrit et il l'aperçut, étalée par terre, il vit aussi la bouteille à demi vide. Il lâcha le sac sur le canapé puis vint se placer devant la brune.

-Mais qu'est-ce que t'as foutue bordel ? C'est fait pour désinfecter pas pour boire ! T'es complétement conne où quoi ?

Il se baissa pour la relever, ce qu'elle fit avec la plus grande peine du monde en s'accrochant à ses bras.

-Ouais… Enfin, … Finalement ça marche bien comme ça ! Ca anesthésie !

-N'importe quoi t'es complètement bourrée… Et t'allais où comme ça gamine ?

Tatiana leva les yeux vers lui en gémissant.

-Je vais me pisser dessus.

-Ok.

Il la traîna en grognant jusqu'à la salle de bain et dû l'assoir sur les toilettes. La brune le regarda d'un air mauvais.

-Tu comptes aussi me regarder pisser putain de pervers ?

-Peut-être bien que ça m'excite gamine. Et après tu voudrais pas recommencer à te frotter contre le sol en faisant deux ou trois…

-J'en ai rien à foutre barres-toi !

Elle se mit alors à l'affubler d'insultes dans ce qui sembla être du russe au Patron qui finit par sortir, son éternel sourire scotché au visage.

Elle le rejoignit quelques minutes plus tard en titubant dangereusement jusqu'au lit de la chambre sur lequel elle se laissa tomber comme une masse. Le Patron soupira.

-Eh ben bordel tu commences bien toi…

Il lui tendit le sac qu'il avait en arrivant.

-Tiens c'est pour toi. J'ai décidé de pas te laisser vivre à poil, y a plus le plaisir d'enlever les fringues tu vois…

Tatiana saisi le sac et l'ouvrit pour y découvrir quelques habits. Elle se retrouva ainsi avec de nouveaux sous-vêtements, une robe noire, un tee-shirt, un jean brut, une paire de talons noirs et des chaussures de ville.

-Euh… Merci. Comment ça je « commence bien » ? Et puis d'ailleurs t'es qui exactement ? Tu vas me garder ici longtemps ? Tu comptes faire quoi de moi ? Tu…

-Ta gueule !

Le criminel avait fermement placé sa main sur la bouche de Tatiana, la faisant taire efficacement.

-Je t'expliquerai plus tard. Faire la nounou ne m'enchante pas surtout que t'es vraiment pète couille. Mais pour l'instant tu vas te rétablir.

Elle le fixa, énervée.

-Tu sais que tu me fais chier ?!

-Mais oui… Aller, viens manger histoire que tu finisses de dessouler par ce que t'es deux fois plus chiante quand t'as bus gamine.

Il l'emmena à la cuisine et lui servit quelque chose qu'elle ne sut pas identifier.

-C'est quoi ?

-Manges.

-…

Elle haussa les épaules puis pris une bouchée qu'elle recracha presque aussitôt.

-Ah mais c'est ignoble ton truc !

-Te fous pas de ma gueule ça vient de chez le meilleur traiteur chinois de Paris !

-Ben c'est le chinois qui est dégueu !

-Oh la ferme gamine…

Il la regarda un moment puis repris la parole sur un ton presque amusé.

-Tu veux des pâtes ?

Elle hocha la tête avec une ombre de sourire sur les lèvres.

-Oui.

Elle le regarda alors préparer des pâtes et lui servir.

-Pourquoi tu m'as ramené là Patron ?

-Plus tard.

-Bord…

-Chut.

Elle se résigna à ne pas avoir plus de réponses et se tut, mangeant en silence. Le Patron se releva et commença à débarrasser sans plus lui accorder d'attention, puis il finit par briser le silence de sa voix rauque.

-T'es d'où gamine ?

Elle croisa les bras.

-Roumanie.

-tu m'as insulté en roumain tout à l'heure ?

-Oui.

-La prochaine parles en français, c'est plus excitant si je comprends.

-Tu fais toujours ça Patron ?

-Quoi ?

-Dire des trucs salaces… En permanence.

-Avoues que t'aimes ça.

Au grand étonnement du Patron, Tatiana se mit à rire.

-Bah qu'est-ce que t'as ? T'es encore bourrée ?

-Non. Mais je crois que tu as raison. On va bien s'entendre, Patron.

Il lui sourit vaguement.

-Aller va dormir gamine. Je reviens demain matin.

Elle se leva et s'enferma dans la chambre. Le Patron souriait. Elle promettait d'être excellente, peut-être même la meilleure.