Hello !

Merci pour vos très gentilles reviews et commentaires, je n'ai pas répondu parce que je ne savais pas quoi répondre, mais sachez que vous avez réchauffé mon petit coeur. Pour ce qui est des deux ou trois questions que j'ai vues, j'ai envie de dire : vous verrez bien et ce chapitre devrait répondre en partie à vos interrogations, ce n'est pas dans mes habitudes de révéler tous mes secrets eheheh ! Des fesses, des fesses, des fesses !

(Promis, je m'entraîne à avoir des choses à dire pour les prochaines fois.)

Excusez-moi pour le petit délai par rapport à Wattpad, FFN faisait des siennes !

Et que la Force soit avec vous.


Dans la douce lueur dorée de la fin d'après-midi, le sabre laser de Ben Solo crépitait et vibrait au rythme de ses mouvements. La vive lumière bleue qu'il renvoyait sur sa peau déjà si pâle naturellement creusait des ombres étranges sur son visage et ses vêtements simples. Comme un danseur en équilibre sur un fil invisible, Ben foulait le sol en pierre avec une légèreté qu'il avait presque oubliée. Depuis qu'il avait appris par une lettre de sa mère que le tristement célèbre seigneur Sith Darth Vader et Anakin Skywalker, son grand-père, étaient en fait la même personne, il avait eu l'impression qu'un trou noir sans fond s'était formé au creux de ses entrailles. Un dragon de noirceur qui avait été endormi depuis si longtemps s'était réveillé pour lui souffler des doutes et des rumeurs sombres et le brûler de l'intérieur.

Ses mouvements se firent plus brutaux, plus nets, et sa respiration s'arrêta. Il fit tournoyer le sabre en forme de croix dans sa main avec un geste qu'il connaissait sur le bout des doigts pour l'avoir répété des centaines de fois. Ben avait construit sa lame de lumière lui-même, sous la direction de son maître, Luke. Mais au final, elle n'était pas plus équilibrée que lui, et dans un sens, ça lui allait bien comme ça. Dans un réflexe incontrôlé, il resserra sa prise sur la garde de métal et trancha l'air vivement, avec ce bruit caractéristique que faisaient les sabres laser en bougeant. Pendant une seconde, il sentit le sabre faire partie de lui, être un prolongement de son bras, comme une évidence. Le métal d'ordinaire froid et impersonnel avait capté la chaleur de sa main et la transpiration moite faisait coller l'arme à sa peau.

Ben était dans la salle la plus excentrée du temple Jedi où il vivait avec Luke et les autres padawans depuis bien longtemps. Il n'arrivait même pas à se souvenir du jour où il était arrivé. Ce qu'il savait, c'était que sa mère était bien trop affairée et importante pour s'occuper de lui, et que son père était un esprit bien trop revêche pour s'assagir et s'intéresser à sa famille. Et son oncle, quant à lui, était bien trop préoccupé - à raison - par l'ascension fulgurante du Premier Ordre et l'accélération de l'enseignement qu'il donnait pour pouvoir le comprendre. Il avait toujours été là, avec seulement des instructions à suivre, une quantité extraordinaire de possibilités réfrénées et une immense épée de damoclès qui lui pendait au dessus de la tête, comme si au fond, tout le monde n'attendait que le moment où il ferait une erreur pour pouvoir lui tomber dessus.

S'il venait ici, c'était d'abord pour être seul, parce qu'il savait que personne ne viendrait dans cette partie du temple, éloignée du reste. En hiver, la salle à moitié ouverte sur l'extérieur était bien trop froide pour intéresser d'autres padawans, et en été, la lumière pénétrait bien trop étrangement dans la salle pour être agréable. Mais Ben aimait cette pièce, une moitié baignée dans la lumière rassurante des soleils, et l'autre envahie par l'ombre poussiéreuse qui régnait. Et surtout, un des murs était recouvert d'immenses miroirs qui faisaient presque penser à une salle de danse plus qu'à une salle d'entrainement, ça lui plaisait. La planète en elle-même était particulièrement belle, des montagnes rocheuses, des plateaux recouverts de champs de fleurs et des forêts clairsemées un peu partout. C'était un endroit agréable où vivre, si seulement il avait pu en profiter. A travers le mur ouvert sur l'extérieur, il pouvait sans peine apercevoir son vaisseau, de taille semblable au légendaire bâtiment de son père. Si seulement son irresponsable de géniteur n'avait pas perdu le Faucon Millenium, il aurait pu être à lui et l'attendre patiemment dans le hangar, tout prêt à partir pour explorer le monde et la galaxie. Mais non, les choses n'étaient pas ainsi, et le vaisseau qui prenait la poussière n'était que le SS Actium Fate.

Ben ne pouvait pas se plaindre, mais pourtant il ne pouvait pas non plus dire qu'il était heureux. Il avait tout ce dont il avait besoin ici, et il faisait partie des meilleurs. Mais même entouré, il se sentait toujours seul, toujours incapable de calmer le dragon sauvage dans son ventre. Au fond de lui, il n'adhérait pas au code des Jedi qu'il ne comprenait même pas. Mais la lourde responsabilité de son nom et de son potentiel pesait douloureusement sur ses épaules, et il ne savait plus quoi faire. Il sentait bien qu'il n'apprendrait plus rien ici, et la soif de savoir et de comprendre le monde, l'envie de devenir plus puissant, le dévoraient de l'intérieur.

Une légère brise vint caresser ses boucles brunes et soulever sa tresse. S'il était venu s'isoler aujourd'hui, ce n'était pas pour s'entrainer. Juste pour se défouler avant de prendre une décision. Ben doutait, beaucoup. Plus le temps passait, plus il était rongé de l'intérieur, par cette idée que sa place n'était pas ici, par ce fait que malgré tous les enseignements de son maître, il y avait quelque chose de plus qui l'attendait ailleurs. Il se savait prêt à devenir lui-même Maître Jedi, ce n'était qu'une affaire de jours à présent. Mais que ferait-il après ça ? Devrait-il rester au temple, à entrainer d'autres élèves à la Force comme lui l'avait été pendant toutes ces années ? Ou devrait-il rejoindre les rangs de la résistance et combattre un Ordre dont il ne savait rien ? Est-ce que c'était vraiment ce qu'il voulait ? Est-ce qu'il était prêt à abandonner la vie et la passion qui l'animait, qu'elle soit bonne ou mauvaise ? Il n'en était pas sûr. Mais ce qu'il savait, c'était que quelque chose, quelque part, l'attendait.

Éteignant son sabre laser, il se redressa pour quitter sa position de combat et sentit chacun de ses muscles se détendre. Ben se dirigea d'un pas lourd vers le coin de la salle où il avait laissé ses affaires en faisant jouer son épaule. Sa respiration saccadée et les lèvres pincées, son esprit était ailleurs mais il avait toujours assez conscience de son monde pour se souvenir qu'il devait au moins laisser un mot ou une explication avant de faire ce qu'il avait à faire. Il essuya rapidement la sueur de son visage avec la serviette qui l'attendait et il s'agenouilla. Il posa son arme au sol dans un geste lent et contrôlé, avant de fouiller dans son sac pour en sortir son matériel de calligraphie. Il ferma les yeux et soupira longuement. Il ne savait même pas quoi écrire. Derrière lui, les soleils commençaient leur douce descente vers l'horizon et l'air portait ce parfum de sueur, de poussière et de pin qui flottait dans la salle silencieuse. La tête vide et le coeur lourd, il mordit sa lèvre inférieure comme pour se concentrer.

Il rouvrit les yeux, et glissa sa main libre dans son sac pour y trouver l'objet métallique qu'il cherchait. Quand ses doigts échauffés par l'effort rencontrèrent le froid des dés dorés de son père, un léger frisson lui parcourut l'échine. Ben s'en empara et les observa longuement. Pour une fois qu'ils allaient lui servir. Il n'était pas joueur, ni sentimental, mais il avait à un moment eu la sensation que garder ce maigre présent paternel lui serait utile un jour ou l'autre. Et ses intuitions le trompaient rarement. Avalant sa salive, il sentait que sa voix était prête à dérailler à n'importe quel instant.

"Alors... Pair, je reste. Impair, je pars. Allons-y." dit-il tout haut, comme pour se donner du courage - ou peut-être une légitimité - et prouver à qui voudrait bien l'entendre qu'il n'allait pas encore s'écrouler.

Portant l'objet qu'il tenait du bout des doigts à sa bouche, il souffla légèrement sur les dés d'or avant de les faire danser dans ses grandes mains jointes. Il ne savait pas quel résultat il espérait. Une raison de rester ? Une raison de partir ? Il ferma les yeux et lança les dés comme s'il s'apprêtait à signer son arrêt de mort.

Il prit un long moment, seul face à lui-même, avant de rouvrir les yeux. Il s'assit en tailleur et se força à poser ses mains moites sur ses genoux dans un geste excessivement lent. Il respira, doucement. Il expira. Plusieurs fois, il hésita à ne jamais constater le résultat et à partir de la salle en emportant ses affaires sans un regard en arrière. Mais Ben n'était pas comme ça. Et il avait besoin de savoir ce que la Force voulait pour lui, il avait besoin qu'on lui donne une raison.

Il releva la tête et fixa son reflet dans le miroir en ouvrant les yeux. Il ne se trouvait pas très beau, malgré ce qu'on lui disait. Sa peau luisait légèrement à cause de la sueur de son entrainement, et la lumière dorée des soleils n'allait pas très bien à son teint d'albâtre. Ses cheveux étaient bouclés, rebelles et beaucoup trop longs pour un padawan - bien qu'ils ne dépassent pas ses oreilles, il était déjà dans la catégorie des rebelles capillaires au sein des élèves. Ses iris étaient noirs si intenses et pourtant si vides. Il sentit l'émotion le prendre à la gorge et se força à déglutir difficilement pour empêcher les larmes de lui embuer les yeux. Est-ce que sa mère serait déçue de lui s'il partait ? Est-ce que ça ferait de lui un traître ? Et le dragon dans ses entrailles grogna, encore une fois.

Soudain, son reflet oscilla dans les grands miroirs de la salle. Il se frotta les yeux, persuadé qu'il n'était décidément pas très bon pour contrôler ses émotions, mais quand l'image que le verre poli lui renvoyait se précisa, il se rendit compte de ce qu'il se passait. Une vague de froid et de sévérité glissa contre sa joue, et Ben frissonna soudain. L'odeur vague et entêtante de la pièce avait cédé sa place à un parfum aseptisé de plastique et de cuir. Il fronça légèrement les sourcils et se concentra sur son reflet. Sauf que ce n'était pas son reflet, pas du tout. A moins qu'il ne soit subitement devenu une jeune femme élégante et bronzée avec des cheveux châtains noués strictement en une haute queue de cheval, c'était le reflet de quelqu'un d'autre qu'il voyait à la place du sien.

La fille dans le miroir eut un mouvement de recul, mais elle laissa le bout de ses doigts contre la surface froide. Elle avait l'air tout aussi perdue que lui, au fond. Quand elle s'approcha si près qu'il aurait pu l'embrasser en faisant la même chose, le trou noir béant dans son ventre se transforma en plaie ouverte. Plus il se perdait dans son regard noisette, plus il sentait une lame de métal s'enfoncer profondément dans ses tripes, et plus le nuage de douleur sourde et indistincte recouvrait son esprit. C'était elle, c'était de sa faute. C'était sa peine qu'il ressentait.

Ben baissa les yeux pour retrouver une contenance face à la souffrance insoutenable qu'il subissait, et dans le même coup d'oeil, il aperçut les dés qu'il avait subitement oubliés.

4. Et 2.

Pair.

Il serra les dents et la douleur dans sa poitrine lui déchira le coeur. Ce n'était pas le résultat qu'il attendait, maintenant il s'en rendait bien compte.

Quand il remonta les yeux, la fille du reflet jeta des regards incertains autour d'elle, mais son visage restait dans une pénombre incompréhensible. La salle était poussiéreuse et mal éclairée, mais pas assez sombre pour qu'elle soit si peu visible. Donc, elle était ailleurs. Pendant une fraction de seconde, Ben s'abandonna à la douleur qui rongeait son corps. Il ne lutta pas. Et, doucement, comme un rêve qui s'effaçait au réveil, elle disparut pour le laisser seul. Le côté obscur l'envahit comme un baume sur ses blessures et un remède à ses maux. Le froid lui mordit la peau et il eut l'impression d'avoir été figé. Comme s'il avait trouvé une faille dans le temps, comme s'il avait été en dehors de lui pendant un court instant, le dragon noir sembla flotter autour de lui plutôt que le dévorer de l'intérieur.

La douceur de la température, la lumière des soleils qui déclinait, l'odeur qui flottait dans l'air, tout était revenu, et la douleur avait disparu du même coup. Et Ben contemplait le miroir comme s'il se voyait pour la première fois. Il ne savait pas quoi penser de ce qui venait de se passer, mais ce dont il était sûr, c'est que ce n'était pas dans le code Jedi. Et qu'une douleur telle ne pouvait pas venir de lui, pas si soudainement. Il se perdit à nouveau dans son reflet, sans entendre ni voir ce qui se passait derrière lui.

S'il avait eu le temps d'y réfléchir un peu plus, Ben aurait surement trouvé des réponses aux questions qui lui ternissait l'esprit, mais il ne l'eut malheureusement pas. Luke se tenait derrière lui, le regard emprunt d'une folie et d'une déception sans pareilles. Comme tiré de sa torpeur, Ben attira son sabre laser à lui et l'alluma juste assez rapidement pour contrer la puissante attaque que son Maître avait lancée sur lui.

"Q-qu'est-ce que... ?!"

"Tu croyais quoi ? Que je n'allais pas le sentir ?! Tu n'as même pas résisté !" hurla le Maître à son élève.

Les deux lames de lumière s'entrechoquèrent plusieurs fois avant que la Force de Luke n'envoie Ben violemment contre le miroir, qui éclata en mille morceaux. Il ramena son bras près de son visage en entendant le bruit clair et strident du verre brisé pour se protéger, mais un rapide coup d'oeil vers l'arrière lui renvoya seulement son reflet déchiqueté ; le miroir disloqué était toujours presque entier au mur malgré le choc. La pression du sabre laser vert contre le bleu faisait trembler la main pourtant si puissante du padawan, mais il ne céda pas. Plié sous la contrainte, il était acculé contre le verre brisé et ne voyait plus aucune échappatoire.

Le visage recouvert d'incompréhension et de surprise, il se défendit par réflexe alors que le maître s'apprêtait à relancer une attaque et envoya Luke valser contre un mur dans un choc violent avec la Force, l'assommant du même coup. La pression dans son bras se relâcha subitement mais ses muscles se crispèrent dans son corps tout entier.

Ben écarquilla les yeux et pensa à peine à éteindre son sabre laser dans un moment de lucidité. Il se releva difficilement en prenant appui sur le miroir brisé dans son dos, sans lâcher du regard son Maître inconscient à l'autre bout de la pièce. Un nuage de poussière recouvrait son corps, mais il était certain qu'il était encore en vie. Quand ses poumons commencèrent à brûler, il réalisa soudainement qu'il avait arrêté de respirer et qu'il allait bientôt manquer d'air. Le souffle saccadé, il se força à inspirer et expirer à des intervalles réguliers, comme s'il avait oublié comment faire. Il jeta des coups d'oeil paniqués partout autour de lui, mais il ne semblait y avoir personne d'autres qu'eux.

Ses oreilles sifflaient. Le terrible et incessant bruit commençait à lui faire tourner la tête. Il ne savait pas quoi faire, il ne se rendait même pas compte de ce qu'il avait fait. Mais il devait partir. Déchiré par la culpabilité et la sensation de s'être mis dans ce pétrin tout seul, Ben ramassa son sac et se précipita pour remettre toutes ses maigres possessions à l'intérieur. Il ne savait plus ce qu'il faisait et sa tête tournait beaucoup trop pour qu'il puisse prendre une décision correcte à ce moment là.

Ses affaires en main et le souffle toujours aussi court, il jeta un coup d'oeil furtif aux dés dorés qui le narguaient encore à ses pieds, devant le miroir brisé. Ben déglutit, et se baissa pour s'accroupir. Il prit le dé qui affichait un 2 entre ses doigts tremblants et le retourna, tout doucement.

4. Et 3.

Impair.

"Je pars." chuchota-t-il doucement.

Il fixa son reflet morcelé un long moment, et dehors, il pouvait voir le début de la nuit s'installer. Il lança un dernier regard à la salle qui avait été sienne pendant si longtemps, et à son Maître qui gisait encore. Sans un mot de plus, il s'empara des deux dés d'un seul geste et les glissa dans la poche de son sac. Ben Solo allait partir, loin d'ici.