[Note de l'auteur : Voilà la suite, comme prévu plus courte, mais j'espère qu'elle vous plaira quand même. Et si je l'ai postée si tard après le premier chapitre, c'est que, comme le boulet notoire que je suis, j'avais perdu la clé USB sur laquelle elle était enregistrée dans sa version définitive. Ouais, je sais, *shameonme* Bonne lecture quand même !]
« Catherine,
Ainsi que tu as pu le constater, j'ai quitté les Hauts de Hurle-Vent il y a près d'une semaine. Je ne resterai pas ici pour que l'on se moque de moi. Je ne le supporterai pas. Pas plus que je ne supporterai les Hauts sans toi. Car je sais que tu les va quitter. Quand comptais-tu m'en parler ? Je..»
« Chère Catherine,
Voilà un mois que j'ai quitté les Hauts. J'espère bien t'avoir manqué. Ce n'est pas le cas n'est-ce pas ? J'espère que tes amis Linton te contentent. Puissent-ils être maudits, eux et cet imbécile d'Hindley. Puisses-tu ne jamais ressembler à ces êtres ternes que sont les Linton, car la vie cesserait de t'habiter... »
« Ma bien chère Catherine,
Je m'excuse d'avoir ainsi quitté les Hauts, i présent trois mois. Je pense à toi chaque jour, chaque seconde passée loin de toi. La réciproque, n'est probablement pas vraie, hélas. Je me trouve actuellement en France, où je gagne quelque argent en brigandages. Ne me blâme pas, je te prie, tu ressemblerais à ce maudit Linton... »
« Chère Cathy,
Cela fait aujourd'hui huit mois que j'ai quitté les Hauts sans autre forme de procès, avec simplement ma chemise sur le dos. J'ai passé quelques temps en France, où j'ai gagné quelque argent en brigandages. Je sais que toi tu ne m'en blâmerais pas, n'est-ce pas? A moins que Linton ne t'aie fait oublier quelles misères tu avais faites avec moi. Je suis revenu en Angleterre où je suis étudiant-servant dans un collège. Il ne se passe pas une seconde sans que je pense à toi... »
« Ma chère Cathy,
Cela fait un an et demi que j'ai quitté les Hauts, sans même un au revoir pour toi. Toi, et toi seule l'eut mérité. Tu occupes toutes mes pensées. Seuls Hindley et les Linton les détournent de toi, le temps d'une malédiction. Je cherche encore le moyen de rendre la pareille à Hindley. Peu m'importe le temps qu'il me faudra attendre, pourvu que j'y arrive à la fin. Je suis en route pour les Amériques, et chaque pas qui m'éloigne de toi est une souffrance. Tu dois penser que je n'ai jamais pensé une seconde à toi, puisque je n'ai t'ai jamais écrit, mais rien ne serait plus faux... »
« Cathy chérie,
Voilà deux ans que je n'ai plus eu le plaisir de te voir. Je ne suis à ma place nulle part où tu n'es pas. La France, les collèges britanniques, les Amériques... Aucun de ces endroits ne recèle autant de vie que ton visage seul. J'aurais dû te dire adieu. J'aurais dû te faire savoir, ne serait-ce qu'une fois combien je t'aimais. Combien je t'aime. Même si tu le sais probablement déjà. Cathy, il n'est pas un jour sans que je maudisse ton frère de m'avoir, sans que nous nous en rendions compte, petit à petit, éloignés. Je ne me suis pas tant éloigné de toi en partant aux Amériques que lui ne nous à séparés... »
« Ma Cathy chérie,
Voici deux ans et 11 mois que tu ne sais ce que je suis devenu. Sache simplement que tu m'as manqué, comme l'air manque à un plongeur, comme la vie manque aux Linton. Qu'est-ce qu'un homme séparé de son âme? Je ne vis plus sans toi Cathy, je me contente d'exister vaguement sur cette terre vide de sens. Je me vengerai de ton frère qui nous a séparés. Je peux te le jurer, sur ta charmante tête, qui m'est plus chère que tout au monde. Aucune femme que j'ai rencontrée ne t'a égalée dans mon cœur. Je suis aujourd'hui précepteur dans une famille londonienne. La mère de famille est certes charmante, mais l'éclat de la vie manque à son visage terne, quant aux jeunes personnes, j'en ai une assise sous les yeux maintenant, assise juste en face de moi, jolie, une douce enfant de 15 ans. Elle ne se doute pas que le Diable est si près d'elle. Cathy, j'ai appris hier ton mariage avec Linton, par un villageois de Gimmerton en visite à Londres. Je ne peux m'empêcher de penser que... »
Heathcliff jeta une énième lettre inachevée dans la cheminée qui brûlait à ses pieds et la regarda se consumer, l'air absent. Il n'avait jamais réussi à lui écrire. Jamais. Mais chacune de ses pensées était tournée vers elle. Il se leva brusquement.
-Cela suffit ! Fit-il d'une voix ferme et autoritaire.
Son élève, juste en face de lui, bondit. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il trouble de la sorte le calme qui régnait dans la pièce depuis plus d'une heure.
-Je vous demande pardon ? S'enquit-elle d'une voix douce et chantante.
Il l'ignora et quitta la pièce. Cette petite idiote avait dû penser qu'il s'adressait à elle. Il dévala quelques volées de marches et entra dans le bureau du maître de maison. Il le traversa d'un pas assuré, ouvrit un tiroir et y récupéra une enveloppe gonflée de billets de banque. Il les compta rapidement et estima que cela correspondait à ses gages. Il monta ensuite d'un pas vif à sa chambre et y récupéra ses effets personnels puis son cheval, qui était logé dans l'écurie des maîtres et s'enfuit en galopant à travers la ville.
Kenneth, le médecin de la paroisse de Gimmerton, était venu la veille à Londres, et lui avait confirmé ses craintes au sujet du mariage de Catherine avec cet imbécile d'Edgar Linton. Hindley et les vieux Linton avaient étés trop heureux de ces épousailles pour songer à les empêcher. Et Cathy, sa Cathy, avait épousé Linton, quelques deux ans et demi après son départ, après une longue maladie. Heathcliff secoua la tête, alors que son cheval, lancé au galop, le rapprochait chaque seconde plus de Catherine. Elle avait épousé Linton. Que s'imaginait donc cet imbécile? Qu'il allait pouvoir enfermer indéfiniment dans sa cage dorée l'aigle royal qu'était Catherine? Ou alors l'avait-il prise pour une colombe?
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Trois ans après avoir quitté les Hauts de Hurle-Vent, par un matin de septembre, Heathcliff surplombait Gimmerton. Il ne pouvait détacher son regard de la vieille demeure, sur la colline en face de lui, dans laquelle Catherine et lui avaient vécu ensemble. Le haut de la demeure se perdait dans les nuages, mais Heathcliff n'avait aucun mal à y deviner la petite chambre qu'il avait jadis partagé avec Cathy. Il se demanda si le lit qu'ils avaient partagé, étant enfants, se trouvait toujours à la même place. Il soupira et reporta son regard sur la Grange, plus basse que les Hauts, quoique les deux fussent visibles de l'endroit où il se trouvait. Il tenta un moment d'imaginer Catherine en ces lieux, mais l'image qui lui vint lui donna un haut-le-cœur.
Il talonna son cheval, traversa Gimmerton et, une fois le village traversé, mit son cheval au pas. Il lui semblait que le paysage résonnait encore des appels de Catherine qui criait son nom du haut du parc à moutons. Il ferma les yeux et revint cette nuit-là. Il avait quitté la cuisine tandis qu'elle se confiait à Nelly. Elle lui annonçait son mariage, justement. Le cœur d'Heathcliff manqua un battement lorsqu'il se souvint de ses mots « Je me dégraderais moi-même en épousant Heathcliff... ». Il secoua la tête. Il avait ensuite quitté les Hauts et n'était pas revenu, en dépit des nombreux appels de Catherine qui se répercutaient dans toute la vallée, puis de ceux de Joseph. Un terrible orage avait éclaté cette nuit-là, comme un reflet de la colère et de l'incompréhension qui l'agitaient, mais désormais le paysage respirait le calme et la douceur, quoiqu'Heathcliff connaisse assez la région pour deviner que les orages n'allaient guère tarder à revenir.
Heathcliff arriva au rocher qui servait de panneau pour indiquer la direction des Hauts, de Gimmerton et de Thrushcross Grange. Il marqua un instant d'hésitation. Aller voir Catherine ? Il secoua la tête. Il allait d'abord mettre en route sa vengeance envers Hindley et il devait en premier lieu voir Nelly. Lui demander ce qu'il avait manqué, durant ses trois années d'absence. Trois années qu'il avait passées en enfer, loin du regard de Catherine et du son de sa voix. Trois années, c'est suffisant pour changer un homme, en apparence. Le rendre plus solide physiquement, le résigner. Mais toutes les années du monde ne pourraient changer les sentiments d'Heathcliff pour Catherine.
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C'est finalement dans la soirée, une de ces lourdes soirées de septembre qui sentent l'orage et le foin sec, qu'il fut enfin devant Thrushcross Grange, à guetter à la fenêtre l'apparition du visage enchanteur de Cathy. Sa Cathy, fût-elle Mrs Linton. Elle était si démesurément supérieure à eux... A n'importe qui sur cette terre. Sans aucun doute, Heathcliff lui obéirait encore en tout, comme il l'avait toujours fait. Il guettait un signe, n'importe lequel, et il se fit soudain la remarque, ainsi qu'il se l'était faite au premier séjour de Cathy à la grange, que si elle avait désiré partir, et qu'ils n'eussent voulu la laisser aller, il briserait leurs grandes vitres en un million de morceaux.
Mais dans la Grange, rien ne bougeait. Aucune lumière ne brillait et le doux visage de Cathy se laissait désirer. Heathcliff n'osait ni bouger, ni entrer, mais se refusait à repartir. Que faire ? Certes, il aurait pu passer la nuit dehors, à guetter Catherine, s'il avait été sûr que cela porte ses fruits. Il allait se décider à prendre cette résolution lorsqu'il entendit quelqu'un venir. Il lâcha les fenêtres des yeux, envahi par un fol espoir. Mais ce n'était pas Catherine. La silhouette posa sa charge sur les marches qui, devinait-il, menaient à la cuisine. Il plissa les yeux et un vague sourire se peint sur son visage. Malgré les années d'absence, et la faible lumière dispensée par le lever de la lune, il aurait reconnu cette silhouette entre mille. Il demanda, d'une voix forte et reconnaissable, bien qu'elle se fût, depuis son départ, teintée d'un léger accent étranger:
-Nelly, est-ce vous?
FIN
[Note de l'auteur: Et voilà la fin ! Ici, avec la dernière phrase d'Heathcliff, on peut reprendre la lecture de l'œuvre d'Emily Brontë au chapitre X.
J'espère que ça vous à plu. Comme je l'ai dit dans le premier chapitre, j'ai essayé de coller au maximum avec le personnage d'Emily Brontë, quitte a reprendre telles quelles certaines paroles présentes dans le livre. Oui, c'est mal, et pour me faire pardonner je vais me fustiger jusqu'au petit linge et aller faire deux Avés et trois Pater à plat ventre dans la chapelle.
Sur ce, bonne continuation,
Lûn]
