Oups... Sorry du délai, les révisions me grignotent mes temps libres! Le prochain chapitre devrait venir plutôt rapidement, en revanche!

Merci pour toutes les gentilles reviews sur le premier chapitre ^^ J'espère que la suite de l'histoire vous plaira aussi! =D

Bonne lecture!


Forgive me father, why should you bother now?
(Try Honesty, Billy Talent)

Pardonnez-moi, père; Pourquoi devriez-vous vous en faire maintenant?
(Try Honesty, Billy Talent)

CRAC!

CRAC!

CRAC!

Sirius ferma les yeux une brève seconde, désorienté par le transplanage forcé que Regulus venait de leur faire subir sans avertissement. Dopé à l'adrénaline, il se reprit néanmoins aussitôt pour regarder vivement autour de lui, afin de s'assurer qu'ils étaient seuls tous les trois dans leur cach-

Ça n'était pas leur cachette.

Les battements frénétiques de son cœur redoublèrent d'ardeur et sa main glissante de sueur et de sang se crispa presque douloureusement sur sa baguette, dans sa poche, prêt au combat.

Mais il n'y avait pas d'ennemis près d'eux, constata-t-il après quelques secondes d'immobilité. Pas d'ennemis visibles, en tout cas, précisa aussitôt son cerveau, refusant de se détendre alors qu'il scrutait le petit voisinage assombri par la nuit où ils se trouvaient.

Les menaces n'étaient jamais inexistantes. Jamais. Il avait eu le temps de le réaliser au cours des dernières semaines.

-...Reg? S'enquit-il, confus, sans regarder son frère.

-Oh bon sang... Gémit tout bas Severus, derrière lui, avant même que l'autre n'ait pu répondre.

La voix plaintive du Mangemort était probablement la seule chose à pouvoir lui faire baisser sa méfiance, pour l'heure. Non pas qu'il s'inquiétait pour le Serpentard, mais c'était tout simplement alarmant: Snape n'avait jamais une voix plaintive. Sirius se tourna vers lui, inquiet. L'autre ne paraissait même pas tenir sur ses jambes, un bras serré autour du ventre, du sang jusque sur le visage et les yeux rivés vers la maison dont ils étaient tout près.

-Snape? S'enquit-il, nerveux.

Ça n'était vraiment pas le moment que l'autre lui claque dans les bras... Snape était... utile. Trop pour se permettre de le perdre... Et Regulus tenait à lui.

Il refusa de se rappeler qu'il avait, aussi, une dette de vie envers le Mangemort.

Ce dernier ne donna pas même le moindre signe de l'avoir entendu, sa respiration de plus en plus sifflante tandis qu'il fixait la porte de la maison.

-Du calme, Severus. Lança Regulus d'une voix sèche, menaçant toujours les ténèbres silencieuses de sa baguette. Une minute.

Severus jeta un coup d'oeil désorienté à son ami, avant de ramener son attention, visiblement inquiet sur la maison près de laquelle ils se trouvaient. Sirius fit aller son regard de l'un à l'autre, sans comprendre, le cœur battant, l'urgence dans les veines, en pressant son petit frère du regard.

Qu'est-ce qu'ils foutaient ici? Ils avaient les Mangemorts aux trousses! Ils devaient repartir immédiatement!

Il faut qu'on reste vivant. Il faut qu'on foute le camp.

-...Où est-ce qu'on est? Insista-t-il à l'attention de Regulus, incapable de comprendre pourquoi l'autre ne se dépêchait pas de les faire retransplaner.

-La ferme, Sirius.

-Regulus, on ne peut pas rester ici! Grinça le Gryffondor entre ses dents, alarmé et énervé par le manque de lucidité de son frère. Ce n'est pas une de nos bases! Les Mangemorts pourraient nous avoir suivis-

-La ferme, bon sang!

-Reg, s'il te plaît, gémit Severus à son tour, sur un ton pressant et inquiet. Il ne va pas s'en faire maintenant, on n'a rien à faire ici! Faut qu'on reparte!

Un court silence suivit sa demande, alors que Regulus lui jetait un bref regard en coin, les lèvres pincées. Sirius, lui, les observa tour à tour. Qu'avaient les deux autres, au nom de Merlin?

-On ne peut pas repartir, siffla le plus jeune des Black avec nervosité, sans affronter l'expression désespérée de l'autre. Sirius, installe des sorts de détections sur tout le secteur. Dépêche-toi.

-Comment ça, on ne peut pas repartir? S'énerva Sirius, sans comprendre quoi que ce soit. On ne va pas rester ici! Ce n'est pas-

L'arrière-cour où ils se trouvaient s'illumina soudainement, le faisant taire instantanément et sortir sa baguette en moins d'une seconde, le cœur battant à tout rompre, déjà prêt au duel avec les Mangemorts qui sortiraient des ténèbres d'une seconde à l'autre. Mais aucune silhouette portant cape ne surgit de nulle part. Seule la porte de la maison qu'avait fixée Snape jusqu'alors émit un petit grincement en s'ouvrant vivement alors qu'un homme dans la quarantaine à l'air furieux, moldu d'apparence, en sortait.

Sirius avait un stupéfix sur le bout de la langue quand l'homme se figea tout seul dans son geste. Il crut un instant que le sort de Regulus avait été plus rapide que le sien; mais c'était en réalité le Moldu lui-même qui avait stoppé son geste, les yeux écarquillés.

-...Severus...

Sirius se tourna, confus, vers le Serpentard, sans comprendre, avant de voir l'expression tout aussi figée de son compagnon et que les pièces du puzzle ne s'assemblent dans son esprit ralenti par la panique.

Ils se trouvaient à l'Impasse du Tisseur. La maison où avait grandit le Serpentard.

Il observa l'homme qui ne pouvait qu'être le père de celui-ci, méfiant, mais curieux malgré tout. La ressemblance entre les deux hommes était ahurissante. S'ils étaient séparés par, au moins, une vingtaine d'année, ils n'en étaient pas moins aussi semblables que s'ils avaient été deux frères : même nez busqué, mêmes cheveux graisseux, même posture tordue...

Sirius eut un léger mouvement de recul, sa baguette toujours pointée sur Snape père, les sourcils froncés de confusion et de nervosité par le silence qui s'étendait. Le Mangemort était bien trop muet et pétrifié devant son père pour être proche de celui-ci... Et à partir de là, rien ne prouvait qu'ils étaient en sécurité sur place. De ce fait, il pouvait être un danger potentiel.

Comme tout le reste de leur situation.

Ils devaient se mettre en sécurité. Tout de suite.

Cette constatation faite, il se tourna vers les deux autres pour qu'ils se dépêchent de transplaner vers un endroit où ils seraient en sécurité avant que Snape senior n'ait pu devenir un danger -qui sait s'il n'était pas un Mangemort retraité- ou, pire, un otage potentiel s'ils étaient retrouvés, mais il n'eut pas même le temps d'ouvrir la bouche que Snape, le jeune, s'effondra brusquement.

Par réflexe, le Gryffondor se précipita pour rattraper le Mangemort avant que celui-ci ne s'écroule sur le sol. Il regretta profondément son geste à la seconde même, mais n'eut guère le loisir de faire part de son mécontentement au Serpentard : celui-ci avait finalement perdu connaissance, reposant de tout son poids de freluquet sur Sirius.

Une odeur de sang presque écoeurante se dégageait de lui, et l'ancien Auror sentit ses mains devenir poisseuses au travers de l'épaisse cape de laine.

L'information atteignit son cerveau malgré lui, le glaçant.

Il était tout simplement à deux doigts d'avoir un cadavre sur les mains.

Fût-ce celui de Snape, il se refusait tout simplement à être témoin de ça.

-Reg, dépêche!


-Vous, poussez-vous avant que je ne me débarrasse de vous moi-même!

L'ordre avait le mérite d'être aussi clair que le bout de bois pointé sur lui était menaçant. Trop confus pour comprendre ce qui venait de se passer sous ses yeux au cours des cinq dernières secondes, Tobias recula d'un pas, dégageant le chemin vers la porte d'entrée sans même y penser. Celui des sorciers qui lui avait donné l'ordre lui adressa un regard à mi-chemin entre le mépris et la satisfaction avant de se tourner à nouveau vers les deux autres. Vers Severus, à peine conscient, retenu par l'autre.

-Transporte-le à l'intérieur en transplanant, ordonna celui qui menaçait toujours Tobias. Utilise ma magie comme guide, il n'est pas en état d'être déplacé normalement. Et vous, ajouta-t-il en se tournant à nouveau vers lui, trouvez-moi un lit ou quelque chose du genre. Tout de suite.

Avant que Tobias n'ait même pu songer à protester, le sorcier lui avait collé ce qu'il devinait sans difficulté aucune être sa baguette magique contre la jugulaire, le regardant dans les yeux avec une froideur meurtrière qui le fit frissonner, malgré lui. Il ne blaguait pas. Il avait l'air d'un foutu tueur.

Et Severus était à trois mètres de lui, dans un état critique. Devant sa porte.

Il fit un geste maladroit vers le couloir, n'ayant pas confiance en sa langue pour l'instant, mais le gamin secoua la tête, indiquant la même direction d'un geste de sa baguette. Tobias hésita un instant, mal à l'aise à l'idée d'exposer son dos à l'autre-

-Reg, Snape perd trop de sang! Dépêche!

...et se précipita dans les escaliers pour aller ouvrir la première porte qu'il croisa, libérant le chemin jusqu'à son propre lit sans se poser de questions. Le dénommé Reg le suivit sans lui accorder un regard, se postant au pied du lit pour lever sa baguette au plafond et fermer les yeux.

Une brève seconde plus tard, un craquement soudain se fit entendre et le deuxième sorcier se matérialisa au milieu de la pièce, toujours à genoux, Severus toujours inconscient dans les bras. Il ne se posa pas davantage de question que le plus jeune, allongeant précipitamment son fardeau sur les draps jaunis en les tâchant du sang qui les maculait tous les trois.

-Greyback? Interrogea le premier, son ton sec mais nerveux.

-Je ne pense pas qu'il l'ait mordu, répondit l'autre, d'une voix qui trahissait ses émotions bien moins maîtrisées, en faisant aller son regard de Severus à l'autre sorcier, puis à Tobias, avant de revenir sur Severus. Mais le dos a l'air en sale état. Et le poison-

-Je sais ce que vaut ce poison, Sirius, le coupa l'autre avec raideur. Trouve-moi de l'eau froide. Et de quoi éclaircir le sang, quelque chose du genre. Vite!

Le nommé Sirius fixa l'autre dans les yeux une brève seconde, comme dépassé par la situation, avant de hocher docilement la tête et de sortir précipitamment de la pièce sans même paraître remarquer Tobias. Celui-ci, ahuri, observa l'autre s'agenouiller auprès d'un Severus toujours inconscient, le pousser sur le côté et lui arracher sa cape déchirée.

Tobias n'était pas prêt du tout à la vision du dos en charpie de son fils. Pas du tout.

Des griffures larges et profondes se croisaient sur la peau, comme si un animal sauvage doté de griffes plus tranchantes que des rasoirs avait joué sur ce dos comme sur un vulgaire bout de tissu. C'était horrible. Et ça semblait foutrement douloureux.

Un haut-le-coeur particulièrement violent manqua lui faire rendre ses derniers repas, mais, pourtant, presque malgré lui, il ne bougea pas d'un centimètre, bêtement debout, au pied du lit, les yeux rivés sur la blessure horrible qui semblait ne pas avoir épargné le moindre espace du dos de Severus. Le sorcier, celui qui avait été désigné plus tôt comme étant 'Reg', ne parut même pas considérer être dégoûté par la plaie. Sans hésitation, il repoussa les restes en lambeaux d'une chemise rouge-brun qui avait dû être blanche le matin même, et posa ses deux mains sur la chair blessée.

Tobias, ahuri, le cœur au bord des lèvres, ressentit presque physiquement la douleur inimaginable que le geste devait provoquer. Néanmoins, Severus n'eut strictement aucune réaction. Et, malgré tout son dégoût et toute son horreur, son père ne pouvait s'empêcher d'imaginer à quelle distance le gamin devait être de la Faucheuse pour ne pas réagir à une souffrance pareille.

S'il ne l'avait pas déjà rejointe, siffla son esprit, tout bas.

'Reg' se mit à murmurer dans une langue étrangère des phrases qui ne paraissaient pas avoir le moindre lien les unes avec les autres. Et, pour la plus grande terreur de Tobias, aussitôt, des volutes de fumée sombre se mirent à s'échapper de la blessure.

Un film d'horreur. Il y avait un putain de film d'horreur qui se déroulait sous son nez, dans sa maison, sans son consentement. Sur le dos de son fils.

Il ne pouvait que cauchemarder.

Les rubans de fumée noire augmentèrent en quantité, laissant la plaie encore plus sanglante en la quittant. Sous les yeux ébahis du Moldu, le manège se poursuivit pendant deux ou trois minutes, sans que Severus ne réagisse le moins du monde, au désespoir visiblement croissant de son médecin improvisé. Celui-ci, essoufflé, finit par interrompre sa prière insensée, les yeux fermés. Il se passa quelques secondes avant qu'il n'ouvre la bouche pour s'adresser à Tobias, si bas que celui-ci faillit le manquer.

-Allez... aider mon frère... à trouver ce qu'il me faut... Dépêchez... et pas de... conneries... Severus est... en danger...

Et lui-même n'avait pas l'air de quelqu'un pleinement en forme, le front humide de sueur, les cheveux en bataille, les mains pleines de sang, une blessure sur la tempe... Il n'arrivait même plus à paraître menaçant en donnant ses ordres. Tobias se demanda un bref instant s'il y avait la moindre chance que la vie apparemment en équilibre fragile de son fils puisse être sauvée par un type si mal en point lui-même... mais on ne lui demandait pas son avis. Et, quelque part, malgré lui, il savait qu'obéir à ce gars-là était sa seule chance d'avoir des explications... et de voir Severus se réveiller. Il hocha brièvement la tête avant de sortir de la pièce.

Il n'avait strictement aucune idée de ce qui était en train de se passer, mais les battements précipités de son cœur alors qu'il descendait les escaliers lui indiquaient que le moment n'était vraiment pas venu de s'attarder sur ses interrogations. L'heure était à la panique et à l'urgence, et sans qu'il ne puisse trop se l'expliquer, il sentait très clairement qu'il avait intérêt à se rendre utile avant de poser des questions, s'il voulait jamais avoir des réponses.

Le frère du médecin avait entretemps réussi à localiser la cuisine, et à y déchaîner un ouragan violent. Les portes des placards étaient ouvertes, bon nombre de produits, éparpillés sur les comptoirs, et l'autre avait laissé des tâches rouges partout où il avait mis ses mains -c'est-à-dire, dans toute la cuisine. Tobias se jura de tout lui faire nettoyer lui-même si la situation revenait à la normale, avant de le rejoindre tandis qu'il fouillait frénétiquement dans le tiroir à ustensiles.

-Qu'est-ce que vous cherchez, au juste? Lança-t-il, sur une voix qu'il s'efforça de rendre assurée -il ne serait pas dit que Tobias Snape se laissait impressionner par le premier envahisseur venu, tout de même.

L'autre sursauta avant de le regarder brièvement, visiblement incertain de pouvoir lui faire confiance. Tobias ne put que constater qu'il paraissait en aussi mauvais état que son frère; Il avait des cernes foncées et ses cheveux trop longs étaient eux aussi emmêlés dans tous les sens. Bon sang, mais d'où sortent ces trois-là...?

-...De l'anti-coagulant, finit par répondre l'autre, reprenant sa fouille dans les couteaux et les cuillères avec des gestes maladroits. Pour le poison... Ça va l'empêcher de se répandre...Donner du temps... vous n'avez pas de potions, je vais en p... préparer une... c'est l'affaire d-de vingt minutes...

Vingt minutes? Tobias n'avait aucune idée de ce qu'était ce poison qui inquiétait tant les deux autres, mais pour ce qu'il était capable de juger, c'était un délai beaucoup, beaucoup trop long pour que Severus ne tienne le coup -et vu l'air cadavérique des deux autres cinglés, eux-mêmes seraient mort d'épuisement avant ce délai... Il ferma les yeux une brève seconde, tentant de reprendre le contrôle de ses nerfs suffisamment longtemps pour réfléchir efficacement, trouver une solution quelconque...

Rien.

Rien ne venait. Aucune solution ne lui sautait aux yeux.

Il n'avait pas le moindre médicament dans cette foutue baraque, bon sang...

Il n'avait pas de solution.

Il jura tout bas, furieux contre lui-même et bien plus paniqué qu'il ne l'aurait admis sous la torture. Chaque foutue seconde était comptée, c'était un sous-entendu qu'il avait facilement compris. Peu importe ce qu'était ce poison, Severus n'était visiblement plus en état de le combattre longtemps. Et l'autre sorcier l'avait compris aussi, vu la façon dont il abandonna ses recherches pour se laisser choir sur une chaise avec un air profondément désespéré. Fataliste.

Il abandonnait.

Trop tard.

Tobias dut se tenir au comptoir, la tête lui tournant légèrement, alors qu'il essayait d'assembler ses pensées mi-furieuses, mi-paniquées. Pourquoi fallait-il qu'il ait bu ce soir-là? Il savait pourtant que l'alcool lui embrouillait l'esprit! Dans son état normal, il aurait pu trouver quelque chose! S'il n'était pas un pauvre imbécile d'alcoolique-

Putain.

-L'alcool! S'écria-t-il, fébrile à son tour. Ça éclaircit le sang!

-Que... vite! Réclama l'autre après un instant de silence incrédule. Donnez!

Tobias, les mains légèrement tremblantes, ouvrit vivement l'une des rares portes d'armoire à être restées fermées, attrapant des bouteilles au hasard en les faisant s'entrechoquer les unes contre les autres. Le sorcier les considéra avec un air interdit une brève seconde, avant de secouer la tête et de lui arracher des mains sa grosse bouteille ronde de whisky à moitié pleine pour se précipiter à nouveau dans les escaliers. Respirant beaucoup mieux, l'autre homme reposa plus calmement les bouteilles qui lui étaient restées, pêle-mêle sur le comptoir, et s'accorda quelques secondes pour calmer cette agitation intérieur qui avait fait battre son cœur trop vite, renonçant à remonter pour assister aux opérations.

Il considéra un instant l'odeur de catastrophe qui planait sur l'étage, la porte encore grande ouverte sur la nuit noire, sa cuisine sens dessus-dessous, les tâches de sang sur la rampe d'escalier, la lumière de la pièce qui semblait tout à coup trop vive... et réalisa peut-être pour la première fois que Severus était de retour à Spinner's End.

Il était de nouveau dans la maison. Il était toujours vivant. Et à présent, suffisamment prêt pour qu'ils puissent parler.

Et il n'était pas du tout certain de savoir s'il devait s'en réjouir ou être furieux.

Dans tous les cas, il comptait bien avoir une foutue conversation avec ce môme quand il serait tiré d'affaire... Parce qu'il serait bientôt tiré d'affaire, n'est-ce pas? Il était avec ces deux sorciers... Les sorciers devaient bien être capables de régler des blessures pareilles en une minute, après tout... Et il comprendrait peut-être enfin ce que ces trois-là foutaient ensemble, dans cet état, et chez lui.

Il regarda les bouteilles d'alcool sur le comptoir encore un instant, puis le sang qui maculait le verre là où le deuxième frère les avaient touchées. Bon Dieu, ils ne repartiraient pas sans qu'on lui ait fourni des explications, pour sûr...

Il poussa un léger soupir, guettant d'une oreille distraite le bruit à l'étage. La descente d'adrénaline et la confusion n'avaient pas amélioré son état de fatigue déjà avancé pour la soirée... Il trouva la bouteille identifiée « Holy Water » et en prit une grande gorgée, se laissant tomber sur une chaise en attendant que les deux autres en aient fini avec leur médecine d'alchimiste.


-Bon sang, Severus, je t'interdis de mourir! C'est pas le moment!

Regulus sentait ses nerfs l'abandonner de plus en plus certainement alors que ses tentatives de faire se rouvrir les yeux de son petit ami demeuraient toujours aussi vaines. Quoiqu'il fasse, peu importe toute la magie noire qu'il avait réussi à éliminer de la blessure, Severus demeurait inconscient, le cœur à peine battant.

Il était un imbécile. L'avoir amené dans cette maison, plus que toute autre, quand leur planque avait perdu sa sécurité. Provoquer une panique qui achèverait de rompre les défenses de Severus. Ne pas songer au fait qu'il ne trouverait jamais la moindre potion dans une maison de Moldu. Il avait eu les pires réactions possibles, et les conséquences étaient inévitables à présent.

Il n'était pas naïf. Sirius ne trouverait aucun anti-coagulant à Spinner's End, et déplacer Severus une nouvelle fois l'achèverait sans doute aucun. Il avait éloigné Sirius et Snape père en toute conscience, voulant égoïstement la paix avec Snape pour les prochaines -dernières- minutes. L'implacable vérité s'était déjà imposée dans son esprit : il avait mal réagit. Il avait signé l'acte de décès de Snape.

Il avait sous-estimé ce damné poison. Son petit ami était un maître de potions beaucoup trop doué.

Au rythme où les choses allaient, il pourrait bientôt dire que Severus avait été un maître de potions beaucoup trop doué...

La pensée crispa ses doigts sur la chair ensanglantée et sale, sans même faire réagir le Mangemort blessé. C'était de mauvaise augure. Évidemment.

Il allait mourir.

Cette foutue guerre lui arrachait une personne de plus.

Il aurait dû être préparé à cette perte. Ne pas en être affecté.

Bien sûr qu'il était surréaliste d'imaginer qu'ils puissent se tirer tous les trois des évènements de la journée. Bien sûr qu'ils s'étaient ordonnés les uns les autres de ne pas s'arrêter en cas de perte, le matin même, comme tous les matins. Bien sûr qu'ils avaient quitté leur cachette prêts à se faire tuer.

Mais, naïvement peut-être, Regulus n'avais jamais vraiment cru que Severus puisse lui mourir dans les bras. Parce que ça n'avait aucun sens.

Il ne pouvait pas mourir. Il ne pouvait tout simplement pas l'abandonner au milieu de cette foutue guerre, avec Sirius. C'était impossible. Il était censé être toujours là avec ses poisons, ses antidotes, son caractère de Gryffondor manqué, son rictus en coin, à inventer des sortilèges dans un coin, à cuisiner dans les situations les moins appropriées, à l'embrasser discrètement quand il croyait que Sirius ne les regardait pas... Severus ne pouvait pas disparaître... Severus était son petit ami, bordel, le dernier qui parvenait à le faire sourire...

Et pourtant, le pouls qu'il sentait sous ses doigts ralentissait, petit à petit, irrémédiablement...

-Putain, Sev, pourquoi est-ce que t'as créé cette potion de merde, hein? Siffla-t-il entre ses dents.

Il cligna des yeux à quelques reprises, furieux de sentir des larmes y monter et brouiller sa vue. Il était Regulus Black. Il ne pleurait pas. Jamais. Il ne se laissait pas abattre. Cette guerre était beaucoup plus grande que ses émotions à lui. Il n'avait pas le droit de se laisser gouverner par elles. Il avait une foutue mission...

Mais elle perdrait tout son foutu sens s'il perdait Severus...

-REG!

Il fut sur ses pieds en moins d'une seconde, prêt au combat, un maléfice sur la langue prêt à être lancé si jamais Sirius lui annonçait que les Mangemorts les avaient retracés... Mais son frère surgit dans la chambre en brandissant une bouteille avec une expression d'intense soulagement.

-De l'alcool! Bredouilla Sirius, pas loin d'avoir les larmes aux yeux. Ça va empêcher la propagation du poison!

-...Donne, vite! Exigea le Serpentard après quelques secondes d'incrédulité. Où est-ce que tu as trouvé ça?

-Le père de Severus. C'est de l'alcool moldu, il n'est pas traité magiquement, mais-

-Les propriétés sont les mêmes, le coupa Regulus, fébrile, en débouchant la bouteille de whisky.

Du moins, c'était ce qu'il espérait de tout cœur alors qu'il poussait légèrement Severus sur le côté pour lui presser la bouteille contre les lèvres, ses gestes beaucoup plus assurés qu'il ne l'était lui-même. Le Whisky Pur-Feu était traité par sortilège pour rendre son goût moins horrible que celui de l'alcool moldu... Mais il était fabriqué de la même façon, pas vrai? Les propriétés médicinales devaient bien être les mêmes, non?

Dire qu'il avait un expert en potion sous la main... Le destin avait le pire des humours.

Il fit avaler la moitié du contenu de la bouteille à Severus, sans avoir la moindre idée des dosages qu'il était supposé utiliser, tout en se maudissant de son manque de connaissance. Puis, il fourra la bouteille dans les mains de Sirius, compta mentalement une minute et ré-appuya sans délicatesse ses mains poisseuses de sang sur le dos en charpie de Severus, se concentrant sur les battements du cœur, les yeux fermés.

Un battement. Silence. Un battement. Silence. Un battement. Une hésitation. Un battement.

Un battement à chaque seconde et demie.

Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Onze. Douze.

Quinze.

Le rythme restait régulier. Il ne décélérait pas.

État stable.

Bien.

Ils s'étaient donné du temps. L'autre n'était évidemment pas tiré d'affaire. Maintenant, il devait soigner Severus. Protéger l'endroit. Établir une nouvelle cachette sécuritaire. Et gérer le cas de Tobias Snape.

Beaucoup de plaisir en perspective.

Il allait tuer Severus, quand il serait réveillé, rien que pour se venger de toute la pression qu'il mettait sur ses épaules.

Mais il lui accorda tout de même, d'abord, un remerciement muet pour les battements réguliers de son fichu coeur.


Oui, je sais, c'est un chapitre de transition. Mais il en faut, des comme-ça. ^^

Une review? Siouplé?