Disclaimer: Je suis toujours Cesare, donc ce qui n'est pas à moi est à elle...^^
Note de l'auteur: Finalement, peut-être que je ferai quatre chapitres. J'y réfléchis.
Danse Initiatique
Une fois qu'ils furent rentrés dans l'appartement de James et Sirius en début de soirée, les négociations quant au contenu de cette soirée commencèrent.
- De toute façon, tu as promis qu'on sortirait, James ! clama Sirius avant que quiconque ait pu ouvrir la bouche. Le seul problème, c'est de savoir où.
- J'ai peut-être une idée, dit Lily d'un air malicieux qui ne présageait rien de bon. Puisqu'on est allé à la Gaypride aujourd'hui, on pourrait continuer sur notre lancée, et aller dans une boîte gay.
Le visage de James se décomposa lentement.
- Mais, Lily… on n'est pas gay, que je sache ! Qu'est-ce que c'est que cette lubie ?
- Dois-je te rappeler que de nous quatre, toi et moi sommes les seuls hétéros aujourd'hui ? Et ça nous permet de sortir tous ensemble, Sirius et Remus peuvent retrouver leurs charmants amis de tout à l'heure !
- Mais Sirius et Remus sont bi, Lily ! Ils s'en fichent, d'où ils vont sortir !
- Je ne sais pas ce que tu en penses, Padfoot, déclara soudain Remus en ricanant, mais pour ma part j'adore quand James se met à décider de mes goûts et de mes préférences pour justifier ses angoisses.
Sirius sourit, et entra dans le jeu :
- C'est vrai qu'aller danser dans une boîte gay en compagnie de sa petite amie et des deux plus beaux mecs sur terre lui donne de grandes chances d'être assailli de tous côtés comme il a l'air de le craindre…
- Je n'ai pas peur, c'est juste que je ne vois pas pourquoi on devrait se forcer…
- Parce que c'est sympa, James, répliqua Lily, et puis tu sembles encore une fois oublier de quel sexe étaient John et Gabriel, les personnes avec qui aimeraient bien sortir Sirius et Remus… tes meilleurs amis, tu te souviens ?
- Laisse tomber, Lily, soupira Sirius. James n'osera jamais franchir la porte d'un de ces endroits, il est tout simplement mort de trouille pour sa virilité.
Lily allait répondre, mais Remus, avec un sourire et un signe de la main vers James, l'en dissuada.
- Sirius, je sais ce que tu es en train de faire, et ça ne marchera pas. Je ne suis plus aussi manipulable qu'avant, et je ne répondrai pas à ton grossier défi.
- Mon défi ? Oui, c'est vrai, c'en est un. Et tu es en train de montrer aux personnes qui, me semble-t-il, te sont des plus chères au monde, que tu es incapable de le relever simplement parce que tu ne veux pas qu'on mette en doute le fait que tu es un homme. Tu déçois en ce moment tes deux meilleurs amis, et la fille que tu aimes depuis des années et que tu as enfin réussi à séduire.
James se troublait de plus en plus.
- Mais ils ne nous laisseront jamais entrer s'ils voient qu'on est en couple !
- Tu sais, en plus, ce n'est pas grâce à tes démonstrations de force que Lily s'est retrouvée dans tes bras, ajouta Sirius, recevant, pour la première fois de sa vie, l'entière approbation de la belle Evans.
James était secoué. Le moment était arrivé pour Sirius de l'achever.
- Tu ne veux pas faire ça pour Remus et moi ?
James poussa un long soupir.
- D'accord…
Lily poussa le même cri de victoire que Sirius, puis jeta à ce dernier un regard méfiant.
- Tu es effrayant, Black, tu sais ?
- Oh, mais ça fait partie de mon charme, Evans. Maintenant, Prongs, tu vas devoir t'habiller en conséquence, parce qu'effectivement, il sera difficile pour toi d'entrer dans tes vêtements habituels. Tu manques tellement de classe… et c'est quelque chose que nous n'acceptons pas, nous les hommes peu virils.
Remus éclata de rire, imité par Lily, et enfin par James. Sirius « l'homme peu viril » sonnait tout simplement comme le plus parfait des oxymores, justement parce qu'il avait su faire la part des choses, et comprendre que virilité et machisme étaient antagonistes.
Malgré lui, Remus repensa à la démonstration de force de Sirius, tandis que l'objet de ses pensées plongeait dans sa garde-robe pour vêtir un James prudent. Sirius était manipulateur. Il pouvait faire faire ce qu'il voulait à n'importe qui. Il devait être le seul étudiant à avoir jamais rendu un devoir en retard à leur sévère professeur de métamorphoses sans écoper d'une retenue, et avec, en prime, un regard compréhensif. Prongs avait passé des semaines à hurler au favoritisme après ça. Il sourit. La seule personne que Sirius n'avait jamais tenté de manipuler s'appelait Remus Lupin. Il se demandait souvent à quoi il devait ce traitement de faveur. Parce que Sirius savait que, de toutes façons, il échouerait ? Padfoot pouvait amadouer Moony, mais c'était tout. Tous deux savaient parfaitement qui « était le maître ». Remus soupira. Un maître ridicule, complètement fou de son meilleur ami, et trop effrayé de se faire abandonner par celui qu'il était censé dominer pour lui avouer ses sentiments.
- Et voilààà ! Moony, regarde comme il est beau ! Ça change de notre Prongs habituel, non ? J'ai même réussi à donner un air sexy à ses cheveux. Si ça, c'est pas de la magie…
- Ne l'écoute pas, dit précipitamment Lily, tandis que James lançait un regard mauvais à son habilleuse d'un soir, tes cheveux sont toujours sexy.
- Lily, tu aurais l'air un peu plus crédible si tu ne le regardais pas comme si tu rêvais de le déshabiller tout de suite, répliqua Sirius d'un ton goguenard. D'ailleurs, ne le fais pas. Je n'aurai pas la force d'un second exploit de ce genre aujourd'hui…
Ils éclatèrent tous de rire. James était superbe, Remus devait le reconnaître. Et Lily avait vraiment les yeux brillants, tandis qu'elle contemplait avec envie le pantalon étroit et sombre, la chemise apprêtée et négligemment ouverte, ainsi que le corps de James aisé à deviner.
- Bon, maintenant que la princesse est prête pour aller au bal, peut-être que ses suivantes pourraient en faire autant ?
La bonne humeur de Sirius était contagieuse, et une demi-heure plus tard, malgré des plaisanteries sans fin lancées des diverses chambres où chacun se changeait, ils étaient prêts à partir, toujours riant.
Dans le métro, Sirius prit soudain un air grave, et demanda l'attention de ses amis d'un signe discret de la main. Son ton était conspirateur, lorsqu'il aborda le sujet qui lui tenait à cœur.
- Jamesie, écoute. Malgré ta tenue magnifique – félicite pour moi ton conseiller vestimentaire – il vaut mieux préparer dès maintenant les groupes pour entrer dans la place. Et tu ne peux pas entrer avec Lily.
Lily et Remus approuvèrent d'un hochement de tête.
- Donc, je propose que tu entres avec John. Lui, on ne peut pas le soupçonner d'être hétéro, et j'ai vérifié, il ne sait pas vraiment ce que ça veut dire… Sirius sourit, au grand dam de Remus qui n'y laissa rien paraître. Lily, tu connais le videur, non ?
- QUOI ? s'exclama James en voyant acquiescer sa petite amie.
- Ça te choque, Potter ? interrogea innocemment Lily.
James grommela un peu, et la jeune fille sourit en lui passant une main sur la joue.
- Sirius, tu lui as mis du khôl ? demanda-t-elle soudain.
- Oui, c'est pas mal, hein ? On ne peut pas faire ça avec n'importe qui, mais je trouve que les yeux de Prongs s'y prêtent particulièrement bien. Moins bien que les miens, évidemment…
Remus poussa un soupir.
- Arrête un peu, Sirius. T'en mets jamais, t'en as pas besoin…
- Oh ? Je suis content de voir que tu l'as remarqué, Moony. Je voulais paraître un peu moins parfait pour ne pas vous embarrasser, mais tu m'as démasqué. Il n'y a que toi pour me connaître aussi bien…
Remus se mordit un instant la lèvre, puis sourit aux yeux gris, qui n'avaient, en effet, aucun besoin d'un quelconque maquillage. Il s'était fait avoir, mais Sirius ne semblait pas vouloir profiter de sa position de force.
- Enfin bref. Où en étais-je ? Oui, donc, Lily, tu connais le videur, tu peux entrer seule. Je n'aurai pas de problèmes pour entrer non plus – James, ne soupire pas comme ça, tu sais que c'est vrai - et Moony a son petit Français, qui devrait faire honneur à son pays et être à croquer. Les amis, j'ai fait la liste des idoles de cette nuit. Je crois que la piste va s'évanouir de bonheur quand nos pieds divins la fouleront…
- Remus, s'il te plaît, frappe-le pour moi.
- Prongs ! C'est comme ça que tu me remercies ?
Arrivés près de l'endroit qu'ils avaient choisi, et bientôt rejoints par John et Gabriel, ils formèrent les couples que Sirius avait suggérés.
- James, voyons, ne sois pas si raide… on dirait qu'un balai s'est coincé entre tes fesses ! Sirius riait à gorge déployée.
- A défaut d'autre chose…
James avala de travers en regardant celui qui avait prononcé cette phrase. John lui sourit en retour, les yeux rieurs.
- Je plaisantais… un petit bisou pour me faire pardonner ?
Sirius murmura à l'oreille de James.
- Accepte, on arrive près de la porte, tu seras parfaitement crédible comme ça. On se retrouve à l'intérieur. Bonne chance !
Alors que James, suivant tant bien que mal le conseil de Padfoot, tendait timidement la joue vers John, celui-ci lui plaqua la bouche contre les lèvres pour un… bisou « parfaitement crédible ». Ils entrèrent sans problème quelques instants plus tard, et furent rapidement rattrapés par Gabriel, Remus, Sirius et Lily qui riaient aux éclats.
- Prongs… visiblement Sirius n'arrivait même pas à parler. Il se contentait de répéter le nom de James en le pointant du doigt, les larmes aux yeux.
- J'aurais tout donné pour un appareil photo, finit par articuler Remus, en proie à un fou rire à peine moins furieux que celui de Padfoot.
James tourna les yeux vers Lily.
- C'était TON idée, espèce de sorcière ! Et en plus, ça te fait marrer ?
Elle poussa un gémissement en se tenant les côtes.
- Si tu avais vu ta tête, James… Je crois que je m'en souviendrai toute ma vie !
- Tu n'es même pas jalouse ? cela les fit rire encore davantage, si possible.
- Je l'aurais peut-être été si tu avais eu l'air d'apprécier… et, franchement, la dernière fois que je t'ai vu faire cette tête, c'est quand Severus t'a mis la main sur l'épaule sans le faire exprès…
Sirius et Gabriel s'étaient écroulés sur les épaules de Remus, qui avait lui-même du mal à se tenir debout. Bon prince, James finit par sourire, et rejoindre l'hilarité générale.
Ils mirent tout de même plusieurs minutes à se calmer.
- Pour me faire pardonner… commença John. Il rit doucement au geste inquiet de James. Je vous offre la première tournée.
- Voilà qui est parler ! s'exclama joyeusement Sirius, en envoyant un baiser au petit blond qui l'attrapa au vol, puis se dirigea vers le bar.
Ils trouvèrent une table vide, où ils s'installèrent pour vider les verres vite arrivés, ainsi que bien d'autres encore. Le jeu préféré des Maraudeurs commença alors :
- Moony, je te parie que j'arrive à empêcher James de danser avec Lily cette nuit, annonça tranquillement Sirius tandis que l'objet de son pari était allé faire un tour aux toilettes, et que leurs trois autres compagnons se trouvaient en train de passer de nouvelles commandes.
- Tenu, tu vas perdre, mon pauvre Padfoot…
- Ahaaaah ! Tu as parié sans savoir quoi ! Ça mériterait que je décide tout seul… Mais je suis d'humeur généreuse, ce soir, alors on va voir ensemble… finit-il précipitamment en voyant la lueur menaçante dans les yeux du loup-garou.
- Trop aimable, vraiment. Alors, on parie quoi ?
- Si tu gagnes, je t'offre dix barres de ton chocolat préféré.
- Et si tu gagnes ?
- Tu participes à ma prochaine blague contre Servilus, et tu en RIS.
- Ça me paraît juste… et puis tu peux toujours rêver, puisque c'est impossible ! conclut Remus alors que leurs amis revenaient.
- Prongs, c'est bon, tu as bien évacué et tu peux te remplir à nouveau ?
James leva les yeux au ciel à la remarque si spirituelle de Sirius, et s'assit à ses côtés en posant deux verres devant eux.
- Prongs, je te parie que je peux battre ton record, ce soir.
James se contenta de ricaner. C'était un rituel entre eux. Il avait réussi un jour à vider deux bouteilles de whiskey en moins de trois minutes sans quitter les goulots de sa bouche, et depuis, Sirius tentait sans succès de faire mieux. James gagnait toujours ses paris. Aussi, aujourd'hui, il allait encore pouvoir rire aux dépends de Sirius.
- Ah oui ? Et on parie quoi, cette fois, que je me délecte d'avance de ce que je vais te faire faire ?
- Si je gagne, tu ne devras danser qu'avec des hommes ce soir, moi le premier.
James rit franchement, pas du tout inquiet.
- Ça marche. Lily, on danse la prochaine, ne t'en fais pas. Mais si JE gagne, Padfoot, c'est moi qui décide avec qui tu vas dormir cette nuit. S'exclama-t-il en regardant attentivement les personnes les plus laides de la salle.
Sirius sourit maladroitement, mais s'affermit. James ne savait pas qu'il s'était entraîné de façon intensive, et qu'il avait battu ce record plusieurs fois déjà. Il allait gagner ses deux paris.
- C'est parti !
Remus était allé chercher les deux bouteiller, et avait sorti un petit chronomètre de sa poche.
James resta un instant sans voix. Lily rit à gorge déployée.
- Eh bien, James, je vais aller inviter quelqu'un d'autre, je crois…
- Non ! Lily, attends. Pad', je peux faire mieux !
- Ouais ? Eh ben ça change rien, parce qu'un pari ne peut pas être défait. Tu ne peux pas gagner le droit de danser avec Lily. Et j'ai l'impression que ça ne la dérange pas…
Remus ne se retint pas pour rire aux derniers mots de leur ami.
En effet, Lily était partie en riant inviter une charmante jeune femme, et elles se trémoussaient gracieusement sur la piste. James trouva cela étrangement fascinant. Voir Lily danser ainsi, en sachant qu'il ne pourrait la prendre dans ses bras que lorsqu'ils seraient sortis de cet endroit rendait son désir plus fort que jamais. Il allait passer une bonne nuit. Il sourit. Alors comme ça, les deux garçons les plus bouchés de l'univers, et dans une situation amoureuse aussi catastrophique que la leur se payaient le luxe de se moquer de lui ?
- Très bien. Je veux quand même ma revanche. Et si je gagne, tu ne pourras danser qu'avec une seule personne ce soir, à part la danse que je te dois. Je te laisse dormir avec qui tu veux, finalement.
Qu'ils se débrouillent avec ça. Au moins, James était certain de ne pas être le seul frustré de la soirée.
Sirius rit franchement.
- Bah, je ne risque rien. Deux minutes, Prongs, deux minutes ! Et si je gagne, tu déclares ta flamme à Snape en plein examen de Potions.
James frissonna, mais prit résolument les deux nouvelles bouteilles que Remus avait apportées avec un soupir. Oui, ils allaient regretter de s'être moqués de lui. Parce que lui, au moins, cette nuit, dormirait en bonne compagnie. Alors que les deux petits malins allaient sûrement encore passer à côté de leur déclaration d'amour.
Il hoqueta un peu, mais sourit jusqu'aux oreilles en voyant l'air craintif de Sirius aux paroles fatidiques de Lupin.
- une minute et trois secondes. Record battu. Snape va être déçu, James…
- Je te laisse ma place de bon cœur, si tu tiens tant que ça à son bonheur. Quant à toi, Padfoot, eh bien, tu as perdu.
- J'ai peur… Allez, crache le morceau, Prongs.
- Je te le dirai après notre danse, Pad'. Je ne voudrais pas que tu me marches sur les pieds pour te venger.
Remus les regarda s'éloigner en riant. Avec tout ce qu'ils avaient bu, il se demandait comment ils pouvaient encore tenir debout. Il les suivit des yeux sur la piste. Gabriel revenait justement et il accepta de bon cœur son invitation. Il serait plus près des autres danseurs, ils pourrait mieux les voir. Et il avait toujours adoré voir danser Sirius Black.
Gabriel était un très bon danseur. Remus appréciait ses gestes sûrs. Pour ce petit Rock'n'roll, il aurait difficilement trouvé meilleur partenaire. Cependant, ceux qui illuminaient la piste, à ce moment là, n'était pas leur couple, mais celui de deux grands bruns. Remus se demanda confusément quand Sirius avait appris à être mené, puis toute pensée cohérente s'évanouit de son esprit. Ils étaient fascinant. James n'avait apparemment pas de mal à diriger son meilleur ami, plus grand que lui, et dansait avec fluidité, fermeté. Il faisait tournoyer Sirius dans des passes vertigineuses, puis reprenait un rythme tranquille, pour le faire passer au-dessus de sa tête la minute d'après. Remus sentit la jalousie mordre profondément ses entrailles. Pourquoi n'était-il pas à la place de James ? Peu à peu un espace assez large s'était formé pour laisser les deux Gryffondor exécuter leurs prouesses plus à l'aise. Nulle trace de tendresse, une franche camaraderie se dégageait de leur ballet, et stimulait toutes les personnes environnantes. Il s'étaient abandonnés dans une griserie bon enfant, et irradiaient littéralement la joie de vivre, la confiance, et l'amitié. Gabriel, auprès de Remus, se faisait plus tendre, comme s'il avait senti que, quelque part, le jeune loup-garou s'était perdu dans la contemplation de ses deux meilleurs amis, et avait oublié jusqu'à sa présence. Il était envoûté. Le visage de Sirius, rieur, transporté de joie et de malice s'imprimait sous son crâne avec une netteté que n'auraient pas dû permettre les lumières colorées du lieux enfumé. Il jeta un œil à Lily, qui leur ferait sûrement payer cher l'interdiction de danser avec son petit ami après cette démonstration fulgurante. Puis, immanquablement, son regard se posa à nouveau sur Sirius, qui se cambrait avec grâce, tournait sur lui-même ce sourire si communicatif aux lèvres. Remus était ensorcelé, tout simplement. Et il se débrouillerait pour avoir une danse. Rien qu'une danse. Un rêve rouge, bleu, vert, jaune, comme ces lueurs aveuglantes qui changeaient sans arrêt, un rêve brumeux, au goût enivrant d'alcool et d'interdit. Une danse, c'était tout ce à quoi il pouvait penser à présent, une danse où se mêlaient tous ses désirs ; et il ne savait plus très bien où s'arrêtait la danse, où commençait l'amour… il sentait qu'ils se mêlaient tous deux dans les plaisirs charnels de ses songes, qui, à présent, faisaient une ronde affolante autour de lui.
Et la musique changea brusquement. Remus sortit doucement de sa transe, et fit face à un Gabriel toujours souriant, qui l'embrassa goulûment. Il se rendit compte alors que ses propres mains s'étaient plaquées avec force sur les fesses du gentil français, qui n'avait attendu que ce signe d'encouragement, visiblement. Il alla rejoindre ses amis à leur table tandis que Gabriel allait chercher de nouveaux verres.
- Et maintenant, Sirius, tu ne regretteras sûrement pas mes dons pour la danse, vu le partenaire parfait que je t'ai trouvé…
- Abrège, Potter. Quelle horreur m'as-tu dégottée ? soupira Sirius, résigné. Il avait expliqué la situation à John, qu'il retrouverait plus tard. Dans un lit, là où James ne pourrait pas l'atteindre.
James sourit malicieusement.
- Je croyais que tu avais meilleur goût ! Après tout, Moony est à croquer, ce soir, non ?
Sirius s'étrangla dans son verre, et recracha peu élégamment la gorgée fautive.
- MOONY ?
L'interpellé essayait tant bien que mal de cacher le tremblement convulsif de ses mains. Il finit par les laisser sous la table. Il allait danser avec Sirius. Toute la soirée. Sirius ne danserait qu'avec lui. Lui, Remus. J. Lupin, étudiant à Poudlard, Maraudeur et loup-garou à ses heures perdues.
Apparemment, il était le seul que cette situation ravissait. Sirius paraissait furieux. Toute euphorie le quitta alors. Sirius allait refuser, et ne danserait plus de la soirée.
- Mais je ne peux pas danser avec Moony, James ! Il danse déjà avec Gabriel… je ne veux pas compromettre sa soirée ! Il ne faisait pas partie du pari, et…
- Padfoot ? Maintenant tu la fermes et tu vas danser avec Remus. TOUT DE SUITE. Et je me charge de Gabriel, ajouta-t-il alors que Sirius allait encore protester.
- Bon, Remus, écoute… commença Sirius alors qu'ils se dirigeaient vers la piste, si tu ne veux pas danser avec moi, je comprendrai, tu sais…
Remus faillit se décourager à ces paroles. En temps normal, il les aurait prises pour une rare délicatesse de son ami afin lui faire comprendre que lui, ne voulait pas danser. Mais ce soir, tout était différent. Il sentait l'appréhension de Sirius, et son désir, aussi. Et il avait lui-même beaucoup trop bu pour écouter la petite voix qui lui rappelait ses sages pensées de l'après-midi, les ASPICs, le désespoir probable après cette nuit d'ivresse... Et puis il avait vu Sirius danser. Il voulait danser avec lui.
- Pad', je veux danser avec toi.
- Tu sais, Moony, tu peux dire au revoir à Gabi, parce que j'ai bien l'intention de danser sur tous les morceaux, répondit Sirius tout contre son oreille.
Avec un frisson, Remus se laissa entraîner dans le tango qui commençait.
James les regardait en souriant doucement. En entendant le début du morceau, il s'était demandé comment une boîte de nuit pouvait passer ce genre de musique. A présent, il se contentait de contempler ses amis, qui semblaient tous deux au comble de la jouissance.
- Et ils ne font que danser, soupira Lily à côté de lui.
James aurait bien voulu la regarder pour lui répondre, mais il ne pouvait détacher ses yeux du couple le plus sensuel qui lui ait été donné de voir.
Sirius menait, cette fois. Il tenait son ami si serré contre lui qu'il paraissait impossible qu'ils puissent faire un seul mouvement, ou même respirer. Et pourtant. La main en travers du dos de Remus, il passait voluptueusement son genou entre ses jambes, et l'entraînait dans un ballet de pieds complexe, au son rapide de la musique. Sirius sentait brûler en lui cet incendie, ce vieil ami qui se réveillait lorsque Remus sortait de la salle de bain les cheveux encore mouillés, ou quand il se changeait devant lui, ou quand il se blottissait dans ses bras après les pleines lunes, ou juste quand il souriait, quand il parlait. Simplement quand il était là. Et maintenant qu'il l'avait contre lui, la tête par moments enfouie dans son cou, maintenant qu'il le serrait dans ses bras, le faisait voltiger, ou, au contraire, le rapprochait du sol dans une cambrure impressionnante et sentait tout son corps se tendre contre lui, il ne reconnaissait plus le bon vieil incendie si facile à cacher. Il se sentait fait de lave en fusion.
James se demanda confusément si ce qu'il voyait était simplement dû aux talents incontestables pour la danse de ses deux amis. Il savait bien que non. Irradiait-il, comme eux, le bonheur orgasmique, la sensualité et la beauté, lorsqu'il dansait avec Lily ? Il ne connaissait pas la réponse, et d'ailleurs elle ne l'intéressait pas. Il était heureux.
Remus ne pensait plus. Ou alors, aux plus belles lettres de l'alphabet qui se mélangeaient dans sa tête pour former un nom, un visage, à l'infini. Ses sens surdéveloppés lui hurlaient de s'asseoir s'il ne voulait pas s'évanouir, et pourtant il ne pouvait pas s'empêcher d'entendre, en fait de musique, la respiration échevelée et le cœur plus rapide que celui d'un lapin, de humer le parfum fugace et enivrant, répondre à la pression presque maladive de la peau brûlante, contempler le visage égaré, les yeux fous, la bouche entrouverte, les narines palpitantes, et ces longues mains agitées de frissons incontrôlés. Ces mains qui semblaient ne plus jamais vouloir le lâcher, tant elles s'agrippaient à sa chemise et à ses bras. Ces mains qui hurlaient de leur langage muet ce qu'il n'osait toujours pas croire. L'univers se résumait à présent à des parties toujours changeantes du corps de Sirius, puisqu'il n'arrivait même pas à le percevoir entièrement. Sa peau, son nez, ses yeux, ses oreilles criaient grâce, et pourtant, comment ne pas continuer ? Comment s'arracher à cette source de chaleur et de vie, la seule qu'il connaissait ? Il ne pourrait plus s'éloigner.
Sirius ne pouvait plus garder les yeux ouverts. Et de toutes façons, ses paupières lui semblaient transparentes. Il voyait toujours le visage de Remus à quelques centimètres du sien, ses cheveux légèrement humides de sueur, les yeux presque révulsés de plaisir et d'abandon, sa bouche invitante, et la langue entre ses dents. Il ne pouvait plus bouger non plus, et il ralentissait imperceptiblement jusqu'à être totalement immobile, alors que la musique changeait tout à coup, comme si elle n'avait attendu qu'un signe de sa part… ce qui en fait était le cas puisqu'il avait discrètement ensorcelé celui qui s'en occupait.
James les contempla tranquillement alors qu'ils ne bougeaient plus, les yeux fermés, toujours aussi étroitement enlacés, indifférents aux nombreux coups de coude qu'ils recevaient de la part des danseurs peu doués qui les environnaient. Il pouvait distinguer les doigts crispés dans les vêtements, les poitrines oppressées, et sourit tendrement quand Sirius posa ses lèvres sur le cou qui lui était offert. Il éclata toutefois d'un rire sadique en voyant Remus se dégager brusquement et se précipiter vers les toilettes, laissant un Sirius à la tête baissée en plein milieu de la salle. Lily gronda à côté de lui.
- Et si on les enfermait dans un placard, tu crois qu'ils arriveraient encore à tout rater ?
Il plissa les yeux malicieusement.
- Tu crois que j'ai attendu que tu la trouves pour que je teste cette magnifique idée ?
- Et ça n'a pas marché ? s'étonna-t-elle avec un soupir d'exaspération.
- Ce n'est pas parce que les espaces exigus te font de l'effet à toi que c'est le cas pour tout le monde, Lily jolie. Expliqua-t-il en se remémorant le jour où elle lui avait enfin dit oui. Elle grogna avec une éloquence caractéristique.
Sirius revenait doucement à leur table. Il s'assit en soupirant faiblement.
- James… je crois que je vais rentrer.
- Mais pourquoi ? On commençait justement à s'amuser ! répondit celui-ci d'un ton joyeux. Et ne me fais pas ce coup-là, alors que je suis venu ici « pour Remus et toi ».
Sirius soupira plus fort.
- Je suis désolé, mais je crois vraiment que je vais rentrer. Je me sens pas très bien, et puis Moony va plus vouloir danser avec moi, alors je vais m'ennuyer sur ma chaise tout seul.
- Je te signale que je ne peux pas danser non plus étant donné que la seule personne avec qui je voudrais le faire m'a été interdite, dit James d'un ton sarcastique. Allez, reste avec moi…
Sirius soupira encore une fois, puis sourit.
- Ok, Prongs, je reste avec toi.
