Merci à Lady Arlequin & Lola pour vos messages, et merci à Picadilly, Granivol et Dame Licorne (je viens de remercier une Licorne =D) pour vos reviews signées.
Ce 2e drabble :
Les personnages : encore la famille Malfoy (arborescence étendue, cette fois)
Cadre : toujours l'enfance de Draco, pour continuer dans la même veine :)
Note : J'aime bien les histoires ayant pour centre l'univers enfantin. Les prochains drabbles seront sur les Dursley.
Repas de famille
-Mets tes mains sur la table, et puis ne bois pas tant ! chuchota frénétiquement Narcissa à son fils endimanché qui se noyait dans le Bourgogne de son père. Il est insupportable, soupira-t-elle pour elle-même, exaspérée.
Draco se noyait dans le Bourgogne car il avait trouvé là un sympathique divertissement à ce déjeuner familial qui semblait vouloir durer jusqu'à la fin des temps. Le goût du vin, ce bizarre mélange entre alcool à désinfecter, liqueur de raisin et jus de chaussette, lui faisait froncer le nez et plisser les yeux à chaque gorgée, mais il s'obstinait, buté comme une mule. Si sa mère avait cessé de lui interdire de boire, il aurait cessé de boire, mais elle continuait à lui chuchoter de stridentes menaces dans l'oreille et Draco continuait à siroter ce breuvage amer et odieux de grandes personnes. Il faut bien s'occuper.
Autour de la table, il y avait une farandole de Black et assimilés, penchés sur leurs assiette avec aussi peu d'attention qu'un homme politique sur les problèmes de ses électeurs, chacun s'évertuant avec un talent génétique à user la courtoisie de son voisin sans se déparaître de la sienne. Il y avait tatie Andromeda, la plus brave et aimables de tous et de fait la plus détestée, qui à force de demi-mots et de mielleuses acidités, menait lentement mais sûrement la Reine Démoniaque à l'apoplexie – en cause un certain Ted Tonks dont on attendait avec une impatience fébrile de connaître la généalogie avec précision, et qu'Andromeda tenait à épouser coûte que coûte.
Il y avait la Reine Démoniaque, la mère de la mère de Draco, que Draco appelait la Reine Démoniaque parce que sa mère lui interdisait farouchement de l'appeler Cruella, ce qui était pourtant son prénom, du moins selon les souvenirs sélectifs de Draco, qui voulait bien reconnaître en lui-même qu'elle devait avoir un nom encore plus laid que ça, quelque chose comme Fruella, Druella ou Truella. La Reine Démoniaque gouvernait sur la table comme sur un terrain conquis par le sang et les larmes, et ne tolérait par conséquent pas le moindre écart, en respect aux proches tombés au combat. Draco se rappelait le gentil papi Cyg, qui lui glissait des chocogrenouilles et des petites noises dans les poches à chaque visite. Il avait succombé d'une sorte de poison le lendemain des cinq ans de Draco, et le garçon savait pertinemment à quel poison on se référait : la Reine Démoniaque elle-même, bien sûr. Qui d'autre pour empoisonner la vie de quelqu'un jusqu'à épuisement ?
Autour de la table, il y avait encore Lucretia, qui avait un lien de parenté trop branchu avec Draco pour qu'il prenne la peine de le mémoriser. Puis il y avait Fausta Gamp, une espèce de cousine de vingt ans qui ne servait à rien (c'était vrai, ça, à quoi pouvait bien servir une cousine de vingt ans ? Theodore Nott, lui avait de vraies cousines, des cousines de son âge), et juste à côté d'elle se tenait Nicias, son espèce de mari qui ne servait à rien non plus. Pour finir il y avait Tiberius, un gros niais plus bête qu'un balais à qui Draco piquait ses beaux mouchoirs en soie. Il en faisait collection, sous son matelas.
Draco, coincé entre ses géniteurs, qui lui voulaient manifestement autant de bien qu'à un animal de compagnie qu'on traîne avec soi pour la décoration, s'ennuyait aussi pire qu'un strangulot.
A cette pensée, il se mit à imiter le strangulot.
Légère ondulation du corps.
Bouche qui s'ouvre mollement.
Légère ondulation du corps.
Bouche qui se referme mollement.
Il continua pendant deux minutes, dans l'indifférence générale, puis se remit à picoler. L'horloge du salon, qu'il regardait toutes les dix minutes en se tordant le cou, affichait quinze heures huit. On n'en était pas tout à fait au dessert. Forcément, personne ne prêtant attention à son assiette, les assiettes restaient pleines.
Avec dans l'idée d'aider l'heure du dessert à se rapprocher, Draco tira discrètement sur l'assiette de son père et entreprit de manger sa côte d'agneau.
C'est alors que survint le truc le plus abominable qui peut arriver à un enfant dans ce genre de réunion de famille. On s'intéressa à lui. Pire. La Reine Démoniaque s'intéressa à lui.
-Et le petit Dragon, il est sage ? lança-t-elle avec sourire menaçant.
Tous les regards de l'assemblée se tournèrent vers l'enfant blond qui affolé, repoussa l'assiette de son père.
-Il y a une tâche à sa chemise, fit remarquer Lucretia à Narcissa.
Cette dernière darda un regard de cobra vers la vipère et sortit sa baguette pour faire disparaître la tâche.
-Dis-moi, Draco, il n'est pas un peu serré, ce costume ? Narcissa, tu n'habilles plus ton fils correctement ?
La Reine Démoniaque souriait salement en fixant l'enfant de son regard noir et bleu, maléfique. Draco rentra sa tête dans les épaules et récita mentalement le cantique de protection : « Meurs sale démon, meurs meurs meurs meurs meurs ».
-Il a un regard insolent, cet enfant, cracha la Reine démoniaque.
Draco ne cilla pas, et sous la table, il sentit sur chacune de ses cuisses une douce pression de soutien de la part de ses parents. Lucius Malfoy était très fier que son fils ait un regard insolent, et Narcissa était très satisfaite que son fils provoque sa mère. Draco se crut en droit de tirer la langue.
Tirer la langue.
Le drame.
Ça n'a pas le sens de la mesure, les enfants.
En espérant vous avoir tiré un sourire :)
Zib
Lupiot
