Voici la suite de l'histoire. Un chapitre que je dédie à une écrivaine dont j'admire les écrits et à qui je veux rendre un petit hommage, j'ai nommé King Pumpkin.

Sinon, j'aimerais beaucoup avoir vos opinions (positifs ou négatifs) sur ma fic, alors je quémande quelques Review. S'il vous plait ?

Disclaimer : Touhou Project appartient à ZUN


Chapitre 2 : Les larmes sont inutiles face aux vampires et au yôkai du crépuscule.

Si Sakuya était une beauté froide et presque impénétrable, Hong Meiling était l'exact opposé. Cette dernière occupait la fonction de gardienne du portail du manoir, chargée de faire le guet autour du mur d'enceinte afin d'arrêter toute tentative d'intrusion. C'était un travail parfait selon elle, puisque Meiling adorait faire ses rondes dans les jardins et les dépendances qui jouxtaient le manoir. Jamais elle ne comprendrait Sakuya qui se complait à nettoyer l'immense résidence, évitant au maximum de sortir et de mettre le nez dehors.

Le monstre aux canines surdéveloppées et aux ailes déployées convoqua rapidement Hong Meiling, la gardienne du portail principal. Maintenant que Sakuya était devenue indésirable, le démon écarlate voulait voir les yeux brisés de son ex-servante. Remilia aimait lire la souffrance et cette occasion ne se reproduirait sûrement jamais, alors elle voulait en profiter au maximum.

Meiling, la rousse aux longs cheveux écarlates, entra fièrement dans la pièce, de son habituel pas raide et conquérant, laissant ses cheveux détachés flotter derrière elle. Comme à son habitude, elle exposait fièrement ses origines, revêtue de sa robe chinoise traditionnelle, soigneusement décorée de broderies argentées sur un fond de couleur jade. Sur sa tête, elle arborait le fameux béret vert, héritage de l'idéologie maoïste, posé négligemment dans ses cheveux. Le symbole du dragon était parfaitement visible, gravé sur l'étoile lustrée qui ornait son couvre-chef.

Malgré sa paresse chronique qui faisait qu'elle s'endormait parfois debout à son poste, la chinoise était une formidable combattante qui tenait son travail à cœur. Sa force, sa vitesse, son agressivité, ses heures d'entraînement au combat et la maîtrise de la force du dragon sommeillant en elle, étaient entièrement mises à disposition de sa maîtresse.

La chinoise venait de pénétrer le repaire de Remilia, atteignant la grande chambre située près du campanile. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas eu l'honneur de pénétrer dans l'intimité de la maîtresse des lieux. Tout cela parce qu'elle était placée sous la direction de Sakuya, une femme froide et jalouse qui l'avait écartée et reléguée à l'extérieur.

Lorsqu'elle entra dans les appartements de sa maîtresse et qu'elle vit la scène se déroulant sous ses yeux, son sang ne fit qu'un tour. Remilia-sama venait de licencier la domestique en chef.

- Meiling, apostropha Remilia, raccompagnes donc Sakuya à la sortie. Immédiatement, précisa-t-elle avec froideur et détachement, lorsqu'elle vit le regard hésitant de la gardienne.

La chinoise sentit un poids dans son ventre. Elle avait toujours été soumise à Sakuya, elle avait toujours du suivre les ordres de cette gamine, alors qu'elle incarnait pourtant la sagesse ancestrale chinoise ! Maintenant, on lui ordonnait de ramener à l'extérieur son ancienne supérieur et de la jeter comme une malpropre.

Meiling n'en éprouva aucune joie. A la vue des larmes de Sakuya, elle la plaignit sincèrement. Elle avait toujours admis la hiérarchie existante et même si elle pouvait battre la domestique en combat, jamais la rousse n'aurait voulu renverser les rôles.

La chinoise attrapa Sakuya pour l'installer sur ses épaules, car il était évident que jamais la servante ne sortirait d'elle même. Meiling sentit son cœur se serrer, alors qu'elle portait son ancienne supérieure sur ses épaules. Les gémissements et les atermoiements de l'autre fille brisée lui fendaient l'âme. Jamais elle n'aurait souhaité à personne un licenciement aussi sec.

Lorsque la rousse franchit la grande grille du manoir en fer forgé, elle sentit que plus rien ne serait comme avant. Lorsqu'elle posa Sakuya au sol, la séparation de leur deux corps symbolisa la fin de leurs liens professionnels. Désormais, tout avait changé. Définitivement.

Avec douceur, la combattante tenta de consoler Sakuya qui gémissait, restant amorphe sur le sol. Mais la femme aux cheveux argentés n'était pas exactement une battante pour qui la vie était un combat perpétuel. Au contraire, elle avait toujours tout donné, tout sacrifié pour Remilia, et désormais, elle n'avait plus rien. Elle se retrouvait seule, sans toit, sans argent, n'ayant que son uniforme et sa montre pour uniques possessions.

Meiling regarda au travers de la grille du manoir et vit distinctement la silhouette ailée de Remilia se dessiner distinctement sur le grand balcon, contrastant avec le vitrail multicolore en arrière plan. Apparemment, il semblait que Remilia veuille rendre la punition encore plus dure, en empêchant Sakuya de profiter du réconfort d'une de ses collègues du manoir.

Avec une dernière accolade, Meiling chercha à redonner espoir à son amie.

- Sakuya, chuchota la rousse, sois forte. Refais ta vie et ne t'inquiètes pas, ça va aller.

Lorsque la rousse rentra dans la grande résidence, le claquement de la grille la frappa davantage. Elle était à l'intérieur, tandis que sa collègue était à l'extérieur. Désormais, Sakuya ne faisait plus partie de la maison, une pensée que Meiling n'arrivait pas encore à assimiler.

- Courage, murmura Meiling, alors qu'elle serrait les poings de rage, avant de pénétrer à l'intérieur de la froide demeure.

A l'extérieur, la domestique limogée était encore sous le choc. Après quelques minutes à sangloter, Sakuya comprit enfin qu'il était désormais inutile de se faire des illusions. Elle se retrouvait seule, avec son libre arbitre, et ignorait totalement ce qu'elle devait faire. Cela faisait des années qu'elle avait écarté cette capacité d'agir seule et maintenant, elle devait choisir sur quel chemin continuer. Tout était si simple lorsqu'elle suivait les ordres sans broncher, sans réfléchir et sans discuter. Mais pourquoi diable sa conscience s'était-elle mise en marche face à Remilia-sama ?

- Remilia-sama ? dit-elle avec amertume. Je ne suis plus rien pour elle.

Hébétée, les yeux hagards et désormais vides, Sakuya s'éloigna lentement du manoir ou elle avait vécu pendant tellement de temps, qu'elle avait oublié son âge dans ce lieu ou le temps passait différemment. Un lieu ou elle avait toujours vécu, puisque c'était sa maîtresse qui lui avait donné son nom et son prénom. Avant sa vie au service de Remilia, ses souvenirs consistaient en un simple trou noir, résultant d'une amnésie que son inconscient avait volontairement accompli pour effacer un passé dont personne ne saurait jamais rien.

Ses pas lents et hésitants soutenaient à peine son corps éreinté et fourbu par cette douloureuse soirée. Elle avançait par simple automatisme, n'ayant aucune idée de l'endroit ou elle allait. Elle errait comme un âme en peine, brisée et n'ayant plus rien pour la retenir.

Alors que la lune brillait au dessus de la forêt de bambous, la fatigue se faisait sentir dans ses yeux rougis. Sakuya avançait, sans se soucier de l'état de son corps, ni de celui de ses vêtements, tandis qu'elle s'enfonçait dans le dédale de pousses vertes.

On dit que les humains qui entrent dans la forêt de bambous n'en ressortent jamais seuls. Ceux qui n'ont pas été raccompagnés par une bonne âme ne sont jamais revenus au village et selon la rumeur, ils ont été engloutis à jamais par les yôkai y vivant. Pour une personne souhaitant disparaître, la forêt était sans nul doute la meilleure destination.

Sakuya ressentit dans son corps une sensation étrange, tandis que l'air devenait plus doux. Dès qu'elle avait laissé les premières pousses de bambou se refermer, l'atmosphère lui avait paru radicalement différente, comme si la forêt irradiait d'une lueur magique qui lui était propre.

Cependant, au fur et à mesure qu'elle s'enfonçait dans le dédale de tiges, l'endroit devenait plus sombre, l'air plus frais, le vent plus mordant et l'ambiance plus sinistre. Le frisson envahit la servante, la prévenant du danger régnant dans cette direction. Sakuya fit fi des conseils de prudence que lui dictaient son instinct de survie, après tout, elle n'avait plus rien à perdre. Elle avait déjà mis sa vie dans les mains de quelqu'un et la perdre lui importait peu.

- Qu'est-ce que nous avons ici ? caqueta une voix malicieuse venant des airs.

Aussitôt, Sakuya retrouva ses réflexes de garde du corps. Dégainant d'un geste vif le couteau qu'elle portait accroché à son porte-jarretelles, elle se prépara au combat, cherchant l'origine de cette voix infantile.

- Eh bien, tu es perdue ? ricana une petite fille, flottant les bras écartées.

La jeune fille lévitant dans les airs arborait une étrange posture. Ses bras écartés donnaient l'impression d 'avoir affaire à un Christ rédempteur, venu apporter son jugement sur la Terre. Sa robe noire comme la nuit et l'amulette qu'elle portait dans ses cheveux blonds n'aidaient pas à la rendre sympathique, malgré l'air enfantin que son visage laissait transparaître.

- Tu es Rumia, le yôkai des ténèbres, siffla Sakuya. Qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle avec agressivité.

La jeune fille poussa un rire aigu.

- Je suis un yôkai, affirma Rumia avec condescendance. J'erre sans but dans mes ténèbres, gloussa-t-elle. Mais dis-moi, que fait donc la chienne de Remilia si loin de sa maîtresse ?

La question déstabilisa Sakuya. Que cherchait-elle exactement ? Que faisait-elle ici ? L'ancienne servante ne savait même pas quoi faire, elle ne savait même pas quelle était son utilité. Elle n'avait rien. Elle n'était rien.

- Si tu ne sais pas quoi faire, pépia la blonde démoniaque, je peux t'aider.

Un éclat de surprise passa fugacement dans les yeux pâles de Sakuya. Un gémissement interrogatif émergea de sa bouche.

- Si la vie n'a plus aucune saveur, déclara Rumia en écarquillant ses yeux rouges, alors laisse moi te tuer !

Le yôkai éclata d'un rire fou, tandis que ses yeux luisaient d'un mélange de folie et d'envie. La blonde passa sa langue sur ses lèvres, savourant déjà la suite des événements, tandis qu'un filet de salive coulait sur le menton de la gamine affamée.

La prise que Sakuya avait sur son couteau se renforça. Même si elle était presque déconnectée de la réalité, son instinct de survie se battait encore. Elle n'allait certainement pas laisser ce démon cannibale la tuer, pour pouvoir ensuite se repaître de son cadavre.

- Que comptes-tu faire ? ironisa le yôkai. Moi, je vais attendre ici … et dès que tu meurs, je vais pouvoir te dévorer !

Rumia poussa un rire ignoble, résonnant dans les oreilles de Sakuya. Effrayée, la jeune femme courut pendant des heures, s'enfonçant dans la forêt pour distancer la blonde diabolique.

Lorsque Sakuya eut la certitude d'être seule, elle s'effondra le long d'un groupe de pousses de bambous.

Fatiguée, elle regarda le ciel nuageux et sombre qui la surplombait. Un ciel ou bien peu d'étoiles ne pouvaient percer l'épaisse masse nuageuse. Maintenant qu'elle était affalée et que l'adrénaline retombait, la femme aux cheveux d'argent laissa les larmes venir. Elle était totalement perdue, isolée, seul et sans but.

D'un geste souple, la servante attrapa la montre dorée qui était dans sa robe et l'ouvrit. S'effaçant les yeux d'un revers de bras, elle dédaigna les fines aiguilles l'informant de l'avancée de la nuit et regarda la petite image fixée sur l'intérieur du couvercle.

Les larmes affluèrent de nouveau aux yeux de Sakuya, lorsqu'elle contempla la décoration qu'elle avait elle même réalisée, y passant des dizaines d'heures de travail minutieux. Les traits fins de Remilia, étaient délicatement gravés dans le métal, avec un réalisme saisissant, même si sur cette image, la vampire avait un léger sourire.

- Remilia-sama, chuchota la servante dévouée, vous êtres tout ce que j'ai. Vous êtes ma raison de vivre, gémit-elle.

En pleurant, Sakuya rangea la montre dans sa poche et sortit son couteau affûté. La lame d'acier brilla légèrement dans l'obscurité de la nuit. Elle happa fugitivement la vision de son reflet pathétique, de ses yeux rouges et de son nez coulant, alors qu'elle se rendait compte qu'elle n'avait plus rien.

- Remilia-sama, gémit-elle pathétiquement, vous m'avez pris ma seule raison de vivre.

Sakuya tendit son bras gauche, serra le poing et approcha lentement la lame de son poignet. L'une des veines saillante était à fleur de peau, tandis que les autres lignes bleutées et violacées étaient clairement visibles à travers la peau pâle. La vision de sa faiblesse renvoyée par la lame, ainsi que la proximité de sa mort et l'absence de raison de continuer à survivre achevèrent de la convaincre.

Sans aucune hésitation, elle posa la lame affûtée juste au dessus du réseau sanguin. En inspirant fortement, elle resserra sa prise et appuya sur la lame de toute ses forces. L'acier mordit sa chair, sectionnant immédiatement les veines en diagonale, laissant le sang affluer sur sa peau si immaculée.

Le couteau souillé par le liquide carmin tomba dans l'herbe, sa propriétaire n'ayant plus la force de le retenir. Sakuya fixait sa blessure, voyant le ruisseau carmin grossir à chaque battement de son muscle cardiaque. Rapidement, elle sentit ses paupières devenir de plus en plus lourde, tandis que la vie la quittait lentement, au rythme des battements de cœur qui faiblissaient, pulsant son sang hors de son corps.

- Je t'avais dit que tu finirais par mourir ! jappa Rumia en ayant un sourire mauvais.

Sakuya se détourna du spectacle morbide et regarda faiblement la blonde des ténèbres s'avancer lentement. Rumia l'avait finalement retrouvée et allait pouvoir profiter de son corps. Les yeux du yôkai semblaient être emplis d'une avidité sans limites alors qu'elle salivait d'avance.

- Ce n'était pas la peine de fuir si loin, ironisa la cannibale. Je vais prendre mon temps, te regarder mourir et après, je te mangerais !

Sakuya s'effondra lentement, sentant les ténèbres s'abattre sur elle. La dernière chose qu'elle vit, ce fut ce regard fou d'un rouge si intense, qui était tellement semblable à celui de Remilia.