Merci à toutes vos reviews, elles m'ont fait très plaisir. Comme promis, voici la suite, cette fois basée sur John. Pour les fans de Sam, je promets que le prochain OS sera centré sur lui.

Disclaimer: Supernatural ne m'appartient pas.

Bonne lecture!


John

Les jours suivant la mort de Mary avaient été… et bien, ils avaient été tellement longs, horribles et vides de sens, que John ne s'en rappelait même plus. Il ne gardait qu'un vague souvenir de la septième bouteille d'alcool qu'il avait pour seul compagnie, alors qu'il était avachi sur un sofa qui n'était pas le sien, dans un salon qui n'était pas le sien, d'une maison qui n'était pas la sienne. La sienne avait cramé à peine trois jours plus tôt, et Mary avec.

John se rappelait aussi qu'une aimable voisine d'une cinquantaine d'années qui habitait dans le quartier lui avait proposé de vivre chez elle le temps qu'il règle certaines choses, qu'il reconstruise sa vie… Reconstruire sa vie. C'est ce que tous ses amis lui avaient conseillé. John avait laissé échapper un rire sans joie à cette pensée. C'était beau, tout ce discours. Reconstruisez votre vie, oubliez tout ça, trouvez un nouveau job… essayez donc de passer un entretien d'embauche avec des souvenirs d'horreur qui vous hanteront jusqu'à la fin de votre vie.

Alors John avait fait ce que toute personne dans sa situation ferait. Il était allé à l'épicerie du coin pour acheter des packs de bière et s'était avachi, une bouteille à la main, devant le grand écran plasma, qui diffusait un documentaire sur l'extraction du sel.

A présent, il était presque minuit et John n'en était qu'à sa septième bouteille. Pitoyable. A l'époque où il était soldat au Vietnam, avant de rencontrer Mary, c'était lui qui buvait le plus. Et qui tenait le mieux l'alcool.

Il prit une nouvelle gorgée, observant d'un œil vitreux l'abruti de présentateur qui hurlait comme un dément pour donner un peu d'animation à son show pourri qui avait pris la place du documentaire sur l'extraction de sel. C'était là, à la septième bouteille, alors que le présentateur se trémoussait dans son costume de pingouin, que John l'entendit.

Sam. Sammy qui pleurait, là-haut, au premier étage, dans le couffin que la voisine avait déniché dans un de ses placards et qui avait autrefois servi à coucher son fils qui avait maintenant vingt-sept ans et qui tenait une boutique de souvenirs avec sa petite amie dans l'Indiana.

Sam avait toujours été du genre calme avant. Plus calme que Dean. Mary l'avait remarqué dès qu'elle fut enceinte. Alors qu'à sept mois de grossesse, Dean ne cessait de s'agiter comme un beau diable dans le ventre de sa mère en lui donnant parfois de vigoureux coups de pied. A la même période, Sam ne bougeait pas beaucoup. Mary disait juste le sentir changer de position, de temps à autre.

Et puis Sam ne pleurait pas. Jamais beaucoup, en tout cas. Il avait cette capacité à rester réveillé des heures sans faire le moindre bruit, juste à regarder le plafond avec de grands yeux curieux.

A présent, Sam n'était plus ce bébé. John s'était rendu compte qu'ils avaient tous changé. Lui était devenu un alcolo incapable de se reprendre en charge, Dean était devenu muet comme une tombe avec des yeux où l'innocence enfantine avait désormais disparu, et Sam ne cessait de pleurer.

John savait qu'il devait se lever, s'occuper de son fils. Il pouvait entendre le ton réprobateur de Mary dans sa tête. Mais son corps refusait d'obéir et John n'avait fait aucun effort pour se bouger les fesses.

Il ne savait pas combien de temps exactement s'était déroulé quand il consentit à se lever du divan, en partie parce que sa septième bouteille de bière était vide et qu'il était tant d'aller chercher la huitième. Il titubait dangereusement vers la cuisine lorsqu'il se souvint de Sam. Sammy.

Le père que John avait assommé à coups d'alcool ces trente dernières heures se réveilla subitement. Sammy avait besoin de lui. Son fils avait besoin de lui.

John se rua alors vers les escaliers, la démarche mal assurée. Il dut s'agripper à la rampe pour éviter de s'écrouler et de se rompre le cou en tombant. Au prix d'immenses efforts, il parvint au premier sans blessure et rasa les murs jusqu'à la chambre où la voisine avait installé Dean et Sam.

Dans sa précipitation, John n'avait pas remarqué le silence. Sammy ne pleurait plus. Le plus silencieusement possible, John poussa la porte de la chambre et jeta un œil à l'intérieur.

La lampe de chevet était allumée. Les couvertures du lit étaient rabattues sur la forme endormie de Dean, mais le couffin au pied du lit était vide.

Sentant l'inquiétude lui monter à la gorge, John s'avança dans la chambre en retenant le cri d'effroi qu'il était à deux doigts de pousser. C'est alors qu'il les vit. Ses deux garçons. Ses deux bébés.

Dean était endormi dans son lit, une main sous l'oreiller, l'autre tenant la petite main de Sammy. Au contraire de son aîné, le bébé de six mois n'était pas endormi. Il tourna la tête vers John laissant échapper un petit gazouillis lorsque ses grands yeux curieux se posèrent sur son père.

John sentit de nouvelles larmes lui monter aux yeux. Sammy voulait juste de la compagnie. Sammy voulait juste que quelqu'un soit près de lui, comme quand Mary s'occupait de lui. Jusqu'à maintenant, John ne s'était contenté que de lui donner ses biberons et de changer sa couche avant de le remettre dans son couffin et de quitter la pièce.

John avait entendu les pleurs de Sammy, devenus fréquents ces derniers jours, sans les comprendre, sans chercher à les comprendre. Perdu dans son chagrin et dans l'alcool, il avait ignoré son fils.

Alors Dean avait pris le relai. Dean avait pris son petit frère dans son lit et ça suffisait à Sammy. Il voulait juste une présence rassurante près de lui, et c'était Dean qui la lui donnait. C'était Dean qui prenait la place de Mary.

Les larmes coulant sur ses joues, John quitta la chambre et redescendit au salon. Il titubait toujours. Il avait envie de s'effondrer par terre et de pleurer comme un bébé. Ou non, parce que Sammy ne pleurait pas, lui. Grâce à Dean. Parce que leur père était bourré, noyé de chagrin, et que Dean était désormais la seule personne sur laquelle Sammy pourrait compter. Parce que Dean était devenu le père que John n'était plus.

Avec un soupir mélancolique, John attrapa la huitième bouteille de bière.

Fin


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