Note de l'auteur : Fairy Tail et ses personnages appartiennent encore et toujours à Hiro Mashima. Oui sais, cette fiction est sensée être quasiment-exclusivement sur le Shadow Gear mais dans quasiment-exclusivement il y a "quasiment", je peux donc dériver légèrement ^^' Je n'avais pas prévu d'écrire ce chapitre à l'origine, voulant enchaîner avec Droy mais j'ai relu plusieurs chapitres dont le 268 sur la couverture duquel il était mentionné qu'il avait cherché à joindre la Team Tenrô avec sa télépathie. Ça m'a... inspiré même si encore une fois je n'ai pas l'impression que cela soit fameux ^^' La suite est presque prête mais avec le week-end de Pâques je ne pourrais pas la poster de sitôt, soyez patients donc o/ Pour information, le chapitre précédent se rapporte à l'état d'esprit de Jet quatre ans après la disparition de Levy et celui-ci se passe un an plus tard. Sur ce, bonne lecture o/


~ Est-ce que quelqu'un m'entend ? ~

Le bateau est doucement soulevé par les vagues qui le poussent à la dérive les unes après les autres. Malgré le nombre conséquent de personne à bord d'une si petite embarcation, personne ne dit mot et un silence de mort règne.

~ Répondez-moi si vous êtes là. ~

Devant eux l'océan à perte de vue. Derrière le continent n'est plus qu'une ligne vague et floue. Il n'y a plus d'île. Il ne reste que l'écume et les vagues. Comme si la Terre Sainte de Fairy Tail n'avait jamais existée.

~ Maître Makarov ? Gildarts ? ~

Seul le cri des mouettes et le son des vagues venant d'échouer contre la coque perturbe la douloureuse quiétude de l'endroit.

~ Erza ? Mirajane ? Cana ? ~

Où qu'elle aille Fairy Tail avait toujours été une guilde bruyante. Personne n'était familier du silence parmi eux, même les grands lecteurs aspirant au calme et à la paix comme Levy et Lucy ne pouvaient retenir un petit sourire en rentrant dans un hall de Guilde en pleine effervescence.

~ Elfman ? Lisanna ? Evergreen ? Bixlow ? Fried ? ~

Les noms résonnent dans sa tête. Ses compagnons s'efforcent de rester impassibles mais ils lui lancent fréquemment un regard soucieux, le cœur battant à tout rompre. Tous pensent la même chose. Pitié, répondez. Ne soyez pas morts. Ne soyez pas morts. Vous ne pouvez pas être morts.

~ Levy ? Gajeel ? Wendy ? Natsu ? Gray ? Lucy ? ~

Quel que soit le nom qu'il appelle de toutes ses forces, puissant dans ses reserves de magie pour émettre au plus loin il ne ressent rien. Ses seuls nakamas dans cette zone sont dans la barque avec lui. Lentement il les dévisage, conscient qu'à peine aura-t-il ouvert la bouche, il brisera encore une fois l'un de leurs espoirs.

~ Juvia ? Happy ? Carla ? Lily ? Luxus ? ~

Jet se tient prostré sur le banc, braquant son regard vide vers le fond de la barque. Il n'ose pas espéré. Il n'ose plus. Droy lui guette l'horizon comme s'il s'attendait à ce que l'arbre caractéristique de l'île Tenrou sorte soudain des flots. Max lui aussi regarde autour d'eux, mais seulement pour ne pas à avoir à croiser ses yeux lorsqu'il leur annoncera les nouvelles. Alzack et Bisca ont une expression indéchiffrable sur le visage, un mélange de crainte et de désespoir.

« - Il n'y a personne. »

Il n'essaie plus d'appeler. Ils avaient refusé de croire. Le Conseil leur avait rapporté les évènements, comment l'un de leurs navires avait assisté à toute la scène, au grand retour d'Acnologia. Sitôt que les évènements avaient semblé être confirmé des mages d'autres guildes étaient venus en soutien. Beaucoup avaient eu l'occasion de croiser certains des membres de Fairy Tail qui étaient sur l'île au moment de la catastrophe. Ils avaient essayé au mieux de leurs capacités de comprendre ce qu'il s'était passé. Ils avaient refusé de croire eux aussi. Les mages qu'ils avaient rencontrés ne pouvaient pas mourir comme ça, ce n'était pas possible.

Ils avaient étudié plusieurs centaines de cas de figure dans lesquels leurs amis auraient éventuellement pu échapper au rugissement d'Acnologia. Aucun n'avait trouvé de suite. Cela faisait trois semaines que les dix-huit mages et les trois Exceed avaient été portés disparus. Le Conseil ne pensait pas qu'ils aient pu s'en sortir.

Sa déclaration fit frémir Droy qui se laissa retomber sur l'un des bancs. Aucun d'entre eux n'ose regarder les autres. De peur d'y voir leur propre désespoir. Plus pour lui-même que pour les autres il répète :

« - Il n'y a personne. »

Et sa voix se brise.


Warren se réveille en sursaut. Son cœur bat à toute allure et il a du mal à respirer. Il a cru… entendre… un appel. Il déglutit. Essaye de reprendre son souffle et regarde autour de lui. Il est dans son appartement. Il est quatre heures trente du matin. Il vient probablement de faire un mauvais rêve. Personne ne l'appelle. Ses épaules s'affaissent.

Il passe une main sur son visage et y essuie quelques gouttes de sueurs. Il hésite entre tenter de se rendormir au risque de reprendre son rêve là où il s'était arrêté et aller prendre une douche sous laquelle il essaiera pendant un petit moment de se laisser à la délicieuse sensation d'oubli. Lentement il se laisse retomber dans les draps mais garde les yeux ouverts. Dans sa tête, les visages de ses compagnons disparus passent en boucle comme un diaporama. Il ne pense pas, il ne ressent rien. Il se souvient juste de leurs visages. De leurs sourires. Et du sourire qu'il avait alors. Il était si facile à l'époque d'être heureux.

Quelques heures plus tard Warren se réveille de nouveau, cette fois-ci le soleil s'est levé. Il prend rapidement une douche et enfile ses vêtements, se concentrant sur chacun de ses simples mouvements quotidiens comme si ça vie en dépendait. Il s'accroche à cette routine. Il sait que si il lâche prise un instant il ne parviendra plus à se raccrocher.

En sortant il croise sa voisine de palier. Celle-ci rentre tout juste d'une longue soirée à en juger par ces vêtements et l'état de sa coiffure. Elle sourit, à personne en particulier. Elle sourit parce qu'elle est belle. Elle sourit parce qu'elle est heureuse. Elle sourit parce qu'elle aurait tort de ne pas le faire. Intérieurement Warren se demande si les gens autour de lui ont toujours été aussi heureux ou bien si c'est juste son propre manque de bonheur qui l'amène à crever de jalousie devant celui des autres.

Il arrive à la guilde rapidement. C'est son trajet quotidien. Sa routine quotidienne à moins qu'il ne soit en mission. Il arrivera alors au comptoir et demandera la même chose qu'à l'accoutumée. Tout se passera comme à son habitude. A ceci près que la jolie mage aux cheveux blancs et aux grands yeux bleus ne lui servira pas sa commande. Que lorsqu'il se dirigera vers le tableau des missions pour en choisir une, un homme basané à la carrure impressionnante et une cicatrice sur le visage ne fustigera pas Nab sur son manque de virilité à ne jamais prendre de mission. Qu'une fois qu'il aura choisi une requête et qu'il traversera le hall pour la seconde fois de la journée, il ne risquera pas sa vie et ne devra pas esquiver chaises et tables volantes durant l'une des querelles d'un certain mage de glace et d'un Dragon Slayer de Feu. Warren s'accroche, avec l'énergie du désespoir à ce qu'il lui reste. A ce qu'il lui permet de tenir.

A une table, Droy est le parfait exemple de celui qui a rendu les armes. De celui qui n'a pas su contenir sa peine. Warren ne le blâme pas. Comment le pourrait-il d'ailleurs ? Mais il ne peut pas non plus essayer de le faire aller mieux. Il n'y a rien qui puisse lui permettre de faire cela. Chacun d'entre eux fait face à ce deuil terrible du mieux qu'il peut. Ils avaient essayé de l'affronter ensemble. Mais ils n'y étaient pas parvenus. Certains hommes ne peuvent tout simplement pas laisser couler leurs hommes, même face à ceux étant les plus susceptibles de les comprendre. Même si leurs liens avaient été renforcés par la disparition des dix-huit mages, obligés de faire face désormais seuls et démunis, chacun devait traiter individuellement avec son propre désespoir.

La boulimie de Droy ne pouvait que lui rappeler le désespoir avec lequel Cana se jetait sur ses tonneaux de bière. A ceci près que la Mage aux Cartes avaient toujours su où était la limite et l'avait toujours respectée. Droy n'avait aucun contrôle. Et aucun moyen de le reprendre.

Sans la présence de Levy entre eux deux, lui et Jet avaient manqué de s'entre-déchirer, chacun cherchant à aider l'autre à surmonter son chagrin. Jet ne supportait pas de voir son compagnon réduit à l'état de loque. Droy ne comprenait pas l'obstination de son meilleur ami à garder les affaires de Levy dans le même était qu'elle les avait laissé. Elle ne reviendra pas ! Ses mots, faits pour blesser autant lui-même que son compagnon, combien de fois les avaient-ils hurlé. Le désespoir vibrant dans sa voix. Une lueur dans les yeux suppliant que quelqu'un, n'importe qui vienne le détromper. Qu'on lui affirme le contraire. Qu'on lui redonne espoir.

Mais il n'y avait plus d'espoir. Cela faisait cinq ans. Fairy Tail n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été. Plus de la moitié de ses membres était partis. Criblée de dette, la Guilde avait emprunté de l'argent à Twilight Ogre, nouvellement arrivée en ville. Ils étaient encore en centre-ville mais de ce qu'il avait entendu d'une conversation entre Macao et Wakaba cela ne durerait pas.

Warren assit au bar finit le petit déjeuner que Kinana lui a servi. Il va vers le Tableau des Missions qui de jours en jours semble devenir de plus en plus misérable et en saisit une au hasard sans vraiment regarder. Il étouffe. Il doit partir, respirer. Il ne peut pas se permettre de craquer ici, au beau milieu du hall de la guilde. Nab fait toujours le piquet devant le panneau, un air indéchiffrable sur le visage.

Warren sort enfin du bâtiment et se dirige vers la gare. Sans hésiter il paie son billet de train pour Hargeon, le lieu où a lieu sa mission. Il compte les minutes et regarde autour de lui. Il y a une jolie fille à quelques sièges de lui, absorbée par sa lecture. En temps normal il ne pourrait s'empêcher de la reluquer sous toutes les coutures jusqu'à ce que cela en devienne gênant mais il détourne les yeux. Cette petite taille… Cette minceur… Cet air sérieux… Mais aussi ces cheveux blonds… Ce regard doux… Il croit souvent les croiser, au hasard d'une ruelle, à Magnolia ou ailleurs. Il retrouve la démarche de Luxus, le rire de Mirajane. Son cœur se met à battre à tel point qu'il lui fait mal. Il voudrait y croire. Il voudrait tellement y croire. Et puis il s'avère que la ressemblance n'est pas tellement frappante, que ces personnes n'ont rien à voir avec ses amis. Mais il ne peut s'en empêcher.

Il est devenu tabou à la guilde de parler des évènements de l'île Tenrou. Certains ont perdus tout espoir et vont fleurir à intervalles réguliers les tombes dressées à leurs noms un an après leur disparition. D'autres comme lui croient encore. Une part de lui se dit qu'il est lâche de refuser d'admettre la vérité et de se raconter des mensonges pour s'aider à dormir la nuit. Mais il ne peut concevoir le fait qu'ils aient réellement disparus de la surface de la carte pour de bon.

Son train arrive enfin à destination. Avant de se rendre à la maison du client qui a sollicité les services de la guilde, Warren fait un crochet par le port comme à son habitude lorsqu'il passe à Hargeon. Il sait que c'est inutile, une petite voix au fond de lui ne cesse de lui asséner cette dure vérité. Mais il croit. Il croit en eux. Un espoir fou dont il ne parvient pas à se débarrasser. Sans doute ce qui l'empêche de faire son deuil comme Jet ou d'autres l'ont fait.

~ Est-ce que vous m'entendez ? C'est moi Warren. Répondez-moi s'il vous plaît. ~

Il se tient sur le quai, les yeux perdus vers l'horizon. Cela fait cinq ans. Cinq ans que tous les jours ou qu'il soit il lance cet appel à ses compagnons disparus. Sa portée s'est grandement améliorée ses dernières années et d'Hargeon il est à peu près sûr de pouvoir émettre brièvement jusqu'à l'ancienne localisation de Tenroujima. Personne à la guilde n'est au courant pour ces appels incessants qu'il émet dans l'espoir d'une réponse d'un de ses nakamas. Il appelle encore une fois chacun d'entre eux et ses pensées se chargent d'amour. Ils lui manquent tous tellement. Sa gorge se serre. Il attend. Il écoute. Il entend le silence du vent. Il n'y a rien.

Alors il rebrousse chemin et quitte le port pour se diriger vers la maison de son client. Il sait déjà qu'il réessaiera demain. Il sait que les chances que la situation ait changé sont nulles. Mais il le fera tout de même. Parce qu'il espère. De toutes ses forces.