2 Une prisonnière particulière.

Deux heures plus tard tous étaient de retour au square, tout avait été rapide, discret et rondement mené. Sakelbot avait amené les portoloins et cinq des six ex-mangemorts étaient partis sur l'île, plus Evans Rosier qui ne demandait plus de soins particuliers. Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange étaient arrivés pour prendre leur place. Draco quant à lui avait catégoriquement refusé de quitter la maison de Sirius, prétextant que son père aurait besoin de lui pendant son séjour dans ces lieux.

Harry lui avait permis de rester avec grand plaisir, après tout il ne servait à rien de séparer le père et le fils qui ne s'étaient plus vus depuis des mois. Et puis il n'avait pas envie de se séparer de Draco qui était le seul garçon de son âge, surtout qu'ils s'entendaient super bien tous les deux, spécialement pour leurs sorties du week-end. Des sorties distrayantes et des plus plaisantes dont il ne pouvait plus se passer sous peine de perdre l'esprit, ou le peu qui lui en restait.

Le survivant regarda avec dégoût et rage la femme que Snape tenait par le bras. Le maître des potions l'avait enveloppée dans une longue cape mais son ventre proéminant était difficile à cacher.

-Montez-la dans la chambre, jeta-t-il à Snape en désignant Bellatrix du menton comme une chose qu'il avait ramené des poubelles, alors que les autres n'osaient piper mot. Et inutile de vous inquiéter pour les sortilèges, sourit sadiquement Harry, j'y ai pourvu généreusement.

-Je n'en doute pas, monsieur Potter !

La femme releva la tête et toisa le Gryffondor de ses yeux curieux qui semblaient cependant moins fous que d'habitude.

Lucius Malfoy étreignit son fils qu'il croyait avoir perdu, au pire, ou à Azkaban, au mieux, enfin tout dépendait du point de vue dans lequel on se trouvait, pensa le blond.

Le Serpentard de trente-neuf ans, aux yeux gris fatigués, semblait encore souffrir de son épaule qui avait été fracturée en plusieurs endroits par les aurors qui s'étaient acharnés dessus. L'homme ne devait sa survie qu'à la dextérité de Severus qui l'avait sauvé de leurs griffes par un tour de passe-passe impressionnant tandis que son ami était acculé dans une impasse à Pré-au-Lard.

Snape se souviendra toujours du regard incrédule des hommes qui tenaient Lucius sous leur baguette. Quel plaisir il avait eu à le subtiliser sous leurs yeux ébahis ! Ces nigauds n'avaient pas eu le temps de réagir qu'il avait disparu avec Lucius qui n'aurait pas résisté bien longtemps à leurs attaques.

-Montre ta chambre à ton père, Dray, l'invita Sirius, je pense que cela ne te gênera pas de la partager avec lui ?

-Non, répondit le jeune homme blond qui déjà aidait Lucius en lui ouvrant la porte pour le laisser passer.

-Merci, monsieur Potter, de nous avoir permis de venir ici…..

-Je ne suis pas le seul à avoir décidé de ça, Malfoy, le coupa Harry.

-Messieurs, je crois que sans vous nous étions finis, souffla un Lucius reconnaissant en regardant Sirius et Remus, et qui en oublia pendant un moment sa fierté innée devant les deux anciens Gryffondors.

-Vous êtes là grâce à Snape, Malfoy, c'est à lui que vous devez des remerciements, ajouta Harry qui ne peut s'en empêcher, car si l'homme aux milles potions était un abruti par moment il fallait reconnaître que sans lui les autres auraient été perdus entre les mains des gardiens d'Azkaban.

L'aristocrate approuva sans se formaliser des mots secs d'Harry puis il suivit son fils dans les escaliers qui le menèrent à la chambre.

-Je suis heureux de voir que tu admets enfin certaines choses, dit Remus, après que tout le monde ait quitté la cuisine pour vaquer à ses occupations habituelles.

-Je ne suis pas aveugle, Rem. Snape est un connard, on le sait tous, mais un connard qui a un cœur, ricana le jeune homme aux superbes yeux verts.

-Harry ! lui reprocha le lycan.

-Ben c'est vrai quoi, non ? Bon d'accord, ce n'est plus un connard, capitula le survivant devant l'air scandalisé et légèrement mécontent du loup. C'est Snape, voilà t'es content ?

-Tu peux mieux faire mais pour l'instant je vais me contenter de ta réponse, gamin !

Le loup regarda attentivement Harry. Celui-ci évita ses yeux bien trop scrutateurs, Remus n'avait pas besoin de savoir qu'il avait encore passé une nuit exécrable, peuplée de cauchemars au goût de sang et de cris qu'il avait camouflés sous des sorts de silence. Le survivant repris sa tasse entre ses doigts et pencha le nez dedans alors que le maraudeur poussait un soupir de frustration et d'impuissance.

-Tu devrais en parler, Harry.

-Je ne vois pas de quoi tu parles, riposta le jeune homme en se levant prestement pour échapper à ce début de conversation gênant.

-Assieds-toi, inutile de prendre la mouche !

Harry reprit sa place et sa tasse entre ses mains, il était fatigué là, pourtant il avait des parchemins à lire et il ferait mieux de le faire maintenant avant de les oublier au moins comme ça Remus le laissera peut-être tranquille.

-Tu es ami avec Potter ? demanda Lucius plein de curiosité tout en s'allongeant sur le lit en face de celui de son fils.

-Oui, répondit Draco en dardant ses yeux gris sur son père. Pourquoi cette question ?

-Hein ! Non, non, c'est très bien, Draco, le rassura l'homme en faisant une grimace de douleur quand son épaule toucha le matelas.

-Pas de, c'est un sang-mêlé ! Ou une grimace d'horreur parce qu'il s'agit d'Harry Potter, père ?

-Non, j'avoue que tu as été plus avisé que moi, avoua le Serpentard plus âgé avec des regrets dans la voix qui étonnèrent le fils.

-Vous aussi puisque vous êtes devenu espion pour l'ordre, tenta de le réconforter Draco en l'aidant à placer un oreiller derrière lui pour soulager ses maux.

-Pas de suite et ça je le regrette, fils, j'aurai dû suivre Severus sur cette voie, lui aussi a été plus malin, à croire que j'ai eu des œillères pendant des années.

-Parrain a toujours été plus malin, ricana le jeune blond. Cependant une chose me chiffonne depuis tout à l'heure...C'est même étonnant que je ne m'en sois pas aperçu avant.

-Quoi donc ?

-Pourquoi Severus a autant d'antipathie pour Harry ? Pourquoi ces deux hommes qui luttent pour le même combat, et ce encore maintenant, se haïssent tellement ? J'y comprends rien là ! J'aurai pensé qu'ils auraient compris la leçon. Après tout nous avons bien changés, nous, pourtant cela n'a pas été toujours facile !

Lucius ferma les yeux deux secondes alors que Draco lui enlevait ses chaussures pour lui éviter de se servir de son épaule blessée.

-Je me souviens d'une fois où j'ai vu Severus agir ainsi, Draco, et c'était il y a plus de vingt ans. Il agissait exactement ainsi avec un autre homme et j'en ai compris la signification beaucoup plus tard.

-Il haïssait cet individu autant que Harry ? S'étonna le jeune homme en recouvrant son père qui tremblait légèrement.

-J'avoue que ce n'était peut-être pas autant qu'avec Potter, mais Severus le cherchait autant que possible et ses regards noirs envers le pauvre Samuel Glover étaient légendaires dans Poudlard. Le garçon subissait la ténacité de Severus à le démolir sans qu'il ne sache pour quelle raison. Et tu sais que quand ton parrain à une idée en tête il n'y a pas moyen de le faire changer d'avis.

-Pour quelles raisons agissait-il ainsi ? et c'était qui d'abord ce Glover ?

-Un Serdaigle, magnifique je dois dire, Severus n'avait pas misé sur le plus moche de l'école, tu peux me croire.

-Pourquoi parrain lui en voulait tellement ?

-Tout simplement parce qu'il en était amoureux, Dray, et que l'autre l'ignorait complètement, rigola Lucius en se remémorant ses souvenirs qui dataient de bien longtemps déjà.

Un blanc plana dans la chambre. Draco referma la bouche sous ses sourcils froncés de son aristocrate de père.

-Vous voulez insinuer que parrain serait tombé...amoureux de….Harry ? Non, c'est pas possible !

-Impossible, pourtant c'est bien le cas, oui Draco. Eh bien que Severus soit très discret sur sa vie privée et sur ses sentiments, il est raide dingue de Potter, et de voir que ton ami l'ignore le rend fou de colère, voilà pourquoi il le houspille sans cesse.

-Parrain a quand même une drôle de façon d'étaler ses sentiments, ne peut-il simplement les dire au lieu d'être désagréable avec l'objet de ses désirs ?

-On parle de Severus, Draco, tu sais comment il est, non ? se gaussa Lucius en pensant que décidemment son ami n'était pas facile à comprendre, que lui seul y parvenait parce qu'ils avaient toujours été très proches et qu'ils se connaissaient depuis des années.

-Ben ça alors ! Si je me doutais qu'un jour j'entendrais ça ! Quand je vais le dire à Ha...

-Je te défends d'en parler à quiconque, le coupa Lucius. Laisse-les donc régler leurs problèmes entre eux.

-Mais c'est pas juste !

-Ca va être amusant de voir un hétéro et un homo se bouffer le nez, nous serons aux premières loges, ajouta perfidement l'aristocrate avec un sourire joyeux puis une grimace de douleur quand il bougea son épaule.

-Père ! Ce n'est pas très gentil pour Harry, l'accusa Draco.

-Et pour ton parrain, tu crois que c'est amusant ? On ne doit pas interférer, Draco, décida le mangemort. En aucune manière soupira-t-il en fermant les paupières d'épuisement.

-D'accord je ne dirai rien, enfin peut-être une chose quand même…..

Lucius Malfoy souleva une paupière et regarda son fils d'un air suspicieux.

-Je vais glisser dans la conversation, quand nous serons seuls, Harry et moi, que parrain est bis. Juste de quoi titiller la curiosité de Harry. Je sais qu'il va vouloir en savoir plus, c'est dans sa nature, père, rigola le fils en voyant déjà la tête de Harry quand il allait lui annoncer la nouvelle.

Lucius soupesa le pour et le contre puis opina.

-Très bien, dis-le-lui. Ce que Severus n'entendra pas ne lui fera pas de mal. Maintenant laisse-moi me reposer un peu, appelle-moi d'ici une heure ou deux.

Snape, pendant ce temps, aidait Bellatrix. La femme usée se laissa guider et allonger sur le lit moelleux comme un pantin. La chambre était claire et accueillante, dans les teintes jaune et orange. La mangemort cligna des yeux mais ne dit rien, à vrai-dire elle pensait qu'on l'aurait plutôt enfermée dans la cave, mais bon elle n'allait pas se plaindre non plus de ne pas se retrouver dans un coin sentant l'humidité et la moisissure.

-Tu veux avaler quelque chose ? S'enquit Snape qui montra un peu de sollicitude envers cette femme qui avait un pied dans la tombe, mais qui bataillait fermement afin de mettre au monde un enfant en bonne santé.

-Celle-ci refusa en secouant la tête, puis ses mains se crispèrent sur le bras du maître des potions qui grimaça de surprise.

-Tu as encore mal ?

-Oui, souffla-t-elle difficilement en se sentant presque défaillir.

-Veux-tu une potion ? proposa Snape tout en sachant quelle serait la réponse, réponse qui restait inchangée depuis une semaine maintenant.

-Non, tu sais très bien que l'enfant ne survivra pas à une potion de plus, Severus. Je ne me suis pas battue tout ce temps pour en arriver à cette extrémité.

-Je sais, je vais demander à Potter s'il peut te soulager avec sa magie, je sais qu'il le fait avec les autres d'après ce que j'ai entendu ce matin.

-Il refusera, ricana tristement la femme en fermant les yeux de douleur et en crispant ses mains sur son ventre pointu. Et de plus je ne pourrais même pas lui en vouloir, je l'ai bien cherché cette haine envers moi, je m'étonne même qu'il ne m'ait pas tué sur le champ.

-Il t'aidera pour le bébé, Bellatrix. Tu souffres, l'enfant souffre aussi, je te l'ai déjà expliqué alors écoute-moi bien, gronda Snape. Si Potter accepte de te soulager je te suggère de te laisser faire et de te taire, ne va pas le contrarier, c'est un homme susceptible quand il s'agit de toi tu t'en doutes bien.

-Tu lui fais confiance, Toi ?

-Oui, je lui fais confiance, admit Snape, pourquoi crois-tu que j'ai rejoint l'ordre du Phénix ?

-Pour faire plaisir au vieux fou sans doute ! Ironisa Bellatrix en retenant un énième cri de souffrance qui lui amena des larmes aux yeux.

-Bon, ça suffit ! Je descends, et bien que ça me coûte de le demander au gamin on doit faire quelque chose pour tes douleurs, l'enfant ne tiendra pas longtemps si on ne fait rien.

Quand Snape descendit et entra dans la cuisine il se sentit moins sûr de lui. Est-ce que Potter n'allait pas l'envoyer sur les roses avant qu'il n'ouvre la bouche ? Encore que pour lui ce serait plutôt les orties, les ronces, ou les cactus, au choix.

-Tout va bien, Severus ? Questionna Remus en voyant l'air préoccupé du Serpentard dont les yeux scrutaient le survivant qui lisait un parchemin.

-Oui et non, commença l'homme.

-Allons bon ! Qui a-t-il encore, aboya Harry en levant la tête et en regardant l'homme. La chambre ne lui plait pas, elle veut peut-être que Voldemort vienne lui tenir compagnie ?

-Il ne s'agit pas de ça, rétorqua Snape, et cessez de parler du seigneur des ténèbres, il est mort je vous le rappelle.

-Quoi alors, que veux cette folle dingue malade de la cervelle ?

-Il paraît que vous vous servez de votre magie pour soulager les maux, et je...

-Oh ! Que non, Snape ! Pas question que j'aide cette garce, qu'elle paie donc le prix de sa méchanceté et de sa cruauté, ça lui fera des pieds, asséna assez durement Harry qui sentit ses doigt crépiter de magie.

-Quel est le problème ? Interrogea le loup qui voyait bien que Snape était fort soucieux et Harry au bord de la crise magique.

-Elle a arrêté de boire les potions contre la douleur ainsi que celles qui auraient pu lui rallonger la vie de quelques semaines...

-Tant mieux, grogna le survivant en faisant un effort sur lui-même pour se calmer car rien de bon ne sortira de ses débordements.

-Pour quelles raisons ? demanda encore Remus passant sur la réflexion de son turbulent Gryffondor qui avait encore en tête le souvenir d'un Sirius mourant à cause de Bellatrix Lestrange.

-Ces potions étaient en train de tuer l'enfant à court terme, expliqua Snape.

-Ce qui veut dire que puisqu'elle ne les prend plus elle souffre, souligna Remus en regardant Harry se débattre avec sa conscience.

-Oui, mais l'enfant, bien que cela ne mette pas sa vie en danger, souffre aussi.

-Harry, tu dois faire quelque chose, parla doucement le maraudeur afin de ne pas le brusquer, ce qui serait une grave erreur à commettre quand on connaissait le caractère emporté du Gryffondor. L'enfant souffre, tu as entendu Severus.

- Et Sirius, il n'a pas souffert lui ?

-Si, Harry, Sirius a souffert, je suis d'accord avec toi. Mais nous parlons d'un enfant innocent là, qui n'a pas demandé à avoir une mère mangemort.

-Je veux qu'elle crève, cette salope ! cracha le jeune homme en jetant sa tasse contre un mur. Pourquoi vous l'avez amené ici d'abord ? ajouta-t-il en s'adressant à Snape qui comprenait la haine viscérale du survivant contre la femme.

-Inutile de vous déranger, Potter, je vais me débrouiller autrement, je comprends vos réticences et je sais que pour vous ce n'est pas facile d'accéder à ma requête.

-Non, le retint Harry alors que l'homme sortait de la cuisine. Je vais le faire, pour le bébé et uniquement pour le bébé, Snape. Pas parce que je suis un stupide Gryffondor, et enlevez ce rictus idiot de votre visage, espèce d'imbécile !

-Je ne vous permets pas, Potter !

-Je vais me gêner, tiens !

Remus Lupin soupira puis jeta un œil vers un Draco Malfoy hilare qui venait d'arriver et qui s'était appuyé contre la porte. Le regard du loup se fit soudain plus acéré et se promena sur le corps gracile du Serpentard.

Charmant…. non, bandant est le mot exact qui lui vint à la bouche tandis qu'il contemplait le jeune homme qui ne se doutait absolument pas de l'examen minutieux dont il était l'objet, et surtout pas des pensées perverses d'un loup à son encontre. Remus se secoua et se résigna, jamais il ne trouvera un compagnon, pas parce qu'il n'en trouvait pas mais tout simplement parce qu'il était mal à l'aise avec sa lycanthropie. Bon s'il était vraiment honnête il reconnaîtrait aussi que les hommes n'étaient pas particulièrement prêts à passer leur vie avec un loup-garou.

N'empêche, il était magnifique ce Serpentard avec ses beaux yeux gris et sa blondeur délicate, et il ne parlait même pas de ses longues jambes fuselées, de sa bouche affolante, de sa taille qu'il aimerait enserrer de ses deux mains tout en mordillant ses adorables lèvres. Merlin, que la vie était difficile parfois ! Pourquoi ne pouvait-on avoir ce qu'on désirait le plus au monde ?