Bonjour ! Comme promis, je suis à l'heure pour poster mon deuxième chapitre, chouette, hein ? Donc cette fois, on est sous le point de vue de Yao ! :D
J'aimerais tous vous remercier encore une fois pour vos petits commentaires tout gentils, ça me fait très plaisir ! J'espère que cette suite vous plaira également !
Bonne lecture à tous !
Yao Wang soupira longuement. Autour de lui, tous les membres de la troupe faisaient la fête autour de bouteilles d'alcool et de plats traditionnels. Ils relâchaient la pression, comme ils disaient.
Cependant, sa situation actuelle ne lui plaisait pas. Cela faisait plus d'une heure qu'il avait quitté le dernier groupe et rejoint les autres et il était déjà las. Il avait eu une dure journée de travail de préparation, une soirée éreintante et il ne pouvait pas aller se reposer. Cette petite animation post-spectacle, tout le monde appréciait et sa présence était requise. Il ne voulait pas paraître malpoli.
Les yeux perdus dans le vague, il sirotait avec lenteur un thé froid. Il avait fallu qu'il insiste beaucoup pour que les boissons non-alcoolisées fassent leur entrée dans leurs banquets. Avant, il était obligé de boire de choses dont il n'appréciait ni le goût, ni les néfastes conséquences. Ou sinon, il ne buvait rien.
Cela valait peut-être mieux vu à quel point il tenait mal l'alcool. Un ou deux verres et c'était fait ; on l'avait perdu. Il avait été très gêné de découvrir qu'une fois, il s'était presque déshabillé devant l'assemblée en clamant des choses obscènes qu'il ne saurait de lui-même répéter.
Plus jamais ça !
Mei, la maquilleuse et accessoirement sa demi-sœur attira son attention en agitant sa main aux ongles peinturlurés de rose devant son visage. Il lui donna visuellement de l'attention, signe qu'elle pouvait parler.
« Tu n'es pas très bavard ce soir Yao ! Enfin encore moins que d'habitude – elle rit en buvant une longue, très longue gorgée de sa boisson – quelque chose te tracasse ? »
Il secoua mollement la tête d'une façon mensongère. Quelque chose le tracassait bel et bien, mais en parler aurait été sot. L'aurait-elle jugé ? Il en doutait, elle était gentille et prévenante avec tout le monde, mais elle ne savait pas garder les secrets. Un défaut qu'il avait accusé plusieurs fois.
Comme la fois où elle avait clamé à un de ses frères ce qu'il avait acheté pour son anniversaire, le prix exact également mentionné, ce dernier se déroulant dix jours plus tard.
Il avait beau adorer la jeune femme, il avait depuis cet épisode un peu de mal à se confier à elle. Et il n'était pas le seul s'il en croyait les rumeurs.
« Tu es sûr hein ? Tu as l'air mort de l'intérieur...
- Mais pas du tout ! »
Il releva vivement la tête. Qu'est-ce qu'elle racontait encore, cette folle ? Il lui jeta un regard noir et s'appuya de nouveau sous ses coudes alors qu'elle glissait subtilement un verre à l'odeur de pêche sous son nez. De l'alcool, encore.
« Bois ça !
- Non merci. »
N'avait-il pas dit « plus jamais » ? Il s'y tiendrait. Elle n'insista pas et il put retomber dans ses pensées.
C'était idiot de se l'avouer, mais la dernière rencontre avec leurs spectateurs l'avait laissé dans un état un peu étrange. Oh, dans les faits, ça n'avait pas été différent des deux précédentes, mais il avait été intrigué. Il y avait eu, dans le groupe, un jeune homme un poil particulier qui n'avait pas parlé beaucoup, mais qui avait plus que tout autre attiré son attention.
Il ne se souvenait pas de son physique avec précision, mais il était asiatique. Pas Chinois cependant, il avait un accent et comme les autres, il n'avait pas compris un seul mot de ce qui avait été dit durant la pièce. Il lui avait posé une seule question, sortie après insistance de sa part, et il dégageait de lui une timidité et un manque d'assurance qui l'avaient surpris. Il n'avait pas été à l'aise au moment de lui parler.
Pourtant, s'il s'était retrouvé dans un groupe destiné à l'interroger, c'est qu'il était un minimum intéressé, non ? Il ne comprenait pas.
En soit, qu'on soit intimidé face à lui, il en avait l'habitude. On le prenait d'ailleurs souvent pour une femme. Mais ce qui l'avait le plus surpris encore, c'est qu'au moment de sortir, il s'était retourné pour le fixer. Ça n'avait pas été long et même s'il avait feinté l'ignorance, il n'avait pas été sot ; il l'avait vu.
Il connaissait un peu les comportements humains et lisait facilement dans les gens, ils étaient tellement prévisibles, mais ce qu'il avait perçu dans le comportement de cet homme était une particulière sorte d'admiration. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que ce Japonais le désirait ardemment.
Ce n'était pas la première fois que pareils yeux pleins d'envie se posaient sur son corps, il n'incarnait pas un personnage féminin pour rien, mais c'était la première fois que ce regard avait un effet sur lui.
Il était maintenant bien perturbé.
Pourquoi ce touriste en particulier ? Pourquoi pas un autre ? Il ne se l'expliquait pas.
A un moment, il avait cru que son corps allait réagir à sa place ; quand il avait perçu que l'autre le regardait malgré la fugacité du geste, il avait failli se redresser, pour l'approcher de cette démarche féline et tentatrice, avec un fin sourire aux lèvres, promettant une merveilleuse suite qui ne serait jamais venue. Il lui aurait dit son nom, soufflé à l'oreille d'une façon sensuelle, avant de reculer pour aller fumer et enfin se détendre.
Ou alors il aurait tout aussi bien pu s'avancer normalement, quittant son rôle comme il avait quitté ses vêtements de scène, pour lui dire ce même nom, tranquillement. Ce nom qui était un secret.
C'était une tradition de ne dévoiler son prénom à personne. Ils le connaissaient entre eux, s'appelaient quand il était dans la sphère privée, mais en dehors, jamais. Ce comportement avait souvent étonné Yao mais il n'avait pas protesté et avait simplement suivi le mouvement, comme tous les autres. Il n'allait pas faire l'original.
Par contre à ce touriste, pour ce Japonais qui faisait il ne savait quoi en Chine, il avait voulu braver la coutume. Il avait voulu révéler ce que si peu de gens savaient sur lui. Pourquoi exactement ? Il n'en était pas sûr. Mais l'espace d'un instant, il avait voulu le rapprocher de lui, le mettre dans cette étrange confidence. Cela ne choquerait sans doute pas cet homme qui aurait trouvé ça tout à fait normal de connaître l'identité de son interlocuteur, mais pour sa part, ça aurait été un geste exceptionnel et à l'importance non négligeable.
Alors qu'il posait les coudes sur la table, regardant vaguement les autres, presque comme s'ils n'existaient pas, la voix de Mei retentit à nouveau à ses oreilles. Elle lui secoua légèrement le bras.
« Si tu veux aller te coucher, je pense que personne ne t'en tiendra vraiment rigueur. Fais-toi plaisir ! »
Elle sourit largement et il se permit de le lui rendre. Puis, l'écoutant, car il en mourait d'envie, il se leva. Il salua rapidement ses joyeux collègues, mit sa veste et quitta rapidement l'habitation de l'un d'eux, il ne savait plus lequel, qui organisait la plupart de leurs sorties post-spectacle si elles se déroulaient à Pékin.
Retrouvant la fraîcheur de la nuit, il se permit enfin de souffler. Il n'aspirait qu'à un sommeil réparateur sans stress et sans agitation à présent. Cela ne durerait que quelques malheureuses heures, insuffisantes pour se ressourcer pleinement, cependant, il devrait bien s'en contenter. La grasse matinée ne faisait pas partie de son vocabulaire.
Il marcha une petite demi-heure dans la nuit froide, sa respiration tiède formant des nuées blanches devant son visage. Un souvenir fugace anima ses traits ; quand il était encore un petit enfant, avec ses frères, ils s'amusaient à souffler très fort en criant « je suis un dragon ! », courant autour de leur mère, riant et s'agitant. C'était le bon vieux temps.
Il secoua la tête pour chasser les souvenirs. Ceux-ci le rendaient souvent un peu triste. Leur mère était décédée l'année d'avant et il ne s'en était pas remis. Pas du tout. Il avait, toute sa jeune vie, éprouvé un amour sans faille pour elle, mêlé au plus grand des respects. Penser à elle alors que tout était sombre autour de lui ne faisait que raviver le poids de la douleur.
Son esprit dériva vers d'autres horizons, bien plus récents. Encore ce jeune homme rencontré plus tôt. Ses traits délicats, la légère rondeur de ses joues, le noir de ses prunelles l'avaient captivé comme il l'avait lui-même captivé durant son temps de jeu.
« Quelle sorcellerie est celle de cet homme ? » murmura-t-il, alors que ses pieds arrêtaient leurs mouvements devant la porte vitrée d'un immeuble, le sien.
Il déverrouilla et grimpa les trois étages qui le séparaient de son appartement. Inutile de prendre l'ascenseur ce soir ; vu l'heure, s'il bloquait – et ça n'arrivait que trop souvent – il y avait peu de chances pour qu'il sorte avant plusieurs heures. Il ouvrit une nouvelle porte, son trousseau toujours dans la main et ferma derrière lui.
Le calme envahit ses tympans. Réparateur, il calma les battements de son cœur, boosté par la montée de la volée de marches. Il avança lentement vers son canapé et s'y laissa tomber. Confort. Enfin. Il se permit de fermer les yeux quelques instants.
Deux ou trois merveilleuses minutes passèrent. Des minutes de bien-être où il ne pensait plus qu'aux récents événements, qui, bien que possédant un aspect dérangeant, n'avait rien d'outrageusement désagréable.
Il se releva par la suite pour aller se faire chauffer un thé, chaud cette fois ; il en aurait bien besoin. Le peu qu'il avait bu auprès des autres et la marche pour rentrer chez lui l'avaient assoiffé. Il pouvait bien se faire plaisir.
Et si ces petits gâteaux chocolatés voulaient bien se rajouter dans sa soucoupe, il ne disait pas non...
Étendu sur son lit, Yao se dit que décidément, il ne pourrait pas bien dormir cette nuit. Ce même visage le hantait depuis plusieurs heures, mais maintenant, le timbre de voix s'était rajouté. Il entendait l'étrange homme parler dans sa tête, lui raconter ses journées et surtout, lui avouer son attirance. Si ça pouvait flatter son ego, pour l'heure, ça l'agaçait souverainement ; non seulement personne n'était dans la pièce à lui conter des aventures et des louanges, mais en plus, il était horriblement tard. Et il était fatigué.
« Crevé pourrait être un mot plus juste... » grommela-t-il, changeant de position pour la cent-cinquantième fois.
Si, dans les premiers instants, cette « obsession » l'avait perturbé mais ne l'avait guère dérangé, à présent, il voulait juste s'en débarrasser. Parce qu'elle venait de nulle part, qu'elle était injustifiée et que mince, il désirait ardemment dormir !
Malheureusement, il dut se faire une raison ; le sommeil était moqueur et prenait plaisir à le torturer. Il devait bien savoir qu'il avait du boulot quelques heures plus tard, qu'il devait répéter et qu'il ne pouvait pas s'absenter. Mais qu'importait, il ne voulait pas venir.
« Merde... »
Il enfonça sa tête dans l'oreiller, jura quelques fois, et se leva pour aller cogiter sur le canapé.
Quitte à perdre sa nuit, pourvu que ça ne soit pas totalement inutile ; il allait réfléchir à sa présente situation, et si son cerveau acceptait de lui obéir, trouver des idées pour la prochaine pièce de théâtre qu'ils monteraient bientôt.
Mais il n'était pas dupe ; ce Japonais ne lui laisserait pas une minute de répit.
Alors, que pensez-vous de mon Yao torturé ? :D En plus, le moment de la deuxième rencontre approche à grands pas, à votre avis, où est-ce que ça sera, comment ? Celui qui trouve aura un chocolat offert par Yao, si si, je le jure !
On se retrouve dans deux semaines, à bientôt !
