deuxième petit one-shot.


Comme un oiseau blessé

La femme qui les avait fait rentrer les regardait maintenant d'un œil légèrement soupçonneux. Son regard s'attarda un instant sur le partenaire de l'agent Ozbourn. Apparemment, il faisait lui aussi parti du FBI, même s'il n'avait été présenté que sous le prénom Castiel et qu'il semblait légèrement déphasé par rapport à la réalité.

Résignée à ce que toute sorte de choses bizarres lui tombe dessus ces derniers temps, elle fini par abandonner et s'asseoir dans le canapé familial du salon. Un vieil homme se tenait à ses coté, il s'agissait de son père, qui s'était installé avec eux pour s'occuper de sa petite fille de huit ans.

Dean Ozbourn –il était fière de cette fausse identité– posa à la mère de famille toutes les questions de circonstance, qui allaient de « Où étiez vous la nuit du dix au onze vers deux heures ?» à « avez vous vu des choses étranges, comme des monstres griffus et baveux, s'il vous plait ? ». Puis, il demanda à voir la gamine.

« _ SOPHIE ! Viens, ma chérie ! des hommes veulent te parler.

_ J'arrive ! » La voix était fluette, pleine d'énergie. Un bruit de cavalcade précéda l'enfant qui déboula des escaliers, avant de se stopper net devant Castiel. Toute son attention se porta sur lui et elle n'entendit plus sa mère lui parler. Elle leva la tête vers lui, la leva encore un peu parce qu'il était quand même bien plus grand qu'elle, et sa bouche s'ouvrit en un « O » émerveillé.

Castiel, quand à lui, n'avait pas été préparé à une telle rencontre. La seule réaction qui lui sembla pertinente fut de regarder Dean à la recherche d'une réponse ou d'un soutient quelconque. La seule réponse de Dean fut : « Mec, je crois que tu as une touche ! » Avec un grand sourire joueur. Quelque chose lui faisait dire qu'il allait bien s'amuser, finalement. Il en pardonnerait presque Sammy de l'avoir abandonné en lui collant l'ange dans les pattes avec la minable excuse qu'il avait des choses à faire de son coté. Depuis quelques temps déjà, son petit frère semblait préméditer de les laisser seuls tout les deux. A croire qu'il avait une idée derrière la tête, mais quoi ?

Il fit signe à son partenaire de gérer la situation tout seul. C'était sûrement un peu vache, mais la curiosité l'emportait sur le reste.

Castiel s'agenouilla devant l'enfant afin d'être à sa hauteur. L'observation était mutuelle. Il était intrigué par la toute jeune créature de dieu qui se tenait fièrement sous son nez. Elle était magnifique. Son âme brillait de milles feux, encore colorée des joies de l'enfance insouciante, et pure. Tout n'était qu'amour en elle. Elle en irradiait toute la pièce.

_Je m'appelle Sophie. J'ai huit ans et quart.

Elle le fixait de ses grands yeux noisette. Il mit quelques secondes à répondre.

_ Mon nom est Castiel.

Il la laissa tendre la main vers lui. Mais alors qu'elle semblait vouloir lui toucher l'épaule, la petite main fit un écart léger, et sembla se poser dans le vide à quelques centimètres de l'ange en Trench-coat qui frissonna. Quelque chose sembla vibrer dans la pièce entre eux deux.

_Elles sont belles. L'enfant continuait à caresser le vide et Castiel restait là, la regardant comme si c'était elle l'apparition divine. Elles te font mal ?

Dean vit son ami hésiter un peu avant de répondre dans un murmure à peine audible.

_ Oui. Mais ça n'a pas d'importance.

A peine eu-t-il prononcé ces mots que la fillette se précipita vers la cuisine.

Un silence gêné s'installa, Castiel ne semblant pas vouloir se relever ni même regarder ailleurs que dans le vague. Dean empêchait son cerveau de trop réfléchir à ce qui se déroulait sous leurs yeux, et le grand père de la gamine essayait visiblement de passer Castiel sous rayon X.

La mère du bout de choux s'excusa pour le comportement de sa progéniture, déclarant que ce n'était que des jeux d'enfant. « C'est vraiment gentil à vous de la suivre dans ses fantasmes. Vous savez au bout d'un certain age, ça fini par passer. Même si ça irait plus vite, si son grand père ne l'encourageait pas autant. » Le grand père en question fronça ses gros sourcils blancs. Sur le point de répondre à sa fille, il fut interrompu par le retour de Sophie. Elle tenait deux petites coupelles dans ses mains qu'elle tendit à Castiel avec sur le visage une expression sérieuse et presque solennelle. Dans l'une d'elle se trouvait de l'eau. Dans l'autre, un petit tas d'un mélange de graines de toutes sortes. L'ange inclina la tête sur le coté, regardant l'offrande sans comprendre le geste.

_ Tu dois manger et boire, comme ça tes ailes guériront. C'est mon papi qui me l'a dit.

_Elle vous prend pour un oiseau blessé. Sourit le grand père. Elle refait pour vous les mêmes gestes que ceux que je lui ai appris lorsqu'on a trouvé un pinson estropié dans le jardin.

Castiel avait il entendu ? Son regard restait porté vers l'enfant et son cadeau. Il n'avait pas bougé. Il avait devant lui la raison pour laquelle, entre le camp des anges et celui des démons, il avait choisi celui des humains. Pour cette enfant et ce geste d'amour plein et désintéressé. Pour ce trop plein d'amour qui débordait et qu'elle offrait à toute créature quelle qu'elle soit même lui, un ange déchu. Parce qu'elle pouvait encore voir ses ailes, même si ça ne durerait pas et que l'age adulte viendrait flétrir son innocence. Parce que l'humanité, toute imparfaite qu'elle était, n'en demeurait pas moins magnifique.

_Voyons ma puce ! C'est un agent du FBI, pas un oiseau. Tu ne va pas le forcer à manger ça, quand même ? gronda la mère, gênée.

_ Mais maman, il a des ailes !

C'était pourtant sacrément visible une paire d'aile. Comment les adultes faisaient pour ne pas voir ce qui était pourtant sous leurs yeux ? Elles étaient un peu abîmées, comme si on en avait brûlé les extrémités, et quelques marques les parcouraient, comme les petites griffures qu'elle s'était fait au genoux en tombant un jour et qui ne voulaient pas disparaître, mais elles étaient bien là, si blanches qu'elles en devenaient lumineuses.

Alors que Castiel osait finalement entamer un geste en direction de la petite âme pure, celle-ci repartit pour poser ses cadeaux sur la table basse. L'ange laissa son bras retomber le long de son corps, perdu. Il ne savait pas comment communiquer avec les gens, mais il comprenait pourtant les significations des gestes de l'enfant. Pourquoi les autres étaient ils si aveugles ? Même Dean n'avait pas l'air de comprendre. Seul le vieil homme qui s'occupait des oiseaux paraissait vraiment appréhender l'importance qu'avait la rencontre.

_ Si je ne lui donne pas à manger, je lui donne quoi, alors ?

Elle attendait une réponse de la part de son grand-père. Sa mère lui répondit en lui disant de répondre aux questions que les deux agents avaient à lui poser. C'était très important. La fillette fit une moue boudeuse. C'était bien, de répondre aux questions. Elle non plus, elle n'aimait pas quand on refusait de lui répondre. Pourtant c'était plus urgent de s'occuper des belles ailes abîmées. Elle le savait. Il y avait des priorités, les grandes personnes le lui rappelaient assez souvent. Heureusement, son papi était bien plus raisonnable. Elle savait qu'il était de son avis. Et puis le monsieur avait l'air si triste tout au fond de ses yeux bleu, avec ses grandes ailes toutes repliées contre lui.

Elle se planta devant lui et comme il avait l'air franchement perdu, elle prit le temps de lui expliquer ce qu'elle allait faire.

_ Quand je me fais mal, ma maman me donne un bisou magique. Ça peut tout guérir ! Tout ! Même tes ailes.

Alors elle rapprocha son visage de l'homme meurtri en face d'elle et posa doucement ses lèvres sur son front pour y poser un bisou d'enfant. Et Castiel le sentit s'étendre en lui, descendre le long de sa grâce, le recouvrir d'une chaleur protectrice qui dévalait son être comme l'enfant avait dévalé les escaliers pour se répandre jusque au bout de chacune de ses plumes. Si ce n'était pas assez pour effacer les marques des épreuves qu'il avait traversé et des erreurs qu'il avait commit, c'était comme un baume apaisant sur son âme meurtrie. Il se sentait reposé, presque en paix avec lui même.

_ Merci.

C'était tout ce qu'il se sentit capable de dire.

La petite fille, enfin satisfaite, fini par se souvenir de la présence de l'autre monsieur et lui accorda enfin un peu d'attention.

_ Et toi, tu t'appèle comment ?

Dean lui fit un grand sourire assez amusé avant de lui répondre pendant que Castiel, encore un peu égaré, se redressait. Il posa les questions sur ce qu'il devait savoir et elle y répondit. Oui, elle avait vu des choses bizarres. C'était en passant devant chez mémé Bistouille. Les enfants l'appelait comme ça parce qu'elle accumulait toujours pleins de vieux objets dans un grand fouillis qu'ils appelaient ses bistouilles. Les grandes personnes l'appelaient comme ça parce qu'elle avait l'habitude de toujours mettre de l'eau de vie dans son café. L'eau de vie de mémé Bistouille était d'ailleurs très réputée, ça devait être vachement efficace pour redonner la vie puisque toutes les maisons en possédaient une bouteille secrètement caché dans les recoins sombres inaccessibles aux mains d'enfants.

Depuis quelques temps, il y avait une dame étrange qu'on apercevait autour de la maison. Elle portait une belle robe de princesse et parfois elle chantait.

Finalement, les deux chasseurs en savaient assez pour savoir ce qu'ils traquaient et comment s'en débarrasser. Castiel se sentait un peu triste. La petite fille l'avait aidé, personnellement avec le bisou magique mais aussi avec les renseignements qu'elle avait donné à Dean. Lui, ne savait pas quoi lui donner en retour.

Alors qu'ils franchissaient la porte et que la mère était déjà repartie vers la cuisine pour préparer le repas du soir, l'ange fit demi-tour, s'agenouilla devant l'enfant, et ouvrit lentement la main qu'il présenta à la petite. Au creux de sa paume reposait une petite plume blanche, sa lumière pulsant encore doucement d'être séparé du reste de sa grâce.

_ Au revoir.

La fillette ne répondit pas, trop absorbée par la contemplation de son trésor, mais Castiel n'en avait pas besoin.

Dean ne sourit pas, ne se moqua pas. Il regardait son ange du coin de l'œil, incertain de ce qui venait de se passer. Un jour, peut être, il lui poserait la question. En attendant, ils avaient une chasse à terminer.


Alors, vous en avez pensé quoi? N'hésitez pas à me poster vos impressions bonnes ou mauvaises.

Une suite devrait arriver bientôt. :)