Chapitre 2 : un oisillon apeuré

La jeune buse se sentit déposée sur quelque chose de dur et rigide. Ses serres grattèrent un moment pour prendre prise, avant qu'elle ne se détende et se redresse. Comme elle ne pouvait pas utiliser ses ailes pour trouver son équilibre, elle s'inclina un peu. Des douleurs comme des tirs de fléchettes rendaient la position debout une agonie. Il ouvrit son bec et fit de doux bruits de détresse, incapable de s'en empêcher car la douleur était quasiment insupportable. Et il avait peur de la haute silhouette qui se dressait devant lui car le tissu l'enveloppant avait été retiré.

Ses larges yeux couleur ambre regardèrent partout autour de lui et il se recroquevilla, essayant de se faire le plus petit possible afin qu'on ne le remarque pas. Des tremblements secouèrent son corps alors que la créature habillée pointait un bâton vers lui et murmurait quelque chose.

« Hmm. Les résultats de mon diagnostic me disent que tu es en mauvaise posture », murmura Rogue en observant la jeune buse avec inquiétude. Peu de gens de sa connaissance le croiraient capable de se préoccuper d'un simple animal. Mais le fait est que Severus avait une affection profonde pour les animaux de proie, les comprenant mieux qu'il ne comprenait la plupart des gens. Comme lui, les rapaces étaient fiers et solitaires, ils s'attachaient très peu mais profondément. Et s'ils se lient, ils sont alors farouchement fidèles jusqu'à la mort. Une buse ou un faucon se lie à un congénère pour la vie et quand l'un meurt, le partenaire restant n'en cherche pas un autre mais reste seul, en deuil pour l'être perdu dans une douleur digne. Et rien n'est plus féroce qu'une buse protégeant son nid et ses petits. Oui, il y avait beaucoup de parallèles entre une buse et le propre comportement de Rogue – il défendait ses serpentards avec une protection féroce, comme une buse avec ses jeunes petits, et il a aimé Lily avec un dévouement sans fin, encore maintenant malgré les quatorze années écoulées depuis sa mort et son mariage avec son rival le plus détesté.

Rogue découvrit la jeune buse par hasard, alors qu'il marchait lors de sa sortie quotidienne avant de retourner à ses quartiers pour corriger les examens et les devoirs du jour. Il remarqua une drôle de forme prêt du sentier proche de la volière et en se rapprochant pour enquêter il découvrit l'oiseau blessé.

Au début, il présuma que la buse était morte. Mais en effectuant un examen plus poussé il vit qu'elle respirait, bien qu'en très mauvaise condition. Fort heureusement, Severus avec une connaissance dans le soin des rapaces. Il avait étudié de manière étendue leur physiologie et leurs habitudes lorsqu'il était un jeune étudiant, bien qu'il n'ait jamais été en mesure d'en avoir un comme familier. Une chouette était trop chère pour le maigre salaire de sa mère, tout son argent partait chaque année dans les livres scolaires et dans un ensemble décent de robes et d'affaires pour son fils.

Ce n'était plus un problème désormais mais Severus n'avait toujours pas sa propre chouette car ses fonctions en tant qu'agent de Dumbledore rendait la possession d'une chouette particulière trop visible aussi bien que trop vulnérable. Si le nouvellement ressuscité Lord Noir devint en colère, il aurait pu prendre le familier de Severus pour cible.

Quand il vit la buse à queue-rousse blessée, cependant, il permit complètement à son désir juvénile, de posséder un de ces magnifiques oiseaux, ainsi qu'à une compassion cachée pour la pauvre chose de le dominer et il enleva immédiatement son manteau pour envelopper dedans l'oiseau à demi conscient. Il l'a ensuite porté dans son laboratoire. Son air renfrogné et sa foulée rapide sur le chemin ont rapidement réprimé toute question ou commentaire d'étudiants curieux.

« Tu as brisé tes ailes et tordu des ligaments dans tes épaules à plusieurs endroits. » Severus parlait sur le ton doux de la conversation, essayant de calmer l'oiseau agité avant d'essayer de lui administrer un antidouleur et un peu de potion calmante. « L'aile droite a un cubitus brisé et la gauche est bien moins lotie avec un humérus cassé et des ligaments déchirés au niveau des muscles pectoraux majeurs et mineurs. Cela signifie que je vais avoir besoin de mettre des attelles et des bandages serrés pendant au moins une semaine ou deux. Les rapaces ne répondent pas bien à l'élixir magique de réparation des os et je peux seulement te donner des doses infimes, et pas tous les jours. »

L'oiseau souffrait également d'un choc. Ce que Severus traita avec un doux charme Antichoc puis il réenveloppa l'oiseau dans son manteau, essayant ainsi de l'empêcher de déployer ses ailes dans la panique.

Il fit venir à lui rapidement deux bouteilles de potions ainsi qu'une petite seringue sans aiguille et en remplit le quart avec l'antidouleur. Il estimait que la buse devait peser environ une livre et qu'elle était légèrement sous alimentée. Elle devrait être capable de tolérer la quantité de potion que Severus avait mesurée.

Mais maintenant arrivait la partie difficile, à savoir insérer le médicament dans la gorge de l'oiseau. La méthode la plus rapide était d'insérer la seringue dans le bec de la buse et permettre à l'oiseau d'avaler la potion. Severus bougea doucement et délibérément sur l'oiseau, enveloppant un bras autour de son corps et levant sa main pour couvrir les yeux de l'oiseau.

La buse trembla violemment lorsque la large main vint vers lui. Il se rappela faiblement que la créature devant lui était appelé un homme et cet appendice une main. Son premier instinct fut de s'envoler mais ses ailes étaient inutiles. Il se tourna alors vers une autre méthode ayant fait ses preuves pour décourager les prédateurs.

Il attendit que la main arrive au dessus de sa tête, les longs doigts caressant presque son front, et alors il plongea, refermant son bec sur la chair pale dans un mouvement agile et mordant aussi fort qu'il le pouvait.

« Ahhh ! » hurla Severus, le son surprenant assez la buse pour qu'elle relâche la main ensanglantée du Maître des Potions.

Severus attrapa rapidement un linge posé sur son bureau et l'enveloppa autour de sa main, qui avait une belle coupure à cause du bec coupant comme un rasoir de l'oiseau effrayé. Il lança un regard noir à la buse et grogna. « Sale oiseau damné et impertinent ! Tu as de la chance que je sois d'humeur à te sauver la vie, dans le cas contraire je t'aurais couper en petits morceaux et utiliser dans une potion. Les morceaux de buse sont très demandés dans l'Est pour certains de leurs élixirs. Je pourrais exporter ton foie et tes yeux pour une bonne somme. » Il jeta un sort de guérison sur lui-même, refermant la coupure rapidement, et fixa l'oiseau blessé d'un regard sinistre.

C'était bizarre mais Severus aurait pu jurer qu'après qu'il eu parlé l'oiseau sembla vaguement honteux, grattant et regardant en bas la surface brillante de la table de laboratoire, comme s'il regrettait ses actions.

Rogue secoua la tête à cette pensée ridicule et se réprimanda mentalement pour ne pas avoir couvert l'oiseau plus tôt. Comme il ne possédait pas de cagoule, il fit venir un vêtement propre et utilisa un charme de maintien pour le faire tenir solidement sur la tête de la buse, couvrant les yeux effrayés du rapace.

Immédiatement l'oiseau s'immobilisa, l'obscurité le calmant considérablement et le relaxant.

Severus lui accorda quelques minutes pour s'habituer avant de tenter une fois de plus de lui donner le médicament. Il effectua une pression sur le bec de l'oiseau, obligeant la buse à l'ouvrir, et il le nourrit soigneusement avec la potion en étant sûr que la buse avale et ne recrache pas.

Cinq minutes plus tard, Severus remplit de nouveau la seringue et donna la solution calmante à l'oiseau blessé. Après cela l'oiseau commença à somnoler.

« Voilà ! Tu devrais passer dans le domaine d'Hypnos dans quelques minutes et me laisser ainsi libre de réparer et envelopper tes ailes correctement », murmura Rogue. « Bien qu'après ce que tu viens de faire, je devrais commencer à chauffer un chaudron et m'épargner ce problème. » Mais son ton démentait les paroles dures et ses doigts écartèrent gentiment le manteau, exposant les ailes brisées.

Environ vingt minutes plus tard il avait pratiquement terminé avec l'aile droite, utilisant un ensemble de très légers agitateurs en bois de balsa et de la gaze pour immobiliser l'aile et accentuant son action par un charme de maintien pour s'assurer que le bandage resterait pendant toute la convalescence de la buse.

Il déposa gentiment l'oiseau sur le côté et commença à répéter la procédure sur l'autre aile lorsque sa cheminée tourna soudainement au vert émeraude. Dumbledore passa sa tête au travers.

« Severus, je dois vous poser une question vraiment très importante, avez-vous vu- ? »

« Pas maintenant, Albus ! », claqua le Maître de Potions irrité. « Je suis au milieu d'une délicate… expérimentation et ne peux être perturbé. Cela ne peut-il pas attendre ? » Il se trouva étrangement très réfractaire au fait de révéler la présence de son visiteur inattendu, bien qu'il soit certain qu'Albus se réjouira de voir le reclus sorcier avec un animal.

Dumbledore secoua la tête gravement. « Mes excuses Severus, mais cela ne peut pas attendre. Avez-vous vu Harry Potter récemment ? »

« Pas depuis ma cinquième période de classe, pourquoi ? », répliqua Severus aigrement. Vous interrompez ma chirurgie pour m'ennuyer avec ce satané Potter, Directeur ? Le petit garnement peut aller se pendre pour tout ce qui m'intéresse maintenant !

« Parce qu'il est porté disparu, Severus. »

Severus grinça des dents. « Et vous pensiez le trouver ici ? »

« J'espérais qu'il aurait une détention avec vous, malgré l'heure tardive », admit Dumbledore, ses yeux bleus vidés de leur éclat habituel.

« Malheureusement, Potter n'a pas obtenu de détentions avec moi depuis de nombreuses semaines. Sa participation en classe a en quelque sorte été meilleure que catastrophique », rapporta Severus.

« Ah, bien, j'espérais… », soupira le Directeur. « Nous devons simplement continuer à regarder. »

« En effet », ricana Severus. Il jeta un regard inquiet à la buse qui commençait à remuer. La solution calmante se métabolise plus rapidement chez les oiseaux que chez les humains et elle commençait à s'estomper. « Avez-vous vérifier Pré-au-Lard ? Ou le terrain de Quidditch ? Potter est bien connu pour vadrouiller sans surveillance la nuit… comme son satané père. »

« Rolanda cherche au niveau du terrain et Minerva est allée à Pré-au-Lard. Je ne comprends tout simplement pas où il a pu aller. »

Qui s'en préoccupe ? , se retint de claquer Severus. C'est typique de Potter. Son comportement irréfléchi et sa négligence pour les règles de l'école a maintenant plongé le personnel dans la panique. Et pas de doute sur le fait que l'arrogant garçon soit caché quelque part, ricanant de la glorieuse farce dans laquelle il a mis tout le monde, pensa le Maître de Potions en colère. « Il est un adolescent irresponsable, Albus, aucun doute qu'il a préparé ce scénario dans le but d'obtenir plus d'attention de la part de la presse ou autre. Plus il y a de gros titres dans la Gazette du Sorcier, plus il attire de célébrité sur lui-même. »

« Severus je ne pense pas… »

« Pardonnez-moi Albus, mais je suis à un moment critique et j'ai besoin de me concentrer totalement », l'interrompit Severus. La buse était en train de faire bouger les plumes de sa queue.

Sentant qu'il n'obtiendrait rien d'utile du sorcier à l'instant présent Dumbledore s'éclipsa en disant, « Quand vous aurez terminé, Severus, j'apprécierais votre assistance dans notre recherche. »

Severus serra un poing car, bien qu'ayant parlé doucement, il savait qu'Albus venait de donner un ordre et non une requête.

« Très bien », dit-il abruptement. « Je viendrai dès que je le pourrai. »

« Merci Severus. Peut-être pourrez-vous réussir là où nous n'avons pas pu, mon garçon, toutes choses considérées », déclara Albus et il s'éclipsa alors du réseau de cheminette.

« Quand le foutu Lord Noir commencera à réciter du haïku, Dumbledore ! », grommela-t-il entre ses dents. Il retourna alors son attention sur l'oiseau blessé, posant rapidement les attelles et enveloppant l'aile. Il donna ensuite à l'oiseau une dose infime d'Elixir pour fortifier les os, afin d'aider à accélérer le processus.

Il plaça soigneusement l'oiseau blessé sur un perchoir de réserve qu'il utilisait pour Arrow, la chouette de l'école avec laquelle il envoie des lettres aux membres de l'Ordre, et fit venir à lui un lacet en cuir d'un tiroir. Il façonna des sangles qu'il plaça sur la buse, s'assurant ainsi que l'oiseau resterait sur le perchoir.

La jeune buse poussa un doux cri et Severus passa gentiment un doigt le long de la poitrine mouchetée. « Shhhh. C'est fini. Repose-toi, je reviendrai bientôt pour te nourrir. » Il murmura un charme pour augmenter la température de la pièce afin que la buse n'attrape pas froid. Il arracha ensuite son manteau et traça en direction de la porte, condamnant mentalement ce satané Potter aux entrailles de l'abîme pour lui faire quitter la buse à queue rousse à un moment aussi critique. Mais ça, c'était également typique d'un Potter, toujours ruiner le peu d'instants précieux dans la vie de Rogue. Peu importe ce qu'il se passait, il peut toujours compter sur Potter pour tout gâcher, d'une façon ou d'une autre, pensa Rogue de manière caustique, fermant doucement la porte derrière lui.