Après cette réunion qui marqua un tournant dans ma vie, j'intégrais l'armée japonaise. Une section tenu secrète dont j'étais la seule membre permanente. Ce qui était étrange, c'était que mes supérieurs hiérarchiques n'étaient pas le gouvernement japonais – enfin, pas que le gouvernement japonais – mais aussi celui de l'Australie, de l'Afrique du Sud, du Maroc, du Congo, des Etats-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de la Suède, de l'Allemagne, du Canade, de l'Italie, de la Chine, de la Corée du Sud et de la Russie.
L'autre chose qui changea fut le renvoi du professeur Tanaka et des trois quarts de l'équipe scientifique qui me surveillait depuis ma naissance. Je ne regrettais pas leur disparition, mlle Yoshino était la seule que j'appréciais un tant soit peu et elle était restée. Je quittais ma chambre stérilisé, blanche, au large miroir sans teint derrière lequel ces scientifiques avaient passés des heures à m'observer sous toutes mes coutures et intégrais les dortoir des femmes militaires. C'est étrange à dire, mais je devins en un sens la mascotte de la base. Mes pouvoirs étaient secret défense, tout ce qu'ils savaient c'était que j'étais importante pour leurs gouvernements.
Les femmes ne m'acceptèrent jamais, les efforts inexistants des deux côtés rendant la coexistence difficile. J'étais une gamine, j'étais intelligente, têtue, et j'étais arrogante parfois, et elles étaient hypocrites et rancunières. Par contre les hommes semblèrent me prendre en affection. J'aurais préféré partager leur dortoir, mais avec du recul je me rends compte que l'un d'entre eux auraient pu oublier que la pédophilie et le viol sont interdits par la loi, ce qui ne risquais pas d'arriver avec les femmes – quoi que...
Toujours était-il que je commençais un entraînement militaire. On m'apprit à me servir des fameux pistolets – j'appréciais tout particulièrement le fusil d'assaut –, des grenades, des armes blanche et à combattre au corps-à-corps. C'était à la fois détendant et désagréable. Je faisais du sport – ce que j'adorais car cela me permettais de sentir enfin tous mon corps fonctionner – tout en apprenant une quantité monstre de connaissance – ce que j'adorais également car il me semblait que je ne pourrais jamais apprendre trop – mais je me demandais pourquoi. Pourquoi apprendre cela à une petite fille ? J'eus presque immédiatement la réponse. Ils l'avaient dit durant la réunion. J'étais La solution. Restais à savoir à quel problème. Dans les livres d'histoire, j'appris que pendant la Seconde Guerre mondiale les nazis appelaient le génocide des juifs la Solution Finale.
J'espérais juste ne pas être ce genre de solution.
Finalement, c'est presque deux ans plus tard que j'eus ma réponse en entier : on m'envoya au Pakistan, avec les troupes américaines. Personne ne savait que j'étais là, sauf mes chefs. Et mon rôle était d'éliminer l'un des principaux dirigeants d'un réseau terroriste tristement célèbre dans le monde pour un attentat ayant eu lieu un 11 novembre. C'était la première fois que je tuais quelqu'un. Et ça n'avait même pas été difficile. Qui aurait fait attention à un petit garçon – même si on ne me tondait plus, mes cheveux étaient toujours extrêmement courts – tout seul et sans armes ? On m'avait largué en hélico à quelques kilomètres, j'avais couru jusqu'à la planque du méchant, j'étais entré – la télékinésie peut faire faire des choses étranges aux gens – j'avais trouvé le méchant et je l'avais éliminé.
Pas d'effusions de sang.
Pas de cris.
Disons que son cœur avait oublié de battre pendant de longues minutes et que ses poumons avaient oubliés comment aspirer de l'air. Je mentirais si je disais qu'il n'a pas souffert. Avec le recul, je pense que je l'ai peut-être fait exprès. J'aurais pu simplement obliger un garde à lui tirer une balle dans la tête ou dans le coeur. Il aurait alors simplement cesser d'exister, sans même sans rendre compte. Mais, juste avant d'atterrir, j'avais lu l'ordre de mission, ainsi que des rapports sur ses crimes. Cet homme ne méritait pas ma pitié, ni même de mourir dignement.
Le pire dans cette histoire était sûrement que, malgré tout, je ne ressentais aucun remords. Les gens ''bien'' étaient sensés se sentir mal après avoir retiré une vie. Sinon, cela voulait dire qu'ils étaient comme les méchants, qu'ils n'étaient plus du côté de la justice mais de celui de l'anarchie et du chaos. Ça cogitait beaucoup dans ma petite tête de fillette de huit ans. Et, pour protéger mon esprit des répercussions psychologique, Julia Gillard me fit me convaincre jusqu'à ce que j'en sois intimement persuadée que ce que j'avais fais était bien. Que j'avais rendu justice.
Et je me contentais de ça.
Dans ce monde, il est une chose étrange et qui pourtant existe depuis toujours et existera toujours. Cette est chose est le fait que le mensonge sera toujours plus doux à entendre que la vérité. Car les mensonges sont du miel pour les oreilles de ceux qui les écoutent, tandis que la vérité peut être le pire des poisons.
Après avoir fait mon œuvre, je m'échappais discrètement de la planque et regagnais l'endroit où l'on m'avais déposé. Et la mission se finit ainsi. On me ramena jusqu'à la base de Nagasaki et je regagnais mon dortoir. Avec du recul, je pense que Julia Gillard a choisis de ne rien changer à ma routine après cet événement pour me faire comprendre que malgré ce que j'avais fait, le monde continuait de tourner. En faisant cela, je n'avais rien cassé, seulement remis l'ordre dans une situation chaotique qui avait désespérément besoin d'aide. J'avais été cette aide, et bien que j'ai appris que tué est mal, cela avait été nécessaire et juste, et le monde continuait de tourner sans lui. Elle était la seule à croire à mon humanité et à me traiter comme tel, c'est pour cela qu'elle me traita comme un être humain ayant subit un choc. Je n'en avais moi-même pas conscience à cette époque. Pour ma part, j'avais fait mon travail, Mme Julia était contente et nous avions regagné la ''maison''. Il faisait bien trop chaud et humide à mon goût au Pakistan.
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Après cette mission, j'en accomplis bien d'autres. Toujours dans la plus grande discrétion était requise et c'est qui était donné, et malgré quelques incartades avec des forces ennemis durant lesquelles j'avais prouvé que le budget annuel attribué à ma section dans le cadre de l'entrainement aux armes n'était pas de l'argent jeté par les fenêtres. Mais malgré le fait que tout les membres de la section semblaient croire que j'étais totalement ralliée à leur cause et qu'ils pouvaient user de moi comme d'un marionnette, mon esprit était plein à craquer d'envies de fuites, de vies nouvelles à l'extérieur et d'aventures d'un tout autre genre.
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L'élément déclencheur de ma libération advenu l'année de mon dix-neuvième nouvel an et il s'appelait Grover Underwood, ressemblait à un adolescent, portait toujours un béret, boitait beaucoup et semblait vouer un culte aux enchiladas au fromage. Nous n'étions pas dans la même section. Son truc à lui n'était pas le terrain, mais plutôt les commandes à distance, bien à l'abri dans son bureau. Si, au début de notre amitié, je l'avais catalogué de lâche à cause de ça, je passais bien vite par dessus. Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, mais ses jambes. D'après ce que j'avais compris,il avait une maladie qui influençait sur les muscles qui contrôlaient ses membres inférieurs. À cause de sa différence, Grover se faisait chahuter par les autres de la base. Je suppose que c'était facile de s'en prendre à un petit noir à l'air aimable comme lui quand on est une montagne de muscles sans cervelle.
Au début, je ne réagis pas à sa présence sur la base. Les nouveaux n'étaient pas si rares que ça et je ne m'étonnais plus depuis longtemps à chaque fois que je voyais un visage inconnu. Mais je remarquais vite les moqueries. Cela n'avait pas l'air de l'ennuyer plus que ça. Pourtant, lorsque Ryu – la montagne de muscles sans cervelle – lâcha une saloperie de trop sur Grover et que j'étais comme par hasard au bon endroit au bon moment, je fis comprendre de la manière élégante et gracieuse qui était ma signature– un couteau sous la gorge, il n'y a que ça de vrai pour résoudre les problèmes – que Grover n'était pas là pour se faire enquiquiner par des brutes épaisses. C'est à partir de ce moment-là qu'il commença à être empli de dévotion envers moi et à ne plus me lâcher d'une semelle. En y réfléchissant bien, c'était mon premier vrai ami.
Plus haut, j'ai dis que Grover avait été l'élément déclencheur de ma libération.
Je vais vous expliquer.
J'étais en mission pour l'Italie cette fois-ci et sur le territoire américain, dans le New Jersey pour être exact. Je n'ai pas le droit de vous dire ce que j'y ai fais, mais je suis sûre que vous avez une très bonne imagination qui vous donnera une idée approximative. Je travaillais toujours en solo, la présence de Grover n'était marquée que par sa voix qui sortait de mon oreillette.
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La première chose à laquelle je songeais lorsque je repris connaissance fut : où avais-je donc fichu mon pistolet ?
J'embrassais du regard la pièce sombre dans laquelle je me trouvais. Pas de fenêtres, des murs nus, gris, une ampoule également nue qui pendait tristement du plafond, un sol en lino déchiré par endroits, une porte entrouverte de style bunker. Je n'avais, par contre, aucune fichue idée d'où je me trouvais. Je me souvenais juste que j'étais en mission dans le New Jersey. Et, en orientant mon regard vers le coin le plus sombre de la petite pièce, j'aperçu une forme adossée au mur. La silhouette était avachie sur le sol et une ombre sombre s'écoulait d'elle sur le lino noir. Je plissais les yeux, tentant de savoir comment je m'étais débrouillée pour me retrouver dans une pièce comme celle-ci avec pour seule compagnie un cadavre. Je ne me souvenait pas d'avoir tué quelqu'un. Et pourtant, il semblerait que je l'avais fait.
Je me relevais doucement et me mis sur ses pieds avant de remarquer mon revolver à quelques centimètres du corps. Je m'approchais pour le ramasser et remarquais dans le même temps que j'avais les mains et les avant-bras couverts d'un liquide rouge et poisseux. Je grimaçais. Je m'essuyais machinalement sur mon treillis camouflage et me dirigeais vers la porte entrouverte. Je laissais une empreinte rouge sur la poignée en métal tandis que je l'ouvrais en entier, faisant grincer les charnières. De l'autre côté, il y avait un long couloir sombre et humide – j'entendais un bruit de goutte-à-goutte derrière les autres portes du couloir. Je marchais durant cinq minutes avant d'arriver au bout du couloir.
La porte était fermée par un cadenas.
Je soupirais, sortais son revolver et tirais une fois. Le cadenas tomba au sol dans un bruit métallique. J'attendais un moment, au cas où quelqu'un était derrière la porte.
Aucun bruit.
J'aurais pu utiliser ma télékinésie mais j'avais pour ordre de ne m'en servir qu'en cas de danger immédiat.
J'ouvrais et me retrouvais dehors, dans un décor des plus troublants. J'étais au beau milieu d'une forêt, mais n'avais aucune idée de comment j'étais arrivée là. J'activais mon oreillette.
- ...méro 1 ?! grésilla une voix furieuse. Numéro 1, répondez, bon sang !
Je fus surprise de ne pas entendre la voix de Grover mais ne fis aucun commentaire. Par contre, je levais les yeux au ciel. Mon interlocuteur ferait bien de se remettre avec sa femme, la rupture le rendait encore plus sanguin et énervé qu'auparavant.
- Je suis là, colonel.
Je jetais un coup d'œil aux arbres qui m'entourait.
- Où ça, là ?
Je fronçais les sourcils. Eh ben en voilà une question, quelle est bonne... Où étais-je ?
- Comment ça, où ? Vous n'arrivez pas à me localiser par satellite ?
- Non, vous avez disparu des radars. Mais vous ne savez pas où vous êtes, numéro 1 ?
J'observais le ciel bleu et pur d'été, puis de nouveau les grands arbres. Il faisait beau ce jour-là. C'était différent de l'été japonais et j'avouais trouver cela agréablement nouveau.
- J'en n'en ai pas la plus sombre idée.
Je commençais à marcher.
- Je vais me rends dans la ville la plus proche, je vous rappellerais à ce moment-là. Terminé.
Et je me mis en marche. Le sol était inégal, sec, aucun nuages ne tachaient le ciel de leur couleur blanche. Un ou deux arbres étaient étendus sur le sol, frappés par la foudre. Je les escaladais d'un bond et continuais mon chemin. L'air sentait bon. On ne voyait pas à deux mètres tant la forêt était dense, et je me sentais comme perdu dans un rêve. En occultant le fait que j'étais presque couverte de sang, j'aurais presque pu apprécier cette promenade et m'imaginer être une simple randonneuse. Je ne marchais pas très longtemps, à peine trente minutes, avant de trouver un premier bâtiment.
- ...?
Pourquoi est-ce que le bâtiment en question était une construction qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à un temple antique ? Je continuais de marcher, curieuse de voir ce que j'allais trouver. Je ne savais pas qu'il y avait des vestiges grecs en Amérique. Était-ce au moins possible ? Je n'en savait rien. Je dépassais le temple et me retrouvais au milieu d'un espèce de U composé d'une dizaine de bâtiments plus ou moins grands. J'avais cru entendre des voix, lorsque j'étais dans la forêt, et en conclu que c'étaient celles des dizaines et des dizaines d'adolescents qui courraient un peu partout. J'en vis plusieurs avec des épées et des armures antiques.
- Qu'est-ce que c'est ? marmonnais-je. Une colonie de vacance à thème ?
Je battis en retraite sous le couvert des arbres. Si un des adolescents m'apercevaient, avec mes vêtements et ma peau couverte de sang, j'étais sûre de perdre ma couverture. Étonnamment, je n'avais pas fait dans la finesse ce coup-là. En temps normal, je ne me retrouvais jamais dans cet état. J'aimais faire mon job proprement Je m'enfonçais dans la forêt en cherchant à contourner la colonie. En chemin, je surpris plusieurs patrouille d'adolescents qui guettaient à la lisière de la forêt. Je fronçais les sourcils. J'avais l'impression de me voir lors de mes premières missions. Ces jeunes gens étaient-ils soldats ? Des guerriers à peine sortis de l'enfance, à la solde de leur gouvernement ? Je n'avais pourtant jamais entendu parler de personnes comme moi. Je pensais être seule. Et je n'osais imaginer que d'autres enfants aient été dans mon cas. Mais je me trompais peut-être. Sûrement même. Je ne voulais pas envisager que quelqu'un ait effectuer des recherches comme celles que j'avais subit sur d'autres enfants. Je me mis à courir, sans bruits, et arrivais à un espèce de portail devant un immense pin. D'ici, je pouvais entendre des voitures. La route n'était pas très loin. Je m'arrêtais un instant et imaginais comment j'allais bien pouvoir confisquer un véhicule dans mon état.
Qui confirait sa voiture à une jeune fille couverte de sang ?
