Chapitre 2 : Le début du chemin
De son côté, Riza venait d'apprendre que, le lendemain, elle recevrait un nouveau rein. Cependant, quand elle voulut en savoir plus sur le donneur, elle se heurta à un mur. Elle était peut-être faible, mais ses capacités cérébrales étaient intactes. Elle attendit que le médecin sorte pour demander à Havoc, qui se trouvait là.
« Vous n'avez pas appelé le colonel, n'est-ce pas ? »
Havoc la fixa de ses yeux bleus et répondit avec toute la sûreté de lui-même dont il était capable.
« Non, pas du tout, mais j'ai entendu dire qu'il y avait eu un accident et que quelqu'un était mort aux urgences… »
Riza parut le croire, mais ne se départit pas totalement de ses soupçons. Une fois qu'il l'eut laissée seule, elle réfléchit un long moment mais ne parvint pas vraiment à se prouver à elle-même qu'il ne disait pas la vérité. Après tout, les lois étaient strictes, le receveur d'une greffe ne devait pas connaître le nom de son donneur sauf dans quelques cas. Si ses deux subordonnés avaient transgressé ses ordres, elle leur ferait comprendre leur douleur. Il était assez tard lorsqu'elle s'endormit, mais elle fut à peine dérangée par les allers et venues des infirmières qui contrôlaient ses constantes. Elles la réveillèrent vers huit heures du matin pour la préparer…
Mustang, de son côté, avait eu un sommeil agité, peuplé de rêves difficiles et de visions du passé. Riza y tenait une bonne place, il la revoyait jeune fille aux côtés de son père, puis dans l'armée à ses côtés. Il fut tiré de son sommeil léger par une infirmière qui vint le préparer pour se rendre à la salle d'opération. Il avait été convenu qu'il serait endormi avant d'y arriver, ainsi que Riza car, les salles étant contigües, elle aurait pu le voir. La dernière pensée qu'il eut avant de sombrer dans le sommeil fut pour elle, et tout devint noir…
Chacun d'eux reprit conscience dans une salle de réveil différente, plus de six heures après. Mustang tenta de bouger, mais une douleur cuisante le cloua à son lit. Sa bouche était pâteuse, son corps comme enfoui dans du coton mais il respirait bien et son cœur battait normalement. Il cligna des yeux et une main ôta la lampe qui se trouvait au dessus de lui.
« Vous avez mal ? « , interrogea l'infirmier qui se trouvait là.
Il n'eut la force que de hocher la tête, et il sentit qu'on lui faisait une injection dans l'épaule. La douleur s'estompant, il parvint à questionner l'infirmier :
« Riza Hawkeye…elle est vivante ? »
L'infirmier lui sourit, sortit un instant pour interroger son collègue et revint :
« Oui, elle est dans l'autre salle, elle dort encore mais tout s'est bien passé pour elle aussi… »
Il eut un sourire soulagé, et s'autorisa de nouveau à sombrer dans le sommeil…
Riza se réveilla deux heures après lui, encore sous l'effet de l'anesthésie mais le bas du dos tout de même un peu douloureux. Elle erra entre conscience et sommeil pendant un bon moment, et entendit à peine le chirurgien venir voir ses constantes. Quand elle ouvrit réellement des yeux clairs, l'infirmier lui demanda si elle avait mal, mais elle parvint à lui répondre que c'était supportable, elle devait encore être sous l'effet de l'anesthésie. Son cœur battait normalement, elle respirait…elle était vivante ! Cela en soi était un vrai miracle au vu de son état précédent et elle sentit ses yeux se tremper de larmes. Cependant, encore sous le choc de l'opération, elle se rendormit, les pensées encore confuses…
Fuery et Havoc, à la fin de leur service, s'étaient précipités à l'hôpital, mais ils durent encore attendre un bon moment avant que Mustang et Hawkeye soient remontés dans leurs chambres respectives. Dès qu'on leur en donna l'autorisation, Fuery se dirigea vers la chambre de Mustang alors qu'Havoc allait rendre visite à Hawkeye. Il la trouva encore à demi inconsciente mais sa peau se colorait normalement pour la première fois depuis des semaines. Quand elle le vit, une étincelle de colère enflamma son regard et elle lui dit d'une voix faible bien que teintée de courroux :
« Où est-il ? »
Havoc eut une sueur froide mais se força à répondre sur un ton calme :
« Mais qui donc ? »
A part lui, il pensa que même après une opération pareille elle gardait son caractère vif et coléreux. Il se maîtrisa suffisamment, lui sourit et lui tendit une peluche qu'il avait achetée. Il la posa sur sa table de nuit mais elle répondit sur le même ton :
« Lui…Mustang ! »
Il tenta encore la dénégation :
« Mais il est dans l'Ouest, comme vous le savez aussi bien que moi enfin… »
Mais elle n'en croyait pas un mot, elle l'avait vu par la baie vitrée qui séparait les deux salles d'opération dans un sursaut de conscience avant de s'endormir tout à fait. Ce rein providentiel, c'était lui !
Son regard s'étrécit et elle dit avec effort :
« Je vous maudis de l'avoir mêlé à tout ça, je vous ferai payer ça ! »
Havoc croisa les bras :
« Vous pourrez nous dégrader, nous faire faire toutes les corvées de chiottes que vous voudrez, au moins vous serez vivante pour le faire et c'est bien ça l'essentiel… »
Elle n'avait pas la force de lutter après une opération aussi lourde, aussi se laissa-t-elle aller davantage contre ses oreillers.
Havoc ajouta en s'asseyant près d'elle :
« Voilà, plus vous serez raisonnable, plus vous vous remettrez vite et vous pourrez nous punir de la façon qui vous paraîtra la meilleure… »
Après tout, ça valait la peine de se prendre des corvées, en tout cas plus la peine que de subir le courroux de Mustang, quatre fois pire.
Il ouvrit un livre et commença à lui faire la lecture, alors qu'elle fermait les yeux…
Fuery, lui, trouva Mustang entièrement réveillé et remarquablement en bon état après l'opération. Le colonel était occupé à manger une sorte de gélatine au goût indéfinissable mais qui lui permettrait de reprendre un peu des forces. Il était un peu pâle mais il paraissait bien, même si son regard sombre était encore un peu vague.
« Comment ça va ? », le questionna-t-il.
Mustang sourit légèrement et répondit :
« J'ai connu mieux mais ça va… »
Pourtant, son esprit était tourné tout entier vers Riza, qui devait être réveillée.
« Avez-vous des nouvelles ? », interrogea-t-il.
Fuery secoua la tête :
« Non, pas encore, mais j'ai su qu'elle s'était réveillée sans encombre. Havoc est avec elle en ce moment… »
Mustang hocha seulement la tête et se repositionna en retenant une grimace. Il tendit une enveloppe à Fuery :
« Vous porterez cela au service du personnel du quartier général, puisqu'à présent je suis officiellement en congé maladie… »
Fuery prit le papier et le glissa sous sa vareuse d'uniforme. Il demanda :
« Vous voulez quelque chose, mon colonel ? »
Mustang hocha la tête et dit :
« Oui, que vous alliez me chercher un journal, je n'ai pas pris assez de lecture. Mon portefeuille est dans mon manteau, là… »
Fuery le prit et sortit. Mustang put alors s'autoriser un énorme soupir. Riza allait très probablement mal le prendre si d'aventure elle venait à l'apprendre, mais il la connaissait assez pour savoir qu'elle finirait par se calmer. Enfin, il l'espérait…
Fuery revint et lui tendit un exemplaire du Central Times. Il le prit, le posa sur sa table de nuit et essaya de se servir de l'eau, mais il n'avait pas encore retrouvé sa coordination de mouvements et le liquide se répandit sur le sol. Fuery ne dit rien, mais il ramassa le gobelet, nettoya l'eau et lui tendit le verre rempli en l'aidant à boire. Se sentant un peu humilié, Mustang ne dit cependant rien.
On frappa alors, et Havoc apparut, décomposé.
« Elle sait, colonel, elle vous a vu ! », s'écria-t-il.
Fuery changea de couleur, et s'écria :
« Elle va nous tuer ! »
Mais Mustang eut un geste d'apaisement :
« Pas de panique, expliquez-moi comment elle l'a su… »
Havoc expliqua qu'en fait l'anesthésie n'était pas complète lorsqu'elle était arrivée dans la salle d'opération et qu'elle l'avait aperçu par la vitre. Mustang resta silencieux mais ne dit rien de plus. Lui, le scientifique, ne croyait pas au destin, mais ce qui venait de se passer y ressemblait bien. Cependant, il dirait sa façon de penser à l'anesthésiste. Enfin, mieux valait peut-être qu'elle sache la vérité…
Le regard sombre de Mustang alla de Fuery à Havoc, et il leur dit :
« Nous aviserons, pour l'instant nous devons nous remettre tous les deux… »
Ce fut la douleur qui réveilla Hawkeye plusieurs heures plus tard. Le soleil couchant dardait ses rayons sanguins, faisant des motifs étranges sur les murs blancs. Avait-elle dormi si longtemps ? Elle s'aperçut qu'elle était seule, Havoc avait très probablement battu en retraite. Après tout, il avait mérité de se faire réprimander, comment avait-il osé mêler Mustang à tout ça ? Fuery aussi devait être dans le coup, elle le ferait comprendre leur douleur et apprendre ce que signifiait le terme « obéir aux ordres ».
Le pire, c'est que le colonel était compatible et lui avait donné son rein ! Une partie de lui était donc à présent en elle, et lui permettrait de survivre. Par quel hasard étrange était-il si compatible avec elle, d'ailleurs ? Encore un mystère de plus.
Bon, elle n'était pas à l'abri d'un rejet, mais elle vivrait plus longtemps qu'en restant sous dialyse. Par contre, elle ne se pardonnait pas qu'il ait risqué sa vie pour sauver la sienne, c'était elle qui devait le protéger et pas l'inverse. Etait-il subitement devenu fou pour accepter de donner un de ses reins pour elle ?
Deux larmes pointèrent à ses yeux, mais elle les essuya d'un geste. Il lui restait à vivre, tout simplement, vivre en ayant conscience d'avoir une part de l'être aimé en elle et de lui devoir la vie…
Les jours qui suivirent, leur convalescence se poursuivit, même s'ils furent très surveillés. Hawkeye commença son traitement aux immunosuppresseurs, et l'on gava Mustang d'anti inflammatoires ainsi que d'antibiotiques. Rapidement, l'inaction lui pesa, mais Fuery et Havoc lui amenèrent assez de livres de la bibliothèque centrale pour l'occuper. Hawkeye, de son côté, recouvrait lentement ses forces. Pourtant, elle avait hâte d'aller mieux pour pouvoir aller dire elle-même à Mustang ce qu'elle pensait, il ne s'en tirerait pas comme ça.
Le médecin se montrait très optimiste pour elle, il lui annonça deux jours après la greffe que sa fonction rénale se rétablissait, lentement mais sûrement. Elle n'était pas encore en dehors de tout danger, mais il pensait qu'elle était sur la bonne voie. Cependant, elle serait surveillée toute sa vie à cause du fait qu'un rejet pouvait survenir des années après.
De son côté, Mustang guérissait bien plus rapidement. Doté d'un excellent métabolisme, il cicatrisait parfaitement. Il détestait l'inaction, mais il n'eut pas le choix, il dut rester allongé par précaution.
Un après-midi, six jours après son opération, Hawkeye fit demander un fauteuil roulant, puis demanda à l'infirmière le numéro de la chambre de Mustang. Elle l'aida à s'installer dans le fauteuil, puis la poussa jusqu'à la chambre, devant laquelle elle la laissa en disant :
« Sonnez quand vous voulez rentrer, et ne restez pas trop longtemps… »
Riza obtempéra, puis frappa. A l'assentiment verbal de Mustang, elle entra. Il avait le nez dans son journal et dit distraitement :
« Entrez et posez ça là… »
Prenant garde de ne pas emmêler les tuyaux des perfusions dans les roues, elle s'avança près du lit et déclara froidement :
« Je n'ai rien à déposer, mais nous avons à parler… »
Entendant sa voix, il releva rapidement la tête et interrogea:
« Riza.. lieutenant Hawkeye…que faites-vous ici ? »
Son regard doré flamboya.
« Comme si vous ne vous en doutiez pas !! Je sais que c'est vous qui m'avez donné un rein parce que mes deux stupides subordonnés vous ont appelé. Je ne sais pas par quel hasard vous étiez compatible mais…mais… »
Elle passa rapidement de la colère au désarroi, et deux larmes jaillirent de ses yeux. Tout se mélangeait en elle et elle oublia tout ce qu'elle voulait lui dire, tout ce qu'elle avait ruminé ces derniers jours, face au regard d'obsidienne de Mustang. Il était resté imperturbable pendant tout le temps qu'elle parlait et il répondit calmement :
« Vous savez très bien pourquoi je suis là, et, si l'anesthésiste avait bien fait son travail vous ne l'auriez jamais su. Quoi qu'il en soit, je n'allais pas vous laisser mourir et, vu que j'étais compatible, c'était la meilleure option… »
Il exposa calmement son point de vue, sans laisser passer la moindre émotion, comme s'il expliquait quelque chose de parfaitement logique qui n'avait rien à voir avec son intégrité physique. Lentement, il s'assit sur le lit et prit sa main dans la sienne.
« Cette fois, vous ne pourrez pas vous enfuir… »
Il eut un léger sourire mais poursuivit sérieusement :
« Quelle idée de ne pas vouloir me prévenir ! Avez-vous pensé à ce que je ressentirais si j'apprenais que vous êtes morte sans que j'aie pu vous revoir et tenter quoi que ce soit pour vous sauver ? »
Il plongea son regard dans le sien et il y eut un long silence. Que pouvait-elle répondre à cela ? Cependant, elle si forte, elle n'eut pas le courage de soutenir son regard et se détourna.
« Je ne voulais pas que vous vous sentiez obligé de faire quelque chose pour moi, et surtout pas ça… si vous avez pu penser que vous aviez une dette envers moi ou mon père, vous aviez tort…», finit-elle par dire.
Le simple contact de sa main provoquait en elle un émoi tel qu'elle avait peine à garder les idées claires. Etait-elle si stupide pour se laisser submerger par ses émotions ? Et pourtant, si proche de lui, elle ne pouvait s'en empêcher.
« Et pourtant je l'ai fait, reprit-il, je l'ai fait pour que vous viviez, au delà même de votre obstination à vouloir me tenir en dehors de cela, parce qu'un monde où vous n'êtes plus ne m'est pas envisageable… »
Comprenant ce qu'il venait de dire, elle releva la tête et le regarda de ses yeux dorés encore humides. Alors, il avança l'autre main et caressa doucement ses cheveux blonds dénoués. Cette fois, elle le laissa faire, permettant à sa grande main douce frôler la surface de sa chevelure. Et elle comprit, enfin…
« Un monde où vous ne seriez pas me serait…insupportable… », dit-elle d'une voix tremblante.
Un sourire fendit lentement le visage de Mustang.
« Nous avons une longue route à faire, mais nous sommes sur la bonne voie… », dit-il doucement en serrant davantage sa main dans la sienne…
SUITE ET FIN (mais en est-ce réellement une ?) dans l'épilogue
