Chapitre 1 :
Now five years later she has the world at her feet

Entre les cours, les couloirs abritant les casiers des sophomores* étaient les couloirs les plus remplis au lycée McKinley. Joignant l'entrée principale au bureau du Principal dans une direction et aux escaliers menant au deuxième étage dans l'autre, avec des ramifications qui menaient à la cafétéria, au gymnase et à l'auditorium, c'était toujours plein de monde.

Parfois, il était impossible de se frayer un chemin à travers la foule, c'était trop dense et lent, et essayer ne vous amènerait qu'à vous faire bousculer en retour, peut-être suffisamment fort pour vous faire atterrir sur les fesses à terre, offrant ainsi à tous un divertissement. Et cela n'arrivait que si vous bousculiez un élève ordinaire. Essayez de vous frayer un chemin devant quelqu'un d'important et vous ne vous retrouveriez pas simplement hébété et vous demandant pourquoi vous êtes sur le linoléum sale vous vous demanderiez aussi où sont passées vos chaussures, votre argent pour le déjeuner, et, s'il s'avère que vous partagez un cours avec un des élèves populaires, peut-être aussi un devoir qu'ils n'auraient pas eu le temps de faire.

Marcher le long de ces corridors était comme s'exposer aux coups quotidiennement les ballons de football passaient par-dessus les têtes, les élèves étaient poussés contre les casiers, les ragots et les insultes remplissaient l'air et personne, personne ne s'écartait du chemin des autres…

C'était horrible.

Probablement.

Honnêtement, elle ne pouvait pas le savoir, parce que dés qu'elle tournait au coin du couloir, se dirigeant vers son casier avant le dernier cours comme tout le monde, la foule bougeait.

Pour Quinn Fabray, tout le monde s'écartait du chemin.

Ce n'était pas comme un mouvement chorégraphié où dés qu'ils la voyaient, la foule reculait respectueusement contre les murs – bien que ça aurait été génial, quoiqu'un peu bizarre. C'était plutôt que tout le monde savait quand faire un pas sur le côté ou s'éloigner de leur précédente trajectoire pour éviter d'être sur son chemin.

C'était le meilleur sentiment au monde, cette preuve de son pouvoir et le contrôle qu'elle avait dans cette école. C'était quelque chose qu'elle avait désiré depuis longtemps et maintenant qu'elle l'avait, peu importe combien de temps cela allait durer, elle n'allait jamais, jamais s'en lasser.

Le truc, cependant, était de s'assurer que personne ne réalise à quel point elle aimait cela, parce que si quelqu'un le savait, cela deviendrait une faiblesse. Quelque chose qui pourrait être utilisé contre elle. Quelque chose qui pouvait être exploité pour l'évincer de la position convoitée au sommet de la hiérarchie de McKinley. Quelque chose qui pourrait réduire à néant tout ce pour quoi elle avait travaillé.

Et, évidemment, c'était quelque chose qu'elle ne laisserait jamais arriver.

Elle marchait donc dans ces couloirs avec un masque d'indifférence, gardant tout véritable plaisir à la vue de ces formes de vie inférieures se précipitant hors de son chemin bien au fond d'elle, parce que si les gens ne pouvaient pas voir ce sentiment sur son visage, alors ils ne pourraient jamais suspecter qu'il était là. Les personnes autour d'elle regardaient rarement en dessous de la surface, en particulier lorsque la surface en question était aussi belle à regarder que la sienne.

Cela devenait plus difficile ces temps-ci, cela dit. Découvrir que vous êtes enceinte après une stupide, stupide et alcoolisée aventure d'une nuit (qui n'avait même pas duré toute une nuit) était sans doute assez suffisant pour faire perdre son sang-froid même à quelqu'un avec le plus grand calme, non ? Et les nausées matinales – un développement tout nouveau et entièrement déplaisant – s'étaient déjà révélées être une saloperie à cacher… Mais elle pouvait le supporter. Elle devait le supporter parce que personne d'autre ne le ferait à sa place. Personne ne le faisait jamais.

En parler à Finn avait aidé, ceci dit ils en avaient parlé durant le week-end et il lui avait promis de rester à ses côtés et de la soutenir, peu importe la décision qu'elle prendrait. Elle était déçue qu'il n'ait pas directement fait ce qu'il fallait faire, c'est-à-dire lui demander sa main il était encore suffisamment tôt pour que, en se mariant tout de suite, ils puissent convaincre tout le monde que le bébé avait été conçu lors de la lune de miel, mais la culpabilité qu'elle ressentait l'empêchait d'insister là-dessus.

De plus, et s'il avait refusé ? Elle ne pouvait pas se permettre de le faire fuir.

Au moins, Puck s'était fait oublier après son explosion initiale. Il l'avait évitée toute la journée. Il avait dû retrouver ses esprits pendant le week-end, réalisant que s'il gardait sa langue dans sa bouche, il pouvait s'en tirer avec sa petite erreur et, honnêtement, elle n'avait pas choisi Finn pour laisser Puck se tirer d'affaire elle avait menti parce que Finn était le meilleur homme pour cette situation, mais elle ne blâmait pas Puck pour choisir l'échappatoire qu'elle lui offrait.

Elle aurait juste souhaité qu'il y en ait une pour elle aussi.

Mais il n'y en avait pas elle allait avoir un bébé et il faudra qu'elle fasse avec. La seule chose qu'elle avait encore en son contrôle était de minimiser la quantité de dégâts que cela provoquerait dans sa vie. Son futur était foutu maintenant, elle n'avait pas le choix, elle ne quitterait pas la ville. Avoir un enfant à seize ans était juste un raccourci pour une vie adulte à Lima, royaume des losers.

Mais il n'y avait aucune chance pour qu'elle laisse ce bébé foutre en l'air son présent aussi. Les choses se déroulaient bien maintenant, vraiment bien, et une erreur commise sous l'emprise de l'alcool n'allait pas lui enlever cela. Il suffisait de ne le dire strictement qu'à ceux qui devaient le savoir. Finn devait le savoir, et c'était tout. Puck et Mme Schuester étaient imprévisibles, mais Puck n'avait rien à gagner à dévoiler son secret, et Mme Schuester avait tout à perdre. Personne d'autre n'avait besoin de le savoir. Et quand elle ne pourrait plus le cacher physiquement… eh bien, elle avait toujours quelques mois devant elle pour trouver des excuses concernant les vêtements amples et son absence aux entraînements des cheerleaders.

Duper l'école était la partie la plus simple, à vrai dire. Sa plus grande crainte était de savoir comment garder ses parents dans l'ignorance une fois que sa situation commencerait à se voir… En résolvant cela, son château de cartes serait inébranlable.

En attendant, sauver les apparences était la chose la plus importante qu'elle puisse faire et donc elle marchait au milieu de chaque couloir, prétendant ne pas remarquer comment les freaks et les geeks faisaient un pas de côté, se déplaçaient ou filaient hors de son chemin, son air de supériorité et son masque d'indifférence ne faiblissant jamais. Elle avait passé des années à dresser une façade de calme imperturbable pour cacher sa douleur, ses insécurités, sa solitude, et elle n'en avait jamais eu plus besoin. Il aurait fallu qu'une bombe explose ou qu'il y ait une catastrophe naturelle pour faire glisser son masque maintenant—

Une vague froide et humide s'engouffra dans son oreille gauche et sur le côté de son cou, sa force brûlant puis engourdissant sa peau.

Quoique, oui, recevoir un Big Quench sur le côté de la tête pouvait faire glisser son masque aussi !

Quand elle eut finit de haleter sous le choc glacial qu'était son premier slushie facial, elle se tourna pour voir qui avait osé être aussi stupide.

C'était cet idiot, le joueur de hockey, c'était quoi son nom déjà ? Ah, oui.

« Qu'est-ce qu'il te prend, Karofsky ? » Elle poussa le sportif dans la poitrine, son calme cédant la place à l'indignation.

Sa colère lui donna la force nécessaire pour faire reculer son solide corps massif d'un demi-pas et il rit en s'excusant.

« Désolé, Fabray, c'était pas censé être pour toi. Mais tu avais été avertie. Tu traînes tellement avec les losers, ces derniers jours, que ça devient difficile de te distinguer d'eux.

– De quoi tu parles ? »

Regardant autour d'elle, elle vit Rachel Berry se tenant devant son casier, choquée, gelée et dégoulinante. Elle avait visiblement été victime de plusieurs slushies. Deux autres gars tenaient des gobelets vides et se tapaient dans la main et la blouse blanche style maîtresse d'école de la jeune fille était tâchée de rouge cerise, de mauve raisin et de vert citron – elle ressemblait à du vomi multicolore. Quinn eut un petit sourire satisfait en voyant cela et la façon dont la glucose-fructose coulait toujours du visage de Berry, jusqu'à ce que des cristaux de glace ne glissent en dessous du col de son propre uniforme, lui rappelant qu'elle n'était pas un simple témoin de la scène.

Elle se tourna vers Karofsky de nouveau. « Je ne trainais pas avec elle, espèce d'abruti, je passais devant elle. »

Karofsky leva les mains en reculant. « Eh bien, peut-être que t'aurais pas dû passer si près. »

Après s'être de nouveau tapé dans la main, les idiots partirent, se mélangeant avec les autres élèves se dépêchant toujours pour aller en cours.

Soupirant impatiemment, Quinn enleva la glace coincée dans son oreille à l'aide d'un doigt. Elle n'avait même pas remarqué qu'elle passait devant la naine. Le couloir était rempli et elle était perdue dans ses pensées, et pour tout dire, les seules fois où elle remarquait où se trouvait Rachel Berry étaient lorsque celle-ci tournait autour de Finn. À part cela, qui cela intéressait ?

En parlant du loup… « Hé, qu'est-ce qu'il s'est passé ? On était en train de parler, et soudain tu n'étais plus là. »

Quinn le fusilla du regard pour n'avoir même pas remarqué qu'elle s'était arrêtée, avant de se rappeler qu'ils n'étaient pas tous seuls. Elle radoucit son expression mais ne put empêcher l'agacement percer dans sa voix alors qu'elle pointait le côté de sa tête.

« Que crois-tu qu'il s'est passé ? Karofsky et ses potes m'ont slushiée.

– L'enfoiré ! » C'était gratifiant de voir le visage de Finn devenir tout rouge et furieux pour elle. « Je vais lui défoncer… Oh merde, Rachel ! »

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il remarqua l'adolescente, dont les cheveux et les vêtements suintaient toujours de glace parfumée.

« Ça va, lui assura Berry, claquant des dents derrière son sourire tendu. Je suis juste désolée que Quinn se soit retrouvée éclaboussée parce que j'étais trop près d'elle au moment de l'impact. »

Quinn leva les yeux au ciel. « Bien sûr.

– Je le suis !

– Hé, elle l'est, Quinn, ça se voit ! »

Ce qu'elle voyait, c'était qu'elle venait d'être heurtée à l'oreille par le contenu d'un large gobelet de glace à cause de Rachel Berry et que son petit-ami était en train de prêter une attention exagérément inquiète à la mauvaise fille.

« Est-ce que tu as des vêtements de rechange avec toi ? lui demanda-t-il.

– Bien sûr, je garde toujours une tenue supplémentaire dans mon casier. J'aime être préparée à toute éventualité qui pourrait surgir durant la journée scolaire. On ne sait jamais quand… »

Quinn se racla la gorge ostensiblement.

Finn se tourna vers elle immédiatement. « Euh, est-ce que tu as… ?

– J'ai un uniforme propre, oui. Tu ne devrais pas être en cours ? On est déjà en retard, alors si en plus aucun de nous n'est là, ils vont penser qu'on est en train de sécher délibérément.

– Euh, ouais, je suppose. » Finn jeta un regard en direction de la salle de classe mais hésita, alternant son regard entre Berry et elle. « Mais, euh, est-ce que vous avez besoin de mon aide d'abord pour quoique ce soit ? »

Quinn lui lança un regard plein de mépris. « Si par aide, tu veux dire aider RuPaul* à enlever ses vêtements, je pense que tu vas trouver l'expérience extrêmement décevante. »

Berry était tournée vers son casier mais elle rentra un peu plus les épaules à la remarque.

« Quinn, commença le garçon, et elle sut qu'il allait la réprimander pour être aussi méchante.

– Ça ira pour Rachel et moi, le devança-t-elle. Va en cours, on te verra au Glee Club. »

Berry regarda par-dessus son épaule, étonnée par son ton aimable, juste au moment où Quinn embrassait Finn. Lorsqu'elle s'écarta, elle rencontra le regard de la brune et le soutint. Berry pâlit sous les trainées de rouge, vert et violet décorant son visage. Quinn lui offrit un petit sourire en coin, laissant sa main glisser amoureusement le long du bras de Finn tandis que celui-ci reculait, un sourire bête peint sur le visage.

Il avait déjà parcouru la moitié du couloir avant de se souvenir de lancer un « A plus tard, Rachel. » distrait par-dessus son épaule.

Quinn maintint le contact visuel, son sourire en coin s'élargissant à chaque seconde que l'adolescente passait à greloter en face d'elle, incapable, semblait-il, de regarder ailleurs, jusqu'à…

« Je pense que celui à la cerise teint les cheveux blonds.

– Quoi ?

– Le sirop de glucose-fructose. Si tu ne le nettoies pas rapidement, ce sera sans doute impossible de le faire partir plus tard. Tu auras une mèche qui va rester rouge. » Le sourire effronté de Quinn se fana. « Cela pourrait être considéré à la mode, je suppose, mais j'ai peur que ça ne finisse par virer à l'orange.

– Eh bien, dépêche-toi, alors, Mains-de-mec ! » Elle clappa des mains et l'autre fille tressaillit, se cognant l'arrière de la tête contre la porte de son casier. « Qu'est-ce qu'on attend ? »

La loseuse sortit rapidement un sac blanc de son casier avant d'en fermer la porte. « Quelques filles gardent une bouteille de shampoing et des lingettes nettoyantes dans les toilettes au fond du couloir.

– Et moi, je garde un éventail complet de nécessaire de toilette, sans parler de mon uniforme de rechange, dans mon casier des vestiaires, riposta Quinn en l'entraînant dans la direction opposée. En plus, » elle la regarda de haut en bas, son sourire en coin revenant en voyant à quel point elle était trempée. « je ne pense pas que des lingettes nettoyantes seront suffisantes cette fois.

– Non. » Berry baissa les yeux vers son corps et Quinn fut surprise de la voir soudain afficher un sourire radieux et amusé. « Je pense que tu as sans doute raison. »

Les vestiaires étaient vides. Dans deux heures, la salle serait remplie de cheerleaders se changeant pour l'entraînement, mais pour l'instant elles avaient la salle pour elles toutes seules.

Quinn alluma la lumière lorsqu'elles entrèrent et elles allèrent directement à son casier. Berry resta devant la porte comme si elle n'était jamais venue dans la pièce avant.

La blonde pointa du doigt le fond de la pièce. « Les douches sont par là.

– Je sais, c'est juste que c'est un peu déconcertant d'être là maintenant. Tu sais, quand il n'y a personne d'autre. Ni d'autres filles, ni de, euh, professeurs.

– Je suis ici avec toi, non ? » dit-elle avant de rire. « Je suppose que c'est ça le problème. » Avec sa serviette sur un bras et ses affaires de douche en main, elle ferma la porte du casier. « Je te promets de ne pas te voler tes vêtements pour les jeter dans les vestiaires des mecs… À nouveau.

– Merci, Quinn.

– Ne t'y habitues pas, parce que cette promesse n'est valable que pour aujourd'hui.

– Je vois. » La brunette avança enfin dans la pièce. « En tout cas, j'apprécie ta bonne volonté de m'accorder un peu de répit pendant que nous… » Quinn arrêta d'écouter et se dirigea vers le fond de la salle. « Tu te douches aussi ? »

Elle n'était pas très enthousiaste à l'idée de se doucher en face de quelqu'un maintenant, pas qu'elle l'ait déjà été, et elle trouvait généralement une bonne excuse pour attendre que la plupart des filles de l'équipe aient fini de se laver avant d'aller elle-même prendre sa douche. Cela ne se voyait pas encore (il était mit sur internet qu'il était encore trop tôt pour cela), mais elle passait la plupart de ses journées à se sentir gonflée et dégoutante. Elle était peut-être plus mince que la plupart des filles de McKinley, mais en face des autres cheerleaders, elle se voyait comme… eh bien, une adolescente ayant une grossesse imprévue.

Mais il n'y avait que Berry à cet isntant, et elle n'avait aucune silhouette pour ainsi dire. De plus, le slushie avait coulé sous le col de son uniforme et dans son soutien-gorge, la laissant avec une sensation d'être glacée, dégoutante et collante. Elle enleva donc son uniforme souillé sans y penser une seconde fois.

« Ouais, bien sûr. Pourquoi ?

– Oh, comme ça. »

Quinn tassa l'uniforme rouge, blanc et noir des cheerleaders en boule avant de le lancer vers les casiers. Le Coach la tuerait si elle le voyait sur le sol, mais il allait falloir le nettoyer à sec, de toute façon. Accrochant sa serviette duveteuse à l'un des crochets, elle entra dans le coin légèrement encastré des douches et appuya sur le premier bouton qu'elle atteignit afin de faire couler l'eau.

Elle se tenait sous le jet, la tête penchée en arrière pour laver son visage lorsqu'elle remarqua que Berry était toujours près de la cloison, regardant fixement le mur du fond.

« Tu vas te doucher habillée ou quoi ? »

La jeune fille sursauta à sa question. « Non, c'est juste que… euh, je pensais que…

– Waouh, Berry, je ne t'avais jamais vue incapable de t'exprimer. L'eau te fait si peur que ça ? Tu ne te laves pas chez toi ?

– Bien sûr que si. Ma routine d'hygiène personnelle est extrêmement minutieuse. »

Alors que Quinn se tournait vers elle pour se moquer, elle vit que la brune était finalement en train d'enlever ses vêtements salis par les slushies. Elle lui tournait toujours le dos lorsqu'elle enleva sa blouse puis, maladroitement, enleva ses chaussettes montantes, oscillant alors qu'elle se tenait en équilibre sur un pied, puis sur l'autre.

Quinn leva les yeux au ciel, puis ne pensa plus à elle, se concentrant sur la tâche de se laver les cheveux, bien décidée à ne laisser aucune trace de slushie à la cerise. Elle en était à son deuxième shampoing, la tête de nouveau inclinée en arrière et les yeux fermés pour éviter la mousse, lorsqu'elle sentit un corps chaud et visiblement nu la percuter.

« Hé ! C'est quoi ce bordel ? » Elle ouvrit instantanément les yeux mais fut aussitôt aveuglée par le savon. Tendant le bras aveuglément, Quinn lui attrapa le bras et la repoussa. « Celle-ci est prise, perverse ! Trouve-toi une autre douche.

– Pardon, pardon, pardon, fit la voix de Berry, rendue aiguë par l'embarras et la panique, résonnant contre les murs. Je ne regardais pas où j'allais.

– Pourquoi ?

– Je te tournais le dos.

Pourquoi ?

– Ça semblait être la chose la plus polie à faire. »

Quinn secoua la tête, mais rinça le shampoing qui se trouvait dans ses cheveux avant de répondre : « Tu agis comme si tu n'avais jamais pris de douche après le cours de gym auparavant.

– Si, c'est juste…

– C'est juste… répéta-t-elle sarcastiquement.

– Rien. Peu importe. Je suis vraiment désolée de t'être rentré dedans.

– Tu peux l'être. »

Elle frictionna ses cheveux pour répartir l'après-shampoing des racines jusqu'aux pointes et laissa ainsi pour l'instant, puis tendit la main pour attraper son gel douche et nota avec un froncement de sourcil que Berry semblait faire de son mieux avec de l'eau claire, frottant son corps avec ses mains.

« Où est ton savon ?

– Je n'ai pas de casier désigné pour pouvoir garder ce genre de choses dedans. »

Cela devait être vrai, seules les cheerleaders avaient droit aux casiers permanents, le Coach Sylvester avait insisté sur ce point.

Elle soupira et secoua la tête ce qu'elle ne ferait pas par charité. Après avoir versé une généreuse portion de gel douche dans sa main, elle l'appela.

« Tiens. »

Et elle fit descendre la bouteille le long de la rangée de douches d'un fluide lancé du bras. Elle lui avait laissé amplement le temps de réagir et attraper le produit, mais Berry parvint malgré tout à le rater. Lever les bras instinctivement n'était pas suffisant quand son regard semblait être collé au mur aux tuiles blanches et refusait de s'en détacher. La bouteille glissa sur l'une des paumes tendues et échappa complétement à l'autre avant de lui percuter les côtes et de tomber sur le sol antidérapant.

Seigneur, elle était tellement bizarre !

« Je croyais que tu étais en quelques sortes une danseuse ? Tu as autant de grâce qu'un hippopotame pygmée qui porte des brassards et des palmes ! » Elle regarda Berry s'accroupir, les yeux fermement dirigés vers le sol, ses cheveux sombres s'emmêlant sur son visage avec la force du jet tandis qu'elle se dépêchait de récupérer le gel douche, bredouillant des excuses pour sa négligence. Quinn sourit presque à voir quelle pauvre fille elle était. « Tu as intérêt à ne pas l'avoir cassé.

– Non, non, c'est bon. » Se relevant, elle se détourna complétement de Quinn en ouvrant le flacon. « Merci pour me laisser t'en emprunter un peu. C'est très gentil de ta part.

– Oui, ça l'est. » Elle soupira de nouveau et lui fit une autre offre. « Cependant, si tu veux m'emprunter du shampoing et de l'après-shampoing, tu peux venir et les prendre. Ils coutent bien trop chers pour être jetés par terre.

– C'est toi qui l'as jeté par terre. » Son ton défiant était à peine audible par-dessus les deux pommes de douches qui fonctionnaient. « En fait, tu l'as lancé sur moi et ensuite il est tombé par terre.

– Je te l'ai lancé, et doucement d'ailleurs. T'es tellement bizarre ! Tu ne voulais pas regarder par ici et faire un rattrapage qu'un enfant de cinq ans aurait pu réussir. » Souriant avec satisfaction, elle ajouta : « Y a-t-il une raison pour que tu ne puisses pas me regarder là, tout de suite, Berry ? Quelque chose dont je devrais m'inquiéter ? »

Elle avait dit cela sans y penser, parce que mettre Rachel Berry dans une situation inconfortable lui était toujours venu naturellement. Ce n'était même pas une de ses meilleures répliques en fait, c'était même absurde : tout le monde savait qu'elle craquait grave pour Finn. L'irritante naine n'avait même pas la décence d'essayer de le cacher. Lorsque la jeune fille n'en rit pas pour le nier et qu'elle ne dit rien du tout, Quinn haussa un sourcil vers elle.

« Tu sais ce qu'on dit, n'est-ce pas, le Yéti ? Seuls ceux qui veulent regarder n'osent pas regarder.

– Je suppose que c'est logique. Ceux qui ne veulent pas regarder ne réaliseront même pas qu'ils sont en train de regarder. »

Avec cette simple phrase, Quinn eut l'impression qu'on lui avait coupé l'herbe sous les pieds. Ce n'est pas comme si elle avait prévu de lui faire comprendre la leçon comme elle avait elle-même dû la comprendre après sa première compétition de gymnastique – la première où elle n'avait pas pu attendre pour prendre sa douche à la maison – mais que la leçon ait été comprise aussi facilement par l'autre fille la laissait incertaine de ce qu'elle devait faire maintenant.

« Euh, ouais, exactement.

– Je n'ai pas peur de te voir nue, Quinn. Je crois juste qu'une douche, c'est privé.

– Oh. » C'était ridicule. Rachel Berry était sur la défensive, en quoi était-ce acceptable ? « Pourquoi, qu'est-ce que tu as à cacher ?

– Rien. »

Sa réponse était venue un peu trop rapidement et un peu trop tendue, pour aucune autre raison probablement que le fait qu'elle était gênée d'être seule avec elle. Quinn rit dans sa barbe à l'idée de repérer une faiblesse qu'elle pourrait exploiter.

« Tu n'as pas l'air très sûre. » Il n'y eut aucune réponse, si ce n'est la posture de Berry se raidissant un peu plus tandis qu'elle gardait le visage détourné, ce qui rendait cela trop facile. Mais trop facile, cela pouvait être drôle. « Allez, qu'est-ce que tu ne veux pas que je voie, RuPaul ? Tu as un troisième nichon ou un truc du genre ? »

Elle laissa le silence embarrassant durer une minute entière avant d'amplifier la tension par un :

« Oh mon Dieu, ne me dis pas que c'est ça. Alors j'avais raison depuis le début ?

– Quoi ? Je ne… Raison à propos de quoi ?

– Tu es vraiment une transsexuelle, pas vrai ! »

Berry ne fit pas grand-chose de plus que de bafouiller des syllabes incohérentes d'indignation, prenant son accusation comme sincère, puisque, ne voulant toujours pas se retourner, elle ne pouvait voir le sourire méchant de Quinn.

« C'est incroyable. Je veux dire, je m'en étais toujours douté, mentit-elle, mais avoir une telle confirmation est un vrai bonus.

– Tu n'as aucune confirmation !

– Mais je suis sur le point d'en avoir. » Elle s'approcha à pas de loups de l'autre fille, le bruit de ses pieds nus étouffés par le ruissellement de l'eau. « Allez, laisse-moi le voir. »

Rachel sursauta lorsqu'elle entendit la voix juste derrière elle et s'éloigna d'un pas. « Quinn, s'il te plait, arrête. Tu sais bien que je n'ai pas de pénis.

– Non, je ne le sais pas, et tu n'es pas vraiment en train de me convaincre du contraire.

– C'est ridicule ! » La tête haute, Berry commença à s'éloigner d'elle mais Quinn la suivit jusqu'à ce que le mur ne lui permette aucune échappatoire.

« Oooh, tu es timide, rit-elle, la taquinant. Écoute, s'il est anormalement petit, je te promets de ne le dire à personne.

– Il n'est pas…, commença Berry avant de s'interrompre, secouant la tête furieusement. Qu'est-ce que je raconte ? Je n'ai rien qui puisse être petit !

– Mais bien-sû…

– C'est bon ! » Elle se tourna si vite que Quinn n'eut pas le temps de s'y préparer. « Tiens, voila. Regarde ! »

L'ordre avait été si étonnamment ferme qu'il se passa quelques secondes avant qu'elle se rende compte qu'elle avait obéit et était maintenant en train de regarder… eh bien, ce qui n'était pas un pénis. Elle leva brusquement ses yeux, regardant un point au-dessus de l'épaule de Berry, son pouls s'accélérant et ses joues brûlants de honte.

"Merde."

« Alors, tu as peur de regarder, Quinn ? »

"Merde."


Sophomore : Élèves étant en 10th grade, ce qui revient à la Seconde pour les Français et la 4e secondaire pour les Belges.

RuPaul : Travesti connu en Amérique.