Note : merci aux premiers reviewers, favoris et followers. Je suis ravie d'apprendre que ce début d'histoire vous donne envie. Comme je l'ai dit, les chapitres seront plus longs ( je me suis fixé un seuil de 2000 mots ). Je tiens tout de même à faire quelques précisions. L'histoire est assez courte ( 8 à 10 chapitres, prologue et épilogue compris ). Vous rencontrerez quelques OCs sans grande incidence sur le récit, mais nécessaires et un personnage canon bien que très mineur ( celui-là, c'est un peu la "surprise" ). Au final, la fiction est assez légère malgré la dureté des thèmes abordés. J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira. Bonne lecture.

PS : je vais essayer de me fixer un délai de une semaine et demi/deux semaines max pour les nouveaux chapitres, histoire que vous ne patientiez pas trop non plus.

Eilyanna : j'espère que les prochains chapitres seront suffisamment longs à ton goût, merci en tout cas ! :)


II. Les Vols

Dans son deux pièces, les papiers s'entassaient. Des vieux parchemins d'école, ses manuels de sortilèges, des journaux beaucoup de journaux s'amoncelaient sur son bureau qu'il n'avait pas rangé depuis plus d'un an. Sous une lettre manuscrite, mise en évidence, il avait glissé toutes ses preuves perdues. Un sort les protégeait. Là où l'œil était attiré, rien ne pouvait être dévoilé. Les noms se multipliaient, les méfaits étaient tous les mêmes. Laura Hamilton, Sanjay Chopra, Hannah Abbott, Lauren Sinclair, Richard Johnson, Bill Hawkins ... La liste des noms défilaient dans sa tête. Il se les récitait régulièrement, sans jamais en oublier un seul.

John Wilkins, Audrey Beck, Kenza Awad, Adrian Turner, Edith Turner, Sarah Rosenberg, Patty Jenkins.

Il ne devait pas en oublier un seul.

Il surveillait leur entrée dans les dossiers, les tribunaux, les prisons. Il voulait s'assurer que les preuves n'étaient jamais suffisantes.

La semaine dernière encore l'enquête sur Richard Johnson avait été prolongée. Les Inspecteurs de la Magie n'avaient rien trouvé sur son père et ses ancêtres. Sans un minimum de preuves, il leur était impossible de le juger au Magenmagot. Juger un sorcier véritable – qu'il soit de Sang pur ou de Sang-mêlé – coûterait toute crédibilité à cette toute nouvelle institution. La côte de popularité déjà au plus bas du nouveau Ministère ne pouvait se permettre une telle bavure. Pour le moment encore était-il possible de contenir – tant bien que mal – la colère londonienne, mais qu'adviendrait-il si toute l'île se retournait contre eux ? Tous les accusés n'étaient pas défavorisés. Certains, d'une renommée certaine – John Wilkins était encore jusqu'à récemment un poursuiveur dans l'équipe nationale anglaise de Quidditch – d'autres de situation confortable – Patty Jenkins exerçait comme Magicomage au Centre Médicomagique de Manchester – pouvaient s'offrir des avocats de renom et écraser un dossier insatisfaisant.

Le fiasco qu'avait été le procès de Kyle Young, lui-même avocat, avait fait les gros titres des journaux résistants.

Ombrage et ses sbires avaient retenu la leçon. Les enquêtes ne cessaient de s'allonger et Percy pouvait en profiter pour disperser les quelques preuves sur lesquelles il mettait la main. Ce soir, sa pile de dossiers grossirait encore.

Il enfila son manteau et se précipita hors de son appartement, sa sacoche à la main, sa baguette rangée dans la poche intérieure de sa veste, et sortit de son appartement. Il croisa sa voisine de pallier emmitouflée dans une grosse cape en laine fuchsia qui lui lança un regard inquisiteur.

– Madame McCarty, salua-t-il.

Pour toute réponse, il eut droit à un grognement de sa part et un aboiement de son chien. Sa voisine, et propriétaire, ne l'avait jamais apprécié et ce n'était pas faute d'être un locataire sérieux et discret. La plupart du temps il évitait de la croiser dans les escaliers. Ses horaires de travail et l'heure à laquelle il quittait son appartement lui permettaient de l'esquiver. Cependant, depuis quelques temps – depuis qu'il s'était engagé dans sa propre résistance contre le ministère – il avait changé certaines de ses habitudes. De lève tôt toujours en avance, il était devenu un retardataire occasionnel. Il lui arrivait de partir un peu plus tard et de passer en salle de repos, là où les lève-tard s'agglutinaient le matin pour remplir leur ventre de quelques biscuits arrosés d'un liquide quelconque. Il y retrouvait certains de ses collègues avec qui il pouvait discuter – et discrètement se renseigner sur l'avancé de ses dossiers.

C'était contraire à ses habitudes, mais pour la bonne cause il pouvait bien les changer.

Il prit le chemin du Ministère à quelques pas de chez lui. Il en aurait pour quelques dix minutes de marche dans la capitale encore bondée. Il avait parfois du mal à croire que l'Angleterre puisse être en guerre lorsqu'il voyait tous ces sorciers se masser dans les rues – mais leurs regards vitreux ne mentaient pas.

Percy entra d'un pas sûr dans une cabine téléphonique au bout d'une allée et atterrit brutalement dans le hall d'entrée déjà mouvementé. Il se traîna avec bien plus de nonchalance que d'ordinaire et trouva la pièce presque vide. Une femme finissait sa nuit dans un fauteuil, un homme remplissait ses poches de biscuits secs et un elfe de maison terminait son ménage.

Il alla se servir à la cafetière magique et s'approcha de l'assiette de gâteaux déjà bien entamée. L'elfe de maison remplit l'assiette et Percy prit un biscuit, vraiment trop sec, avec lequel il manqua de s'étouffer.

Il salua l'homme à côté de lui.

– Comment vas-tu ? Pas trop fatigué ce matin ?

L'homme, surpris, leva un sourcil sur lui, l'air endormi. Ils ne s'étaient pas adressés la parole très souvent en quelques quatre mois de travail dans le même service – la dernière fois remontait aux maigres dossiers de Kenza Awad et de Laura Hamilton. Ils se saluaient poliment, échangeaient parfois quelques mots, rarement sur d'autres sujets que le boulot.

– Le café est là pour ça, dit-il en désignant la tasse qu'il tenait à la main. Mauvaise nuit ?

– Pas assez dormi, avoua Percy en haussant les épaules.

– Aaaaah, un peu trop fait la fête hier ? Trop bu ? demanda l'homme avec un grand sourire.

– Un peu trop, plaisanta Percy en rougissant.

Son incapacité chronique à mentir avait au moins le mérite de lui faire exprimer un peu de gêne face à sa beuverie supposée. Les fables, même répétées, n'y faisaient rien. Il se sentait toujours aussi mal à l'aise lorsqu'il se devait de cacher la vérité.

– Il faudra songer à m'inviter la prochaine fois.

– Je n'y manquerais pas, mais ça reste exceptionnel en ce moment. Avec tout le travail qu'on a …

– Et Flint sur ton dos, ça doit pas être marrant.

– Ne m'en parle pas. Rien qu'hier il m'a fait une crise parce qu'il manquait un document au dossier.

Richard Hurt était entré au service du Ministère quelques temps après l'ascension au pouvoir du Seigneur des Ténèbres. Sans doute avait-il vu une opportunité de carrière dans tous les postes qui se dégageaient. Il n'avait jamais connu Percy – Percy Weasley, l'assistant du Premier Ministère – avant leur rencontre dans le service et ne se méfiait que rarement de leurs conversations. C'était presque une chance pour Percy que de nombreux employés du Ministère aient été renouvelés.

– Quel document ? demanda Hurt.

– Le document sur la mère du gamin, expliqua Percy. Flint me harcèle parce qu'il n'y a rien dedans sur elle. Je n'y peux rien, moi, si la Brigade d'Inspection Magique n'a rien trouvé à son sujet.

– Ça m'a étonné aussi. Un dossier incomplet, comme ça, ça ne va pas aller bien loin.

– Je sais bien, mais Flint est persuadé qu'un document s'est perdu en route.

– Il peut bien être persuadé de ce qu'il veut. Ce n'est pas nous que ça regarde, il n'a qu'à s'en prendre aux Inspecteurs. Ne t'en fais pas, il ne pourra pas faire grand chose. Maintenant tu m'excuseras, il faut que j'y aille, sinon ce sera au tour de mon chef de me prendre la tête.

Percy prit un second scone, regrettant presque aussitôt sa bouchée, et se dirigea vers son bureau. Flint n'était pas encore arrivé, mais ne tarderait plus. Percy ouvrit une énième fois le dossier Thomas et dissimula un des feuillets sous un autre dossier. Il emporterait avec lui cette preuve à l'abri des regards.

.

Ombrage éclata d'un rire clair et tranchant qui réveilla Percy. Depuis l'arrivée au pouvoir de Lord Voldemort, les jeudis matins étaient réservés aux procès pour vol de magie auxquels il se devait d'assister. Le – déjà coupable – suspect de vol de magie recula sur son siège. Son visage se crispa.

Le procès n'était qu'une mascarade, une humiliation pour n'importe quel sorcier.

A quelques sièges devant lui – Percy, comme les autres sous-fifres, étaient relégués tout en haut du Mangenmagot – Flint et ses comparses ricanèrent. Un sourire mesquin sur les lèvres, il pointait du doigt le prévenu. De sa place Percy se trouvait incapable de l'entendre. Il serra les poings. Peu importe, il n'aurait de toute façon rien pu répliquer.

L'accusé fut jugé coupable de tous les faits. Du malheureux sorcier à qui il avait volé la magie, on ne fit guère mention, pas plus de sa grand-mère sorcière. Au-delà même des faits reprochés – fantasques, intolérables – ce fut toute une procédure qu'Ombrage et ses sbires venaient d'insulter.

Un coup de marteau mit fin au simulacre. Tous se levèrent, le prévenu compris. Il ne broncha pas – à quoi bon ?

Percy suivit le mouvement de foule. Il fut pris d'un haut le cœur. Plus même que d'être parmi les accusateurs, ce fut l'odeur de la honte, l'enveloppant de la tête aux pieds, qui l'écœura. Il se dirigea non sans mal vers la sortie et prenant garde à son supérieur hiérarchique. Ledit supérieur s'attardait à la sortie, saluait ses collègues les uns après les autres. Il avait tout sauf l'air d'être pressé, mais passer devant lui engendrerait tout un tas de moqueries que Percy ne se sentait pas capable de supporter. Flint ne pourrait se permettre un licenciement, trop précieux qu'il était, disponible, compétent, dévoué au Ministère, mais il se ferait un malin plaisir à le rétrograder. Un mot de travers et Percy finirait la guerre à trier des archives dans les sous-sols du Ministère.

Tout ça aurait été vain – sa rétrogradation, son alliance avec un Ministère criminel, corrompu et incompétent, sa dispute avec sa famille.

Il se faufila discrètement et attendit que Flint prenne la direction de leur bureau. Les sorciers et sorcières s'agitaient dans le couloir bondés. Le jugement rendu provoquait à la fois la surprise et l'approbation. Des groupes discutaient de la sanction qu'ils auraient préféré voir prononcée, certains exprimaient leur impatience d'assister à d'autres procès, mais bien plus souvent régnait un silence lourd couvert par le bruit des chaussures sur le carrelage. Les regards se croisaient sans rien dire. C'était leur lot à tous ; se taire, entrer dans le rang et s'exécuter en silence.

Il tira sur son cou en désespoir de cause, mais n'aperçut même pas le haut d'une tignasse noire. Flint avait disparu. Il jura contre la foule et força le passage, jouant des coudes. Un ou deux sorciers firent connaître leur mécontentement. Il insista un peu plus.

La foule le cracha à l'entrée du hall, comme un chat une boule de poils. Il se pressa de rejoindre son bureau. Une sorcière lui lança un regard de travers. Il se retint de courir, trop suspect qu'il était déjà.

Arrivé, il trouva l'endroit vide. Le manteau et les plumes reposaient sur le bureau de Flint, mais de traces de celui-ci et de sa mallette aucunes.

.

Plus tard dans la journée, les portes du Ministère furent bouclées : l'homme avait fui. On ne savait pas encore comment, mais il avait fui. Sa cellule vide, les Détraqueurs incapables de retrouver sa trace, tout le Ministère avait été mis en alerte.

Et Flint n'était pas là. Percy l'avait vu déguerpir en milieu de journée – journée fructueuse durant laquelle il avait passé son temps à se balancer sur sa chaise – et ne l'avait plus revu depuis. Il s'était retrouvé seul face à une horde inquisitrice d'Inspecteurs de la Moralité Sorcière. On lui avait fait boire du veritaserum sans lui demander son avis.

– A quelle heure s'est-il échappé ?

– Je ne sais pas.

– Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?

– Ce matin, lors du procès.

– Avez-vous communiqué avec lui par un quelconque moyen que ce soit depuis son procès ?

– Non.

– Avez-vous quitté le Ministère aujourd'hui ?

– Non.

– Avez-vous contacté quelqu'un à l'extérieur du Ministère ?

– Non.

Il ne savait rien et ne voulait rien savoir.

Le Ministère resterait bouclé jusque tard dans la nuit, peut-être même jusqu'au lendemain matin. Il ne pourrait rentrer dormir chez lui – et dissimuler le document en sa possession.

Il fixa dans le vide le bureau de Flint. Il n'avait plus qu'à s'endormir sur cette chaise.