Et je savais pertinemment qu'elle avait raison. Quelque chose en lui me disait de m'enfuir à toutes jambes mais rien que de le regarder me suffisait pour ne pas bouger. Je soupirais et osais jeter un coup d'œil à ce beau inconnu.

Il portait un costume noir comme s'il voulait se fondre dans la noirceur de la nuit. Ses longs cheveux châtains encadraient magnifiquement son visage. Ses lèvres étaient si fines… Je me demandais alors qu'elle serait la sensation que j'allais ressentir si ses lèvres entrèrent en contact avec ma peau. Je tressaillis. Il avait l'air relativement pâle mais la nuit ne m'aidait pas dans sa contemplation. Il sentit mon regard et souria sans me jeter un coup d'œil. Il aimait être vu. Il appréciait que les femmes se retournent pour le contempler. Il incarnait la beauté même. Il ne fallait pas non plus espérer dormir ou avoir une relation sérieuse avec lui. Il devait être un Don Juan. Un maître dans l'art de la séduction… Cela me fit frissonner une nouvelle fois. Il arriva tout près de moi. Comme un courant d'air. Si près de moi que j'en tremblais d'excitation. Je me pinçais les lèvres. Joana m'avait dit que pour attirer un gars qui me plaisait, il fallait insister sur le regard. Car tout passe par les yeux. Puis, s'il se rapproche de vous, il fallait l'ignorer tout en ayant un œil braqué sur lui. Mais en toute discrétion. Je devais mettre cela en pratique. Or ce n'était pas gagné… Ne pas le regarder… Ne pas le regarder, pensais-je. Inlassablement. Comment pouvait-il être aussi envoutant ? Un homme pareil ne devrait pas exister. Ne pouvait pas exister. C'était impossible. Tout bonnement impossible !

Et pourtant je voulais lui donner mon verre de jus de tomate. En espérant qu'il aime bien ce genre de rafraîchissement. Peut-être qu'il n'aimait pas cela… Je soupirais. Un peu déçue…. Car je savais que je n'aurais aucune chance d'obtenir un rendez-vous avec lui. Encore moins être en couple. Il était la perfection. Il respirait la grandeur et la connaissance. L'expérience dans certains domaines… Mais ce n'était pas pour une femme telle que moi. Je me sentais misérable à côté de lui. D'ailleurs… Pourquoi s'est-il mis là ?

J'allais prendre le risque de lui parler lorsqu'une main s'agrippa à moi et m'entraina loin de la buvette. Je réprimais un grognement. Pour une fois que je me jetais à l'eau…

« _ On est de retour ! Fis la voix de Joana, toute joyeuse.

_ Séb ! M'exclamais-je, surprise.

_ C'est pour moi ce jus de tomate ? Demanda-t-il en le prenant. Je te remercie ma belle. Tu peux vraiment à tout. Ton ex a eu tort de t'abandonner. Tu es si mignonne. Veux-tu aller danser ? »

Et avant que je lui réponde, il m'avait déjà entrainé vers la foule dansante. Mais juste avant que je sois trop loin de la buvette, je crus entendre un grognement sourd. Furieux. Je me retournais et croisais les yeux du bel inconnu. Son regard me frappa. Ses yeux étaient étrangement rouge sombre. Cela lui allait bien. Très bien même… Mes joues s'enflammèrent aussitôt. Honteuse d'avoir suivi Séb. Tout ce que je voulais c'était de faire connaissance avec cet homme. Qui avait-il de mal à cela ? Ma réaction parut le satisfaire. J'ignore la raison. Il était étrange. Mais lorsqu'il se passe quelque chose d'étrange, il faut toujours que cela tombe pour ma pomme. A force, j'avais pris l'habitude. Il m'en fallait peu pour m'étonner à présent. M'effrayer… On pouvait encore le faire. Avec des morts vivants. Je frissonnais d'effroi… Raah… Je déteste les films d'horreurs mais je suis friande de musiques de métal, hard rock, ou du death rock. Enfin toute la gamme quoi.

Ses yeux me détaillaient. Ses yeux me dévisageaient et cela ne me gênait pas. Chaque parcelle de mon corps qu'il scrutait me brûlait. Cet homme voulait m'embraser… Et l'envie était là. Je n'avais pas honte à le dire. A l'admettre. Je voulais tellement lui appartenir… Peine perdue… Joana l'avait vu et commença à le séduire. Cela me provoqua un long pincement au cœur. J'étais jalouse que mon amie drague cet homme alors qu'il m'était parfaitement inconnu ? Jalouse ? Moi ? Pff… Jamais de la vie… En plus je n'étais pas avec lui. Et je n'éprouvais pas de sentiments envers lui donc… Conclusion, je ne pouvais aucunement être amoureuse de lui.

Je sentis les bras de Séb enlacés ma taille. Je les repoussais. Je voulais garder une certaine distance entre lui et moi. Peut-être qu'il avait des sentiments à mon égard mais moi, je ne voulais pas lui faire de la peine. Je ne voulais pas qu'il espère trop. Je n'étais pas encore prête pour une nouvelle relation. Je devais prendre mon temps. Et ne pas me presser comme je l'ai toujours fait. Séb et moi dansâmes longtemps. Je sentais son corps se rapprochait de moi. C'était une danse… Juste une danse, rien d'autre. Alors pourquoi avais-je cette désagréable sensation de trahir l'inconnu ? Et en plus de cela, je sentais que quelque chose se préparait. Rien qui était bon en tout cas. Et cela m'effraya. Je sentis le souffle brulant de mon ami contre ma peau. Je tournais brusquement mon visage pour l'affronter du regard. Je voulais qu'il retire ses mains de mon bassin. Mais nos lèvres se rencontrèrent. Je le sentis sourire alors que l'image du bel homme s'interposa dans mon esprit. Inconsciemment, je cherchais à m'échapper de son emprise.

C'est à ce moment-là que Sébastien me tira vers le bord de l'étang. Nous avions traversé toute la foule. J'osais regarder derrière moi. Espérant que quelqu'un que je connaissais puisse voir où on allait. Encore une fois, l'inconnu s'insinua dans ma tête. Pourquoi pensais-je tout le temps à lui ? Je savais pertinemment que je n'avais aucune chance avec lui. Alors pourquoi mon cerveau me disait le contraire ?

« _ J'ai envie de te montrer un de mes endroits préférés.

_ Tu sais… J'aimerais qu'on retourne auprès des autres, fis-je. »

J'avais un mauvais pressentiment. Est-ce que mes amies savaient ce qui se passait ? Ou on allait ? Je sortis mon portable pour envoyer un message à Erinn. Pour ne pas qu'elle s'inquiète si elle ne me voyait plus.

« _ Tu es en sécurité avec moi, dit-il en regardant mon téléphone. Personne ne te fera du mal. Je te le promets. »

Je rangeais mon objet dans mon sac à main. Après tout nous étions amis. Si je lui disais que je ne voulais pas avoir de relation amoureuse pour l'instant, il comprendra surement. Cela me permettrait de mieux le connaitre, non ? Je tressaillis. Non pas que j'étais heureuse d'être avec lui. C'est vrai qu'il était assez beau gosse avec ses cheveux noir mi- courts. Il était grand et un peu musclé. Ses yeux bleus étaient clairs comme le bleu des lagons. Son visage était longs mais avec des traits fins. Il avait un sourire un peu charmeur. Cela plaisait à beaucoup de jeunes femmes mais pas à moi. Pas pour l'instant.

Je vérifiais une nouvelle fois derrière moi. Personne. Vraiment personne ! Je tressaillis. Mon dieu… Une pression se mit sur mes épaules. J'avais peur. Peur de ce qu'il allait se passer. Nous étions tellement loin de la fête. Ce n'était pas normal. Pas normal du tout… Puis d'un coup, Séb s'arrêta et se retourna lentement vers moi. J'avais réellement envie de retourner auprès de mes amis. Il me força à être dans ses bras. Je tentais de me retirer… En vain… Cela ne fit qu'intensifier mes doutes… Mon angoisse…

« _ Tu sais quand je t'ai vu la première fois à la fête de Joana, commença-t-il d'une voix douce. Mon cœur a tout de suite voulu t'appartenir. Et j'aimerais savoir si tu voulais bien être mienne ?

_ Je suis très flattée que tu puisses avoir des sentiments pour moi. Cependant… Je n'en ai pas. Je te considère comme un bon ami, c'est tout. Et j'aimerais que cela reste. Après, nous pouvons… Peut-être… Apprendre à se connaître sans pour autant être ensemble. Tu sais que j'ai beaucoup souffert lors de ma rupture avec Alex mais s'il te plait. Laisse-moi un peu de temps pour l'oublier. J'en ai besoin.

_ Cela fait quatre mois qu'il t'a largué comme une vieille capote ! Penses un peu à t'amuser ! Ce n'est pas grave si tu ne m'aimes pas. Mais tu apprendras à avoir des sentiments pour moi très rapidement. »

Sa voix avait changé. Son humeur aussi. J'avais peur. Je reculais. Non… Je ne voulais pas être forcée. Je voulais choisir avec qui je souhaitais vivre.

« _ Mais je n'ai AUCUNS sentiments envers toi ! Insistais-je désespérée alors que le visage séducteur de l'inconnu refaisait surface. Tu peux avoir d'autres femmes que moi rien qu'en claquant les doigts ! »

J'arrivais à m'échapper de ses bras. Je devais rejoindre la foule. M'y perdre pour retrouver mes amis. Etre en sécurité. Je m'élançais droit vers la fête. La peur nouée au ventre. J'entendais les pas de Sébastien se rapprocher. Il était plus grand que moi. Ses foulées étaient donc plus longues. Je n'osais pas regarder en arrière. Cela allait me déstabiliser. Je le sentais…