Merci beaucoup pour vos reviews !

Puisque c'était juste le prologue, je vous mets tout de suite le premier chapitre, en espérant qu'il vous plaise. Bonne lecture !


LES ATTENTES FORGENT

Leurs vies s'étaient continuellement croisées. Leurs pertes, leurs amours, leurs colères. Évènements après évènements, drames après drames, leurs chemins s'étaient rencontrés un nombre incalculable de fois, provoquant, déchirant, soulageant. Les uns avaient manipulés les autres, les autres avaient manipulés les uns.
Et pourtant, ils n'avaient pas grand chose en commun sur ce navire. Henry était la seule perspective, au loin. Le seul horizon qui les réunissaient. Ils allaient au même endroit, empruntant le même transport. Et tout s'arrêtait là. La force qui les mouvait n'était pas de même nature, n'avait pas les mêmes causes ni les mêmes raisons d'être.

Et la tension était de taille. Perdus entre les flots marins, coincés, prisonniers d'un géant de bois, il était difficile de cohabiter avec autant d'histoires et de vies qui se ressemblaient tout autant qu'elles se différenciaient. Et ce paradoxe infime était un fossé géant taillé sous leurs pieds.
Oui, ils se ressemblaient dans leurs différences. Les visions et les interprétations n'ont jamais été les mêmes, chacun d'entre eux analysaient et considéraient de par son passé, de par ses croyances, de par des dizaines de facteurs. Ils n'étaient que des êtres humains.

Deux semaines, avait dit Crochet. Dans deux semaines, ils toucheront le sol du Pays Imaginaire. En attendant, il allait falloir se contenter des vas et vient permanents de la mer et de la tension exacerbée qu'on tentait à tout prix de nier. Mais elle était présente, quoiqu'on en fasse, quoiqu'on en dise. Peu importait que chacun d'entre eux se concentrait sur leur objectif commun, interférant que c'était l'unique chose qui pourrait la combattre. Elle n'avait pas besoin de mots pour exister, encore moins de conscience. Elle était là. Dangereuse.

- Ne le tient pas comme ça, sourit Mary Margaret en ré-ajustant l'arc que tenait sa fille. Voilà, vas-y.

La flèche partit tout aussi soudainement et s'en alla se perdre à quelques mètres de la cible que David avait accroché, tout droit dans un des mats.

- Sérieusement ? S'enquit Crochet. Peut-être que vous devriez songer à ne pas nous faire couler ... Ca nous aidera sûrement à retrouver Henry !

Emma l'ignora superbement et décocha une nouvelle flèche. Montrant d'un signe de tête la flèche plantée à quelques centimètres du plein milieu de la cible, elle rétorqua :

- Ca, ça nous aidera quand il faudra te sauver la peau parce que tu te seras encore allié avec le premier venu !

Le Capitaine ne se fit pas prier, indigné. Il aurait pu partir, les laisser se débrouiller. Mais il était revenu. Et il ne se laisserait pas bafouer ainsi.
Il descendit sur le pont, récupéra la première flèche toujours flanquée dans le bois. David mit la main sur son arme, prêt à s'interposer et le crochet du Capitaine s'arrêta à quelques centimètres du visage d'Emma. Pas de peur, chez aucun d'entre eux. Ils se mesuraient.

- Je suis venu aider, fit-il en insistant sur le dernier mot. Je suis revenu pour aider. Que les choses soient claires, ça ne me fait pas plus plaisir qu'à toi. Mais je ne suis pas là pour moi.

- Ouais, et pourquoi ça, hein ? Est-ce qu'on pourrait au moins savoir pourquoi le pirate arrête de ne penser qu'à lui, brusquement ?

- Ça ne te regarde pas, cracha t-il.

- Je crois qu'au contraire, ça regarde chacun d'entre nous

La confiance nécessitait des bases solides et si Emma pouvait comprendre la présence de Regina, la tolérer et considérer une position non-agressive, elle avait du mal à comprendre ce soudain changement chez Crochet. Que faisait-il même là ? Pourquoi était-il revenu ? Henry ne représentait rien pour lui.

Crochet releva les yeux, soudain alarmé par la mer. Il ne prit pas la peine de répondre à la question.

- Les vents vont se lever. Je pense que si tu ne veux pas risquer de tuer quelqu'un, tu devrais poser cette arme.

Il retourna aux commandes du navire sans plus de commodités, laissant les choses là où elles avaient été. Encore plus proches de la confrontation, encore plus tendues. Et si les armes qu'avaient fait apparaître Gold les aidait à évacuer, en plus de se préparer physiquement à ce qui les attendait, elles étaient toutes aussi dangereuses.

Se faisant cure de ce qu'il se passait sur le pont, Regina se dirigea vers Gold.

- Qui sont-ils ?

- En temps voulu, renchérit Gold.

Regina rit doucement, un rire qui n'était pas drôle, non. Un rire délusoire et méprisant.

- Il s'agit de mon fils.

- Et de mon petit-fils.

- Ne croyez pas que nous sommes relatés.

- Et pourtant nous le sommes.

- Gold, intima t-elle. Je veux savoir vers quoi mon fils se dirige !

- Le Pays Imaginaire, Mme le Maire.

Elle était en colère, elle était inquiète, elle était désespérée. Et sûrement pas d'humeur joueuse. Le calme malsain de Gold n'était pas pour lui plaire, loin de là. Cette journée l'avait déjà suffisamment dépassée, et elle avait besoin de reprendre un minimum de contrôle sur ce qu'il se passait dans sa vie.

Et alors qu'elle allait répliquer, quelqu'un se glissa derrière eux.
Blanchard.

- Regina ... Nous n'avons pas eu l'occasion de te remercier pour ce que tu étais prête à faire pour nous. C'était très courageux et honorable de ta part.

- Je ne l'ai fait pour aucun d'entre vous. Je l'ai fait pour Henry. La voix de Regina était dure, distante et hautaine, comme à son habitude. Elle créait un fossé, elle séparait, parce qu'il fallait séparer. Regina n'était pas comme eux, ne l'étaient plus depuis longtemps. Ils le lui avaient fait remarquer maintes fois et elle s'en accommodait très bien.

- Si ce n'était pour Henry, rajouta le Maire d'un masque impassible, je me serais fait une joie de vous voir sombrer.

Un masque. Oui, parce que ce n'était qu'un masque. Un masque qu'on lui tendait, qu'on l'a forçait à porter. Elle n'était devenue que ça. Un masque.

- Après tout ... Commença Mary Margaret, complètement ahurie. Après tout ce qu'il s'est passé ... Et dire que j'ai pensé que tu pouvais changer, et dire que je ...

Ce fut les mots de trop pour Regina. Les mots de trop de cette journée de trop. Ses mains s'agrippèrent au col de l'institutrice et son dos heurta violemment le bois. Changer ? Qu'espérait-elle ? Changer ? Pourquoi était-ce toujours à elle de faire un effort, pourquoi était-ce toujours elle qu'on accusait ?
Avaient-ils essayer de changer, eux, le regard qu'ils portaient sur elle ? Avaient-ils essayer ne serait-ce qu'une fois de changer de perspective ?

Elle était redevenue Regina un moment, cette après-midi. Un instant. Un instant où son fils avait été fier d'elle, un instant où il ne la considérait plus comme la méchante reine. Avaient-ils la moindre idée de ce que le regard d'un fils pouvait faire ? Avaient-ils la moindre idée de ce que ça lui avait coûté d'en être séparé, de voir jour après jour son fils s'attendre à ce qu'elle fasse le mal ? Avaient-ils la moindre idée de ce que ça provoquait chez elle, de ce que ça provoquait au fond d'elle ? De voir que tout le monde autour de vous ne s'attendait qu'à ce que vous détruisiez tout sur votre passage, de ressentir cette attente jour après jour, permanente, certaine. Qu'à chaque fois que vous mettiez les pieds dans un endroit, tout s'arrête, comme si tous attendaient pertinemment que vous soyez la méchante reine avant de continuer à vivre. Comme si le monde vous criait de faire le mal. Parce que c'était ce qui la définissait après tout, c'était de cette manière qu'on la voyait. C'était son étiquette, sa marque de fabrique. C'était de cette manière qu'on s'adressait à elle, qu'on agissait avec elle, qu'on interprétait ses paroles ... Pourquoi s'étonnaient-ils toujours qu'elle réagisse exactement comme ils s'y attendaient ? Pourquoi s'étonnaient-ils de son comportement alors qu'ils le provoquaient, qu'ils le cherchaient, qu'ils le voulaient, encore et encore ?

Ils avaient créé Regina, tous autant qu'ils étaient. Et elle était fatiguée. Aujourd'hui, elle était épuisée. Oui, elle était redevenue Regina, simple maire, simple mère. Et voilà qu'elle n'était de nouveau plus que la méchante reine. Voilà qu'elle avait de nouveau plongé sa main dans une poitrine béante, et qu'elle sentait à nouveau le battement affolé d'un coeur noyé de sang.

- Regina, ôtes les mains du coeur de ma femme ou je te jure que j'appuie sur la détente.

La maire relâcha la pression de ses muscles sur le corps de l'institutrice, et le contact froid du métal disparu un instant de sa tempe. David se précipita vers sa femme, et Emma reprit l'arme en main.

- J'ai hâte que tu dises à Henry comment tu as tué sa mère de sang-froid, cracha Regina, d'apparence étonnement calme.

- Il me suffira de lui mentir

- C'est de cette façon que vous comptez élever votre fils, Miss Swan ? Dans la douleur de la perte, et le mensonge ?

- Emma, ranges-ça. C'est bon, reprit Mary Margaret. Ce qui n'arrangea pas l'état de Regina. Elle ne supportait pas cet air condescendant, elle ne supportait pas cette manie de toujours vouloir pardonner et de toujours vouloir le montrer, le crier haut et fort. Blanche-Neige n'avait rien de grand, n'avait rien de digne. Une personne respectable ne cherche pas les lauriers pour ses actes accomplis. Elle était pitoyable.

- Ecoutes-moi bien Regina, fit Emma en ignorant totalement sa mère, si tu veux rester suffisamment longtemps pour revoir ton fils, il va falloir changer quelques habitudes. Si tu lèves la main sur qui que ce soit, une fois de plus, je n'hésiterai pas.

- Ce qu'elle veut dire par là, coupa Gold, c'est que je suis tout à fait capable de te restreindre aux 3 m2 que constitue la cale du bateau, sans pouvoirs.

- Tu sur-estimes tes compétences, ricana-t-elle

- Je crois que tu n'as pas envie de savoir qui d'entre nous sur-estimes réellement ses compétences ici

N'avait-il pas abandonné son propre fils ? Sa chair, son sang ? Pensait-il vraiment qu'il allait s'en tirer comme ça ? Il ne valait pas mieux qu'elle. Il avait fait autant de monstruosités, il avait créé autant d'atrocités. Et pourtant, il était là, agissant comme s'il n'était pas le Ténébreux, comme s'il n'avait jamais massacré.
Et ces idiots lui accordait le bénéfice du doute, comme si Belle pouvait réellement changer un monstre en un homme.

Regina se contenta de partir avec un regard assassin, et descendit directement dans les quartiers. Elle se vengerait de ces affronts, elle se vengerait de ces humiliations. Parce que oui, c'étaient des humiliations. À chaque fois qu'ils ne la considéraient que comme la méchante reine, ils l'humiliaient, réduisaient la personne entière qu'elle était à une simple image. Une simple étiquette.
Elle se vengerait, et ils apprendront à faire attention à ce qu'ils veulent.

- Qui aurait pensé que sa majesté avait le mal de mer ...

Regina releva un regard assassin, et Crochet s'adossa contre le mur, visiblement fier de lui.

- C'est ce que tu penses, Crochet, n'est-ce pas ? Que tu fais comme bon te sembles, que c'est toi qui décide, toi qui choisit. Regina rit doucement.

- Ce n'est pas toi qui trompe, ce sont les autres qui font de toi leur petit pantin. Tu es si prévisible, c'en est pathétique.

- Mhm ... Sourit le Capitaine jouant de sa main métallique, on s'était pourtant bien amusés avec maman ...

- Ne parles pas de ma mère, intima-t-elle en se levant brusquement, alerte.

- Oh ! Je t'assure que 3m2, ça peut paraître immense. Tu vas beaucoup te plaire là en-dessous ...

Le poing de Regina se serra, qu'avaient-ils tous aujourd'hui à la pousser ?

Crochet s'approcha lentement, avant de souffler :

- Tu ne gâcheras rien, crois-moi. Je ne te laisserai pas faire. Alors gardes tes mains le long de ton corps, et laisses les coeurs des gens où ils sont

- Et je te conseille de reculer si tu ne veux pas perdre ta deuxième main

Ruby jeta un oeil à Mary Margaret, puis à Emma, avant de revenir sur David. Au fond, ils avaient raison. Elle était bien la seule personne sur ce bateau envers laquelle Regina ne s'était jamais montré agressive

- Et pourquoi pas Gold ?

David inspira lentement :

- Je préférerai éviter que les deux ne se retrouvent aussi souvent ensemble. On ne peut faire confiance à aucun des deux pour le moment, sans mentionner Crochet ...

- Eh bien, sourit Ruby, vous voyez bien que j'étais nécessaire, finalement.

- Ruby ... Enchaîna Emma

- Je ne trouve pas ça très loyal de votre part d'avoir pensé partir comme ça, c'est tout.

- Et on en est désolés, enchérit Mary Margaret.

La serveuse acquiesça légèrement et jeta un oeil aux quartiers.

- J'ai hâte de voir ce que Mme le Maire porte pour dormir, plaisanta-t-elle.

De toute évidence, Mme le Maire portait des nuisettes pour dormir. Ruby s'avança lentement dans la petite pièce, et Regina releva des yeux surpris. Elle avait totalement oublié la présence de la serveuse sur le navire, il fallait dire que celle-ci s'était faite plutôt très discrète.

Le regard de Regina s'impatienta, intimidant et Ruby glissa, se dirigeant vers le deuxième lit :

- Visiblement, nous sommes copines de chambre.

Bien que la nouvelle n'eut pas l'air d'enchanter la maire qui pensait pouvoir s'octroyer d'un peu d'intimité, celle-ci se rattrapa. Après tout, elle aurait pu être en compagnie d'Emma. Elle avait échappé au pire. Mais si elle soupçonnait David et Mary Margaret d'essayer d'avoir un minimum de contrôle en la surveillant ainsi, elle n'en fit rien, beaucoup trop fatiguée.

- Eh bien, j'espère que vous ne ronflez pas, fut tout ce que Regina répondit.