Chapitre Deux

Pendant ce temps, Sam s'était ruée dans l'obscurité offerte par l'épaisse forêt tout près, ses mains devant elle pour éviter les branches basses. Elle n'avait pas couru longtemps. Elle n'était pas stupide. Mais dès que l'obscurité autour d'elle lui offrit la solitude dont elle avait tant besoin, elle s'arrêta et se plia en avant de détresse, couvrant sa bouche pour refouler un sanglot. Dieu ! Que se passait-il ? Pourquoi était-il si en colère contre elle ? La détestait-il pour ne pas vouloir changer le statut quo ? En était-il venu à la mépriser pour ce qu'il percevait comme un rejet de sa part ? Ne comprenait-il pas ?

Elle se laissa glisser lentement contre le tronc d'un arbre et s'assit en tas sur le sol froid, enroulant ses bras autour de ses jambes alors qu'elle pleurait silencieusement sur ses genoux. Ne savait-il pas qu'elle l'aimait toujours ? Qu'elle mourait d'envie de sentir son contact et d'être en sa compagnie, mais qu'elle faisait ce qui devait être fait ? Ils ne pouvaient pas céder à leurs sentiments. Elle ne voulait pas être séparée de son équipe. Elle avait besoin d'être avec lui, même si c'était seulement en tant que son second.

La voix de Daniel qui l'appelait lui fit essuyer les larmes et tenter de réprimer la douleur dans sa poitrine. Elle se releva lentement en répondant doucement aux appels de son ami d'une voix mal assurée. « Je suis ici, Daniel. » Il s'approcha, presque à l'aveuglette, ses mains trouvant sa veste molletonnée et la saisissant étroitement dans ses doigts tendus.

« Est-ce que ça va ? » demanda-t-il alors qu'il la prenait dans ses bras.

« Je vais bien. Est-ce qu'il vous a blessé ? » demanda-t-elle, ses mains venant sentir le contour de son visage.

« Non. Il ne m'a pas frappé. Teal'c l'a arrêté. »

« Je savais qu'il le ferait, » répondit Sam doucement puis elle renifla, essayant toujours de contrôler ses larmes.

« S'il vous plait, ne pleurez pas, » implora Daniel. Il l'étreignit plus étroitement, puis ajouta, « Vous devez éclaircir les choses avec lui, Sam. Non pas que je sois d'accord avec lui, mais il est clair qu'il souffre. Je pense qu'il croit que nous avons une liaison ou quelque chose comme ça. »

« Peut-être que nous devrions, » répondit-elle d'une voix calme, se contrôlant et contenant ses larmes.

« Quoi ? » dit-il s'écartant et essayant de voir son visage dans l'obscurité.

« Ca mettrait définitivement fin aux choses entre le Colonel et moi. Peut-être que ce serait pour le mieux, » répondit-elle avec tristesse.

« Etes-vous sérieuse ? Est-ce que vous entendez ce que vous êtes en train de dire ? » demanda-t-il avec un reniflement.

« Pourquoi ? Est-ce que l'idée est si répugnante à vos yeux ? » contra-t-elle, paraissant offensée.

« Bien sûr que non ! Ne soyez pas ridicule ! » dit-il avec un éclat de rire.

« Alors pourquoi pas ? Nous sommes tous les deux célibataires. Ca pourrait être… réconfortant, » suggéra-t-elle, essayant de s'imaginer au lit avec Daniel et, pour une raison ou une autre, y échouant.

« Allez, Sam. Vous ne voulez pas ce genre de relation avec moi et vous le savez. » Il la reprit à nouveau dans ses bras et commença à caresser son dos.

« Peut-être que si. Peut-être que nous devrions essayer. Je veux dire… nous sommes suffisamment proches pour que si ça ne marche pas, cela ne change pas les choses entre nous. Peut-être est-ce ce dont nous avons tous les deux besoin. » Daniel se rendit compte qu'elle essayait de se convaincre elle-même plus qu'elle n'essayait de le convaincre.

« Non, je ne pense pas, » répondit-il sérieusement, la tenant toujours près de lui.

« Pourquoi pas ? » demanda-t-elle d'une voix cassée contre son épaule, se raccrochant sans aucun doute à un semblant d'espoir et désespérée de tenter quelque chose. Daniel sourit, puis écarta son visage de son épaule et le tint entre ses mains douces, essayant de distinguer ses traits striés de larmes à travers les ombres sous le couvert des arbres.

« Voilà pourquoi, » dit-il gentiment comme ses lèvres trouvaient les siennes. C'était un baiser hésitant, gauche au début. Mais une fois que leurs bouches s'étaient unies, il approfondit le baiser en la poussant contre le tronc de l'arbre derrière elle. Sam n'opposa aucune résistance. Elle leva seulement ses mains et les plaça timidement sur sa poitrine. Daniel essaya de mettre dans ce baiser tout l'enthousiasme qu'il pouvait rassembler pour quelqu'un à qui il pensait comme à une sœur, ce qui était très peu. Mais il continua de l'embrasser, sa langue explorant de façon experte jusqu'à ce qu'il sente les mains de Sam pousser contre sa poitrine. Il la relâcha finalement et recula, croisant ses bras sur sa poitrine et attendant avec un air nonchalant. Son plan avait failli se retourner contre lui. Etonnamment, il avait savouré le baiser plus qu'il n'avait pensé qu'il ferait. Beaucoup plus !

« Vous embrassez très bien, Daniel, » dit Sam essoufflée. « Ce fut, à vrai dire, très agréable… mais c'était un peu comme si j'embrassais Mark. » Puis elle se mit à glousser.

« Je vous l'avais dit ! » Il gloussa avec elle. « Maintenant arrêtez de dire n'importe quoi et essayez de parler à Jack. Vous en avez besoin tous les deux. »

« Je ne peux pas, Daniel ! » Elle redevint sérieuse et se détourna de lui. « Que pourrais-je dire ? Désolée de vous repousser, mon Colonel, mais je fais ce que je peux pour rester saine d'esprit ? Je vous aime mais je ne peux pas vous avoir, aussi j'essaie de construire le plus grand et le plus épais mur possible entre nous ? »

« C'est un bon début. » La voix profonde de Jack transperça soudain leur solitude, et les deux amis se tournèrent vers lui en poussant un cri de surprise. Ils réalisèrent qu'il se tenait à un mètre d'eux, à peine, et tous les deux se regardèrent à nouveau, pris de panique, leurs yeux habitués maintenant à l'obscurité. Ils se demandaient tous les deux ce qu'il avait vu et entendu.

« Rentrez au camp, Daniel. Nous arriverons sous peu, » commanda-t-il d'une voix douce mais ferme. Regarder ses deux amis s'embrasser après leur conversation avait été difficile, mais pas menaçant.

« Jack, » répondit Daniel avec méfiance, ne sachant pas s'il voulait laisser Sam avec lui étant donné ce dont il avait probablement été témoin.

« Ca va aller, Daniel, » l'assura Jack. « Partez. »

Daniel hésita encore un instant, mais décida d'obéir. Avec un dernier coup d'œil vers eux, il retourna au camp. Ces deux-là avaient besoin de parler, après tout.

« Venez. Sortons d'ici marchez avec moi. Ces bois sont trop sombres pour être sûrs, » commanda-t-il en commençant à s'éloigner. Sam n'avait pas d'autre choix que de suivre, et elle remarqua qu'il sortait des bois mais à l'écart du camp. Il trouva bientôt un gros rocher pas très loin et s'y assit, attendant qu'elle le rejoigne. Il faisait maintenant totalement sombre, et il regardait tranquillement le ciel alien, se demandant pourquoi trois lunes ne fournissaient pas plus de lumière à la nuit, sachant que Sam pourrait probablement lui donner l'explication scientifique.

Sam ne s'assit pas à côté de lui. Elle resta debout un peu plus loin, passant avec gêne d'un pied sur l'autre dans la soirée froide alors qu'elle attendait nerveusement qu'il parle.

« Je vous demande pardon, Carter. Mettons ça au clair en premier. J'ai dépassé les bornes, » dit-il. Il ne la regardait toujours pas. Il regardait maintenant droit devant lui, et Sam fit deux pas en avant, encouragée par le ton doux de sa voix.

« Je vous demande pardon aussi, mon Colonel, » répondit-elle d'une voix apaisante.

« Vous n'avez rien fait de mal. J'ai entendu suffisamment pour me rendre compte que je faisais erreur dans mes présomptions et que j'étais injuste envers vous deux. Daniel a raison, » admit-il en soupirant, ne la regardant toujours pas. « Je pensais que vous deux étiez ensemble, et j'étais jaloux. Plus que ça, j'étais en colère, bien que je n'aie aucun droit de l'être. »

Ses mots révélèrent qu'il avait été présent pendant la plus grande partie de sa discussion avec Daniel, et bien qu'elle soit épouvantée de ce qu'il avait vu, elle était aussi soulagée. Elle avait su que son intimité avec Daniel avait été un sujet douloureux depuis des mois. Oui, elle s'était rapprochée de l'archéologue dans un effort pour se distancer de son supérieur. Elle avait recherché le réconfort dans la compagnie de Daniel et un abri pour son âme égarée après leur retour de la planète des glaces, où elle avait mené une vie qui n'était pas la sienne. « Je… ne voulais pas vous blesser, » dit-elle finalement. Jack la regarda alors et remarqua qu'elle fixait le sol et frissonnait dans la nuit froide, ses bras croisés devant elle pour se protéger. Elle paraissait perdue et vulnérable, juste comme Thera avait semblé parfois. Et il se rappela qu'elle avait confessé qu'elle l'aimait toujours.

« Je ferai tout ce que vous voudrez. Je peux demander un transfert et diriger une autre équipe. Je demanderai à Hammond de prendre quelqu'un d'autre pour être son second. Je démissionnerai même, » suggéra-t-il et Sam releva sa tête pour le regarder, bouleversée.

« Non ! Vous ne pouvez pas ! Je… nous avons besoin de vous ici, avec nous, » dit-elle secouant la tête.

« Pourquoi ? » demanda-t-il, suppliant avec ses yeux une explication.

« Parce que… parce que je veux être avec vous. Je veux que vous soyez avec moi chaque fois que nous nous retrouverons prisonniers d'un Goa'uld, ou piégés dans une caverne, ou blessés. Je… je crois que je me sens tout simplement plus en sécurité avec vous. Je peux être brave quand vous êtes avec moi, » argumenta-t-elle d'une voix anxieuse qui montrait clairement sa peur d'être séparée de lui.

« Carter, nous ne sommes en sécurité avec personne. Nous pourrions mourir demain. Et vous êtes toujours brave, avec ou sans moi, » contra-t-il.

« Si je meurs demain, je mourrais avec vous, ou près de vous, » murmura-t-elle. Jack sourit à sa déclaration, puis il laissa tomber sa tête en signe de défaite.

« Je vous aime, Carter. Je veux que vous le sachiez avec certitude. Si nous n'avions jamais été Thera et Jonah, j'aurais peut-être pu continuer à nier à moi-même à quel point ce que je ressens pour vous est fort. Mais après ça… » Il secoua la tête. « Après ça, c'est simplement impossible. »

Un long silence suivit, mais il l'entendit alors clairement. « Je vous aime, aussi, » murmura-t-elle très doucement, sa voix se brisant. Il la regarda alors que des larmes silencieuses coulaient de ses yeux fermés, se tenant seulement à quelques pas de lui et serrant étroitement ses bras autour d'elle dans la nuit froide. Et en dépit de sa proximité physique, il avait l'impression qu'elle était à des kilomètres. Et il ne put le supporter.

En un moment de faiblesse, repassant en boucle ses mots sincères, il se leva et effaça l'espace entre eux, l'enveloppant brusquement dans ses bras et la serrant étroitement alors qu'il la berçait, caressant doucement ses cheveux et tenant son visage strié de larmes contre son cou. « J'ai besoin de vous, Sam, » confessa-t-il, murmurant des mots qui chatouillaient son oreille et la faisaient frissonner.

Elle ne savait que dire ou que faire. Elle aussi avait besoin de lui. Elle voulait tant avoir le droit de l'embrasser, de le toucher, de le serrer dans ses bras à tout instant, mais elle avait peur de perdre sa présence quotidienne dans sa vie si elle succombait à la tentation. « Je ne veux pas vous perdre, » sanglota-t-elle contre son cou. « Je vous aime tellement, Jack. Je ne veux pas que ceci nous blesse. Je ne veux pas que ceci nous amène à nous détester. »

« Je ne pourrais jamais vous détester, Sam. Et je ne permettrais jamais que ceci nuise à votre carrière. Il doit y avoir un moyen. S'il vous plait, laissez-moi essayer de le trouver, » supplia-t-il. Il se recula et regarda ses yeux brillants. « S'il vous plait. »

Sam regarda dans ces yeux sombres farouchement intenses et pourtant implorants, sentit sa main calleuse empaumer son visage, son corps brûlant irradiant plus que juste la chaleur pour elle, et elle fut perdue. Elle regarda sa bouche, voulant tellement la goûter, et elle sut qu'elle céderait. Elle sut qu'elle ne pourrait le rejeter. « D'accord, » soupira-t-elle, et Jack eut un sourire de triomphe, juste avant que sa bouche ne réclame avidement la sienne.

Les genoux de Sam se dérobèrent un instant, mais Jack la soutint et continua de l'embrasser, serrant son corps tremblant contre le sien comme si elle allait disparaître. Il l'embrassa longtemps et profondément, toute sa passion retenue libérée en une étreinte désespérée. « Jack, » dit-elle en sanglotant quand ils se séparèrent pour respirer, et le tremblement dans sa voix fut sa perte. Il s'agenouilla lentement avec elle, amenant doucement son corps entre ses jambes pour la tenir délicatement dans sa chaleur alors qu'il continuait d'explorer sensuellement sa bouche, suscitant de petits gémissements de plaisir de Sam.

Les mains de Sam étaient agrippées à sa veste un instant, et l'instant suivant elles parcouraient son dos comme elle se fondait en lui, à présent assise sur le sol entre ses genoux, s'abandonnant au maelström de sentiments qui jaillissaient du plus profond d'elle. Ils n'avaient jamais pu se perdre l'un dans l'autre en tant que Jonah et Thera. Leurs brefs moments d'intimité n'avaient permis que des étreintes rapides et des caresses fugitives. Mais elle avait toujours su qu'embrasser cet homme, à son rythme, sans pression, serait sa ruine, et aussi sauvagement agréable et hallucinant qu'elle le vivait en ce moment même.

La main baladeuse de Jack trouva soudain la brûlante jonction entre ses jambes, et elle se redressa brusquement et gémit dans sa bouche, ayant l'impression qu'elle allait exploser là maintenant de l'intensité de la réponse de son corps. Elle crut l'avoir entendu gémir aussi, mais elle n'aurait pu le jurer. S'ils avaient été accostés par un peloton de Jaffa à cet instant, elle ne pensait pas qu'ils auraient remarqué. Elle le sentit la caresser d'une main sûre et elle se cambra contre sa main, haletant pour respirer lorsque sa bouche quitta la sienne pour attaquer son cou, embrassant et mordillant avec douceur alors qu'il continuait impitoyablement d'œuvrer sa main talentueuse sur elle. Il savait exactement où et comment la toucher, assis avec contentement sur le sol avec le corps emprisonné de Sam entre ses jambes, à présent plus à l'aise et pouvant la caresser.

« Oh, Dieu… Jack, » dit-elle d'une voix hachée contre son oreille, son cœur sur le point de sortir de sa poitrine. Elle avait l'impression d'être en feu, complètement déchaînée et ne désirant pas se calmer. Sa réponse fut de trouver à nouveau la bouche de Sam avec la sienne et de caresser encore plus fermement et plus vite, l'amenant de façon experte au bord de la jouissance en quelques secondes. Quand sa bouche quitta une fois de plus la sienne pour se retrouver sur son cou, Sam se fondit dans ses bras en tremblant, criant doucement l'intense tremblement de son orgasme, haletant et gémissant, ses yeux étroitement fermés et ses doigts serrés étroitement sur sa veste.

Jack n'avait jamais rien vu d'aussi magnifique auparavant. Il la regarda avec ravissement alors que son visage se détendait lentement et que ses yeux s'ouvraient en papillotant pour regarder le ciel sombre et étoilé avec une expression perplexe, haletant pour retrouver son souffle et n'arrivant pas vraiment à croire ce qui venait de se passer. La main de Jack était toujours là, continuant de caresser doucement entre ses jambes alors qu'elle se calmait progressivement, ses jambes légèrement écartées et son colonel toujours assis sur le sol dur alors qu'il la tenait contre lui. Il commença alors à l'embrasser à nouveau, doucement et lentement, savourant chaque coup de langue, chaque petit baiser, et chaque caresse de sa langue contre la sienne.

La main de Jack semblait incapable de la quitter, mais Sam baissa finalement sa main et saisit la sienne encore une fois contre elle avant d'entrelacer ses doigts avec les siens et de porter sa main à ses lèvres pour l'embrasser avec adoration. « P… pourquoi avez-vous fait ça ? » demanda-t-elle, sincèrement curieuse. Cela avait été si soudain et inattendu, malgré le fait que cela avait été extraordinairement agréable.

« Je ne sais pas. Je crois que… j'avais simplement besoin de le faire, » répondit-il tout aussi perplexe qu'elle. Son front se creusa d'inquiétude, « Je m'excuse si… »

« Non ! Je suis juste… curieuse, » lui dit-elle en souriant et elle caressa sa joue amoureusement.

« J'avais peut-être besoin de faire quelque chose d'assez intime pour sceller notre pacte… pour que vous ne changiez pas d'avis, » offrit-il avec un sourire idiot. Elle sourit encore plus largement à sa logique.

« Et vous ? » demanda-t-elle timidement, sachant qu'il était probablement aussi dur que l'acier sous ses vêtements.

« Ne vous en faites pas pour moi. Je suis bien. Retournons avant que Teal'c et Daniel ne commencent à nous chercher. » Il n'attendit pas sa réponse et se mit lestement sur ses pieds, la relevant avec lui. Il l'attira alors étroitement contre son corps, un bras autour de ses épaules et se dirigea vers le camp. Sam était encore chancelante et fut reconnaissante de son soutien alors qu'ils retournaient au camp. Elle ne cessait de le regarder avec émerveillement, et il lui souriait simplement et embrassait son visage, son front ou son nez, visiblement fou de joie.

Teal'c les regarda arriver blottis l'un contre l'autre, et il sourit à la satisfaction qu'il détecta dans les deux officiers. Il s'était toujours interrogé sur la sagesse de la prétendue loi de non fraternisation. Il n'y avait pas une telle chose dans aucune des organisations militaires qu'il avait déjà rencontrées. A son avis, essayer de réglementer les émotions était comme d'essayer de chevaucher le vent. Mais il n'avait jamais parlé contre cette loi, respectant la vision de son peuple d'adoption et tenant sa langue chaque fois qu'il ne comprenait pas. Maintenant, O'Neill et le Major Carter avaient enfin décidé d'agir en accord avec leurs sentiments, et il était heureux pour eux.

Jack, ne voyant pas Daniel et présumant qu'il était allé se coucher, murmura à Teal'c. « Réveillez-moi quand ce sera mon tour, mon ami. » Il se tourna alors vers Sam, lui donna un dernier baiser sur ses lèvres, et la poussa vers la tente de Daniel. Il ne voulait pas aller plus loin qu'ils n'étaient déjà allés jusqu'à ce qu'il sache ce qu'ils allaient faire à propos de leur situation. La seule chose qu'il savait pour certaine était qu'il garderait Sam Carter dans sa vie, et pas seulement en tant que son second.

« Mon Colonel, » appela-t-elle en hésitant, détestant se séparer de lui.

« Demain, » promit-il avec douceur, « et c'est 'Jack' à partir de maintenant. » Elle sourit et acquiesça. Elle s'esquiva alors dans la tente et s'installa confortablement dans le sac de couchage. Daniel était déjà endormi, et elle fut contente de ne pas avoir à verbaliser ce qui venait de se passer. Elle était encore étourdie, troublée et inquiète, mais follement excitée à l'idée d'un possible futur avec Jack. Son corps vibrait encore des caresses inattendues et brûlantes de Jack. Elle ne savait pas ce qu'il pouvait faire pour garder l'équipe intacte et poursuivre quand même une relation avec elle, mais elle lui faisait implicitement confiance, et il avait promis d'essayer. Avec cette pensée, le souvenir des mains agiles de Jack, et avec un sourire sur les lèvres, elle s'endormit finalement.

Le lendemain matin, le temps qu'elle sorte de la tente, Jack et Teal'c faisaient leurs paquets et finissaient le petit déjeuner. Jack n'avait réveillé ni Daniel ni Sam pour leur tour de garde, et Sam se demanda s'il avait dormi ne serait-ce qu'un peu. Elle lui sourit, reconnaissant le geste pour ce qu'il était, une manière à la Jack O'Neill de dire 'je suis désolé' à ses deux amis. L'archéologue gémissait et suppliait pour du café, aussi elle haussa les épaules en regardant son supérieur et servit Daniel une tasse alors qu'il s'asseyait près du feu. « Alors est-ce que vous avez parlé ? » demanda-t-il indiscrètement.

« Oui, Daniel, » répondit Jack patiemment, faisant à Sam un petit sourire amusé.

« Et ? » encouragea l'archéologue.

« Et tout va bien, Daniel, » répondit Sam, faisant un grand sourire à Jack.

« Aw, allez ! C'est tout ? » se plaignit Daniel.

« Vous devrez attendre et voir, d'accord ? » répliqua Sam sans pitié, et s'occupa de démonter et ranger la tente. Jack eut un petit rire à l'expression chagrinée de son ami et éteignit le feu.

« Rentrons, les enfants. Il y a une affaire urgente qui attend chez nous, » annonça-t-il énigmatiquement. Daniel le regarda et sourit, plein d'espoir que ce qu'il soupçonnait soit pour de bon.

« Il était temps ! » fut son dernier commentaire avant de se lever et de se préparer à partir.

Ils mirent moins longtemps pour retourner à la porte ce matin-là, étant donné que leur marche était maintenant en grande partie en descente. Daniel continua de discuter et de taquiner Sam tout le long du chemin, posant des questions impertinentes, se moquant d'elle chaque fois qu'il la faisait rougir, et se retrouvant complètement frustré par son refus de partager davantage d'information.

Cette fois, Jack les ignora joyeusement, souriant de temps en temps aux questions de Daniel, souhaitant pouvoir y répondre, et faisant comme un parent extrêmement patient confronté aux pitreries d'un enfant. Teal'c avait une expression inhabituellement détendue sur le visage et souriait vraiment avec Jack en quelques occasions, mais s'abstint de dire ou de demander quelque chose.

Une fois qu'ils furent de retour au SGC, juste à l'heure, ils passèrent les tests médicaux à l'infirmerie puis se rendirent à la salle de briefing pour le débriefing habituel. Ce fut, pour l'essentiel, Daniel qui parla. Il fit un compte rendu des découvertes, lesquelles n'étaient pas très intéressantes, et il radota sur les possibles origines des ruines et du peuple de P5X-678.

Le Général Hammond écouta consciencieusement et nota les informations nécessaires pour son rapport mais ne manqua pas le fait que, pour la première fois depuis des mois, Sam Carter était assise à côté de son supérieur et qu'ils se jetaient sans cesse des regards. Il aurait décrit l'expression de Jack de rêveuse s'il ne connaissait pas mieux l'homme, et le Major Carter paraissait à la fois nerveuse et heureuse. La possible raison de ses observations le frappa au bout des premières minutes du débriefing, et il lui prit toute sa retenue professionnelle pour ne pas l'interrompre prématurément et convoquer les deux officiers dans son bureau pour leur passer un savon.

Jack, cependant, le battit sur le fil. A la seconde où Hammond les congédia, Jack demanda un entretien privé. Le général soupira de résignation et acquiesça, faisant signe à l'homme de le suivre dans son bureau et de fermer la porte. Il remarqua la façon dont le Major Carter traîna à la porte de la salle de briefing mais partit finalement quand le Dr. Jackson l'invita à déjeuner.

Le général Hammond était prêt pour les habituelles bravades et impudences du Colonel O'Neill alors qu'il s'asseyait en face de l'officier. Il n'était donc pas préparé à la question respectueuse et sérieuse quand elle arriva brusquement. « Monsieur, pourrais-je vous parler pendant quelques minutes comme à un ami avant que je ne vous parle comme à mon supérieur ? »

Le général ne put que sourire. Il devait le reconnaître au Colonel. Il l'avait désarmé par ces quelques mots. « Bien sûr, Jack. Qu'avez-vous à l'esprit. »