Hello ! Me revoilà avec un autre OS, cette fois-ci un peu - beaucoup - plus long, et avec un léger Grey/Erza. :B
Je tiens par ailleurs à remercier Lou Celestial et Sechee pour leurs reviews ; En ésperant que ça vous plaise toujours autant, merci encore !
Bonne lecture !
Chronologie : Bien avant que Lucy n'entre à Fairy Tail. Pas de spoils majeurs ici ; Juste une légère allusion au passage où on voit Grey et Erza enfants dans l'Arc de la tour du Paradis, mais rien de bien méchant. :)
Genre : Friendship - Hurt/Comfort
Rating : T
Disclaimer : Les personnages de Fairy Tail ainsi que son univers appartiennent à Hiro Mashima.
Erza se moucha bruyamment, un autre mouchoir allant compléter la pile de papiers usés débordant de la poubelle la seconde qui suivait.
La voix fluette de la petite Levy l'arracha à la douce torpeur dans laquelle elle était plongée, sans pour autant que Titania ne l'écoute avec attention.
- « ... Apporté quelques livres, je te les laisse devant ta porte ! »
Erza sourit avant qu'une quinte de toux ne vienne secouer sa poitrine douloureuse, lui arrachant un grognement de mécontentement.
Une semaine. Exactement sept jours. Sept maudits jours qu'elle était confinée au lit avec cette satanée fièvre.
Et ça à cause de qui ? D'un imbécile de mage de glace qui n'avait rien de mieux à faire que de tendre un piège au jeune Dragon Slayer qui lui servait à la fois de rival et de meilleur ami.
Erza n'avait strictement rien demandé. Comme souvent, elle s'était simplement rendue en cachète dans la remise de la guilde où elle avait caché une délicieuse part de fraisier dans le réfrigérateur.
Seulement, à peine avait-elle ouvert celui-ci qu'un seau d'eau s'était entièrement déversé sur elle, activant la rune de glace qu'elle n'avait pas vu dans la pénombre qui libéra un sort de la même essence, l'emprisonnant avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste.
Bien-sûr, il avait fallu que Grey soit en mission ce jour là. Persuadé qu'il avait enfin réussi à piéger Natsu, qui lui, ne craignait pas la glace, quelle fut sa surprise lorsqu'il libéra une Erza complètement congelée de la glace le soir venu !
Si elle n'avait pas été aussi affaiblie, sûrement Erza se serait-elle dégagée des bras au combien si chauds de Natsu en vitesse pour donner une bonne leçon au mage de glace, sans apercevoir les couleurs qui vinrent s'inviter sur les joues de ce dernier, quasiment mort de honte - et de trouille, aussi.
Mais, et ce trop rapidement à son goût, elle avait tout bonnement perdu conscience contre le Dragon Slayer qui l'avait immédiatement serrée contre son corps brûlant, Happy alertant les autres mages de la guilde.
Porlyusica avait elle-même prit la peine de se déplacer et confinée dans sa chambre à Fairy Hills jusqu'à ce qu'elle soit complètement rétablie, et ce au grand dam de Titania. Mais, trop faible pour répliquer, Erza avait fini par s'y faire.
Mais là, ça faisait quand même sept jours.
Sept jours qu'elle n'était pas sortie.
Sept jours qu'elle ne recevait que quelques bribes d'informations sur ce qui se passait à Magnolia et à Fairy Tail.
Sept jours qu'elle ne voyait que Levy et Cana qui venaient à tour de rôle lui apporter à manger et de quoi s'occuper.
Sept jours qu'elle ne s'était pas battue. Sept jours qu'elle n'était pas partie accomplir une mission.
Sept jours qu'elle ne mangeait rien d'autre qu'une sorte de bouillon préparé par Porlyusica, matin midi et soir - du moins quand elle n'était pas prise de violentes nausées.
Sept jours qu'elle n'avait pas vu la moindre miette d'un quelconque fraisier, aussi. Et là, le manque commençait vraiment à se faire sentir.
Le bruit caractéristique de coups tapés à la porte la sortirent brusquement de ses pensées. À l'entente de Cana, Erza se redressa et l'invita à entrer d'une voix rendue rauque par la maladie.
Les bras chargés d'un plateau de nourriture, Cana poussa discrètement les livres de Levy du bout du pied et vint s'asseoir sur le tabouret posé près du lit.
Tous les espoirs de manger un fraisier d'Erza s'effondrèrent à la vue d'un bol de bouillon, sans la moindre trace de pâtisserie. Cana ôta rapidement le flacon soigneusement caché dans les plis d'une serviette blanche avec un sourire complice et porta le goulot à ses lèvres alors que la rousse plongeait une cuillère dans le bouillon, sans la moindre conviction apparente.
Cana s'en aperçut et brisa enfin le silence après avoir bu quelques gorgées de la petite bouteille.
- « Allez, fais pas ta difficile. À part du rhum, j'ai vraiment rien d'autre à te proposer ! » , déclara la mage des cartes en levant sa bouteille, un sourire d'excuse aux lèvres.
Erza le lui rendit et finit par avaler quelques cuillerées avant de se tourner vers son amie.
- « Comment est-ce que ça se passe, à la guilde ?
- Hm... Rien de spécial. Les Shadow Gear partent en mission ce soir, je sais pas si Levy te l'a dit. »
Erza haussa des épaules en avalant une autre cuillerée, consciente qu'elle devait simplement ne pas l'avoir écoutée. Dieu, ce qu'elle pourrait faire pour une seule bouchée de fraisier...
- « Ensuite, bah... », continua Cana après avoir avalé une autre gorgée de sa petite bouteille. « Le Maître rouspète toujours à cause des dégâts que fait Natsu en mission. D'ailleurs, cet abruti voulait que je te dise qu'il s'est occupé de donner une bonne leçon à Grey à ta place. »
Erza reposa la cuillère sur le plateau, s'essuyant distraitement avec la serviette.
Sept jours qu'elle n'avait pas vu Natsu ou Grey. Qu'elle ne les avait pas vus se battre.
Sept jours qu'elle n'avait pas vu le visage rayonnant de son Dragon Slayer préféré. Qu'il ne s'était pas endormi comme un bébé, sa tête posée sur les cuisses de Titania. Sept jours qu'elle ne l'avait entendu se plaindre d'avoir faim ou au contraire trop mangé, son éternel « J'suis gonflé à bloc ! » qui avait fini par lui manquer.
Sept jours qu'elle n'avait pas vu Natsu sourire, avec ce sourire triste qu'il avait lorsque le soleil se couchait depuis quelques mois, depuis que la famille Strauss comptait un membre en moins.
Sept jours qu'elle n'avait pas vu Grey, qu'elle ne lui avait pas demandé de se rhabiller, plus par habitude qu'autre chose. Sept jours qu'elle n'avait pas sourit en observant discrètement son ami d'enfance, constatant qu'en plus d'avoir bel et bien grandit, le temps n'avait fait qu'accentuer ce côté si mystérieux et distant qu'on pouvait voir chez lui. Ce côté ténébreux, qui, il fallait bien l'admettre, lui allait terriblement bien.
- « Et Grey ? »
Les yeux lilas de la mage des cartes rencontrèrent ceux de son amie, à la couleur si particulière et sauvage oscillant entre le brun et le bronze, recouverts d'un voile de pensées.
Cana soupira avant de répondre :
- « Le maître n'a pas voulu aller jusqu'à l'exclusion. Mais il lui a quand même demandé de ranger la remise et de donner un coup de main aux autres membres de la Guilde. »
Face au silence de la rousse, elle continua, l'air songeur :
- « Il doit s'en vouloir, parce qu'il n'a pas protesté. Il a fini de ranger la remise aujourd'hui, je crois. Je ne l'ai pas vu de l'après-midi. »
Erza acquiesça lentement, fixant le contenu de son bol, pensive.
Ça, il avait intérêt à s'en vouloir. Elle n'avait jamais été malade aussi longtemps, et, même si elle avait du mal à l'accepter, elle n'était pas prête de guérir avant un moment.
Jamais.
- « Tiens. La vieille a dit que ça ferait baisser ta fièvre. »
Cana posa un flacon au contenu suspect sur la table de chevet de la rousse et sortit ses cartes dans un sourire.
- « Tu veux que j'essaies de voir quand est-ce que tu vas guérir ? »
Finalement, Erza l'aimait bien, cette petite ivrogne.
Face au sourire - un tantinet sincère et convainquant, enfin - de Titania, la mage des cartes sortit celles-ci de son sac et en prit cinq, qu'elle étala à plat sur le lit.
Laissant son amie lire un avenir qu'elle espérait positif pour elle, Erza finit la préparation de la sorcière à contrecœur et déposa le plateau sur la table de chevet, soulevant le flacon pour le porter à son visage.
Ahem.
À la vue de la couleur douteuse du mélange, elle le reposa, non sans accompagner son geste d'une grimace de dégoût.
Les sourcils froncés de la brune et la concentration extrême qu'Erza pouvait lire sur son visage commençaient à inquiéter cette dernière, la mage chevalier se mordillant la lèvre, consciente qu'il ne fallait en aucun cas la déranger.
- « Bisca était pas en mission ? »
Erza se tourna avec lenteur vers son amie, un pli soucieux marquant le front de la brune qui déplaçait ses cartes, en rajoutait d'autres et changeait leur position avec frénésie, l'air confuse.
Si c'était pour son avenir qu'elle tirait une tête comme ça, Titania commençait vraiment, vraiment à avoir peur.
- « Qu'est-ce que te disent tes cartes ? »
Cana prit un moment avant de répondre. Enfin, après avoir vérifié plusieurs fois, elle déclara :
- « Bah, ça m'a l'air bizarre, mais je ne pense pas m'être trompée. Elles me disent que tu vas recevoir de la visite, et que le visiteur en question aura... « Visé juste ? ». C'est la seule interprétation que j'ai trouvé. La seule personne qui me vienne à l'esprit, étant donné que pour entrer à Fairy Hills ça ne puisse être qu'une fille, qui « viserait juste », c'est Bisca. Mais il me semble qu'elle est partie en mission avec Arzack... », déballa-t-elle d'une traite, songeuse.
Après avoir assimilé les informations que son amie venait de lui donner, la rousse lui laissa un moment pour réfléchir avant de demander avec espoir :
- « Et sinon... Est-ce que tu sais quand est-ce que je vais guérir ? »
Cana répéta l'opération plusieurs fois, dans un silence pratiquement aussi insupportable aux yeux d'Erza que pouvait l'être la vue de ses amis dégonflés après une bataille et prêts à abandonner.
Enfin, avec un petit sourire d'excuse, la mage des cartes déclara en se levant :
- « Non, je ne vois rien d'autre. En revanche, ta petite visite ne devrait pas tarder. Reposes-toi bien ! »
À peine eut-elle finit sa phrase que la porte de referma lourdement. Le bruit de quelques pas, les talons de Cana claquant sur le sol de marbre, puis plus rien. Le silence. Le vide.
La solitude.
Erza soupira en croisant ses mains sur sa poitrine. Elle allait avoir beaucoup de choses à faire en rentrant...
Rassurer les autres, premièrement. Jeter un coup d'œil aux S-quests, voir ce qu'elle pourrait bien accomplir.
Calmer un peu tout le monde, ensuite. Surtout Natsu et Grey.
Et Grey.
Un nouveau soupir brisa le silence, Titania laissant ses yeux dériver le long de la chambre jusqu'à la fenêtre qui se trouvait au bord de son lit, la vitre percée par les rayons orangés d'un soleil d'après-midi qui se reflétaient avec douceur contre les murs clairs.
Elle irait peut-être lui botter les fesses à celui-là, une fois remise de sa maladie.
Sur ces pensées, la mage chevalier ferma les yeux et s'endormit rapidement, alors que le ciel crépusculaire laissait place à la nuit.
Oui, elle irait sûrement.
L'objet non identifié qui vint cogner contre sa fenêtre réveilla Erza dans un sursaut.
Il faisait déjà nuit, et d'après l'horloge murale de sa chambre, la soirée était suffisamment avancée pour que tout le monde soit déjà endormi. Les sens en alerte, la jeune fille retourna les paroles de Cana dans son esprit, émergeant peu à peu des vapes du sommeil.
Bon sang, cette maladie ne l'arrangeait en rien. Déjà affaiblie physiquement, elle n'était même pas capable de faire apparaître son armure.
Poussant un grognement de colère car furieuse contre elle-même - et Grey, aussi -, à peine eut-elle reprit ses esprits qu'un objet du même genre alla frapper la vitre.
Erza tira aussitôt une épée - dont les autres filles ignoraient heureusement l'existence - de sous son oreiller et s'approcha prudemment de sa fenêtre, sans pour autant allumer la lumière.
Faisant tourner la poignée dans un silence parfait, elle jeta un coup d'œil en contrebas pour enfin voir l'identité du mystérieux intrus - puisque, s'il avait s'agit d'une fille de Fairy Tail, les portes se serraient ouvertes d'elles-mêmes.
Deux yeux sombres brillant dans la pénombre. Un torse nu, sur lequel était fièrement affichée l'appartenance à Fairy Tail. Une chaîne et un pendentif qu'elle connaissait pour les avoir à maintes et maintes fois observées.
Un visage neutre, comme d'habitude. Une main qui tenait fermement une boite blanche, l'autre un caillou qu'il s'apprêtait à lancer de nouveau.
Un hoquet de stupeur s'échappa de ses lèvres entrouvertes alors qu'elle s'empressait de reculer, ses jambes l'emmenant par instinct dans son lit.
Sur la vitre, six lettres à la calligraphie qui ne lui était pas inconnue se tracèrent avec lenteur, entièrement faites de glace.
« Pardon »
Lui ! Il était... Quoi ? « Pardon » ?! À Fairy Hills, où aucun garçon n'était admis ? Pourquoi ? Pour qui ? Pour elle, bien entendu. Mais dans quel but ?
Ses méninges tournant à toute vitesse, Titania finit par se remettre de sa surprise et se rapprocha de la vitre.
À la vue de son visage, l'adolescent en contrebas effaça les lettres de glace pour en former d'autres, tout en essayant de rester le plus silencieux possible.
Il avait déjà apporté suffisamment d'ennui à Erza comme ça, et il ne comptait pas lui en causer plus.
Erza lu le message à voix haute, cette fois-ci.
- « J'ai ... Quelque chose pour... Toi... Ouvres-moi... S'il te plaît. »
Quelque chose pour elle ?
Erza soupira, jetant un coup d'œil aux alentours. Elle grimaça à la vue de son reflet dans le miroir, ses yeux brillants et rougis soulignés de méchantes cernes, son corps plus maigre que d'habitude, son petit nez rougi par les mauvais traitements des mouchoirs en papier. Vêtue d'une simple nuisette et les cheveux en bataille, elle se trouvait au milieu d'un bazar sans nom, des piles de livres s'entassant ici et là, des tas de mouchoirs naissant de parts et d'autres sur la moquette brune...
Mais enfin, Grey s'y ferait bien. Si toutefois elle décidait de le faire entrer.
En bas, le garçon commençait à s'impatienter. Du haut de ses quinze ans, il avait déjà dû expliquer à tous les commerçants chez qui il était passé que non, cette fille dont il voulait à tout prix se faire pardonner n'était pas sa... « petite-amie »,avait défié non sans tricher Cana pour que celle-ci lui indique l'endroit où se trouvait Fairy Hills et la chambre de son aînée d'un an, évité les questions de Mirajane dont la personnalité s'avérait franchement trop différente depuis peu, s'était montré étonnement pacifique envers Natsu pour enfin prendre son courage à deux mains, récupérer le paquet qu'il avait cherché presque toute la journée, s'infiltrer à Fairy Hills et se trouvait maintenant ici, au pied de la fenêtre d'Erza Scarlett, de Titania la reine des fées, afin de lui présenter ses plus sincères excuses - non sans craindre pour sa vie, puisqu'il avait enfreint pas mal de règles pour en arriver à là.
Il faillit craquer et tourner les talons lorsqu'enfin, la fenêtre s'ouvrit en silence, sans pour autant qu'Erza ne l'invite à entrer ; Grey soupira. La connaissant, c'était sa manière de le faire.
Et puis, il n'avait pas fait tout ce chemin pour rien. Il avait blessé une de ses plus précieuses amies - bien qu'il se savait incapable de lui dire qu'il la considérait véritablement ainsi, et que la perdre équivalait à perdre un appui, un repère -, et il comptait bien se racheter.
Cependant, conscient qu'il lui en demandait déjà beaucoup, Grey n'attendit pas qu'elle réapparaisse et créa une échelle de glace qu'il commença à gravir, son précieux paquet sous le bras.
Celui-là aussi, il avait galéré pour le trouver.
Il s'arrêta tout de même avant que le sommet de sa tête n'apparaisse aux yeux de la rousse.
- « Euh... Est-ce que tu peux me garantir que je vais pas me prendre une épée dans le ventre dès que je serai entré ? », finit-il par demander, cachant du mieux qu'il le pouvait les tremblements de sa voix.
Il crut entendre un rire, l'espace d'un instant. Lorsqu'il releva la tête, la vue d'une main tendue lui arracha un hoquet de stupeur.
- « Disons que ça dépendra de ce que tu m'as apporté. »
Après une seconde d'hésitation, il saisit maladroitement la main de la jeune fille et se laissa tirer en avant, soupirant de soulagement.
L'échelle de glace disparut à l'instant même où son pied la quitta pour aller se suspendre au rebord de la fenêtre, avant qu'il ne finisse enfin par entrer dans la chambre, précautionneusement, délaissant ses chaussures dans un coin pour délicieusement s'enfoncer dans la moquette, douce.
Il était à Fairy Hills, après tout. Dans la chambre de la jeune fille qui était obligée de rester ici à cause de lui. Dans la chambre de la guerrière qu'il craignait plus que n'importe qui.
Mais dans la chambre de la précieuse amie qu'il ne voulait pas perdre, surtout. De la précieuse amie, un peu bizarre par moments, mais aussi de la précieuse amie qui, décidément, lui avait manqué.
Aussi fut-il à moitié conscient de ce qu'il faisait lorsqu'il déposa la boite blanche pour attirer Erza dans ses bras, après quelques secondes d'hésitation.
Cette dernière ne réagit pas, trop confuse pour faire quoi que ce soit, trop affaiblie par la maladie pour le repousser - Tout de même, la seule personne qui pouvait bien craindre une vengeance de sa part se tenait ici, dans sa chambre, dans un bâtiment où aucun homme n'était admis et venait de la prendre dans des bras, soudainement, sans prévenir, juste comme ça - et quelque part, trop heureuse de le voir après une longue semaine de solitude pour faire quoi que ce soit.
Ce fut assez brusque et soudain. Mais doux, aussi.
Et de la douceur de la part du mage de glace, ça restait rare. De la douceur pour elle et uniquement pour elle, encore plus.
Alors elle laissa l'épée qu'elle tenait lui glisser des doigts pour aller choir sur le sol, tout simplement. Elle soupira, aussi, lorsqu'une main vint doucement se poser sur le sommet de sa tête pour glisser le long de sa chevelure dans une caresse plus réconfortante que tout ce qu'elle aurait pu imaginer. Se blottit d'avantage contre le torse musclé du garçon en espérant qu'il ne le remarque pas. Assimila tout ce qu'elle pouvait ressentir ; son odeur, la chaleur de sa peau étonnamment douce, sa respiration puissante, les quelques centimètres qui faisaient qu'il était désormais plus grand qu'elle, ses bras autour de ses épaules, le silence qui les entourait.
Et la mélodie si douce du cœur qui battait tout près de son oreille, aussi, sur un rythme rapide, effréné, endiablé.
Le temps s'était arrêté, l'espace d'un moment dont elle n'aurait pas pu définir la durée.
Durant ce laps de temps, elle ne fut plus l'effrayante Titania. Pendant ces quelques secondes ou minutes, Grey ne fut plus le mage de glace au cœur aussi froid que sa magie.
Il n'y avait qu'une jeune fille, avec sa force gigantesque mais aussi ses faiblesses. Il n'y eut qu'un garçon d'à peine un an de moins qu'elle qui rattrapait la semaine où il avait pensé à comment est-ce qu'il viendrait s'excuser, si oui ou non elle finirait par lui pardonner cette erreur et au bout de combien de temps, parce qu'au fond, s'il avait fait tout ce chemin, bravé toutes ces règles, c'était uniquement pour ça ;
Parce qu'Erza était son amie. Une précieuse amie dont il avait toujours cherché à percer les secrets. Une précieuse, indispensable amie, qu'il avait inconsciemment décidé de protéger, le jour où il l'avait vue pleurer, où il s'était rendu compte que sous ses airs sérieux et impassible, elle aussi avait ses propres faiblesses.
Qu'elle n'était pas vraiment invincible, tout en restant incroyablement puissante. Qu'elle pouvait parfois avoir besoin d'aide, elle aussi. Que même si elle ne le montrait pas, ne le demandait pas, elle avait besoin de réconfort, d'un moment où elle pourrait vider son sac et peut-être, enfin, une bonne fois pour toutes, aller mieux.
Alors, prenant toutes ces choses en compte, il l'avait attirée dans une étreinte protectrice, rassurante, apaisante.
Parce qu'elle lui avait manqué. Parce qu'il s'était morfondu, inquiété à propos d'elle, au point qu'il ne s'était battu qu'à moitié contre Natsu, lorsque celui-ci, furieux qu'il ait blessé leur amie, était venu lui faire comprendre son ressenti par rapport à cette histoire et lui faire regretter d'avantage son geste - Amèrement.
Parce qu'elle aussi, elle avait droit à ce genre de choses. À ces gestes, ces moments.
Et que ces choses justement, il en avait besoin aussi.
Parce qu'un monde sans Erza, ce n'était pas vraiment un monde.
Erza fit de son mieux pour cacher sa déception, lorsqu'il s'écarta doucement d'elle pour la regarder, observer sa réaction, l'expression de son visage.
Grey le remarqua tout de même et sourit, avant de se rappeler soudainement pourquoi il était venu ici, dans la chambre de qui il se trouvait.
Il se gifla mentalement. Maintenant, c'est comme s'il était déjà mort, il pouvait en être certain.
Après s'être raclé la gorge, le garçon s'empressa de reculer de quelques pas et garda la tête baissée.
Erza le fixait sans comprendre, les rougeurs qui étaient venues colorer ses joues s'estompant petit à petit.
- « Euh... Je...
- ... Je vois. Grey, tu-
- Je suis désolé. »
Il s'osa à lever les yeux dans sa direction, plongeant immédiatement dans le regard de la jeune fille.
Étonnamment doux, pour une fois. Lui qui était toujours si sauvage, si perçant. Intimidant.
Elle avait maigri, la fatigue de lisant sur son visage à travers des yeux rougis soulignés de cernes grisâtres. Il la trouvait plus pâle, aussi, les joues plus creuses.
Grey déglutit. Il ne pouvait plus reculer, maintenant.
- « Je suis désolé, Erza. Je pensais que c'était Natsu qui se rendait dans le réfrigérateur privé, alors j'ai juste voulu le coincer et le piéger avec ça... Il l'aurait fait fondre au bout de quelques minutes, alors...
- Tu... Tu savais que je venais ici ?! », fit Erza en rougissant de honte, éveillant la curiosité du garçon par la même occasion.
Grey finit par abandonner l'idée de lui demander de quoi elle parlait ; Elle était malade, et il n'avait pas spécialement envie de voir à quel point elle était capable de s'énerver plus vite dans cet état là que d'ordinaire.
- « Euhm... Enfin, je n'aurais jamais imaginé que quelqu'un d'autre puisse venir chercher quelque chose là-bas, alors quand j'ai vu que c'était toi... Erza, je suis vraiment, vraiment désolé. » , déclara-t-il à toute vitesse, la voix presque tremblante à l'idée du châtiment qu'elle pourrait lui infliger en guise de représailles.
Erza soupira longuement sans cesser de le fixer. De l'observer, de le regarder, à son tour.
Il avait l'air sincère. Il avait sincèrement peur, en tout cas.
Elle songea qu'il aurait au moins pu enfiler une chemise.
Oh et puis, que cette raison trop sage et trop prudente aille au diable.
Est-ce que ça l'importait vraiment, de savoir s'il était habillé ou non ? Est-ce qu'au contraire, elle ne le trouvait pas plus naturel comme ça ?
Erza sourit en songeant que si ; Ce petit garnement qu'elle avait tant réprimandé, cet adolescent à l'esprit rebelle et au cœur froid comme la glace, mystérieux, impénétrable, insondable, c'était comme ça et uniquement comme ça qu'elle l'aimait.
- « Et, euh... Enfin, je t'ai apporté ça pour me faire pardonner. » , dit-il en reprenant l'énigmatique boîte blanche.
Erza s'apprêtait à l'ouvrir lorsqu'elle remarqua que sa main tremblait.
Mince. Trop faible pour se lever, elle n'y avait pas fait attention - jusqu'à maintenant, du moins.
Poussant un grognement de mécontentement, la jeune fille se dirigea vers son lit à pas prudents.
- « ... Apportes-ça ici.
- D'a-d'accord ! », répondit aussitôt Grey en la suivant docilement jusqu'au lit, dans lequel elle commençait à s'installer.
Tiens. Cette nuisette la changeait de ses habituelles armures.
En bien, évidemment.
Une fois installée, Titania invita son ami d'enfance à venir la rejoindre sur le bord de lit qu'elle tapota brièvement.
Ce dernier ne se fit pas prier et s'exécuta, posant la boîte sur les genoux de la jeune fille.
- « J'espère que ça ira... J'ai hésité entre celui-là et un autre, mais j'ai été conseillé. » , précisa le mage de glace alors qu'elle se débarrassait des rubans et autres niaiseries qu'il avait pourtant refusés en vitesse.
Erza ouvrit des yeux ronds et brillants.
Par tous les dieux. Ses prières avaient été entendues !
Grey sourit alors que dans ses mains apparaissait l'objet dont elle avait à présent besoin, entièrement fait en glace.
Erza prit la fourchette à dessert avec des doigts tremblants, les yeux brillants de reconnaissance.
Avant de se jeter sans ménagement sur le gigantesque fraisier venant tout droit de chez son pâtissier préféré.
Le ventre rempli comme il y a longtemps qu'il ne l'avait pas été, Erza se cala un peu plus confortablement contre les épais coussins, le mage de glace lui ôtant la boîte désormais vide des mains.
- « Dois-je en conclure que ton épée ne viendra pas tester la solidité de mon ventre ? » , finit-il par demander, un sourire amusé aux lèvres.
Erza leva des yeux brillants vers lui et lui rendit son sourire, avant de répondre en riant, tapotant son ventre bien rempli :
- « Non, je crois qu'elle restera tranquille, en tout cas pour aujourd'hui.
- On peut dire que j'ai visé juste, alors ? »
Erza se figea tout à fait.
« Visé juste. »
La jeune fille sourit.
Une fois encore, les prédictions de Cana s'étaient révélées exactes.
- « Oui, on peut dire ça. Tu as " visé juste " ... »
Il lui avait sourit, d'un sourire complice, attentionné, avant de lever les yeux vers la fenêtre ouverte pour apprécier la brise nocturne qui vint caresser son visage, les yeux clos.
Un silence confortable s'installa. Pas dérangeant ou gênant. Plutôt agréable, reposant.
Erza était près de lui, assez contente de le voir à en juger par son attitude envers le mage de glace et ne semblait pas lui en vouloir. Alors il se contentait d'apprécier cette proximité, cette chaleur dégagée par le corps de la jeune fille derrière lui, sa simple présence à ses côtés.
Il était plutôt content d'être venu, finalement.
Grey savait qu'il pourra dormir tranquille le lendemain. Parce qu'Erza ne lui en voulait plus. Et que, peut-être irait-elle mieux après s'être rempli l'estomac avec l'énorme fraisier qu'il avait commandé.
Il avait fait le tour de toutes les boutiques de Magnolia, avant qu'une pâtisserie un peu à l'écart par rapport aux autres commerces n'attire son attention.
Ce ne fut qu'une fois entré qu'il comprit pourquoi.
Partout sur les murs blancs était peint une série de petits dessins représentant une sorte de logo de marque, qu'il était certain d'avoir déjà vu.
Et lorsque son regard se posa sur le fraisier, il sut qu'il avait finalement trouvé.
Ce petit dessin, il était peint sur chacune des boîtes que la mage chevalier emportait avec elle, bien à l'abri des autres sur une autre table éloignée. Tous savaient qu'il ne fallait en aucun cas la déranger dans ces moments-là, sous peine d'une punition conséquente.
À ce moment là, le petit pâtissier était apparu derrière la vitrine. Et avant que Grey n'ai sorti son porte-monnaie, le petit homme avait secoué négativement la tête, était reparti de la pièce d'où il venait avant de revenir, les bras chargés de cette grosse boîte blanche.
- « C'est celui là que Mademoiselle Scarlett aime. Apportez-le lui vite, s'il vous plaît. Je suis sûr qu'elle appréciera. »
Il avait voulu payer le vieil homme, suite à cela. Mais, trop têtu et trop généreux, le pâtissier l'avait tout simplement mit dehors.
Grey sourit en observant la boîte cartonnée, à présent vide. Il reviendra laisser de l'argent sur le comptoir ou dans boîte aux lettres. Il se l'était promit.
Le mage de glace frissonna lorsqu'une main fraîche, tremblante, quelque peu hésitante se posa sur son épaule et glissa avec lenteur le long de son bras, avant de finalement l'attirer vers sa propriétaire, qui l'invita silencieusement à s'installer plus confortablement sur la place qu'elle lui avait cédé.
Il hésita. Néanmoins, le regard autoritaire et insistant de la rousse effaçant ses derniers doutes, il s'exécuta sans lui laisser le temps de le lui demander à nouveau, tout d'abord mal à l'aise.
Grey songea que ce genre de situation aurait pu paraître étrange vue de l'extérieur.
Mais pas pour eux. Pas pour lui.
C'est comme ça qu'Erza le voyait. Simplement, naturellement. Son lit était bien assez grand pour deux, il avait passé la journée à lui chercher ce fraisier, alors elle l'avait invité à dormir ici, silencieusement. Sans la moindre arrière-pensée. Simplement pour dormir, comme l'auraient fait n'importe quels amis, n'importe quels enfants.
Simplement.
Et alors qu'il sentait ses propres paupières s'alourdir, il l'entendit se retourner, avant de se rendre compte que sa respiration s'était faite plus calme et régulière.
Profondément endormie, Titania offrait désormais son visage aux pâles rayons de la lune, l'air plus sereine que lorsqu'il était entré.
Grey sourit. Elle était plutôt jolie quand elle était calme. Les traits fins de son visage, dont les dernières courbes arrondies par la fin de l'enfance avaient tout à fait disparues étaient détendus, lui offrant un visage serein et effaçant par la même occasion ce pli si - trop - souvent visible entre ses sourcils, signe de sa constante anxiété, de sa prudence omniprésente.
Son regard se déplaça sur sa chevelure pourpre, étalée de manière éparse autour de son visage. Après avoir vérifié qu'elle dormait bel et bien, il en attrapa une mèche qu'il leva à hauteur de ses yeux, observant les reflets différents qu'il obtenait en la déplaçant dans un rayon de lune.
Une odeur fruitée qu'il identifia comme étant un parfum de cerise vint lui chatouiller les narines.
Grey sourit. C'était le même que lorsqu'ils étaient petits et qu'ils restaient ensemble toute la journée - et la nuit, quand ils en avaient l'occasion.
Quand les autres jetaient des regards indignés à Erza, alors que celle-ci tirait un Grey et un Natsu transparents d'innocence dans son bain. Lorsque, une fois propres, ils finissaient dans une des chambres du dortoir à tester les ressorts du plus grand lit, Natsu et lui, jusqu'à ce qu'Erza arrive, les observe, se laisse tenter, puis que son bon sens retrouve le dessus pour les clouer au lit. En général, les deux garçons se montraient particulièrement dociles dès qu'Erza élevait la voix.
Déjà du genre explosive en plein jour, ils avaient apprit à leur dépend que c'était encore pire le soir venu, lorsque la fatigue commençait à se faire sentir.
Puis, assaillis par des pensées sombres, rattrapés par leur passé douloureux, ils finissaient par fixer le plafond, incapables de trouver le sommeil, jusqu'à que la mage chevalier ne s'en rende compte.
Alors, dans la pénombre, une main venait en attraper une autre. Doucement, lentement, elle attirait son propriétaire vers la sienne ; et, bien souvent à cause de ça, on retrouvait au petit matin les deux garçons sagement lovés contre leur aînée, installée entre eux.
Ils finissaient toujours par trouver le sommeil, rassurés, apaisés.
Parce que cette main, cette paume tiède, elle ne faisait pas que diffuser une douce chaleur.
Elle attrapait les mauvais souvenirs pour les enfermer. Elle chassait les mauvais rêves et les pensées sombres. Elle les protégeait.
Erza les protégeait. Toujours, quoi qu'il arrive - à sa manière. Et Grey avait comprit que derrière ces gestes violents, elle s'assurait simplement de leur bien être.
Bon, même si parfois, il y avait de quoi se poser des questions. Et en ce qui concernait ce point là, le mage de glace et Natsu étaient bien d'accord.
Alors le jour, ce fameux jour où il l'avait vue seule face à la rivière, son œil valide plein de larmes, il s'était soudainement senti faible, impuissant. Mais honteux, surtout.
Cette fille qui les protégeait toujours, cette fille à l'apparence si forte, si imperturbable pleurait. Elle pleurait, seule. Elle pleurait, loin du regard et des paroles des autres, qui étaient pourtant sa famille. Elle pleurait, solitaire, dans un endroit où elle pensait rester seule, où personne ne pourrait l'écouter, la consoler, l'épauler.
Alors il avait eut honte. Car si elle aurait immédiatement su quoi faire dans son cas, lui, il n'en avait aucune idée. Il ne savait pas quoi faire, pas quoi dire.
Il était faible, faible. Impuissant.
Il avait finit par lui demander pourquoi est-ce qu'elle restait ici, seule. Elle lui avait répondu qu'elle ne se sentait pas à l'aise avec les autres.
Il n'avait rien ajouté - faible, faible, impuissant. Se contentant de rougir, il avait réfléchi à ce que n'importe qui d'autre aurait fait, tout en prenant en compte qu'il s'agissait tout de même d'Erza.
Il avait réfléchit à ce qu'aurait fait Ul, si ça avait été lui, à sa place.
Parce qu'au final, ils se ressemblaient assez pour ça. Solitaires. Le cœur fermé aux autres. Mystérieux pour ceux qui ne les connaissaient pas.
Ul l'aurait regardé, longuement, jusqu'à ce qu'il craque. Elle se serait assise à ses côtés, lui aurait fait prendre conscience par des paroles pas forcément douces que ce qu'il s'était passé était passé. Fini, terminé.
Qu'il était temps de tourner la page, quel que soit le contenu de celle-ci.
Elle l'aurait finalement prit dans ses bras, ignorant le fait qu'il tente de la repousser. Puis, constatant qu'il avait fini par se laisser aller, elle l'aurait consolé, apaisé.
Dissipé ses ténèbres. Parce que dans sa vie, Ul avait été la lumière. Une brève lumière, apparue brusquement quand tout allait mal pour le guider sur le bon chemin.
Avant de disparaître tout aussi vite, tout aussi violemment, en emportant toutes les ténèbres. Elle aurait - avait, même - laissé un vide neutre, pour qu'il puisse lui-même trouver son chemin. Choisir lui-même comment remplir ce vide.
Il avait choisi d'y mettre de la lumière, tout en gardant ses remords.
Lyon avait choisi les ténèbres.
Alors, après avoir repensé à tout ça sans quitter la jeune fille des yeux, il s'était avancé à côté d'elle et s'était assis, tout simplement - quoique, brusquement, rageusement.
Honteusement.
Surprise, elle lui avait demandé s'il n'était pas venu se battre.
Indirectement, elle lui avait demandé pourquoi. Pourquoi rester ici avec elle.
Il lui avait rétorqué qu'il était maître de ses choix, qu'il faisait ce qu'il voulait.
Indirectement, il lui avait fait comprendre qu'il ne comptait pas s'en aller comme si de rien n'était. Qu'il n'aimait pas la voir pleurer, qu'il ne voulait pas la voir pleurer. Qu'elle ne serait plus seule, à présent.
Parce qu'il l'avait décidé.
Après quelques secondes, elle avait sourit. Et par sa seule présence, elle l'avait remercié, alors qu'ils fixaient le coucher du soleil qui se reflétait dans la rivière.
Grey ne fut qu'à moitié surpris lorsque ses yeux sombres en rencontrèrent d'autres, parfaitement éveillés.
Elle lui posa une question silencieuse.
La main du jeune homme frôla sa joue, alors qu'il écartait une mèche de cheveux de son visage pour mieux l'observer.
Avant qu'elle ne s'échappe, la rousse la prit doucement dans la sienne, sans le lâcher du regard. Comme avant. Comme quand ils n'étaient que des enfants.
Il y répondit tout aussi silencieusement.
Le mage de glace exerça une légère pression sur les doigts fins de la jeune fille dont les yeux se remplirent peu à peu d'incompréhension.
Ils s'étudièrent pendant un long moment sans rien dire, seulement liés par leurs doigts entrelacés, le silence environnant ponctué par leurs respirations et les bruits nocturnes de la nature, allant du chant du vent dans les branches des arbres à la mélodie d'un orchestre de grillons.
- « T'as de la fièvre. »
Erza ne répondit pas, se contentant de baisser les yeux l'espace d'un instant, honteuse de cette faiblesse, avant d'acquiescer sans un mot.
Néanmoins, elle ne pût empêcher ses yeux s'agrandir de surprise alors qu'il se déplaçait pour rapprocher son visage du sien - lentement, dangereusement.
Réfléchir, réfléchir, réfléchir. Vite.
Erza se sentit rougir, encore plus fiévreuse. La main qui lâcha la sienne pour se glisser derrière sa nuque lui fit perdre le fil de ses pensées. Totalement.
Réfléchir, réfléchir, réfléchir, vite. Vite.
Non, elle ne pouvait plus ; Fiévreuse, épuisée, confuse, bouleversée.
Alors, retenant son souffle, elle ferma les yeux et attendit l'impact.
Elle l'entendit - le sentit - se placer plus haut, plus près, se redressant en prenant appui sur son coude. Elle sentit l'odeur de sa peau, les quelques mèches rebelles et trop longue de sa frange frôler son visage, la chaleur de sa respiration.
Et l'impact survint.
Les battements de son cœur s'espacèrent, alors qu'elle se détendait petit à petit, respirant profondément.
Ce fut rapide, bref. À un tel point que pendant quelques secondes, elle ne sut s'il s'agissait de son imagination où si ce qu'il venait de se passer - ce qu'elle pensait qu'il venait de se passer - s'était vraiment passé.
Mais si. La trace humide, invisible et pourtant bien présente était là, indélébile, inoubliable, comme apposée au fer rouge, brûlante, juste ici, sur la peau moite et fiévreuse de son front sur lequel venaient de se poser un baiser - timide, hésitant, affectueux - de la part du garçon.
Et si Titania était surprise de cet élan de douceur, lui l'était encore plus. Surpris par lui-même, déjà, mais aussi surpris qu'elle n'ai pas résisté, qu'elle ne se soit pas méfiée.
Le front de Grey vint s'appuyer contre le sien, lentement, doucement, avec précaution, attention - affection - , alors que la main qu'il avait glissée derrière sa nuque descendait le long de son dos, son bras autour de la taille de la jeune fille empêchant celle-ci de trop bouger.
Erza ne dit rien, se contentant de se caler un peu plus confortablement entre les bras du garçon.
Des bras chauds, doux. Protecteurs.
C'est ça.
Enfin, après avoir porté des centaines d'armure ; Enfin, Erza se sentait protégée. Appréciée. Entourée. Soutenue. Aimée. Protégée.
Protégée.
Et peut-être était-ce plus agréable que tout ce qu'elle avait pu imaginer, en fin de compte.
De son côté, Grey s'appliquait silencieusement à diffuser une agréable fraîcheur à partir de son propre corps, s'adaptant à la température de son amie.
Tout comme Ul l'aurait fait. Tout comme elle l'avait fait.
Il la sentait se détendre à son contact, docile comme un agneau.
Grey se demanda s'il s'agissait d'un effet de la fièvre, espérant secrètement qu'elle n'ait pas dans l'idée de se venger une fois remise sur pieds.
Non. Non, non ; ce n'était sûrement pas ça.
C'était bien Erza, blottie, endormie dans ses bras.
Mais pas tout à fait la Erza que tout le monde connaissait.
Plutôt cette Erza secrète, intime, qu'il avait rencontré un jour de son enfance près d'une rivière, alors qu'il allait lui chercher des noises. La Erza et ses faiblesses, la Erza et ses secrets. La Erza qui avait besoin de ces choses là. Qui avait besoin de se sentir aimée, de se sentir protégée.
La Erza qui avait besoin de lui, depuis le jour où il l'avait vue sans son armure. Où il avait entre-aperçu un morceau de cœur morcelé, blessé jusqu'au sang, meurtri par la douleur et les regrets, les souvenirs et les spectres du passé.
Le jour où le chevalier qu'il avait cru connaître s'était révélé être une fille - une vraie.
Une fille qui pleure, une fille qui rit. Une fille au visage sombre, une fille qui sourit. Une fille triste, une fille joyeuse. Une fille qui déteste, une fille qui aime, adore, chérit de tout son cœur. Une fille à la beauté immatérielle, à la fois cachée d'un côté et mise en valeur de l'autre, sa grâce naturelle, et puis sa maladresse qui faisait parfois rire. Une fille agaçante, parce qu'elle réfléchissait trop, interprétait toujours, pas toujours comme il faut. Une fille charmante et amusante, avec son joli sourire, son rire qu'on entend qu'une fois et qu'on ne peut comparer à un autre, son rire qui nous fait sourire, toujours, à chaque fois, n'importe quand, sa bonne humeur horriblement contagieuse, son sourire et sa douceur, son sourire et sa chaleur. Son sourire qu'on ne supporte pas de ne plus voir. Son sourire qu'on aime, qui nous hante, qui nous rend plus fort. Une fille et son sourire.
Une fille qu'on apprend à aimer, avec ses bons comme ses mauvais côtés. Une fille qu'on commence à apprécier, quel que soit l'endroit, le moment où l'on soit avec elle. Une fille dont on a de plus en plus de mal à se séparer, parce qu'on s'y attache trop vite, trop fort, trop facilement. Une fille dont on veut percer chaque secret, chaque défense sans la brusquer, parce qu'elle nous fascine, par sa retenue, sa panoplie de sourires.
Un sourire pour dire « Je vais bien. »
Un sourire pour dire « Je suis contente de te voir. »
Un sourire pour dire « Ta remarque est bête, mais elle me fait rire quand même. »
Un sourire pour dire « Ce que tu dis est méchant ; mais j'ai beaucoup trop peur de te perdre pour te le dire. »
Un sourire pour dire « Je vais mal, mais tu n'es pas obligé d'y faire attention. Mais viens quand même me consoler. Tant que c'est toi, ça va. »
Un sourire pour dire « Merci. »
Un sourire pour dire « Restes encore un peu, j'aime être avec toi. »
Un sourire pour dire « Oui. ». Un autre pour dire « Non. »
Un sourire pour dire « Tu m'as manqué. »
Un sourire pour dire « Je t'aime, mais tu n'es pas obligé de le voir. Tant que moi je t'aime, ça me va. »
Un sourire pour dire « Pardon. »
Un autre pour dire « Je suis là. »
Grey identifia le sourire de son amie comme un « Merci » . Comme un « Je suis contente de te voir. » . Comme un « Restes encore un peu. » , alors qu'elle se laissait emporter par le sommeil, rassurée.
Le silence les berça de nouveau, agréable, formant comme une bulle autour d'eux, les coupant du monde.
Et alors que le sommeil l'attirait lui aussi entre ses griffes, douces, apaisantes, auxquelles on ne peut pas - auxquelles on ne veut pas - échapper, Grey trouva enfin la main - désormais plus petite que la sienne - qu'il cherchait. Alors, doucement, il la prit dans la sienne et s'autorisa enfin à fermer les yeux à son tour, après avoir soufflé quelques mots à la jeune fille - sa précieuse amie, sa sœur d'armes et de cœur, son gardien.
C'était à son tour, maintenant.
- « Je te protège. »
Erza s'étira dans un sourire et s'avança vers la guilde, à présent visible, tirant son chariot où elle avait entassés ses bagages derrière elle.
Six semaines. Six longues semaines qu'elle était partie accomplir cette S-quest à 800 000 joyaux avec lesquels elle allait pouvoir payer son loyer à Fairy Hills avec un peu d'avance.
Lâchant un dernier soupir, Erza s'arrêta devant les grandes portes en bois, inspira profondément, sourit et les ouvrit en grand.
Titania aperçut brièvement une chope se lever, avant que Cana ne replonge dans sa sieste.
Aussitôt, un silence accompagna sa fracassante entrée. Tous les yeux se levèrent vers elle. Certains regards se firent apeurés, d'autres joyeux, même s'ils restaient pour la plupart marqués d'un profond respect.
Titania, la femme la plus forte de Fairy Tail, était rentrée à la maison.
Celui d'un certain Dragon Slayer lui, passa de l'intrigue à la frayeur, pour se muer en une joie grandissante, immense, chaleureuse, le gigantesque sourire qui laissait apercevoir ses quenottes particulièrement pointues accentuant cet air sauvage et indomptable qui lui allait si bien.
- « Bienvenue à la maison, Erza ! On se fait un combat ?! »
La rousse se retint de l'attraper pour l'écraser avec affection contre son imposante poitrine, revêtue d'une de des habituelles armures de chez Heart Kreuz.
- « Non, Natsu. Je suis fatiguée aujourd'hui, laisses-moi juste...
- Je suis gonflé à bloc ! Aujourd'hui, je vais te battre Erza ! », le coupa celui-ci en courant vers elle, ses poings déjà entourés de flammes aussi rougeoyantes que sa bonne humeur.
- « Aye ! » , surenchérit Happy, voletant joyeusement autour de son compagnon.
Titania sourit. Ils lui avaient vraiment manqué, pendant cette mission.
La seconde d'après, Natsu alla mordre la poussière avant de faire une série de tonneaux qui s'achevèrent contre un mur de la guilde dans un vacarme assourdissant ; Une façon de dire au maître qu'Erza était rentrée.
Elle se tourna ensuite vers Mirajane, qui rapportait sur un plateau les restes du repas du Dragon Slayer. Erza se retint de se mordiller la lèvre.
Mirajane avait changé. Finie la démone, finie sa rivale, finie la légendaire fille de Satan.
Sa frange aux mèches claires relevée dans une petite couette, l'aînée des Strauss lui adressa un sourire - doux, sincère.
Fini le look provoquant, les vêtements sombres. Finies les moqueries, les vannes, les farces.
Erza le lui rendit, la délestant d'un des plateaux.
- « Comment s'est passé ta mission ?
- Hm, plutôt bien. Je n'ai pas eut trop de difficultés. Et ici, comment est-ce que ça s'est passé ?
- Rien d'inhabituel. Natsu et Grey se battent et mettent la pagaille, tout le monde mange, bois et chante jusqu'au petit matin, les missions sont toujours là... Je te sers quelque chose ? »
Erza acquiesça alors que Mirajane déposait un verre de limonade sur le comptoir.
Une conversation simple, banale.
Pas hypocrite. Mais pleine de non-dits, de questions silencieuses qu'on préfère éviter, de souvenirs douloureux qu'on préfère enterrer.
À la lueur triste, éteinte de son regard azur, Erza comprit ce qu'elle avait omit d'ajouter.
« Lisanna n'est pas là. Elle nous manque. Elle me manque. J'y pense souvent, trop souvent. Son absence me rappelle que je n'ai rien pu faire, que je n'ai même pas pu protéger ma propre sœur. Elle me fait prendre conscience à quel point j'ai pu être arrogante et imprudente de l'avoir emmenée avec Elfman et moi, ce jour là. Je m'en veux. Terriblement. Elle me manque. Mais j'essaie de faire avec et je continue de sourire. Pour Elfman. Pour Fairy Tail. »
Remuant ses sombres pensées à l'aide d'une paille qu'elle plongea dans son verre où flottaient quelques glaçons parfumés, Titania se redressa soudainement.
Ah oui. De la glace.
Après avoir jeté un coup d'œil aux alentour, elle se tourna vers la barmaid.
- « Grey n'est pas là ? »
Mirajane reposa le chiffon avec lequel elle était entrain de nettoyer un verre et lui adressa un sourire en guise de réponse - complice, mystérieux -, avant de désigner la porte du menton.
- « Près de la rivière. » , ajouta-t-elle simplement d'une voix attendrie, avant de lui prendre son verre une fois qu'Erza l'eut terminé.
La rousse lui rendit son sourire, après avoir posé sa main sur la sienne - brièvement, simplement -, puis se leva pour se diriger vers la sortie.
Elle devrait parler à Mirajane, un de ces jours. S'assurer qu'elle aille bien, qu'elle tienne le coup.
Erza sourit, une brise légère venant caresser son visage. Marcher lui faisait du bien, après ces longues heures de voyage en bateau puis en train.
S'approchant de l'endroit que son ancienne rivale lui avait indiqué, elle poussa un petit soupir d'aise alors que ses bottes disparaissaient.
Un sourire enfantin, aux reflets espiègle et plein de malice vint éclairer son visage, ses pieds nus foulant l'herbe fraîche avec légèreté. La jeune fille accéléra le pas, trottinant sur le sentier désert jusqu'à la rivière.
Tout en progressant tout aussi silencieusement, Erza laissa son armure disparaître à son tour pour un simple chemisier.
Pour une fois, elle se sentait mieux, comme ça. Libérée de ses soucis, de ses inquiétudes, de ses obligations.
Ici, elle n'était plus Titania de Fairy Tail. Ici, elle n'était même plus Erza.
Elle était elle. Elle était la Erza qu'il connaissait. Elle était la fille sans armure, la fille qui pleure et la fille qui rit, la fille qui sourit. La fille dont le sourire disait, plus fort que de vulgaires mots : « Je suis contente de te voir. » . La fille au regard tellement plus expressif que le reste, la fille aux yeux doux qui semblaient murmurer un timide « Tu m'as manqué. » .
Le soleil se couchait avec lenteur et paresse, son reflet lumineux déjà visible dans l'eau.
La jeune fille parcouru la plaine du regard, à la recherche de celui qu'elle était venu chercher.
Titania eut un petit rire, alors qu'elle empruntait un petit chemin fait de dalles de pierre jusqu'à l'ombre qu'elle était venue chercher qui se tenait allongée dans l'herbe, paupières closes.
Non, pas celui qu'elle était venue chercher. Celui qui l'attendait.
Grey sentit quelque chose frôler sa joue, alors qu'une odeur familière venait chatouiller ses sens, éveiller de lointains souvenirs.
De la cerise.
Son regard s'ouvrit sur un sourire attendri et des yeux bruns pétillants de vie.
Erza.
Penchée au dessus de lui, elle eut un petit rire alors qu'il chassait d'un geste vif la mèche de cheveux qui était venue lui chatouiller la joue.
- « On fait un petit somme ? »
Une bouffée de chaleur vint faire fondre son cœur si froid, sans qu'il pût tout à fait y faire quelque chose. Entendre sa voix lui avait manqué. Voir cette étincelle dans ses yeux l'avait manqué.
Elle lui avait manqué.
Grey finit par lui rendre son sourire - doucement, sans se presser, à son rythme - avant de se lever pour se mettre à sa hauteur.
Son sourire s'accentua lorsqu'il la vit grimacer.
- « T'as encore grandit. », constata-t-elle, levant les yeux pour rencontrer ceux, amusés, de son ami.
- « Ça a pas l'air de te plaire. » , répondit-il simplement.
Erza haussa un sourcil. Sa voix avait changé. Un peu.
Néanmoins, le sourire qui avait quitté son visage l'espace de quelques instants apparu à nouveau lorsque la main du mage de glace se posa sur le sommet de sa tête, ébouriffant affectueusement - parce qu'elle ne voyait pas ce que ça pouvait être autrement, à part peut-être une pulsion suicidaire de sa part - sa chevelure écarlate.
Le poing de la jeune fille vint heurter son bras, juste assez fort pour qu'il ressente quelques picotements, mais pas assez fort pour lui faire mal.
... Pas sérieusement mal, en tout cas.
Grey eut un petit rire en s'asseyant sur l'herbe, invitant son amie à faire de même en se massant le bras. Erza constata avec un soupir qu'il était encore torse nu.
- « Tu te balades toujours sans vêtements.
- Eh ! » , s'indigna le garçon en haussant le ton, « T'abuses, j'ai un pantalon là !
- Où est passée ta chemise ? », répliqua-t-elle du tac au tac, sans perdre son sang-froid pour autant.
- « Euh... À la guilde ! ... Je suppose. » , répondit-il avant de grogner une phrase incompréhensible, ramenant son regard à la rivière.
Elle en revanche, elle n'avait pas tellement changée.
Ils restèrent ici longtemps, à discuter de la mission de la jeune fille, des changements visibles sur le mage de glace et les autres membres de Fairy Tail. Ils parlèrent de la rivière qui s'asséchait de plus en plus, du temps qui passait, du passé, du présent, du futur.
Et ce, avec pour seuls témoins le soleil couchant, la rivière, les quelques animaux passant par ici et bientôt les dernières barques flottant encore sur la surface plate et miroitante.
- « Comment va Natsu ? »
Grey soupira longuement.
Erza lui avait demandé comment est-ce qu'il allait.
Comment est-ce qu'il allait vraiment, intérieurement, derrière les apparences. Ce qu'il se passait dans le cœur du Dragon Slayer, ce qu'il cachait par ses sourires et sa bonne humeur.
Parce que si les autres n'en étaient pas capables, Grey et Erza faisaient partie des rares à savoir observer certains signes, à voir certaines choses que les autres ne voyaient pas chez leur ami. Chez eux.
- « Ça a l'air d'aller... C'est comme Mirajane. Ils ont pas tout à fait oublié, mais ils essaient d'aller de l'avant en s'occupant le plus possible. »
Erza baissa les yeux.
Elle savait tout ça. Elle l'avait bien comprit dans l'attitude de Mirajane ; Ces sourires, ce changement.
Tout ça, c'était parce qu'elle était partie. Parce qu'elle n'était plus là. Parce qu'ils l'avaient perdue.
Lisanna.
- « Natsu est plus... Enfin. » , hésita Grey en cherchant ses mots, les sourcils froncés, « Lui aussi, il a grandi. On se bat toujours mais... Il lui arrive d'être plus sérieux. »
Erza acquiesça sans un mot, lui faisant comprendre du regard qu'elle comprenait de quoi il parlait.
Il finit par soupirer à nouveau, avant de se tourner vers elle et de demander sérieusement, à voix basse :
- « Et toi ? Comment est-ce que tu vas ? »
Titania lui rendit son sourire et répliqua en riant, sa phrase teintée d'ironie :
- « Eh, mais c'est que je t'aurais manquée ? »
Le sourire amusé qu'il lui adressa et la lueur attendrie de son regard suffirent à lui répondre.
La jeune fille se radoucit. Grey le remarqua à son regard - et à son sourire, qui voulait sûrement dire « Moi aussi. » - et hésita l'espace d'une seconde, avant de finalement attraper son épaule et l'attirer vers lui, sans prévenir.
Son souffle vint déloger quelques mèches écarlates, alors que ses lèvres se collaient brièvement contre la tempe de la jeune fille.
Ce fut rapide, comme d'habitude. Bref, discret.
Erza savait que Grey l'avait fait pour la simple et bonne raison qu'il n'y avait pas de mots pour répondre aussi bien à sa question que ce simple geste.
Mais elle savait aussi que ça le gênait ; Que toutes ces marques d'affection, il n'y était pas - plus - habitué pour se l'être interdit, depuis longtemps.
Parce que si elle était aussi proche de lui aujourd'hui, c'était grâce au temps qui avait fini par faire son effet. Et puis, peut-être, parce qu'elle avait forcé les portes du cœur du mage de glace, sans le vouloir. Qu'elle avait pénétré ses remparts, percé ses secrets.
Certains de ses secrets, en tout cas.
- « Et toi ? »
Le garçon se contenta de la fixer sans rien dire, en premier lieu. Puis, reportant son regard vers la rivière, il eut un petit sourire - mystérieux, songeur - et haussa les épaules, ce qui eut pour effet de lui arracher un soupir.
Oh et puis, elle était fatiguée. Elle n'avait qu'à prendre ça pour un oui, ça suffira amplement.
Ils auraient d'autres conversations. Elle s'assurera de son bien-être plus tard, après l'avoir fait avec Mirajane.
Mais enfin, elle, elle n'avait rien contre les marques d'affection.
C'est alors tout naturellement qu'elle l'attrapa par les épaules pour le serrer avec affection contre lui.
Le nez en plein dans son décolleté, Grey se sentit rougir jusqu'aux oreilles, cherchant des mains un appui pour s'éloigner.
Dingue. Cette fille était dingue.
D'un tout autre avis, la jeune fille lui administra un coup sec sur la tête avant de se justifier, d'une voix calme et plate :
- « T'as eut six semaines tranquille. Tu me dois bien ça ! »
Ne captant que quelques morceaux de phrase peu distincts, Erza finit par lui laisser assez d'espace pour qu'il puisse tourner sa tête.
Chose qu'il s'empressa de faire, prenant une grande bouffée d'air avant de s'écrier d'une voix étranglée :
- « T'es complètement malade !
- Tu m'as manqué aussi. », fit Erza en roulant des yeux, sarcastique.
- « Et tu m'as fait super mal en plus ! » , s'indigna le mage de glace, qu'elle tenait toujours aussi fermement.
- « T'avais qu'à pas bouger. », répliqua Titania dans un sourire, plutôt fière d'elle.
Il avait beau avoir grandit, elle restait quand même la plus forte.
Grey finit par arrêter de se débattre, de belles couleurs plus ou moins vives s'invitant sur ses joues.
Il comprenait la mine défaite de Natsu lorsqu'il revenait de la table de la page chevalier, à présent. Et même dans un moment comme celui-ci, il se promit d'être plus compatissant avec lui, dorénavant.
La moue gênée qu'il arborait s'accentua lorsque la main appliquée de son amie vint caresser ses cheveux.
Bon sang.
- « Euh... Tu sais, on est plus vraiment des gosses Erza...
- Et alors ? » , fit elle, perplexe.
Grey soupira. Elle était pas croyable...
- « Et alors, », reprit-il avec toute la patience dont il pouvait faire preuve, étouffant un hoquet de stupeur alors qu'elle le serrait d'avantage contre sa poitrine - par Zeref, Deliora et toutes les divinités ou machins immortels qu'il connaissait, son énorme poitrine - « Ça, ça pouvait passer quand on était petit. Aujourd'hui, y'aurait de quoi se poser des questions, tu vois ?
- En quoi ? », demanda la mage chevalier, baignée d'innocence.
- « Non mais, ça t'arrive de sortir des fois ? », s'exaspéra le mage de glace à voix basse.
Grey prit une profonde inspiration, sur le point de craquer.
Comment est-ce qu'une fille - une fille ! - aussi forte, aussi puissante qu'Erza, aussi stricte et sévère puisse être ignorante à ce point ?
- « Tête... » , marmonna-t-il en détournant son regard - du moins, autant qu'il pouvait le faire au vu de la situation actuelle.
- " Pardon ?
- J'ai la tête, ma tête, collée entre tes seins. Tu piges en quoi c'est louche ou il faut que je te fasse un dessin ?! », explosa Grey en attrapant son bras sur lequel il prit appui pour tenter de s'éloigner, rouge comme une pivoine.
- « Oh. », fit simplement Erza.
Grey grinça des dents.
- « Tu veux que je remette mon armure ? », proposa-t-elle en lui caressant doucement la tête.
Grey leva les yeux au ciel - ce qui, ici, consistait à jeter un regard profondément ennuyé à la bordure en dentelle du chemisier de son amie - avant de répondre après un bref moment de réflexion :
- « Euh, non, pas vraiment, mais si tu pouvais me lâch-
- Ohé, Erza, Grey ! »
Ce dernier se figea à l'entente de la voix de la dernière personne qu'il aurait pu souhaiter croiser à cet instant.
Tout, mais pas ça.
Natsu descendit rapidement la pente verdoyante, tout sourire.
- « Tout le monde vous attend pour fêter le retour d'Erza à la... Euh, vous faisiez quoi, là ? », s'arrêta le Salamander en plissant les yeux, sceptique, à la vue de ses deux amis assis côte à côte sur l'herbe, le visage de Grey quasiment enfoui dans le chemisier de la rousse qui n'avait pas l'air plus gênée que ça.
En guise de réponse, Erza lui présenta un sourire innocent.
Grey, lui, n'eut d'autre choix que de vociférer des paroles incompréhensibles qui se perdirent dans les mailles du vêtement de son amie, impuissant.
- « Qu'est-ce que tu dis, caleçon-man ? », fit Natsu en haussant un sourcil, se penchant vers l'autre garçon qui émit un grognement à l'entente du surnom.
Fichue tête brûlée. La prochaine fois, il se retiendra pas pour lui mettre la raclée de sa vie.
- « Oh, vous vous battiez ? », tenta Natsu, des étoiles plein les yeux.
Bon sang. Une fois rentré à la guilde, il allait coller Levy et ses bouquins à l'eau de rose avec Titania. Et Cana, aussi. Puis peut-être Wakaba, si ça suffisait pas. Histoire qu'elle arrête avec ses démonstrations d'affection un poil trop exagérées et qu'elle le laisse en paix, lui et son pauvre esprit.
C'était Erza là, quand même.
La main qui attrapa son épaule le tira brusquement en arrière, l'envoyant bouler sur quelques mètres.
Et pour une fois, Grey remercia Natsu avec joie pour avoir engagé ce combat.
Combat qui prit fin bien rapidement, lorsque deux mains qu'ils ne connaissaient que trop bien les attrapèrent par les cheveux pour les tirer en avant, dans une série de gémissements et de plaintes douloureuses.
- « Allez les garçons, on rentre à la maison ! »
Natsu et Grey s'échangèrent un regard mi-compatissant, mi-désespéré, dans une complicité acquise depuis leur enfance pour avoir vécu et revécu cette scène.
Erza, la vraie Erza était bel et bien rentrée à la maison.
En espérant que ça vous a plu :)
Encore une fois, j'attends vos remarques et impressions avec la plus grande des impatiences ; Pour ceux/celles que ça intéresse je signale par ailleurs que la liste des OS à venir - et donc prêts à être postés - est disponible sur mon profil, sachant qu'il y en a encore d'autres que je posterai au fur et à mesure x)
( Heyoui, j'ai pris pas mal d'avance... )
N'hésitez pas à laisser une review, même simplement pour me dire que vous avez aimé ou non ! Ça m'encourage vraiment à continuer à écrire, et pour un auteur, ça vaut tout l'or du monde.
Je pense aussi accepter certaines commandes, si vous avez des attentes particulières ; Ceci-dit, si c'est du NaLu à chaque fois - et je m'en excuse, mais la probabilité pour que j'écrive sur ce couple est proche de... zéro ? -, je ne les prendrai pas forcément en compte. ( M'enfin, essayez donc, on sait jamais ! :'D )
Et puis... Je crois que c'est tout. Si vous avez une quelconque question, surtout n'hésitez pas, je me ferais une joie d'y répondre :)
A bientôt !
~ Bymeha.
