Chapitre 2
Merci à Shad67 ; Lucifer17 ; cara410 et karaya klein pour leur review (laisser votre e-mail pour une réponse si vous n'avez pas de compte)
POV Athrun = Tidoo-chan
POV Cagalli = junon2
Chapitre 2 : Première rencontre
POV Athrun
« Heine est injoignable. La conférence de presse de Lacus a été extraordinaire, comme toujours. Je ne sais pas ce que je ferai sans elle. Kira a de la chance de l'avoir dans sa vie. C'est idiot de ma part de penser ça, mais maintenant que je viens de passer deux jours avec eux, sincèrement je l'envie.
Non seulement Lacus est une très belle femme, mais elle est aussi gentille, douce, intelligente et incroyablement attentionnée. Et avec tout le monde.
Alors même qu'elle déteste les journalistes, et vu comme ses moindres faits et gestes ont été traqués pendant des années, je la comprends, elle a tout de même pris sur elle et organisé un gigantesque meeting pour m'aider.
Jamais nous n'avions rendu public notre arrangement vis à vis de ZAFT, puisque mon père est mort peu après l'annonce de notre séparation et qu'il m'avait désigné comme son successeur, nous n'avions pas jugé utile d'informer les médias de ma procuration sur les parts que Lacus possédaient.
Malheureusement, avec Burell et Durandal qui travaillent dans l'ombre pour me spolier, je n'avais plus d'autre choix. Le plan de Heine pour garder la confiance des actionnaires était bien trop ridicule. Je doute d'ailleurs qu'il ait vraiment été sérieux et qu'il ait réellement voulu me trouver une épouse.
En revanche, il a raison sur un point, je dois être plus prudent à l'avenir sur mes aventures. Pas la peine d'attirer trop l'attention sur ma vie privée.
Je suis trop jeune et trop puissant aux yeux de beaucoup de monde, si en plus je continue d'afficher mon succès auprès de la gent féminine, je vais m'attirer de nombreux ennemis inutiles. Donc je vais faire profile bas.
En plus, après avoir vu Kira et Lacus ensemble, j'ai moi-aussi envie d'un tel bonheur. Ils sont en telle harmonie tous les deux que c'en est presque écœurant.
Non pas que je sois jaloux. Je n'aime pas Lacus de cette façon. Elle est comme une sœur pour moi, et comme Kira a été toujours un frère, leur couple m'est tout à fait naturel. J'envie seulement leur facilité à être ensemble. Et je les trouve un peu trop... comment dire... parfait.
Ils ne sont pas démonstratifs comme certains, qui passent leur temps à vous balancer leur bonheur au visage, au contraire, ils sont très pudiques. Au mieux, ils se tiennent la main.
Pas de petit mot doux ou de nom idiot. Non, ils sont très classiques.
Mais ils ont une façon de se regarder, avec une telle tendresse dans les yeux qu'on se sent toujours de trop. Comme s'ils vivaient dans un autre monde et voyait des choses qui échappent aux communs des mortels et qu'eux seuls peuvent comprendre.
D'ailleurs, finalement, ils se parlent très peu. En un coup d'œil, ils échangent plus que je ne pourrai jamais le faire en dix heures de discours. Et ça me met mal à l'aise.
Enfin, maintenant, je suis tranquille, la presse a rapporté les propos de Lacus, et tout le monde sait que je suis et reste actionnaire principal et que j'ai son soutien. Donc je suis quelqu'un de confiance. Sinon, elle ne m'accorderait pas ses voix.
Par conséquent, je peux retourner l'esprit libre chez moi. Mais j'aurai voulu faire le point avec Heine.
Lui qui est sur place doit bien savoir comment le Conseil a pris la nouvelle et ce qui s'est dit en mon absence. Mais bien sûr, ce petit malin ne répond pas au téléphone et sa secrétaire n'a pas l'air au courant de quoi que ce soit. J'ai bien essayé de joindre mes autres collaborateurs, mais Luna est en déplacement, sa sœur en congé et Shinn ne me dira rien, pour le simple plaisir de me pourrir l'existence.
Si Dearka était en ville, j'aurai pu en savoir un peu plus, mais il ne rentre que dans trois jours.
Finalement, je n'ai plus qu'à attendre moi-aussi d'être arrivé pour savoir comment se présente la situation.
Je ne pense pas qu'Heine soit à la gare, mais il sera sûrement chez lui quand je descendrai du train.
Comme c'était lui qui m'avait emmené, je suis obligé de prendre un taxi, mais j'ai de la chance, l'heure de pointe est derrière moi. Il ne me faut qu'une demi-heure pour enfin poser mon sac et découvrir Buster qui m'attend sagement à la cuisine, assis avec sa gamelle dans la gueule.
A croire que personne ne l'a nourri de la journée.
Je me sers à boire et découvre dans le frigo une boite de pâtée pour chien entamée. J'ai été médisant. Il a dû manger, simplement, il en veut encore.
Comme moi aussi j'ai faim, je remplis sa gamelle et me fait réchauffer un reste de poulet.
Après un diner rapide, je réessaie d'appeler Heine, mais je tombe directement sur son répondeur. Evidemment. Je vais me changer et attrape la laisse de Buster pour un petit jogging de fin de journée.
Le train me rouille invariablement les articulations et un peu de sport me fera du bien. Et la course permet de se vider la tête. Si je n'ai pas rapidement de nouvelles, je vais commencer à gamberger et je ne vais pas pouvoir dormir, ce qui est une très mauvaise idée.
Maintenant que ZAFT est à nouveau en sécurité entre mes mains, je vais devoir me concentrer sur les nouveaux investissements à faire et trouver des financements.
Et ce, en plus de mes dossiers habituels. Les prochaines semaines promettent d'être chargées. Je ne peux pas me permettre de passer des nuits blanches à m'angoisser pour l'avenir.
En plus, ça fait presque quinze jours que je ne suis pas allé au parc, je me ramollis. Et Buster à besoin de prendre l'air.
Il fait presque nuit quand je sens que le pauvre chien à coté de moi commence à trainer la patte. Il n'est plus si jeune et fatigue vite. A regret, je suis contraint de rentrer, alors que j'ai à peine fait deux tours.
D'un autre coté, depuis un moment déjà, les seules personnes que je croise sont des couples d'amoureux transis qui viennent profiter du coucher du soleil pour se murmurer des mots doux.
Et après deux jours en compagnie des fiancés parfaits, j'avoue que je commence vraiment à ressentir la solitude du célibat.
Heine a raison. Il faut que je me trouve une relation stable, avec une fille bien. C'est plutôt marrant que ce conseil vienne de lui, que je n'ai jamais vu avec qui que ce soit, mais bon, ça reste juste. Encore que je ne suis pas sûr d'être prêt à m'engager. Et je ne peux pas dire non à toutes ces filles qui veulent passer la nuit avec moi.
D'ailleurs, ça fait un quart d'heure qu'une petite blonde me suit des yeux. Elle est plutôt mignonne dans son genre. Un peu garçon manqué avec ses cheveux ébouriffés et ses vêtements trop larges, mais elle a quelque chose d'attirant.
Buster a dû la repérer aussi puisqu'il fonce droit sur elle. C'est l'occasion parfaite pour l'aborder.
Armé de mon plus beau sourire, je vais lui parler. Il ne faudra pas longtemps avant qu'elle me laisse la raccompagner. Comme quoi, il suffit de peu de chose pour éviter de passer une nuit à ressasser ses angoisses, tout seul, comme une âme en peine. »
POV Cagalli
«J'observe depuis un bout de temps le jeune homme qui courre avec son chien dans le parc. Mes yeux sont surtout braqués sur le chien, que je suis sûre d'avoir reconnu comme étant celui dont je me suis occupée ces derniers jours. Parce que dans ma grande bonté, avant de quitter l'avocat, je me suis quand même proposée pour m'occuper du chien, histoire de faire plus ample connaissance avec lui. Je dois reconnaître que cet adorable nounours vivant m'a adoptée directement, dès la première gamelle. D'ailleurs il me fait la fête dès que j'arrive et ne refuse jamais une bonne promenade ou une séance de caresse. Par contre, là je le plains sincèrement le pauvre, après s'être baladé pendant de longues heures avec moi, son maitre lui impose un jogging !
Mes yeux remontent ensuite vers le jeune homme, pour le peu que l'avocat me l'a décrit je suis apte à reconnaître mon « futur fiancé » de circonstance. Alors c'est lui « Monsieur Zala je cherche une fausse épouse pour faire bien ! » Bon, il faut que je lui reconnaisse un certain charme… Erm, qu'est-ce que je raconte là ? … Enfin je peux m'avouer qu'il est séduisant et sexy, même en training. Il a de beaux yeux verts et une coupe de cheveux impeccable. Apparemment c'est un sportif, j'en déduis donc qu'il s'entretient un corps parfait pour ses conquêtes… bref le genre de mec que je trouve beau et attirant, mais que j'évite ! Un playboy, qui joue avec les femmes. Il mériterait peut-être une bonne leçon…
C'est à ce moment-là que Buster lui échappe et arrive tout joyeux vers moi. Je me mords la lèvre inférieure pour ne crier. Il ne manquait plus que cela ! Je vais être obligée de parler à Monsieur Zala… J'ai envie de me lever de mon banc et de partir du parc, évitant ainsi à devoir répondre à mon dilemme : lui dire que je le connais ou pas ? Mais Buster arrive à ma hauteur en jappant et en secouant la queue, pour me montrer à quel point il est heureux de me revoir. Je ne résiste pas longtemps à son air heureux et je m'agenouille devant lui, oubliant mes réflexions pour le câliner.
« Alors Buster, encore de sortie. » je déclare en le caressant entre les oreilles, sans remarquer que son maitre est juste derrière lui.
« Hum, vous connaissez mon chien, Mademoiselle ? » Demande une voix grave et sensuelle, qui me fait sursauter et me remettre sur mes pieds les joues ne feu.
« Ah euh … en fait, je… » Je bafouille à demi par la frayeur qu'il vient de me faire et d'autre part en cherchant un mensonge. Et puis pourquoi je devrais mentir ? Je peux aussi bien ne lui dire qu'une part de la vérité…
« Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire peur. » finit-il par dire avec un petit sourire narquois. Non mais, il se moque de moi en prime ce playboy !
« J'ai été engagé pour m'occuper de Buster pendant votre absence par un de vos amis ! » Je n'ai pu empêcher l'énervement de m'accaparer et de répondre froidement et assez méchamment à sa question. Je n'y peux rien les mecs comme lui m'exaspère dés qu'ils parlent ! Il semble surpris par le changement de ton et de regard.
« Ah je vois. » répond-il avec à son tour un air frustré. Je me mords la lèvre, j'ai été plus qu'impolie et je vais dépendre de sa générosité, si j'ai bien compris l'avocat, pendant 6 mois au moins.
« Je ne voulais pas être grossière… c'est juste que je … Enfin, vous ne saviez pas pour votre chien ? Je pensais que c'était vous qui aviez demandé à ce qu'on s'en occupe… »Je réponds en baissant les yeux vers le Buster assis entre nous deux et halletant.
Il tourne son regard vers moi et je constate que son expression s'adoucit, un charmant sourire se dessinant même sur ses lèvres. Je capte l'éclat de son regard et involontairement le fixe droit dans les yeux… ce qui d'après ce que mon père m'a appris est impoli ! Je n'arrive pas à détacher mon regard de ses pupilles émeraude intenses qui scintillent. Je sens juste mes joues rougir et mon cœur manquer un battement pendant cet échange muet. C'est Buster qui me tire de mon envoûtement en venant me lécher la main, brisant le charme et attirant mon regard vers le bas. Un léger soupire, imperceptible passe mes lèvres entrouvertes alors que je flatte la tête du vieux chien.
« Ce n'est pas vraiment cela l'histoire… » Murmure mon interlocuteur, « Disons que j'avais demandé à mon ami de s'occuper de lui pendant mon absence, pas de lui trouver une nounou ! »
« Je comprends… » C'est franchement tout ce qui me vient à l'esprit comme réponse ! Il me semble que la conversation est finie et qu'il est temps de prendre congé de Buster et de son maître.
« Hum, il vous adore on dirait » murmure-t-il en fixant le chien qui me lèche la main, « au fait, Athrun Zala »
« Euh, Cagalli Yula Attha » je réponds en lui serrant la main qu'il m'a tendue.
« Enchanté… Hum, puis-je vous inviter à boire quelque chose ? » Propose-t-il sur un ton séducteur.
Je ne peux m'empêcher de me contracter. Non mais il me prend vraiment pour une fille facile ! Il n'est quand même pas le premier mec que je rencontre qui m'invite à boire quelque chose avec l'idée de finir la nuit avec moi. Et puis quoi encore ! Je m'apprête à décliner l'offre mais quelque chose m'arrête… premièrement il ne semble pas afficher des idées trop osées ou il cache plutôt bien son jeu. Deuxièmement, ne sachant pas que je suis sa « future fiancée », sinon il m'aurait reconnue, j'ai là une chance de découvrir quel genre d'homme il est, sans qu'il me joue un faux jeu ridicule. Je lui offre un mini sourire avant de lui répondre.
« Hum, ce serait gentil mais là je compter rentrer souper. » j'avoue enfin, et je ne mens pas puisque je suis morte de faim ! L'avouer ne me sert ici qu'à voir sa réaction.
« Je vois… euh et si je vous invitais à manger pour me faire pardonner mon impolitesse de tout à l'heure ? » propose-t-il toujours avec le sourire.
« Pourquoi pas… je connais une auberge pas loin où les chiens sont admis. » je finis par proposer en désignant Buster toujours assis à nous observer, curieux peut-être d'analyser la technique de séduction des humains ! Monsieur Zala acquiesce légèrement de la tête. »
POV Athrun
« Je suis cette curieuse petite blonde à travers le parc puis vers une rue commerçante encore bien animée malgré l'heure. C'est amusant l'application qu'elle met à marcher trois mètres devant moi et à surtout ne pas me laisser lui parler. Comme si elle avait peur de ce que je pourrai lui demander. Toute son attention se concentre sur Buster, mais je vois qu'elle évite de me regarder.
Elle m'intrigue cette fille, elle est différente des autres, en tout cas de celles que je cotoie d'habitude. Elle n'a pas l'air de me connaitre et pourtant, je sens bien qu'elle en sait plus qu'elle ne le dit. Et j'avoue que je me demande ce que Heine a à voir dans cette histoire. Je lui poserai la question plus tard, pour le moment, je voudrais surtout comprendre ce qu'elle a derrière la tête. Peut-être juste qu'elle espère profiter de ma générosité en se faisant inviter à diner. Elle n'a pas l'air du genre à s'allonger facilement, donc je doute qu'elle veuille me mettre dans son lit.
Alors que cherche-t-elle exactement ?
Elle s'arrête enfin et me sourit. Je sens mon coeur se serrer face à son visage innocent et lumineux. Elle est radieuse, mais je ne peux pas m'empêcher d'être sur mes gardes. Elle me cache quelque chose.
Chassant mes pensées négatives d'un battement de paupière, je constate qu'elle m'a emmené à un petit bistrot avec une grande terrasse, dans une petite rue piétonne. Pas étonnant qu'ils acceptent les chiens, vu que toutes leurs tables sont dehors.
Je lui fais signe de choisir là où elle veut s'installer et m'assois tranquillement en face d'elle. Elle a l'air surprise que je ne me sois mis à coté d'elle, mais d'un autre coté, elle semble soulagée.
Je n'ai pas envie d'être trop près d'elle. Elle est mignonne, c'est une certitude, mais elle ne m'intéresse pas de cette façon. Bien sûr, si elle insistait, je ne lui dirais sans doute pas non, seulement pour l'instant j'ai d'autres préoccupations en tête. En plus, j'ai passé la dernière heure à courir, et sincèrement, je dois sentir le bouc, ce qui ne tenterait personne.
Elle me regarde par en-dessous, comme si elle n'osait pas vraiment s'aventurer à me faire face.
« Je ne vais pas vous manger, vous savez. En fait, j'ai même déjà diné... »
Mon aveu paraît la dérouter et elle cherche ses mots pour me répondre.
« Alors pourquoi m'avoir invitée ? C'est plutot pitoyable comme technique de drague... Emmener une fille au restaurant et ne même pas manger... »
J'éclate de rire sans pouvoir me contrôler et je vois bien que je l'ai vexée. Même Buster semble désapprouver mon comportement, alors j'essaie de retrouver mon calme et je me décide à m'expliquer.
« Navré de vous décevoir, mais je ne cherchais absolument à vous séduire ! »
Devant son air encore plus renfrogné, je me dépêche d'ajouter : « Non pas que vous ne soyez pas attirante, rassurez-vous. C'est juste que je n'ai aucune expérience en la matière et je doute de commencer ce genre de chose aujourd'hui et encore plus avec une inconnue... »
Elle me dévisage curieusement. Comme si elle essayait de peser le vrai du faux dans ce que je venais de lui dire. Puis, se redressant, elle me demande : « Et vous pensez sérieusement que je vais croire un truc pareil ?! »
C'est curieux, je n'arrive pas à définir si elle est vexée par ce que je lui ai dit ou simplement parce qu'il est clair que je n'essaie pas à la mettre dans mon lit.
Avant que j'ai le temps de lui expliquer plus avant ma situation, le serveur nous interrompt en nous tendant les cartes. Je la vois hésiter, puis comme je feuillette la mienne, elle finit par se décider à lire le menu elle-aussi.
Elle m'observe un moment, se mordant la lèvre, puis la rejetant avant de recommencer le même geste. C'est amusant de la voir faire. C'est un peu comme si elle voulait se débarrasser d'un tic, sans vraiment y parvenir.
Le silence s'éternise un peu trop entre nous et je n'ai pas l'intention de perdre mon temps.
Reposant ma carte, je me concentre sur mon invitée et m'apprête à lui parler, mais elle me devance.
« Vous êtes bizarre, vous savez... »
Elle me regarde droit dans les yeux, perplexe, et comme je lui souris, elle se met à rougir avant de baisser la tête et de marmonner une phrase incompréhensible.
J'attends de voir si elle poursuit son raisonnement, mais comme elle reste les yeux rivés sur ses mains, je me lance.
« Cagalli ? » Son nom sonne bien, il est dynamique et lumineux. Comme elle.
« Je ne voulais pas paraître grossier. Je suis désolé. C'est juste que je n'ai pas l'habitude d'accoster les gens dans la rue... » Elle relève la tête et nos yeux se croisent à nouveau. Elle vraiment belle. J'aimerai la connaître, elle a quelque chose d'attirant, mais je n'arrive pas à définir d'où cela vient.
« Alors pourquoi moi ? Et pourquoi m'amener ici alors que vous avez déjà diné ? » Elle a l'air perdu et affectée. Elle qui semblait si sûre d'elle un peu plus tôt affiche maintenant un tout autre visage.
« Vous connaissiez Buster, et ce que vous m'avez dit me chipote. J'aimerai en savoir plus. Je suis désolé si je vous ai donné une autre impression. Mais très franchement, vous ne pouvez pas m'en vouloir sérieusement, dans la mesure où vous n'êtes pas une seconde intéressée. »
D'un coup, elle rougit et détourne la tête vers le serveur. Visiblement, elle est gênée que je l'ai percée à jour. Elle bredouille des justifications, me disant que je suis plutôt mignon, mais elle ne fait que rougir davantage et je me peux m'empêcher de rire.
Le garçon vient prendre notre commande et je la vois à nouveau hésiter. Elle n'ose peut-être pas choisir un menu complet si elle doit manger seule. Et je la comprends. Je n'ai pas été très délicat. Comme elle reste muette, j'opte pour un assortiment de tapas, accompagnés de deux verres de sangria. Elle paraît surprise par mon choix mais ne conteste pas.
« Alors ? »
Elle ne sait pas quoi dire, donc je poursuis là où je m'étais arrêté.
« Vous êtes fâchée ? Si vraiment vous y tenez, je coucherai avec vous ! »
D'un coup, elle me fusille du regard et une nouvelle fois, je me retrouve à rire. Mais devant sa mine furieuse, je me défends.
« Je plaisante, mademoiselle Attha, pas la peine de sortir les griffes. Je n'ai jamais forcé personne dans ce domaine. »
« Et vous avez suffisamment de prétendantes pour ne pas avoir besoin de moi ! »
Cette fois, c'est moi qui suis surpris. Je ne m'attendais pas à une telle répartie. Mais je ne l'ai pas volée. Avec un sourire en coin, je lui réponds alors : « Il ne faut pas croire tout ce qui se raconte à mon sujet... »
Elle me toise et se renfonçant dans son siège, elle ajoute simplement : « En fait, je ne sais de vous que ce que maitre Westenfluss m'en a dit... » Et la voilà qui se remet à se mordre la lèvre. Elle en a trop dit et elle le sait. Je l'invite à m'expliquer sa situation et elle baisse à nouveau les yeux.
Elle n'est pas disposée à en dire plus, alors une fois encore, je prends les devants. Je me sens bien avec elle, c'est amusant, ça ne me gêne pas de lui parler.
« Je ne sais pas ce qu'il vous a inventé comme histoire, mais Heine est un homme particulier. Il est très brillant, et croyez-moi, il vaut l'avoir comme ami que comme ennemi. Encore que parfois je me demande s'il est vraiment de mon coté... Enfin, je ne devrais peut-être pas vous révéler tous ses défauts. Vous les découvrirez bien toute seule... » Je ne peux pas retenir mon sourire quand je la vois encore rougir.
Le serveur nous apporte notre commande pendant que je continue à parler de mon avocat préféré. Elle picore d'abord du bout des doigts, puis se met à manger franchement tout en m'écoutant.
« Pour vous donnez une idée, sa dernière invention est de me trouver une épouse. Non pas qu'il s'inquiète de me voir finir vieux garçon, ça encore, c'était une raison acceptable ! Non, c'est uniquement pour des histoires professionnelles ! Et il était même prêt à embaucher une pauvre malheureuse pour jouer le rôle de ma prétendante ! Comme s'il existait quelqu'un d'assez désespéré pour se marier avec un inconnu, uniquement pour les apparences... vous imaginez ?! »
Je continue à lui détailler la situation et comment Heine en est arrivé à ce plan ridicule, qu'heureusement pour moi je vais pouvoir éviter, mais je dois m'arrêter en route quand Cagalli se met à tousser brusquement. Je me rends compte que j'en ai peut-être trop dit. Je me lève pour lui tapoter le dos et l'aider à retrouver son calme, mais elle reste incapable de parler.
Après une gorgée de sangria, elle retrouve ses couleurs et je peux retourner à ma place. Je me sens idiot de lui avoir raconté cette histoire. Elle vient sans doute seulement de le rencontrer et déjà, je lui montre les pires travers de mon ami. J'essaie de rattraper le coup en vantant ses mérites, aussi bien en tant qu'avocat qu'en tant qu'homme.
Heine est loyal, attentif aux autres, extrêmement serviable et il a un bon fond. Il est juste un peu bizarre dans ses idées de temps en temps.
Comme je n'arrête pas de faire son éloge, elle me dévisage et finit par me demander : « Vous essayez de me le refiler votre avocat ? » Elle se lèche les doigts en attendant ma réponse et je reste fasciné par le jeu de sa langue qui ramasse habilement chaque gouttelette de sauce restante.
Puis reprenant mes esprits, je réalise ce qu'elle vient de me dire et à mon tour demande : « Vous voulez dire que vous n'êtes pas intéressée ? Mais alors comment l'avez-vous connu ? »
« Il m'a embauchée pour le chien, je vous l'ai dit ! »
Je reste stupéfait. Pourquoi Heine aurait embauché cette fille pour s'occuper de Buster pendant deux jours ? Et comment aurait-il eu le temps ?
« Et c'est tout ? Je pensais que ce n'était qu'une excuse qu'il avait utilisé pour vous aborder... Quel imbécile ! Alors il n'y a rien entre vous ? »
« Vous paraissez déçu ! Pourtant quand vous m'avez abordée, vous pensiez plus à vous qu'à votre ami, non ? » Son ton est plus froid d'un coup, et très franchement, j'en suis surpris.
Mais moi aussi, je peux jouer sur ce terrain-là.
Reprenant mon assurance professionnelle, je plante mes yeux dans les siens, même si je la sens fléchir. Puis remettant les éléments dont je dispose en place, je me rends compte que je me suis sans doute fait avoir depuis le début. Voilà pourquoi j'avais cette drôle d'impression qu'elle me cachait quelque chose. Je la toise sérieusement et lui dis d'un ton cassant : « Vous n'aviez aucune intention de vous laisser courtiser sérieusement. Alors pas la peine de faire semblant d'être déçue ou choquée. Vous connaissez Buster, vous connaissez Heine, et pourtant, vous agissez comme si vous ignoriez totalement qui je suis. Mais je ne suis pas dupe. Par conséquent, ma question est simple : qui êtes-vous ? Vous ne ressemblez pas à une journaliste, ou alors une indépendante qui espère se faire un nom. »
Je la dévisage un peu plus, elle est troublée.
« Je vois d'ici le tableau : ma soirée avec Athrun Zala, toutes les révélations sur le célibataire le plus en vue du moment... Formidable ! Comme si je n'avais pas assez de rumeurs débiles qui courent sur mon dos, maintenant il faut que je me fasse piéger par une débutante ! »
Elle se lève d'un coup et me plante son doigt dans le torse, de façon accusatrice : « Non mais ça va pas ! Je suis étudiante, moi, pas journaliste ! Et vos petites histoires, je m'en tape. Je ne vous ai rien demandé, c'est vous qui m'avez raconté votre vie, alors venez pas vous plaindre ! »
Elle est visiblement en colère et pourtant, dans ses yeux, je lis surtout de la déception, comme si je l'avais blessée en la traitant ainsi.
J'essaie de retrouver mon calme et lui demande d'une voix plus posée : « Et vous étudiez quoi ? »
Elle soupire, hésite, tourne la tête sur le coté pour vérifier que tout le monde a arrêté de nous regarder et finit par répondre : « Je suis en licence de langues étrangères appliquées. Je suis trilingue et tente d'obtenir une validation pour une quatrième langue cette année. Malheureusement, j'ai perdu ma bourse et j'ai besoin d'un travail pour financer les cours, voilà comment je l'ai rencontré votre avocat... J'avais besoin d'un boulot et il en avait un à me proposer pour un de ses amis » Elle garde les yeux baissés, comme si elle avait honte de ce qu'elle venait d'avouer.
« Et pour qui travaillez-vous ? »
Elle me regarde à nouveau, et dans un murmure répond : « Pour vous... »
J'en ai le souffle coupé. Cette fille travaille dans moi, et je n'en savais rien. Pas étonnant qu'elle ait eu un comportement aussi spécial. Elle doit avoir la trouille de perdre son poste au premier faux pas.
« Et vous êtes dans quelle branche ? Je n'ai pas souvenir d'avoir vu votre nom où que ce soit ? » C'est sorti de façon plus froide que je ne le voulais, mais elle ne paraît pas choquée.
« Maitre Westenfluss m'a embauchée il y a deux jours. Ma première mission était de m'occuper du chien... »
« Et ensuite ? »
A voir sa mine, j'ai peur de réaliser. Elle s'applique à ne pas me regarder, et je la vois qui plie sa serviette et commence à se lever. Elle s'excuse, me remercie pour le repas et s'apprête à partir. Alors c'est bien ce que je craignais. Il l'a fait. Il est allé au bout de son idée et à embaucher une fille suffisamment désespérée pour jouer les épouses modèles. Et moi qui ai passé vingt minutes à me moquer de ce plan et de la pauvre malheureuse qui se retrouverait embarquer dans cette histoire.
Je voudrais trouver quelque chose à lui dire, la rassurer, mais je ne vois rien. Je suis un crétin fini. Même Buster me regarde de haut, comme pour me dire qu'il trouve que j'ai eu tort.
Le temps que je me retourne pour lui parler, ne serait-ce que m'excuser du plan débile de mon ami, elle a disparu. »
Fin du chapitre 2
