Kol
Vers vingt heures, les festivités commencèrent. La fête se déroulait dans une maison de maître à l'extérieur de la ville, à la lisière de la forêt. C'était une grande demeure blanche, de style victorien avec des balcons en fer forgé décorés de vrilles de métal, des fenêtres immenses et des volets noirs. Du lierre recouvrait la moitié de la façade, lui donnant un aspect féerique. À l'intérieur, deux grands escaliers menaient aux étages et descendaient en spirales jusque dans le salon. Le sol était en damier et scintillait de mille feux, à l'image des innombrables lustres de cristal. Des domestiques déambulaient, chargés de lourds plateaux débordants de victuailles.
-Hé ben ! s'extasia Edward. Même King Bradley n'a pas une aussi belle maison ! À qui appartient-elle ?
-Elle est à un bienfaiteur de la ville, mais j'ignore son nom, répondit Caroline, accrochée au bras de Lin.
-Bon, au cas où, je m'appelle Evy, c'est compris ? chuchota Envy à toute vitesse. Ça vient de « Evangeline », mais mes amis m'appellent ainsi !
-D'accord, chérie, ricana Damon.
-Toi, va te pieuter ! fit l'homonculus d'un air rageur.
-Et nous sommes des cousins éloignés de la famille Salvatore qui reviennent de Chine après que nos arrières grands parents y aient émigré, OK ? Comme ça, personne ne pourra rien dire, expliqua Ed. Et Lin est Chinois. Les sonorités du nom de son vrai pays sont à peu près pareilles.
-Et si on rencontre un vrai Chinois qui nous cause dans sa langue maternelle ?
-On lui dit qu'on n'a appris que l'anglais !
-Ok !
Le briefing terminé, les couples se séparèrent. Bonnie n'avait pas quitté Ed, car ils s'intéressaient à leur art respectif, à savoir la magie et l'alchimie. Damon dansait avec Elena, qui semblait attendre quelqu'un. Lin et Caroline se gavaient de canapés. Envy agitait furieusement son éventail en gardant un œil sur le blondinet. Au milieu de la foule se trouvaient Klaus et Kol, les deux Originels. Le premier lorgnait Caroline, qui riait aux éclats avec son cavalier, tandis que le deuxième s'ennuyait ferme, n'ayant personne en vue. Le regard de Kol tomba soudain sur une magnifique brune en blanc et rouge, seule dans un coin et qui semblait presque aussi bougonne que lui. Il s'approcha, tout sourire, dans le but de séduire la jeune fille et remarqua la couleur de ses yeux, un mauve améthyste irréel qui fit battre son cœur de sadique.
-Bonsoir, susurra-t-il sur un ton qui se voulait charmeur.
D'habitude, toutes les femmes tombaient devant son sourire ravageur.
Pas celle-là.
-S'lut, grommela l'homonculus.
Si il me demande de sortir avec lui, je l'étrangle.
Un peu désarçonné par cet accueil, le vampire revint à la charge sans se douter qu'il faisait des avances à un garçon.
-Je suis Kol Mikaelson, enchanté. C'est la première fois que je vous vois, vous venez d'arriver ? Sinon, je me souviendrais de votre beauté...
Envy lâcha un soupir discret.
-Mikaelson ? Comme ce type, là, ...Klaus ?
-C'est mon frère.
Un vampire, donc.
La brune (?) lui adressa un délicieux sourire et vomit intérieurement.
-Je vois, vous êtes donc un vampire, vous aussi ? Je m'appelle Evangeline, mais tous mes amis me surnomment Evy.
-Vous êtes donc au courant de tout, ma chère Evy ?
L'homonculus remarqua que le vampire était directement passé au surnom.
-Je suis une cousine éloignée des Salvatore, je suis au courant de tout ce qui se passe dans cette ville.
-Et pourtant vous êtes humaine.
-Comment le savez-vous ?
-Votre bracelet est imbibé de verveine, et les vampires détestent ça.
Envy songea à le lui faire avaler, mais parvint à surmonter son dégoût. C'est Elena qui le lui avait donné, ce bijou. Brave fille.
-Et si nous sortions ? Les balcons offrent une magnifique vue sur la ville, parait-il, proposa Kol.
Bon, je sors avec, je le plaque vite fait et je rentre surveiller le Nabot. Et je lui plante un pieu dans le cœur si nécessaire. Juste au cas où. De toute façon, ce n'est pas ça qui le tuera, mais ça me fera du bien.
-Avec plaisir.
Le brun lui offrit son bras et l'entraîna à l'étage, sur la terrasse, sous les regards jaloux de l'assistance.
-Quelle nuit magnifique, n'est-ce pas ? s'exclama Kol, sans doute en pleine envolée lyrique.
-Heu, certes...
Le jeune homme se rapprocha dangereusement d'elle et enroula son bras autour de ses épaules.
-Vous n'avez pas froid ?
-Nan.
Surpris par le ton un peu rude de la jeune fille, Kol se reprit aussitôt.
-Où viviez-vous, avant ?
-Je vivais en ...commença Envy.
Puis il s'arrêta. Il avait oublié le nom du pays ! Il savait juste que ça sonnait comme Xing, mais le nom lui échappait...
-En ? l'encouragea Kol.
-...Xing, balbutia-t-elle, faute de mieux.
-La Chine ? Quand vous partez en voyage, vous n'y allez pas de main morte !
-Oui, c'est cela, la Chine...
Envy essuya mentalement la sueur de son front.
-Mes arrières grands parents ont émigré, et j'ai passé toute ma vie en Chine...
-J'ignorais que des Salvatore avaient été en Chine... pensa Kol tout haut.
-C'était un secret, parce qu'on...avait des soucis financiers, on a dû partir ! Enfin, mes ancêtres...
Bon sang, je n'ai jamais eu autant de mal à mentir !
-Quelle histoire passionnante !
Envy tressaillit, car il sentait que le vampire était tout, sauf sincère.
-Dites-moi, Evy, n'avez-vous jamais désiré devenir immortelle ? Rester belle à jamais ?
-Heu, non...
Je le suis déjà, abruti ! Belle ET immortelle !
-Je peux vous offrir la vie éternelle, si vous le désirez.
-Ah ? Et si je ne veux pas ?
-Vous êtes sérieuse ? Une femme telle que vous...le voudrait forcément.
Il empoigna Envy par les épaules et approcha ses lèvres de son cou.
-Mais non ! Je ne veux pas ! s'écria l'homonculus.
Le vampire la mordit et commença à aspirer son sang.
-Vous êtes délicieuse...mais vous avez un goût inhabituel...
Normal, c'est « Pierre Philosophale numéro cinq », crétin de suceur de sang !
-PUTAIN MAIS LACHE-MOI, CONNARD ! hurla-t-il avec sa voix normale, c'est-à-dire une voix d'homme.
D'une bourrade, il arracha Kol de son cou (avec une partie de sa gorge, ce qui lui fit lancer un minuscule « ouille ! »), lui décocha un coup de pied qui le fit passer de l'autre côté de la rambarde, c'est-à-dire dans le vide, et s'enfuit en courant pour cacher les éclairs de régénération. Le vampire, stupéfait, s'écrasa dans le jardin avec un bruit mat et commença à se poser des questions sur sa méthode de drague.
Envy courut aussi vite que sa robe le lui permettait et alla se jeter dans les bras d'Edward en faisant semblant de pleurer. Il sentit avec surprise le garçon lui rendre son étreinte et remarqua la présence d'un homme qu'il ne connaissait pas.
-Voyons, Evy, que se passe-t-il ? demanda Ed d'une voix faussement inquiète.
-J'ai été attaquée par un vampire...pleurnicha-t-il en mettent son orgueil de côté.
-Lequel ?
-Kol Mikaelson.
-Je vais dire deux mots à mon frère dès que cette soirée sera terminée, dit l'homme qui se trouvait devant eux, un grand blond aux yeux clairs.
-Votre frère ? hoqueta Envy. Vous voulez dire que vous êtes Klaus ?
-En effet. Et vous devez être la sœur d'Edward, Evangeline ?
-Tout à fait...
-Vous n'êtes pas blessée ?
-Non... renifla Envy, toujours le nez dans la chemise du blondinet. Par contre, votre frangin va être un peu fâché, car je crois qu'il s'est fracassé le crâne dans le jardin...
Bien fait pour sa gueule !
-Il s'en remettra, mais ce n'est pas tous les jours qu'une femme lui résiste...
-C'est qu'Evy n'est pas une femme...se moqua Edward, à vrai dire, j'ai l'impression que c'est un mec, quelquefois...
La fausse jeune fille assena un coup de poing à son pseudo frère et essuya ses larmes pour enfin regarder Klaus dans les yeux.
-Pourquoi n'y a-t-il que des jolies filles, chez vous ? demanda Klaus sans vraiment s'adresser à eux.
Note pour plus tard : avoir l'air moins canon...
-C'est drôle, mais pour des frères et sœurs, vous ne vous ressemblez pas beaucoup...avança Niklaus.
-C'est que notre mère n'était pas très fidèle, répondit Envy férocement, je crois que c'est aussi le cas dans votre famille, non ?
Klaus pinça les lèvres, l'air mécontent.
-Notre vie privée ne vous concerne aucunement, Evangeline, gronda-t-il.
-Dans ce cas, la nôtre non plus. Oh ! Et vous direz à votre frangin que si il pose encore un croc sur moi ou mon frère, je le tue, c'est clair ? le menaça Envy, les yeux froids comme la glace.
-Essayez, ma chère, essayez.
-Je n'y manquerai pas, cher Niklaus !
Là-dessus, Kol arriva, l'air bouleversé. Il se posta aux côtés de son frère et dévisagea Envy avec un drôle d'air. On ne l'avait jamais regardé comme ça. On aurait dit un mélange entre l'excitation et l'envie de meurtre.
-Ah ! Kol ! Je crois que tu dois t'excuser auprès de cette chère Evangeline, pas vrai ?! s'exclama Klaus, toute trace de colère ayant déserté son visage.
Ébahis, ils regardèrent Kol s'agenouiller devant la brune, lui prendre la main et s'excuser platement.
-Je crois que tu as une touche, soeurette, murmura Ed à l'oreille de l'homonculus.
-Va te gargariser avec du nettoyant pour chiottes, nabot ! Où est Bonnie ?
-Au buffet. Et je ne suis pas un nabot, palmier !
-Evangeline ! fit Kol.
-Heu, oui ?
-Comment pourrais-je me faire pardonner ?
-Ben, vous pourriez commencer par arrêter de baver sur ma main, je l'ai lavée avant de venir. Puis, vous pourriez quitter à jamais mon champ de vision, ça m'aiderait beaucoup.
Kol prit un air attristé et se releva. Mais il ne partit pas.
Au contraire. Il colla l'homonculus pendant toute la soirée. À un moment, excédé, celui-ci lui avoua qu'il était un garçon.
-Mais votre côté garçon manqué est ce qui m'attire le plus chez vous ! répondit Kol. Et votre entêtement ne fait qu'ajouter du défi dans notre relation ! Vous dansez ?
Il a un don pour l'à-propos, je ne peux pas lui enlever ça...
-Mais ce n'est pas ce que je voulais diiiiiire... ! gémit Envy, entraîné de force vers la piste de danse.
Damon rit beaucoup ce soir-là.
Review ?
