Après réflexion, j'ai décidé d'écrire une suite à cet OS, du point de vue de Drago, pour donner sa vision des choses et expliciter un peu plus leur histoire, à travers d'un autre moment, où Drago essaye de se convaincre qu'il a fait le bon choix.
Bonne lecture :)
La lumière du petit jour traversa la fenêtre aux rideaux mal fermés et vint caresser le visage de Drago, qui grogna un moment avant de se retourner pour tenter de se rendormir. Mais après plusieurs minutes, il comprit que son entreprise ne servait à rien, aussi le jeune homme se décida finalement à ouvrir les yeux et il resta quelques instants ainsi, sans bouger, à écouter le bruit du vent à l'extérieur qui paraissait faire écho au doux murmure produit par la respiration de la silhouette endormie à ses côtés.
Le blond se redressa, laissant tomber le bout du drap qui le recouvrait jusqu'alors. D'ailleurs, il avait réussi à s'en approprier la majeure partie pendant la nuit, aussi il recouvrit le corps de sa compagne en tirant un peu sur le tissu. Même dans son sommeil, il arrivait à dépouiller Pansy de quelque chose. Drago savait que leur liaison était toxique pour eux deux, mais surtout pour la jeune femme. Lui était protégé par son égoïsme, par sa fierté trop mal placée et sa soumission irrationnelle aux injonctions familiales, mais la brune, elle, était quelqu'un de bien. Elle ne méritait pas ce rôle d'amie du jour et d'amante du soir.
L'ancien Serpentard avait tenté de rompre à plusieurs reprises. Il savait que leur relation ne menait à rien, hormis au ressentiment et à la honte. Mais à chaque fois, comme attiré par une force invisible, il revenait dans le lit de la jeune femme. C'était comme une drogue, un besoin inexplicable de se raccrocher à un instant où il pourrait tout oublier, être lui-même, à l'abri du monde et hurler dans le plaisir de l'amour sa rage envers la vie.
Avec un soupir, Drago se leva et s'approcha de la fenêtre, qu'il ouvrir délicatement pour éviter qu'elle ne grince et réveille sa belle endormie. Accoudé là, il se mit à repenser au début de ses amours avec Pansy, comme un condamné se souvient de ses instants de liberté.
Ils étaient sortis ensemble brièvement en cinquième année, pour voir, comme ils disaient. A l'époque, deux adolescents stupides promis l'un à l'autre qui n'avaient pas compris qu'il aurait fallu profiter de ces maigres instants de bonheur idiot avant d'être rattrapés par la réalité. Mais ils ne l'avaient pas fait, et lui avait reçu la marque. Et il l'avait quitté, soit disant pour ne pas être déconcentré pendant sa mission au service du Seigneur des ténèbres. Parce que pour la protéger, ça aurait fait un peu trop Gryffondor pour un Malefoy, non ?
La guerre les avait emportés, ces enfants qui avaient soudainement grandi trop vite. La mort, la torture, la peur, ils avaient tout vu, tout connu, et à la fin, il ne resta plus que des adultes aux corps de gamins brisés, trop heureux de voir le règne de Voldemort s'effondrer, mais ne soupçonnant pas que les conséquences d'un choix qui leur avait été imposé allait les poursuivre toute leur vie.
Grâce à sa mère, qui avait sauvé la vie de Potter en mentant au Seigneur des ténèbres, les Malefoy n'avaient pas fini en prison, mais toute leur fortune avait été saisie. Quand à la famille de Pansy, ses parents avaient fini à Azkaban, laissant une fille de dix-huit ans seule et sans ressources, en proie à la vindicte de familles entières. On appelait cela la justice.
Alors, comme guidés par un malheur commun, Drago et Pansy avaient recollé les morceaux de leur vieille amitié, et un soir, parce qu'il en avait envie, parce qu'il se sentait mal, parce qu'il avait peur des lendemains, le blond l'avait embrassée, pour les oublier. Ça avait été instinctif, brutal, sans chaleur, mais aussi incroyablement bon. Ils avaient commencé à se voir, mais rapidement, le jeune homme avait compris qu'il devrait un jour choisir entre reconstruire la fortune des Malefoy, ou se reconstruire lui-même. Il avait choisi.
Les Greengrass étaient connus dans le monde sorcier, sang-purs, sortis indemnes de la guerre, et surtout riches. Alors Drago avait courtisé leur cadette, se disant qu'il arriverait à ressentir quelque chose pour cette fille calme, agréable à l'œil et intelligente. Sauf que comme d'habitude, il était retourné vers Pansy. Elle était partie en apprenant ses fiançailles, était revenue un soir sur son perron, trempée par la pluie battante. Elle l'avait embrassé. Il ne l'avait pas repoussé.
Un bruit derrière lui fit comprendre à Drago que Pansy s'était enfin réveillée, et bientôt sa voix rauque du matin siffla :
« Tu devrais te reculer. Tout le monde pourrait te voir. »
« Je m'en fiche. C'est pas comme si quelqu'un ignorait que toute cette cérémonie n'était qu'une comédie grotesque. »
Il pouvait presque entendre les pensées de Pansy d'ici, voir ces mots danser dans ses yeux bleus : si c'est si grotesque, pourquoi tu l'as fait ? Pourquoi tu m'as fait ça ? Parce que Drago était un salaud, qui préférait rebâtir sa fortune avec une femme qu'il n'aimait pas et faire l'amour à une autre le soir venu, dans une chambre à l'abri des regards, et afficher sa maîtresse comme telle en prenant garde à ce que personne ne le dise ouvertement, mais que tous le sachent.
Au fond, pour le blond, c'était en quelque sorte de l'honnêteté. Il ne s'était jamais complètement caché, juste suffisamment pour respecter la bienséance, les codes de la société. Après tout, il pouvait avoir l'amour et l'argent, pourquoi choisir ? Quand à ceux qui le taxaient d'immoralité, d'hypocrisie, il n'en avait que faire. Si ces grands héros sans peur et sans reproches avaient compris que ses amis n'étaient que des pions qu'on avait déplacé sans qu'ils puissent dire quoique ce soit, il ne serait pas devenu ainsi, il aurait épousé Pansy, il aurait pu être heureux; ils auraient pu être heureux. Mais la guerre avait tout balayé.
« Tu devrais rejoindre ta femme. »
Drago reconnut sans peine le fiel dans la bouche de Pansy, mais ne répondit pas. A la place, il recula et ferma la fenêtre, avant de rejoindre le grand lit et de se glisser sous ses draps. Insensible aux faibles protestations de la jeune femme, il emprisonna ses lèvres avec les siennes et laissa ses mains courir sur les courbes féminines qu'il connaissait par cœur.
Oui, tous pourraient les entendre, tous pouvait l'avoir vu, nu, à la fenêtre de la chambre de Pansy, mais il n'en avait cure. Leurs anciens camarades de Poudlard savaient tous, et ne disaient rien, dans un accord tacite. Même Daphnée, la propre sœur de la mariée, n'avait pas osé les blâmer. Les Serpentards ne jugeaient pas, ils se taisaient et se contentaient de faire comprendre silencieusement leur point de vue. Ce n'était pas à eux de les condamner, pas après tout ce qu'ils avaient enduré.
Alors que Drago sentait son corps brûler à nouveau d'envie, il pensa avec un léger sourire sarcastique qu'au fond, il n'avait fait qu'obéir à Pansy. A chaque fois, il avait rejoint sa femme, parce que pour lui, dans son cœur, la mariée, c'était Pansy, pas Astoria.
Une robe et une bague ne remplacerait jamais un cœur, et Drago, dans son égoïsme, se disait, que tant qu'à être malheureux, autant l'être à plusieurs. La place de la mariée, il aurait tôt fait de l'oublier.
N'hésitez pas à laisser une review, pour insulter Drago ou le réconforter, à votre guise ;)
Je songe à faire un dernier texte sur Astoria, si ça vous intéresse, dites-le moi.
