Rattraper le temps perdu.
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Disclaimer: malheureusement, je ne possède aucun des personnages ni quoi que ce soit d'autre lié à Harry Potter. Bien, puisque tout le monde semble penser que c'était trop cruel de laisser cette histoire rester une one-shot, alors allons-y avec le deuxième chapitre. Comme c'est devenu un histoire à chapitres -ce que je n'avais pas l'intention de faire au départ- je vais maintenant essayer de développer un peu plus les dialogues, etc. Je dois aussi admettre que c'est un bon moyen de passer le temps tandis que j'ai un bloc de papier dans les mains et que mon histoire préférée est dessus.
Quoi qu'il en soit…
Toujours pas de bêta-lecteur.
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Chapitre 2.
Vingt-deux mois avaient passé depuis que Remus avait été retrouvé, dix depuis que j'avais réalisé que je l'aimais toujours. Chaque soir je venais le nourrir, lui faire la lecture, lui parler. Chaque soir, je caressais ses cheveux et tenais sa main. Chaque soir je regardais ces yeux vides, me demandant si il pouvait m'entendre, si il était simplement incapable de réagir ou bien encore si il était si renfermé en lui-même que ça n'avait pas du tout d'importance que je sois là ou pas.
Chaque soir je me sentais mourir un peu plus.
Puis je ne le vis pas pendant trois semaines. J'avais reçu un message m'annonçant qu'un de mes grands-oncles, qui vivait en Roumanie, était décédé et que moi, étant le dernier héritier vivant, je devais m'arranger pour venir repérer et m'occuper de ses biens. L'administration fut incroyablement lente, me forçant à rester au loin bien plus longtemps que je m'y attendais.
Ça n'aurait pas été un problème si le ministre Fudge, dans sa grande paranoïa, n'avait pas édicté tout un ensemble de règles pour les anciens Mangemorts qui, entre autres choses, m'empêchaient non seulement de transplaner depuis et hors du pays mais aussi d'utiliser la poudre de cheminette sous peine de quoi je risquais de passer pas mal de temps à Azkaban. Il avait peut-être peur que j'essaie de monter une nouvelle armée à l'extérieur du pays ; ses préoccupations imbéciles ne m'intéressaient pas. J'avais donc dû voyager grâce aux moyens de transport moldus, quelque chose qui ne me permit pas de quitter la ville où avait vécu mon grand-oncle pour aller rendre visite à Remus, alors que j'aurais pu faire ça tous les jours.
Ce fut impossible de ne pas penser à lui. Je n'avais bien sûr aucune raison de m'inquiéter, mais je ne pouvais rien y faire. Chaque jour, je devins plus agité, plus irritable, plus inquiet. Je ne fus malheureusement pas très serviable avec les autorités, ce qui eut pour conséquence de retarder la clôture de l'affaire.
La nuit de la pleine lune fut la pire. Remus avait dû prendre sa forme lupine une fois de plus, avait dû terriblement souffrir et passer la nuit seul, pour la première fois en quatorze mois. Je n'avais pas été là pour lui administrer la potion Tue-Loup moi-même, je n'avais pas été là pour le déshabiller avant la transformation. Je n'avais pas été là pour réconforter l'homme souffrant, le secouant au petit matin avant de lui donner son mélange habituel de calmants et de potion du Sommeil sans Rêves.
Finalement, je rentrai, et je pris le temps de déposer rapidement mes bagages chez moi avant de transplaner directement jusqu'à Sainte-Mangouste. Il était tard -environ 22 heures- mais personne ne me conduisit jusqu'à la chambre de Remus. En entrant dans la petite pièce familière, je remarquai que ma chaise habituelle était occupée, mon regard rencontrant un dos musculeux et une tête couverte de cheveux noirs en désordre.
Potter. En dehors de moi, il était le seul à rendre visite à Remus régulièrement. Je le savais. Mais il avait toujours fait ses visites fortuites l'après-midi, pour être sûr que nous ne nous croiserions pas. Depuis l'obtention de son diplôme dix-sept mois plus tôt, je ne l'avais pas revu -chose que je ne regrettais pas.
En entendant le bruit que je fis en fermant la porte, il tourna la tête.
- Professeur Rogue, salua-t-il.
- Potter, répondis-je froidement.
Que faisait-il ici à cette heure du jour ? Et pourquoi avait-il l'air si fatigué et écrasé par le chagrin ? Ce n'est pas que je me souciais de son bien-être. C'était probablement son entraînement qui lu faisait cet effet -l'entraînement d'Auror n'était pas une promenade de santé, après tout.
Il se leva silencieusement pour me laisser la place. Allongé sur le lit se trouvait Remus, apparemment endormi, sa peau plus pâle que d'habitude, de profonds cernes noirs sous les yeux. Ses joues étaient hâves, son corps squelettique, à ce que je pus voir. Sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement avec des souffles bruyants, et une canule était plantée dans sa main droite. Il semblait à la frontière de la mort.
Je me ruai immédiatement vers lui, complètement oublieux du fait que j'étais regardé. Prenant sa main gauche dans la mienne, je remarquai que ses poignets étaient si fins que j'aurais pu les briser sans effort.
- Potter ! Que s'est-il passé ?
Il ne se formalisa pas le moins du monde du ton tranchant que j'avais pris mais au contraire commença à expliquer lentement. Une semaine après mon départ, Remus avait cessé de manger. Ils avaient bien tenté de le nourrir quelques jours encore, mais comme il continuait à rejeter la nourriture, ils avaient dû le mettre sous sonde gastrique. Quoi qu'il en soit, ça n'avait pas arrangé son état de santé. Son métabolisme avait commencé à se dégrader, et il avait continué à s'affaiblir jour après jour. Depuis la pleine lune trois jours plus tôt, il n'avait pas repris conscience une seule fois.
- Les guérisseurs disent que c'est juste qu'il… ne veut plus vivre. Qu'il a abandonné…, finit Potter d'une voix blanche. Ils disent que si aucun miracle ne se passe, il ne survivra pas aux deux prochains jours.
Á ces mots, je sentis ma poitrine se serrer. Alors c'était la fin ? Je n'avais jamais cru aux miracles, il n'y avait que les idiots pour le faire. Remus allait mourir. Il allait me laisser, et je n'aurais jamais la chance de …de quoi ? Qu'est-ce que je pensais ? Il avait été hors d'atteinte de qui que ce soit pendant près de deux ans –avais-je vraiment nourri le secret espoir qu'il guérirait un jour ? Avais-je vraiment souhaité qu'il me soit donné une seconde chance pour que nous puissions rattraper un peu du temps que nous avions perdu ? Oui, je réalisai avec un sourire amer -et malgré le fait que je ne veuille pas l'admettre- que quelque part au fin fond de mon cœur je n'avais espéré rien de moins. J'avais espéré un miracle. J'avais été un idiot.
- Je me suis toujours demandé pourquoi vous veniez ici, dit soudainement Potter, me dérangeant dans mes pensées.
- Ce n'est pas votre affaire, Potter, lâchai-je avec agacement.
- Vous n'aviez fait que le harceler avant, déclara-t-il en me regardant d'un œil suspicieux tandis que j'enlevai prudemment une boucle de cheveux du front de Remus.
- Comme je l'ai déjà dit, je ne discuterai pas de ça avec vous, répétai-je en m'asseyant.
- Bien, cracha-t-il avant de tourner les talons et de quitter la pièce.
Quelques minutes plus tard, il revint avec une seconde chaise et s'assit de l'autre côté du lit, me jetant des regards méfiants. Á un autre moment, j'aurais relevé le défi, mais maintenant je ne m'en sentais pas le courage. Fermant les yeux, je me concentrai sur la main tremblante dans la mienne. Même maintenant ce toucher me procura un réconfort que je n'avais jamais ressenti avec personne d'autre.
Le temps passa dans un silence seulement interrompu par la respiration laborieuse de Remus. Quand je relevai la tête, Potter semblait perdu dans ses pensées, son regard vrillé à la vue de la main de Remus dans la mienne. Sa posture était tendue, et je remarquai qu'il avait serré les poings sur ses genoux. Soudain, une bonne partie de l'hostilité que j'avais éprouvée à son encontre disparut, n'ayant plus de raison d'être.
- Vous devriez rentrer chez vous, suggérai-je.
Il avait vraiment l'air d'avoir besoin d'une bonne nuit de sommeil. Il leva la tête et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais il la referma, évidemment surpris par l'absence de la moquerie qui caractérisait habituellement mes traits -et qui était difficile à conserver dans un moment pareil.
- Pourquoi ? demanda-t-il. Pourquoi pouvez-vous…le toucher ? Pourquoi est-ce différent pour vous et personne d'autre ? Pas même…, poursuivit-il avec une expression de tristesse sur le visage.
- Je ne sais pas, répondis-je sur le même ton.
Je n'allais certainement pas lui révéler mes pensées profondes en lui parlant d'une histoire à briser le cœur à propos d'occasions manquées et d'amour perdu. Á personne, pour être précis.
- Rentrez chez vous, répétai-je. Allez dormir.
Il ne répondit pas mais me désigna quelque chose derrière moi et, tournant la tête, je remarquai un lit pliant installé contre le mur opposé.
- Vous dormez ici ?
J'avais dû paraître incrédule, parce que ses yeux se mirent à briller soudainement de colère.
- Bien sûr que je dors ici ! hurla-t-il. C'est mon parrain et il est mourant. Bon sang, où pourrais-je bien être d'autre ?
Je réalisai qu'il avait raison. Albus m'avait dit qu'après la mort de Black, ils étaient devenus très proches l'un de l'autre. Ils avaient trouvé du réconfort dans leur présence mutuelle et à la fin de la sixième année de Potter, Remus était devenu officiellement son parrain. Bien sûr que Potter voulait être à ses côtés maintenant -et ça aurait été inconvenant de nous battre autour du lit de mort de Remus.
- Bien, alors allez vous coucher, maintenant, dis-je d'un ton aussi conciliant que possible. Je vous réveillerai si nécessaire.
Il me jeta un regard dubitatif mais finalement, acceptant la trêve offerte, il obéit. Je ne me sentis pas le courage de faire quoi que ce soit d'autre comme parler, aussi restai-je tranquille, exception faite des mouvements circulaires de mon pouce sur la main de Remus.
Le matin, Potter me conseilla de prendre un peu de repos, et bien que je ne m'en croie pas capable, je dormis d'un sommeil agité jusqu'à midi. Le reste de la journée s'écoula lentement, minute après minute, heure après heure. Les guérisseurs firent leurs bilans de santé réguliers, mais tout ce qu'ils nous dirent fut que son état n'avait pas changé. Le silence tendu entre Potter et moi ne fit rien pour alléger l'atmosphère grave. Aux environs de minuit, je le convainquis d'aller se coucher, toujours en lui promettant de le réveiller si nécessaire. Pendant un temps, je l'entendis tourner et se retourner, mais finalement il eut l'air de s'endormir.
Regardant l'homme que j'aimais et qui était mourant, je réalisai que le temps nous manquait. Le visage de Remus était tout à la fois souffrant et magnifique, comme une sculpture d'ivoire, trop délicat pour être touché. Il disparaissait, et il n'y avait rien que je puisse faire. Il y avait tant de choses que je voulais qu'il sache, tant de choses que je n'avais jamais dites à personne, pas même à lui durant les dix derniers mois. Je devais être franc avec lui, cette fois, même si il ne pouvait pas m'entendre. J'avais besoin d'en parler à quelqu'un, mais je savais que je serais incapable de le faire en dehors de lui. Alors je le fis. Passant lentement mes doigts dans ses cheveux, je parlai.
Je lui parlai de tout ce qui était resté non-dit pendant ces trop courts, bien trop courts quatre mois de rencontres clandestines, de baisers timides et de mots attentifs vingt-trois ans plus tôt.
Comment je n'avais pas été capable de le croire quand il m'approcha quelques jours après l'incident qui s'était déroulé pendant les BUSE, s'excusant du comportement de ses amis -et de sa propre lâcheté. Comment je m'étais pris à espérer malgré moi qu'il n'arrêterait pas de m'offrir son amitié au début de notre sixième année. Comment, après quelque temps, je m'étais aperçu que je désirais être plus qu'ami avec ce gentil Gryffondor intelligent et sensationnel, et combien j'avais souffert de réaliser que ce que je désirais par-dessus tout ne deviendrait jamais réalité. Combien ça m'avait fait souffrir la première fois qu'il m'avait embrassé, juste parce que je n'avais pas l'habitude de ça -d'être traité comme étant digne d'intérêt, d'être touché de cette façon-là. De me sentir aimé, tout simplement.
Comment presque toutes les nuits, me réveillant d'un autre cauchemar à propos de mon père, je l'avais imaginé avec moi et me tenant contre lui jusqu'à ce que je m'endorme à nouveau. Ces moments où je ne m'étais pas senti prêt à lui parler de mon père, des choses qu'il m'avait fait subir. Maintenant je lui en parlai, trébuchant sur mes propres mots, et dans un sens soulagé qu'il ne puisse pas m'entendre -bien que la douleur du silence qui suivit –quand quelques années plus tard j'avais osé rêver de réconfort et de gentillesse- dépassât le soulagement qui résultait de mes paroles.
Je lui parlai du moment où, après l'incident de la Cabane Hurlante, j'avais réalisé que rien de ce qu'il y avait eu entre nous n'avait existé, que ça n'avait été qu'une mauvaise farce, montée par une personne à qui je m'étais dévoilé, à qui j'avais montré le vrai moi qui se dissimulait derrière une attitude arrogante, de l'indifférence et des commentaires ironiques.
Je lui parlai de la façon dont j'avais été accepté par un groupe de camarades de ma maison et comment nous avions prêté serment d'allégeance au Seigneur des Ténèbres peu de temps après la remise des diplômes. Comment moi, un jeune homme de dix-huit ans aigri et assoiffé de pouvoir, j'avais embrassé les ténèbres et le froid pour apaiser le feu de la douleur et du désespoir en moi. Comment deux ans plus tard j'avais réalisé mon propre échec, en regardant les yeux de mon père que je devais tuer sur ordre du Mage Noir après son refus de nous rejoindre. Comment j'avais dû obéir sous la menace de payer ma désobéissance de ma propre vie, réalisant seulement à ce moment-là que ma soif de vengeance pour ce qu'il m'avait fait n'était rien en comparaison de la monstruosité d'un fils assassinant son père, d'un homme prenant la vie d'un autre -même si je l'avais déjà fait bien des fois avant.
Comment après ça je m'étais précipité chez Dumbledore, le suppliant de m'envoyer à Azkaban -et comment, au lieu de ça, j'avais reçu une seconde chance inattendue.
Comment, en dépit de toute logique, j'avais passé ces dix derniers mois en espérant une seconde chance pour nous deux.
Comment je me sentais, maintenant que je savais qu'il n'y en aurait pas.
L'aurore approchait lentement. Ma gorge était sèche d'avoir tant parlé, et je ressentais un étrange mélange de tristesse et de soulagement. Mais par dessus tout, je me sentais douloureusement fatigué.
- Je suis désolé, Remus, chuchotai-je tandis que ma main tremblante retombait. Tu m'as écrit que tu désirais m'entendre dire que je te pardonnais. Je l'aurais fait si il y avait eu quelque chose à pardonner. Mais il n'y en a pas. Tu avais peur du rejet -une peur que je comprends bien mieux que je ne le voudrais. Et maintenant, je ne t'entendrai jamais me dire que TU ME pardonnes. Me pardonner de ne jamais t'avoir écouté. D'avoir chassé la joie que tu espérais avoir trouvé avec moi -même si j'en doute. Je ne comprendrai jamais ce que tu as pu voir en moi…
Ce n'est que quand les premières larmes silencieuses roulèrent le long de mes joues que je sentis des mains douces se poser sur mes épaules par derrière.
- Je crois que je peux le faire, dit doucement Potter, et je sus alors qu'il n'avait pas dormi de toute la nuit.
Pendant un long moment, aucun de nous ne bougea.
NdA: je n'ai jamais fit que je les laisserais vivre heureux ensemble pour toujours. Pas de cette façon (-glousse à la manière d'un Serpentard).
