Bonjour à tous, après des mois de silence, voici la suite de cette fiction, plus sombre que mes deux premières sur ce couple... C'est assez fascinant de voir son style évoluer au file du temps. J'ai eu du mal à écrire ce chapitre, je l'ai d'ailleurs recommencé plusieurs fois. Et puis hier, l'illumination, j'ai tout écris d'un coup. Et j'en suis assez contente.

Je vous remercie pour tout vos commentaires, ils me réchauffent le coeur et me donne la motivation de continuer à écrire.

Appréciez !


Une terre insulaire balayée par des vents frais en permanence. Des pins centenaires pliés par ces mêmes rafales au file du temps, et des falaises de craie bâtie par l'érosion depuis des milliers d'années sûrement. Le climat automnale, quoique ce jour là agréablement doux, donnait à l'île un caractère figé, en dehors de toute préoccupation autre que le commerce et la vie qui se développaient simplement. Terre d'asile pour les pirates, l'île n'était pas soumise aux lois du gouvernement mondial, et n'avait pas de chef officiel. Chaque semaine se déroulait un conseil, où tous les habitants étaient invités à participer s'ils le désiraient, et durant lequel on abordait les questions et problèmes qui pouvaient se poser. On opérait par vote, et un ambassadeur était choisi temporairement pour diffuser les décisions envisagées auprès des autres habitants et des éventuels passagers.

Aussi étrange cela était-il, le système fonctionnait et l'archipel n'avait plus connu de guerre depuis des temps immémoriaux, ce que la Marine et le gouvernement évitaient d'ébruiter le plus possible… Ainsi dans le Nouveau Monde, pouvions-nous encore trouver un endroit calme où se ressourcer pour un temps, avant de reprendre la mer et de braver les dangers que la vie de pirate engendrait naturellement.

Assis près d'une falaise, l'océan furieux charriant avec force son écume et ses tourbillons d'eau salée sur la pierre, Trafalgar Law attendait. Lui naguère toujours en mouvement et refusant de perdre son temps en oisiveté observait la ligne d'horizon, tandis que la bise couchait les herbes folles à ses cotés. Les nuages sombres au-dessus filtraient les rayons d'un soleil timide, osant à peine se montrer, et le souffle continu accompagné des vagues écrasées sur la pente raide donnaient au paysage une allure irréelle et hypnotique. Deux jours plus tôt, le sous-marin jaune avait accosté dans un port de pêche où des marins (vieux bonshommes aux traits tirés, qui en avaient sûrement vu d'autres) les avaient accueillis cordialement, leur expliquant dans un argot local quasi incompréhensible les rudiments de ce qu'il fallait savoir pour ne pas s'attirer d'embrouille ici.

«-Bon p'tit gars, si tu les chèches pas, y te chèch'ront pas non plus, t'as pigé le topo ? Maintenant, j'ai un p'tit service à te demander, toi qu'es jeune et fort, tire ma barque sur la berge, et ramène mes files de pêches, pis je te donnerais une ou deux prises de la nuits, 'trouveras pas meilleur poisson sur la marché, parole de pêcheur. »

Et Law, si fier lorsqu'il rabrouait l'autorité, se sentit comme un gosse devant ce monsieur. Incapable de désobéir face à la franchise et la dignité du marin, il se dépêcha de rentrer le matériel de pêche, se demandant toujours pourquoi il se pensait si enfant devant un vieillard courbant l'échine et bouffé par l'arthrite. « Je le respecte parce qu'il me respecte et qu'il a l'expérience des sages. » Se fit-il la réflexion par la suite. Il alla même jusqu'à donner au vieille homme une crème cicatrisante pour ses mains éraflées par les filets et l'âge bien entendu. En remerciement, Law et Bepo eurent en effet droit à un bon repas préparé pas le doyen des marins, un homme si vieux et si brave qu'il imposait le respect immédiatement. Dans une petite bicoque presque en ruine, le doyen Clint attendait. La chaleur du poêle étouffait la maison, elle remplissait et enrobait les os des vieillards, ou du moins essayait, et allait peser contre les vitres sales, avec leurs anciennes affiches tournées vers le jardin montrant des trophées de pêche.

Le crépuscule nimbait l'intérieur d'une lueur rouge orangé apaisante, mais déjà la pluie reprenait ses droits. Pas surpris de voir débarquer un ours blanc doté de la parole et un jeune homme tatoué de partout, le doyen fit de la place sur la longue table où déjà deux vieux mangeaient une soupe.

« -Bien le bonsoir Joe, qu'est-il donc que tu nous as ramené ? Un moutard pas bien formé et un ours ? Ou qu'tu les as trouvé ces deux là ?

-Un bien brave rejeton Clint, et médecin en plus. M'as donné une bonne crème pour mes mains, pis pour les tiennes, allez vois donc ce que j'ai pris ! Fais-nous en un bon frichti pour la nuit. Et gardes-en pour le gosse, j'l'aime bien. »

Law s'installa à la table après avoir salué les trois personnes présentes, et se servit un verre de vin, quant à Bepo, il essaya de se faire le plus petit possible dans une maison pas bien grande. En vain. Le jeune chirurgien ne se formalisa pas du fait que l'on parle de lui alors qu'il était juste à coté, ou bien qu'on le traite de gosse. Il n'aurait servi à rien de protester, devant tous ces vieillards, Law et ses vingt-six misérables années n'était qu'un môme, et ce fût probablement la toute première fois dans son existence qu'il n'en eut pas honte.

Partager un repas avec ces gens qui n'avaient pas une once d'idées reçues sur les pirates étaient reposant, Law écouta sans broncher les légendes et les anecdotes des marins qui se faisaient une joie de voir passer un peu de sang frais dans leur patelin. Le doyen parlait lentement, contant ses histoires en y mettant le ton et ménageant ses effets, si bien que sans même sans rendre compte, le jeune pirate qui se voulait tout d'abord poli en écoutant le vieillard, fini par s'imprégner de ses mots.

Mots qui résonnaient encore maintenant dans sa tête, berçaient par le bruit des vagues et de la bise. « Méfis toi des goélands mon gars, ou respecte les bien. On dit que lorsqu'un marin croise un goéland, c'est l'âme d'un homme mort sur la mer qu'il voit. L'âme d'un noyé dont on n'a jamais retrouvé le corps, certains viennent t'avertir d'un endroit dangereux. Mais surtout, il ne faut pas y toucher, il ne faut pas léser l'âme des morts… » D'anciennes superstitions, auxquelles plus personne ne croyait bien sûr. Et pourtant le doyen parlait avec tant de conviction dans le regard que le pragmatique chirurgien douta. « T'es médecin pas vrai ? J'espère pour toi que tu gardes pas de corps sur ton navire… Tu sais c'qui se dit, et c'est vrai, crois-en l'expérience d'un loup de mer édenté : si quelqu'un meurt sur ton raffio, y pourrait très bien le considérer comme son cercueil et pis le faire couler. Si tu les enterres, jette une couronne de fleur à la mer, qu'elle ne soit pas en colère du vol de son dû .

-J'y veillerais. » Répondit le jeune homme, se refusant à vexer son hôte en parlant de sa salle de dissection…

Oui, ici, le temps s'était arrêté, on subsistait pour couvrir nos besoins, on ne vivait pas pour l'outrance de richesses et ce que tout cela entraînait. Il était temps de se lever, les légendes et les contes lui montaient à la tête, et s'il restait quelques minutes de plus à ne rien faire ainsi, il allait finir par croire à toutes ses inepties superstitieuses. Il eut même l'impression durant quelques instants d'entendre, venant du vents, une complainte ancienne. Le psychisme humain l'étonnait toujours plus chaque jour… Il quitta le paysage onirique pour rejoindre son équipage, probablement éparpillé dans la ville où résonnait une musique à la cornemuse… « Très pittoresque », se dit-il tout bas. Le petit archipel fêtait un dieu qui devait apporter profusion de poissons, et bonne augure pour les marins, c'est pourquoi partout dans les rues, dansaient et chantaient des femmes, des enfants, des hommes et des vieux, tandis que l'orage sourdait au loin.

Sur la place grise un feu immense avait été installé, autour duquel de jeunes filles, toutes de bleu vêtues, ondulaient en riant, des fleurs dans les cheveux, le vents les secouant. Il régnait dans cet endroit une atmosphère mystique propice à l'envol de l'esprit, pourtant Law se sentait après deux jours dans cette ville, étouffé et oppressé. Il avait la sensation de perdre pieds et de ne plus être lui-même, l'île aspirait sa force vitale et le maintenait dans une léthargie intellectuelle effrayante. Il alla chercher un verre dans l'unique taverne du coin, déjà bondée, où il retrouva la plupart de ses hommes, ivres ou proche de l'être.

«- Du rhum et des femmes ! » s'adressa-t-il au serveur à grosse moustache et au débardeur taché de graisse, en glissant une somme d'argent conséquente sur le bois du comptoir abîmé. 'Il a la tronche du proxénète lui, il va m'en trouver une' observa-t-il pour lui-même, n'ayant pas une once de moral ce soir là. Et en effet après avoir regardé le pirate d'un œil mauvais et avoir servi son rhum, il le pressa de le suivre vers l'étage : la maison des propriétaires.

« -Z'êtes Trafalgar Law, constata le serveur, et vous m'avez donné une sacrée somme, plus du triple de ce que ça coûte d'habitude chez moi, alors mon gars, t'auras droit à un régime de faveur. Mes filles, elles sont dans l'établissement d'en face, mais aujourd'hui c'est jour de fête, elles bossent pas. J'vais pas te laisser dans le besoin pour autant, ici c'est chez moi, et là (il pointa du doigt une porte au fond d'un couloir) c'est la chambre de Jezabel. T'as toute la nuit devant toi, fais-toi plaisir. Et t'en fais pas pour le bruit, ils vont chanter et danser jusqu'à l'aube, personne t'entendra. »

Et sur ces paroles il redescendit s'occuper de son bar. Law sourit, ce mec était une véritable ordure, pour quelques billets, il lui avait cédé sa femme. M'enfin, elle ferait l'affaire, le jeune homme avait besoin de se ressourcer, et pour le prix que ça lui avait coûté, la femme du propriétaire avait intérêt à être belle. D'un pas assuré il traversa le couloir sombre et entra sans frapper dans la chambre. Sur le lit était allongée sur le ventre une silhouette féminine aux cheveux roux cendrés et de longues jambes blanches étaient relevées croisées vers le ciel. Alertée par le bruit, Jezabel se retourna, et Law eut l'air surpris. Cette fille ne pouvait pas être la femme du serveur, elle n'avait même pas vingt ans. Soudain le propriétaire revint sur ses pas et pénétra dans la chambre, l'air peiné.

« -J'ai oublié de te prévenir, elle est pucelle la belle, alors prend pas garde à ses cris. Et toi Jeza, tu vas être bien gentille avec ce monsieur, et le laisser faire tout ce qu'il veut, soit agréable, et ne pleure pas. Bonne soirée. »

Partis pour de bon, Law observa la fille de l'ordure qui l'avait mené ici… Il hésita une demi seconde, le temps que ses yeux ne tombent sur les seins fermes de la rouquine face à lui, et qu'il se rappelle de sa dernière expérience sexuelle, plusieurs semaines auparavant.

« -T'as quel âge ? demanda-t-il.

-Dix-huit ans… murmura-t-elle.

-Très bien, dans ce cas pas de problème. »

Et il l'attrapa pour lui faire l'amour. Ses mains la déshabillèrent rapidement, et ses doigts tatoués pénétrèrent ses lèvres roses encore vierges, alors que les grands yeux bruns de l'adolescente s'ouvraient d'horreur. Elle ne se débattit pas, et Law observa plusieurs ecchymoses sur son corps d'enfant maltraité.

L'allongeant sur son lit, il écarta sans ménagement ses cuisses fermes, et son sexe dur força le passage du sien avec force, tandis que sous lui, la rouquine serra les dents et versa quelques larmes. Il la besogna la nuit entière, la surplombant de toute sa personne, la dominant totalement et il fut presque certain qu'elle jouit une fois. De toute façon ça n'était pas sa préoccupation première, il se contentait de se vider en elle encore et encore jusqu'à épuisement. Au matin il repartit, soulagé, sans un mot pour la demoiselle qu'il allait sûrement mettre enceinte.

Le monde était cruel, les hommes l'étaient certes moins mais rien ne suffisait à pallier la douloureuse indifférence de la nature par rapport au genre humain à qui elle n'avait même pas daigné donner d'instinct. L'homme avait à la fois la charge honorifique et la terrible responsabilité d'agir en fonction de sa propre conscience, et ce pour le meilleur comme pour le pire. Law venait de faire taire sa conscience pour une nuit, il venait sûrement de traumatiser une pauvre gamine à vie qui finirait catin et violée par son père. Mais ce jour-là, oui ce jour-là seulement, il ne voulait pas s'embarrasser de sentiments moraux, il voulait lâcher prise sur cette île hors du temps et tenter de se détendre. Il était dans un de ces rares moments où il doutait et où lui revenait en mémoire son île natale près de North Blue. Sans doute l'atmosphère de cette île, assez proche de la sienne de par son isolement, l'aidait-il. Au petit matin, exténué par sa nuit de coït il ne prit pas de petit déjeuner dans la taverne miteuse, malgré les œillades insistantes du propriétaire graveleux. Il quitta la ville noyée sous une averse glaciale pour se rendre sur son bateau, ne cherchant pas à se protéger du déluge. Sans doute était-ce pour lui une tentative inconsciente de se débarrasser du mal qu'il venait de faire à cette gamine, la pluie de la rédemption le laverait de cet acte immonde qu'il venait lâchement de perpétrer, alors qu'il n'aurait eu aucun mal à trouver une fille consentante prête à tout pour le satisfaire.

Une fois certain que ses vêtements, sa peau et ses os étaient assez imbibés d'eau pour le transir de froid plusieurs heures durant, il reprit le chemin menant à son sous-marin qui dans le port miteux détonnait affreusement, sa couleur jaune canari émergeant des flots qui semblait le vomir. En entrant dans le sas le contact du métal le rassura, c'était ici chez lui. Pas sur son île natal, ni même sur cet archipel si particulier. Il n'imaginait jamais se séparer du submersible.

« Les navires ont une âme p'tit gars, et j'peux te dire qu'ils sentent s'ils sont aimés. Alors dis moi morveux, tu l'aimes ton raffio jaune pisse ? »

Encore une fois les paroles du vieux doyen Clint lui revenaient en tête, il avait tiqué au 'jaune pisse', mais ne s'en était pas plus formalisé. Oui, il avait de l'affection pour son bâtiment. Sans doute bien plus, se dit-il, que pour la gosse qu'il venait de forcer toute une nuit. Dégoûté par sa propre personne, il se dirigea vers les douches communes, ses vêtements détrempés lui collant à la peau et l'irritant. Il voulait vomir, se débarrasser de ce terrible sentiment de culpabilité qui l'étreignait depuis le matin et oublier. Mais encore une fois la nature en avait décidé autrement, et Trafalgar Law ne trouva d'autre moyen de se laver de ses méfaits qu'en augmentant la chaleur de la douche au maximum. Sa peau douloureuse rougit tout d'abord, et partit en lambeau dans son dos, il serra les mâchoires aussi fort qu'il pu, mais ne retint pas un gémissement étouffé qui le força à cesser cette torture inssoutenable.

Lorsqu'il ressortit, les membres tremblant et qu'il vit son reflet dans la glace embuée, il sut que jamais cette abjection ne s'effacerait de sa peau, ni même de son corps, peu importe ce qu'il s'infligerait. En se tournant pour tenter de voir son dos, la blessure le fit grimacer, une brûlure profonde lui meurtrissait le dos, il devait la traiter. Il essaya d'enfiler son t-shirt propre mais le contact du tissu lui arracha un nouvel élan de douleur intense. Il renonça donc à porter quelque chose sur son torse et quitta la salle de bain et tourna dans les nombreux couloirs jusqu'à l'infirmerie.

Là, Bepo l'attendait, mal à l'aise de toute évidence, il ressemblait à ces enfants qui savent pertinemment qu'ils ont fait une bêtise et qu'ils vont être punis pour cela.

« -Capitaine… Je crois qu'il y a un problème. » Tenta-il d'articuler avec maladresse.

« -Quel genre de problème Bepo, fais vite, je suis assez occupé pour le moment…

-Quelqu'un est venu pour te voir.

-Vas-tu me dire oui ou non ce qui ne va pas, ou je vais devoir te sortir les vers du nez avec un bistouri Bepo ? »

Effrayé par la menace imminente, l'ours se trouva acculé, et il craqua.

« -C'est Eustass Kid qui est venu Law. » Le chirurgien leva les yeux vers son second, Bepo ne l'appelait jamais par son prénom, ou c'était extrêmement rare. Une fois lorsqu'il avait failli mourir en mangeant une plante vénéneuse, Bepo était au bord de la syncope en voyant son capitaine ainsi. Et une autre fois quand il avait involontairement diffusé des données personnelles sur sa vie personnelle dans un den den mushi relié à la Marine…

« -Il est venu là, il est entré dans le sous-marin, et j'étais tout seul, alors plutôt que de me battre je lui ai demandé pourquoi il s'était introduis ici. Il me l'a dit et…

-Et puis il s'est barré parce que je n'étais pas là je suppose.

-Pas vraiment, il te cherchait bel et bien mais… Il a décidé de t'attendre ici, il est toujours là Capitaine. »

Law tourna ses yeux fatigués vers son ami, non de dieu, cet ours n'avait donc pas la moindre parcelle de jugeote dans la cervelle ?

« -Où ?

-Dans ta chambre… Je suis désolé.

-Tu peux l'être ouais. »


Et bien voilà, comme je vous l'ai dit, c'est une ambiance assez sombre et un peu à part que je voulais développer, tout en restant dans le correct et en évitant la vulgarité. Les choses vont s'accélérer par la suite, mais je pense que le prochain chapitre ne viendra qu'au début des vacances d'été : BAC oblige très chers...

D'ailleurs si certains d'entre vous le passent, bon courage ! Déprimez pas, et restez motivés ! Faut pas craquer maintenant !

Dites moi ce que vous en pensez :)