Voilà le deuxième chapitre.

Dorénavant, je publierai le samedi, et non le dimanche.

Merci à Lehonora et à lizzs pour leur review.

Enjoy !


Juin 3014, Troisième Âge

Leurs mouvements soulevaient des particules de poussière qui virevoltaient et s'accrochaient à leur peau à cause de à la fine pellicule de sueur qui les recouvrait. Leur souffle était erratique, mais ils s'efforçaient de garder une respiration régulière. Leurs enchaînements semblaient presque s'accorder. Ils s'étaient entraînés si souvent qu'ils connaissaient parfaitement les aptitudes de combat de l'autre. Après tout, il lui avait tout appris, il l'avait entraîné depuis maintenant huit ans.

Nelliël tenta une percée sur son flanc gauche qui n'était alors pas protégé, du moins c'était ce qu'elle pensait. Elle grimaça alors, s'étant rendue compte au dernier moment qu'elle venait de se faire piéger, ne pouvant plus changer sa trajectoire à présent. Le maître d'armes para aisément la dague de son élève de sa légère épée, et, à l'aide de sa jambe droite, faucha celles de la jeune femme qui se retrouva à terre avant même d'avoir pu réaliser ce qui était en train de lui arriver. Pour finir, il dirigea son épée vers sa gorge, la pointe frôlant sa peau. Un léger sourire apparut sur ses lèvres face à la tête de son élève, étourdie par sa chute. Il rangea son épée dans son fourreau et lui tendit la main qu'elle saisit immédiatement, l'aidant à se relever.

« Combien de fois devrais-je te le répéter ? Limiter tes attaques et ta défense à ton arme, c'est signer ton arrêt de mort. Ton corps tout entier doit réagir, ton arme n'en est que l'extension

- Je sais, je sais. »

Un bruyant soupir s'échappa de ses lèvres. Elle n'était pas stupide au point d'oublier ce qui lui coûtait à chaque fois une rencontre avec le sol. C'était simplement qu'elle avait du mal à coordonner ses mouvements, et qu'elle manquait de rapidité pour anticiper les coups qui lui valaient ce genre de remarque.

Telemar posa un regard attendri sur son apprentie. En huit ans, elle avait toujours été bonne élève, et n'avait jamais renoncé face aux difficultés qu'elle rencontrait dans son apprentissage. Au final, elle s'était révélée plutôt douée, faisant preuve d'une grande agilité et d'une bonne fluidité de mouvements. Elle n'était pas particulièrement forte, mais cette faiblesse s'effaçait vite quand on voyait avec quelle précision et quelle efficacité elle exécutait ses enchaînements. Il ne lui manquait qu'un peu d'expérience qui lui permettrait alors une meilleure anticipation des mouvements de son adversaire. Il était fier d'elle. Elle avait à présent des bases solides.

« Arrêtons-nous en là. Il va bientôt faire nuit. Va te nettoyer la figure, je t'attends un peu plus loin, j'ai à te parler. »

Nelliël s'attarda un instant sur son maître d'armes, sceptique. Il lui fit signe de la main de filer, ce qu'elle fit. Ses mains plongèrent dans une petite bassine d'eau. Elle s'aspergea le visage plusieurs fois et le frotta rapidement. Elle finit par se jeter un peu d'eau sur les bras et sur la nuque, la rafraîchissant immédiatement. La nuit ne tarderait pas à tomber, mais il faisait toujours aussi chaud en cette belle journée d'été, surtout après plusieurs heures de maniement d'armes. Une fois sa rapide toilette terminée, elle se dirigea d'un pas rapide vers Telemar qui l'attendait quelques mètres plus loin, le visage soucieux. Un mauvais pressentiment lui serra le cœur. Elle ne l'avait jamais vu aussi sérieux. En la voyant arriver, ses traits s'adoucirent, mais elle pouvait sentir dans son regard qu'il était gagné par l'appréhension.

« Je..., commença-t-il, la tension étant palpable dans sa voix.

- Eh bien ? Qu'y a-t-il ?

Face à l'hésitation de son maître, Nelliël se sentit soudain envahie par l'inquiétude et l'impatience. Il cherchait ses mots, ouvrit la bouche une première fois, la referma, puis se décida enfin à reprendre la parole, au grand soulagement de la jeune femme dont la jambe avait commencé à taper nerveusement les dalles de pierre.

« L'intendant Denethor souhaite envoyer une partie de ses troupes à Pelargir. Il craint que le port devienne la cible d'une attaque orque et que Minas Tirith ne se retrouve alors totalement encerclée par les armées du Mordor. Je n'ai que trop tardé, il est temps que je retrouve ma place de soldat et que je respecte à nouveau mon vœu de protéger le Gondor. Aujourd'hui marque la fin de ton entraînement. »

Les yeux de la jeune femme s'emplissaient de larmes au fur et à mesure qu'elle entendait les mots de son professeur. Elle savait que ce jour arriverait, mais elle ne s'attendait pas à ce qu'elle soit confrontée à cette séparation si tôt.

« Ne sois pas triste, nos chemins se croiseront à nouveau. »

Il prononça ces mots sur un ton qui se voulait rassurant, mais elle n'était pas dupe. Elle savait que si le port de Pelargir était attaqué, il avait autant de chances que n'importe quel autre soldat du Gondor de mourir sous les assauts des orques, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle qui ne rêvait que de quitter la capitale, de visiter la Terre du Milieu et de braver mille dangers à l'exemple des nombreuses histoires de héros qu'elle avait lues dans son enfance, elle comprenait sa décision. Elle aurait voulu qu'il reste un peu plus longtemps, mais c'était égoïste. Son corps bougea de lui-même, ses bras s'enroulant autour du cou de Telemar. Ce geste le gêna un instant, mais il se reprit bien vite. C'était sa façon de lui dire adieu. Il posa une main sur son épaule et elle dénoua ses bras, reculant de quelques centimètres. Ses yeux étaient toujours baignés de larmes, des sanglots silencieux la secouait. Il se pencha en avant, prit sa tête entre ses deux mains, et déposa tendrement un baiser sur son front avant de s'éloigner. Ce geste était plus fort que tous les mots qu'ils auraient alors pu s'échanger, c'est pourquoi ils n'ajoutèrent rien. Elle le regardait quitter la place lorsqu'il tourna la tête, lui adressant un dernier sourire. Elle se força à sourire à son tour, séchant ses larmes de ses poings. Enfin, il disparut au croisement d'une rue, et elle se retrouva seule.

A son tour Nelliël se mit en route, regagnant sa maison. Son cœur était lourd de tristesse. Bien plus qu'un maître, elle venait de perdre un ami. C'était toute une partie de son monde qui s'écroulait. Elle prit garde à faire disparaître les dernières traces de larme sur son visage alors qu'elle passait la porte sa maison, s'engouffrant directement dans sa chambre sans un mot pour ses parents. Ce soir là, elle ne mangea pas et ne dormit que très peu.


~o~

Edoras, capitale du Rohan. A l'intérieur de Medulsed, le palais des rois, la tension était palpable. Depuis plusieurs semaines, Théoden, fils de Thengel et Roi du Rohan, semblait avoir perdu l'esprit. Son corps, vieilli de plusieurs dizaines d'années, témoignait de l'anormalité de la situation. Le roi, ou ce qu'il en restait, ne reconnaissait peu à peu plus ses plus proches parents. Il demeurait là, assis sur son trône, reflétant l'image d'un vieillard qu'il n'était pas il y a encore quelques semaines. A ses côtés siégeait Grima, conseiller du roi. Il ne semblait pas dérangé le moins du monde par la condition de son souverain, et remplissait son rôle avec plus de ferveur qu'il n'en avait jamais fait preuve auparavant.

Dans la salle du trône, Théodred, fils du roi, croisa le regard de son cousin, Eomer. Les mêmes émotions s'inscrivaient dans leur regard. L'inquiétude, l'incompréhension, l'impuissance. Ne connaissant pas le mal qui rongeait Théoden, ils se trouvaient dans une impasse. Ils se rapprochèrent l'un de l'autre, et s'exprimèrent à voix basse. Eomer prit la parole en premier :

« Que nous reste-t-il à faire ? Théoden refuse d'envoyer des hommes repousser les attaques orques qui sévissent à nos frontières. Doit-on rester ici à attendre que le Mordor se présente à nos portes ?

- Les mots de mon père ne sont pas les siens. Je soupçonne Grima de parler à travers ses lèvres.

- Ces mêmes soupçons habitent mon cœur, ainsi que celui de ma sœur, Eowyn.

- Gardons-les secret, s'ils s'avèrent vrais, Grima a le pouvoir de tous nous faire taire. »

D'un accord commun signé par un hochement de tête, ils se séparèrent. La frustration se lisait sur leurs traits, mais ils devaient faire preuve de patience. C'était la seule chose à faire. Combien de semaines, combien de mois restait-il avant qu'ils ne soient assiégés par les armées orques ? Le temps leur manquait, et ils ne pouvaient rien faire.


~o~

Quelques mois s'étaient écoulés depuis le départ de son maître d'armes, Telemar. Chaque jour, elle avait attendu une lettre, quelque chose qui l'assurerait qu'il soit en vie. Rien. Cette absence de nouvelles l'inquiétait. Pelargir avait subi un assaut orque, repoussé sans trop de mal par les soldats du Gondor, mais, s'il avait péri pendant l'attaque ? Elle ne voulait pas y penser. Plus que jamais, elle s'était rendue compte que le Gondor était en guerre et que le danger était partout. Elle ne pouvait rester tranquillement à Minas Tirith alors que le futur s'écrivait ailleurs. Ce souhait, couplé à son rêve de voyager, l'avait poussé à prendre une décision. Quand elle se sentirait prête, quand le jour serait favorable, elle partirait à son tour. En attendant, elle continuerait son entraînement, cette fois avec la bénédiction de ses parents qui avaient percé son secret à jour, et qui, après quelques temps, avaient fini par l'accepter. Après tout, contre sa volonté de fer, ils ne pouvaient que la soutenir.