Merci à la lectrice qui a pris le temps de reviewer, ça me fait plaisir ! Bonne lecture !
II
« Ginny fais un effort. Tu ne peux pas comparer tes tâches dérisoires au travail épuisant et injuste que les elfes de maisons sont forcés de faire chaque jour. Tâches dérisoires, tu parles. » pesta intérieurement Ginny alors qu'elle déambulait dans les couloirs de la Potion Vite Faite.
Pendant près d'une semaine, elle s'était présentée à plusieurs entretiens d'embauche et avait fini par se faire engager dans une petite entreprise qui confectionnait du nécessaire à potions. Assistante Personnelle, lui avait-on dit. Ginny, elle, trouvait qu'elle faisait plutôt office de bonne à tout faire.
Comme ils avaient rapidement compris qu'elle n'y connaissait absolument rien en nécessaire à potions (elle avait eu sa dose depuis Poudlard avec les cours de Rogue et elle s'était jurée de fuir tout ce qui se rapportait de près ou de loin à ce domaine) ils l'avaient assigné à des tâches plus basiques : paperasse, rangements de dossiers, classement du courrier et depuis quelques minutes, café. C'était donc pour cette raison qu'elle errait dans les couloirs en direction de la salle de repos de la Potion Vite Faite. Les locaux n'étaient pas très grands mais on pouvait facilement s'y perdre. Toutes les pièces se ressemblaient et les portes qui y donnaient l'accès étaient identiques. Un vrai labyrinthe.
Quand elle parvint à la salle de repos, elle constata avec soulagement qu'il y avait déjà du café tout prêt. Mrs. Wilch, sa nouvelle patronne, n'aurait certainement pas eu la patience d'attendre. Qu'avait-elle demandé déjà ? Du décaféiné. Ginny leva les yeux au ciel.
« Mais qui boit du déca de toute façon ? » demanda-t-elle à haute de voix, l'air dépassé.
Cette femme ne pouvait-elle pas prendre du thé, comme tout le monde ? Cela ne faisait que trois jours qu'elle avait commencé mais Ginny détestait déjà l'endroit et surtout l'ambiance qui y régnait. Malheureusement pour elle, elle ne pouvait pas se permettre d'arrêter. Elle avait vraiment besoin d'argent et n'avait donc d'autre choix que de continuer.
Elle s'efforça de plaquer un sourire sur ses lèvres alors qu'elle retournait dans le bureau de Mrs. Wilch.
« Votre café, Mrs. Wilch. »
« Merci ma chère. » répondit celle-ci sans même lever les yeux.
Mrs. Wilch était une femme d'une cinquantaine d'année à l'air revêche et constamment occupée. Elle n'était pas foncièrement méchante mais elle était extrêmement exigeante. Elle dirigeait la boite dans laquelle Ginny travaillait depuis près de vingt-cinq ans et sa petite entreprise d'une quinzaine d'employés semblait lui tenir très à cœur. Depuis l'arrivée de Ginny, elle n'avait cessé de lui raconter son parcours, parcours dont elle était particulièrement fière.
Yolana Wilch, née Spencer, avait épousé le très séduisant Mr. Wilch à peine sortie de Poudlard. Elle avait été contrainte d'abandonner ses rêves pour se consacrer à sa vie d'épouse au foyer, rôle qui l'avait empêchée d'entrer dans la prestigieuse THESEE, Très Haute Ecole de Science des Enchantements et de leurs Enseignements. Elle avait donc endossé son rôle de ménagère avec beaucoup de sérieux jusqu'à ce qu'un jour, le très séduisant et surtout très infidèle Mr. Wilch disparaisse (Yolana pensait que ce départ précipité avait été l'œuvre de la secrétaire de son mari. )
Faute de pouvoir reprendre ses études, elle avait investi dans un petit projet, la Potion Vite Faite, qui depuis avait prospéré jusqu'à devenir l'un des principaux fournisseurs de matériels à potion de la région. Les clients de la Potion Vite Faite étaient plutôt variés : ils allaient du simple particulier aux grandes firmes de potions cosmétiques en passant par les établissements éducatifs et hospitaliers.
« Vous avez mis en ordre les commandes de la matinée ? »
Ginny répondit par l'affirmative.
« Programmé mes rendez-vous de la semaine ? »
Ginny acquiesça.
« Contacté le service Recherche et Développement de Ste Mangouste pour les prévenir que le contrat d'exclusivité était signé ? » insista Mrs. Wilch.
« C'est fait Mrs. Wilch, depuis ce matin. » assura Ginny.
Mrs. Wilch lui adressa un regard étonné. Mais sa surprise passa très vite et elle se replongea dans la masse de papiers qui s'éparpillaient sur son bureau.
« Vous êtes efficace, Miss. Weasley. Je dois avouer que cela me surprend un peu. J'étais persuadée que nous avions encore engagé une fainéante. »
Ginny leva un sourcil, surprise. Devait-elle prendre cela comme un compliment ? Sûrement. Mais cela ne l'empêchait pas de ressentir une certaine vexation pour avoir été jugée de fainéante à tort.
« Eh bien, eh bien, il est huit heures n'est-ce pas ? C'est l'heure de partir pour vous, non ? » interrogea Mrs. Wilch d'une voix impatiente, comme si le fait de voir Ginny plantée devant son bureau à ne rien faire l'agaçait prodigieusement.
Cette dernière ne se fit pas prier et sans demander son reste, elle sortit du bureau en refermant soigneusement la porte derrière elle. Elle retourna dans son propre bureau, s'empara de sa veste et de son sac à main avant de se diriger vers l'ascenseur. Elle y croisa Ralph, l'un de ses collègues. Il s'occupait de la comptabilité un étage plus haut et affichait toujours un air pompeux qui lui rappelait Percy. Il la gratifia d'un sourire crispé.
« Vous montez ? » lui demanda-t-il.
« Je descends, à vrai dire. »
Et sur un ton joyeux, elle ajouta :
« J'ai fini pour aujourd'hui. »
Il haussa les épaules avant d'appuyer sur le bouton de l'étage du haut, ce qui laissa Ginny perplexe. L'ascenseur était vieux et n'avait visiblement pas été vérifié depuis des lustres. Lorsqu'il se mit en marche, il produisit un vrombissement étrange, trembla quelques secondes avant de remonter d'un coup, forçant Ginny à se tenir à l'aide de la rampe pour ne pas tomber. Ralph la gratifia cette fois d'un rictus méprisant.
« Quel bêcheur. » ne put s'empêcher de penser Ginny.
Dès que les portes de l'ascenseur s'ouvrirent à nouveau, Ralph sortit et Ginny s'élança à sa suite. Les escaliers lui semblaient plus recommandables.
Lorsqu'elle sortit du bâtiment, elle soupira de contentement. La journée lui avait paru interminable. Elle n'avait qu'une envie, celle de rentrer chez elle. Depuis qu'elle avait des problèmes d'argent, les loisirs avaient été bannis de sa vie, elle n'avait plus de gallions à jeter par les fenêtres. Elle grimaça à l'idée de devoir simplement rentrer chez elle, de dîner et de se mettre au lit. Cela lui semblait tellement ennuyeux. Les gens qui travaillaient avaient une vie tellement fastidieuse, uniquement rythmée par une routine insupportable. Combien de temps encore allait-elle devoir vivre de cette manière ? Travailler et se priver uniquement pour pouvoir payer un loyer qu'elle trouvait à présent démesuré.
Elle crut que la situation avait pris un nouveau tournant (et un pire !) lorsqu'elle transplana à quelques mètres de son immeuble. Elle aperçut au loin un homme qu'elle n'avait jamais vu dans le coin et lorsqu'elle s'approcha, elle remarqua que c'était dans sa direction qu'il regardait. A deux mètres de lui, elle vit qu'il portait sur sa robe de sorcier violette l'insigne du ministère de la Justice. Ni une, ni deux, elle faisait demi-tour, s'éloignant d'un pas précipité. C'était sûrement son propriétaire qui avait fait appel à cet homme, qui d'autre ? Mais il lui restait deux semaines avant le délai limite qu'il lui avait fixé ! Peut-être s'était-il rétracté ? Après tout, il était dans son plein droit : cela faisait tout de même quatre mois qu'elle n'avait pas réglé son loyer.
« Miss. Weasley ! » entendit-elle derrière elle.
Il était probablement huissier. Peut-être allait-il récupérer tous ses meubles !
« Merlin... » pensa-t-elle en accélérant le pas.
D'un autre côté, si elle refusait de collaborer, surtout avec un représentant de la justice, il y aurait obligatoirement des conséquences. Merlin, allait-on en prison lorsqu'on ne payait pas son loyer ? Entre rentrer vivre chez ses parents et rentrer à Azkaban, le choix était vite fait. Certes, Ginny aimait son indépendance mais pas à ce point. Elle s'arrêta soudainement et se retourna vivement, se retrouvant face à face avec un homme court et replet qui portait des lunettes à la monture dorée.
« Miss. Weasley... » commença-t-il d'une voix essoufflée, comme si le fait de la suivre ces quelques mètres avait représenté un effort surhumain pour lui.
« Dites-lui que je vais payer d'accord ? » coupa-t-elle. « C'est juste une question de temps. Je vous promets qu'il aura son argent ! »
L'homme la dévisagea d'une manière étrange.
« De quoi parlez-vous ? » demanda-t-il comme s'il ne comprenait pas ce qu'elle racontait.
« Eh bien de mon loyer, c'est bien pour ça que vous êtes ici, non ? »
À son air perdu et à son froncement de sourcils, elle déduisit que ce n'était pas le cas.
« Attendez voir... » reprit-elle avec précaution. « Ce n'est pas mon propriétaire qui vous envoie ? »
Il secoua la tête. Ginny soupira de soulagement. Elle avait presque envie de rire. Mais cet homme devait sûrement déjà la prendre pour une cinglée ; elle se retint donc.
« Alors vous n'êtes pas huissier ? » interrogea Ginny.
Il secoua la tête une nouvelle fois.
« Au risque de vous paraître impolie, que me voulez-vous ? »
« Je suis avocat. » répondit-il. « Et c'est au nom de l'homme qui m'emploie que je viens m'entretenir avec vous. »
Ginny fronça les sourcils. Un avocat ? Quelle était cette affaire ? Et quel lien cela avait-il avec elle ?
« Votre client ? » demanda Ginny. « Qui est-ce ? »
L'homme lança des regards méfiants autour d'eux, ce qui étonna Ginny. Son comportement était bien étrange.
« Peut-être serait-il plus judicieux d'en parler plus tard ? » proposa-t-il en baissant la voix. « C'est un dossier confidentiel, à traiter avec beaucoup de discrétion. »
Il sembla chercher quelque chose dans sa poche. Il en sortit une carte violette qu'il lui tendit.
« Voici ma carte de visite. Passer dans la semaine à l'heure de votre convenance, je vous recevrais. » dit-il.
Ginny prit la carte qu'il lui tendait avait réticence.
« Écoutez... » commença-t-elle. « Je ne comprends pas bien de quoi vous parlez ni ce qu'est votre dossier confidentiel mais... »
« Discrétion Miss. Weasley ! » plaida l'homme en jetant à nouveau des regards apeurés aux alentours.
Ginny leva les yeux au ciel, commençant réellement à s'irriter de l'attitude de l'individu qui se trouvait en face d'elle. Cependant, ce fut d'une voix plus basse qu'elle poursuivit :
« Je suis désolée mais je ne vous connais pas et j'ai déjà assez de problèmes comme ça. Si en plus, il faut que je participe à des affaires douteuses... »
« Affaires douteuses ? » répéta l'homme comme s'il n'en croyait pas ses oreilles. « Cette affaire-là, n'a absolument rien de douteux, Miss Weasley ! »
« Excusez-moi mais s'il n'y a rien de douteux pourquoi m'attendez-vous en bas de mon immeuble alors qu'il fait presque nuit en vous efforçant de ne pas être entendu ? »
« Je vous l'ai déjà dit, Miss. Weasley. Tout cela relève d'un dossier très confidentiel. Nos clients et notamment celui-là font appel à nos services pour garantir une totale discrétion. »
« Qui est votre client ? » demanda à nouveau Ginny.
« Passez à mon cabinet et vous obtiendrez plus d'informations. » assura-t-il.
Il resserra le col de sa robe de sorcier, jeta des regards successifs autour de lui comme s'il s'attendait à ce que quelqu'un le surveille. Il s'éloigna alors, sans ajouter un mot. Ginny entendit un net « pop» et lorsqu'elle se retourna dans la direction qu'il avait empruntée, il avait déjà disparu. Elle haussa les épaules et se mit elle-même en marche pour regagner son immeuble. Elle baissa les yeux vers la carte de visite qu'il lui avait donné, l'inspectant prudemment. A la lumière du hall de son immeuble, elle put y lire :
OSCAR SLEEZER
CABINET SLEEZER ET ASSOCIES
Les lettres s'effacèrent et de nouvelles apparurent :
NOTRE POLITIQUE : DISCRETION TOTALE
Il y avait également une adresse, dans un quartier d'affaires de la ville.
« Merlin, encore une embrouille. » pensa Ginny alors qu'elle entrait dans son appartement.
Elle avait déjà atteint son quota de problèmes. Elle n'allait certainement pas faire du zèle avec des histoires louches de dossiers confidentiels ou autres. Pour une fois, elle allait se fixer une ligne de conduite et agir en fonction de cette dernière.
Dès le matin suivant, son nouveau rythme de vie reprit et, trop occupée par son travail et ses problèmes d'argent, elle en oublia bien vite cet homme étrange et son entrevue avec lui.
Mais lorsqu'une semaine plus tard, alors qu'elle se trouvait chez Hermione et que celle-ci lança le nom de Sleezer dans la conversation, le souvenir lui revint en mémoire.
« Tu connais Oscar Sleezer ? » demanda Ginny d'une voix surprise, adressant à Hermione un regard étonné par-dessus sa tasse de thé.
« Bien sûr que je le connais. Enfin c'est surtout son cabinet que je connais. » dit-elle avec un air méprisant. « Il cause un tapage médiatique en ce moment et ce n'est pas la première fois, d'ailleurs. »
« Vraiment ? Que se passe-t-il ? demanda Ginny d'une voix intéressée.
« C'est la quatrième fois depuis le début de l'année que lui et ses clients soutirent des sommes astronomiques à l'hôpital par le biais de procès stupides. » expliqua Hermione avec irritation. « Et toujours à cause de négligence de notre part. »
Elle leva les yeux au ciel et poursuivit :
« Il n'y a aucune négligence de notre part. Cinquante-cinq pour cent de nos patients se retrouvent hospitalisés parce qu'ils ont été trop stupides pour réaliser que la magie doit être utilisée avec prudence. « S'il y a négligence quelque part, c'est de leur part, crois-moi. » assura-t-elle. « Notre personnel fait tout ce qui est en son pouvoir pour proposer les meilleurs soins qui soient mais les gens ne sont jamais satisfaits. »
« Comment se fait-il que vous perdiez systématiquement ces procès ? » interrogea Ginny.
« Cet Oscar Sleezer, avec des méthodes plutôt douteuses si tu veux mon avis, parvient toujours à trouver des failles de notre côté. C'est un vrai fouineur. Il n'a aucun scrupule lorsqu'il s'agit de l'une des affaires dont il s'occupe. » ajouta Hermione. « Trois de nos Guérisseuses ont déjà été suspendues à cause de lui. Cela a eu des retombées plutôt négatives et la réputation de l'hôpital commence à en pâtir. C'est grave. »
« Pourquoi cela ? »
« Et bien les gens critiquent notre travail. D'autre préfèrent maintenant se tourner vers des cliniques privées. »
Elle continua de ruminer à propos d'ingratitude et « d'honnêtes travailleurs piégés et non reconnus à leur juste valeur. »
Ginny, elle, se questionnait. Oscar Sleezer était donc un avocat véreux ? Mais, Merlin, que lui voulait-il à elle ? Elle avait gardé sa carte de visite quelque part dans son sac. Faire un tour dans son cabinet lui traversa soudain l'esprit. Elle irait juste voir, s'informer sur ce que Sleezer avait à lui dire, rien de plus. Cela ne l'engageait à rien, songea-t-elle. Elle se tourna alors vers Hermione.
« Alors, quand rentre mon frère ? » lui demanda-t-elle.
Ce dernier était souvent en déplacement à l'étranger à cause de son travail ; elle le voyait donc rarement.
« Aujourd'hui, normalement. Il m'a écrit la semaine dernière. » expliqua Hermione, son visage s'éclairant alors.
En effet, une heure plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit et les deux jeunes femmes se retournèrent pour découvrir un homme roux grand et bien bâti, qui entrait dans l'appartement. Il leur adressa un grand sourire et se dirigea vers elle.
« Comment vas-tu petite sœur ? » demanda-t-il en déposant un baiser au sommet de la tête. « Ça fait un bail. »
Ginny lui rendit son sourire.
« Moi ça va, et toi ? Comment c'était ? » questionna-t-elle.
« Comme d'habitude. » répondit-il avec un rire. « Intense. »
Il se dirigea ensuite vers Hermione.
« Tu m'as manqué. » dit-il alors qu'il la serrait dans ses bras.
Ginny profita de cela pour se lever, préférant les laisser à leurs retrouvailles.
« Bon et bien, je crois qu'il est temps pour moi de vous quitter. »
« Ne te sens pas obligée de partir parce que je suis là Gin. » lança son frère avec un clin d'œil.
« Ne t'inquiète pas, j'étais sur le point de partir de toute façon. » assura-t-elle avec un sourire. « A plus tard Hermione, Charlie. »
Elle quitta leur appartement avec la ferme intention de profiter d'une des seules après-midis libres que Mrs. Wilch lui avait octroyé depuis qu'elle travaillait pour elle à la Potion Vite Faite.
Hermione et Charlie sortaient ensemble depuis presque deux ans déjà. Leur relation avait d'abord étonné leur entourage. En effet, Charlie ne s'était jamais réellement engagé avec qui que ce soit ; il était plus du genre à flâner de femme en femme. D'autre part, Hermione avait d'abord été en couple pendant quelques mois avec Ron après la fin de la guerre. Leur couple était apparu comme une évidence aux yeux de tous. Cela faisait des années qu'ils se tournaient autour sans vouloir reconnaître que ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre allait au-delà de la simple amitié.
Après quelques mois de relation, cependant, ils avaient décidé de se séparer d'un commun accord, préférant rester amis. Depuis, Ron fréquentait quelqu'un d'autre et Hermione et Charlie filaient le parfait amour. En fait, ces ceux-là se ressemblaient sur bien des points et surtout, ils étaient passionnés lorsqu'il s'agissait des choses auxquelles ils tenaient particulièrement. Ils étaient très proches et même leurs travails respectifs, qui pourtant les empêchaient souvent de se voir, ne semblaient pas entacher à leur couple.
Ginny, une fois dans la rue, farfouilla dans son sac à la recherche de la carte de visite d'Oscar Sleezer. Ce que lui avait dit Hermione, loin de la décourager, avait au contraire attisé sa curiosité. Elle voulait savoir ce que cet homme et ce mystérieux client dont il lui avait parlé voulaient d'elle.
Ce fut donc ainsi qu'elle se retrouva devant la porte du cabinet Sleezer et Associés à Magipolis, le quartier des affaires. Elle entra et se retrouva dans une salle d'attente aux murs violets, décorée de meubles en bois sombre. Elle se dirigea vers le bureau d'accueil où une jeune femme brune parlait dans un miroir à double sens. Sa robe de sorcier était identique à celle que Sleezer portait lorsqu'il était venu l'accoster. C'était manifestement la couleur de l'entreprise.
« Certainement, Mrs. Walcott. Sachez que Mr. Sleezer prend votre cas très au sérieux. Et bien, il pourra sûrement vous recevoir demain dans l'après-midi. Disons trois-heures trente, cela vous convient-il ? Parfait, à très bientôt Mrs. Walcott. » dit-elle avant de tourner le miroir dans l'autre sens.
Elle leva ensuite les yeux vers Ginny et celle-ci constata que même son fard à paupières était violet.
« Bonjour, Miss ?» commença-t-elle.
« Weasley. » répondit Ginny. « Weasley, Ginny. »
La réceptionniste consulta l'énorme agenda qui se trouvait devant-elle. Après quelques secondes, elle fronça les sourcils et demanda :
« Je suis navrée, je ne trouve votre nom nulle-part, Miss. A quelle heure avez-vous rendez-vous ? »
« A vrai dire, je n'ai pas de rendez-vous. » répondit Ginny, mal-à-l'aise. « Je suis simplement venue voir Mr. Sleezer. »
La jeune femme lui adressa un regard étrange, comme si Ginny était tombée sur la tête.
« Excusez-moi Miss. Weasley, mais Mr. Sleezer ne reçoit personne hors rendez-vous. »
« Mais... » voulut protester Ginny.
« Non. » coupa une nouvelle fois la jeune femme.
« Je... » risqua Ginny.
« Désolée. » interrompit la réceptionniste.
Ginny voulut protester mais une porte à quelques mètres d'elles s'ouvrit brusquement et Oscar Sleezer et une vielle dame trapue en sortirent.
« Ce fut également un plaisir de collaborer avec vous Mrs. James. J'espère vous revoir très rapidement. A bientôt. » salua Oscar avec un sourire exagéré.
Il se tourna ensuite vers Ginny et ses yeux s'éclairèrent d'une lueur enthousiaste. La réceptionniste se leva d'un bond.
« Je lui ai dit que vous ne receviez que sur rendez-vous mais elle... » commença-t-elle.
« Miss. Weasley ? » coupa Sleezer. « Quelle bonne surprise ! »
Il se dirigea vers Ginny, un grand sourire aux lèvres.
« Je commençais à désespérer. » ajouta-t-il dans une tentative d'humour.
« Et bien j'étais justement venue pour vous parler mais votre employée m'a dit que vous ne receviez que sur rendez-vous. »
« Enfin Alda ! » lança Sleezer à la réceptionniste d'une voix offensée. « Miss. Weasley ici présente n'a pas besoin de rendez-vous. »
La jeune femme parût embarrassée.
« Je suis confuse. » s'excusa-t-elle. « Je n'avais pas la moindre idée de... »
Mais Sleezer l'ignora, entraînant déjà Ginny dans son bureau.
« Oui, oui... » dit-il distraitement. « Apportez-nous deux tasses de thé Alda, voulez-vous ? »
Une fois qu'ils furent entrés dans le bureau, Sleezer ferma la porte sur eux, interrompant les excuses que ruminait ladite Alda.
« Veuillez m'excusez, Alda a parfois quelques petites difficultés de compréhension. »
Ginny hocha simplement la tête, signifiant qu'il n'y avait aucun problème. Elle observa le bureau et ce qu'elle vit ne la surprit pas outre mesure. La couleur dominante était bien sûr le violet : les murs étaient d'un violet vif, la moquette d'une teinte identique, bien que plus sombre. Seul un large bureau au centre de la pièce, noir ébène, contrastait dans cette effusion de violet. Sur les murs, bien en évidence, avait été accrochés une douzaine de diplômes. Sleezer en était visiblement très fier : c'étaient les choses qu'on remarquait le plus.
« Asseyez-vous, si vous le voulez bien. » proposa Sleezer alors qu'il s'installait lui-même à son bureau.
Il commença à chercher quelque chose dans le tas de papiers qui se trouvait devant lui. La réceptionniste entra à nouveau. Elle se fit très discrète lorsqu'elle servit le thé (Ginny remarqua que même ses ongles étaient vernis en violet ! ) et sortit de la pièce silencieusement, fermant la porte derrière elle avec soin. Oscar Sleezer croisa les mains sur son bureau et prit soudainement un air d'homme d'affaires extrêmement sérieux.
« Miss. Weasley, j'ai un accord à vous proposer. » commença-t-il.
« Un accord ? » demanda Ginny en levant un sourcil.
Elle ne pouvait que se montrer méfiante à l'égard de cet homme dont Hermione avait peint un portrait peu flatteur.
« Oui. L'un de mes clients les plus influents a besoin de votre collaboration pour un projet. »
Ginny lui adressa un regard étonné. Un client influent lui réclamait de l'aide, à elle ?
« Quel genre d'aide ? »
Elle ne voyait pas vraiment en quoi elle pouvait constituer une grande aide. Certes elle avait un diplôme en Runes Anciennes : elle avait toujours aimé cette matière et les études avaient été un réel plaisir et une expérience exceptionnelle. Lorsque le temps de trouver du travail dans ce domaine était arrivé cependant, Ginny avait rapidement déchanté. Comme la plupart des employeurs chez lesquels elle avait postulé pour un emploi lui avaient très bien fait remarqué (certains avec tact, d'autres un peu moins ) ce genre de diplôme ne valait absolument rien sur le marché du travail.
« Vous connaissez très certainement mon client, Draco Malfoy ? »
Les yeux de Ginny s'agrandirent sous la surprise. Draco Malfoy ? Elle se souvenait parfaitement de lui. Tout le monde avait déjà eu un imbécile qui se moquait sans cesse d'eux à l'école. Pour Ginny, c'était Malfoy et sa bande qui avaient constitué cela. A Poudlard, il n'avait eu de cesse d'insulter sa famille parce qu'ils étaient pauvres, traîtres à leur sang, et tout simplement pas assez bien pour lui. Lui et ses amis se croyaient supérieurs aux autres, et n'avaient aucun scrupule à humilier publiquement les autres. Si Ginny avait dû faire la liste des gens qu'elle avait le moins apprécié durant sa scolarité, Malfoy serait en tête de liste.
Depuis Poudlard et plus précisément la fin de la guerre cependant, elle n'avait que très rarement entendu parler de lui. Trois ans auparavant, Lucius Malfoy était décédé dans des circonstances assez floues et elle avait appris dans la Gazette du Sorcier que Malfoy fils s'était retrouvé à la tête d'une grande fortune. Hormis cela, elle n'avait pas vraiment porté attention à lui.
Les familles qui avaient eu un lien étroit avec Voldemort étaient très mal vues, elles ne se faisaient donc pas remarquer. Que Draco Malfoy ait besoin de son aide lui semblait tout à fait absurde. Elle était une Weasley après tout et tout le monde connaissait la haine que se vouaient leurs familles respectives. Haine que ces deux familles n'avaient cessé de cultiver depuis plusieurs générations.
« En quoi Malfoy peut-il avoir besoin de mon aide ? » demanda Ginny avec scepticisme.
« La famille Malfoy a perdu une grande part de son pouvoir, de son influence et de sa crédibilité aux yeux de tous après son implication auprès de Vous-Savez-Qui durant la guerre. »
« Et bien quoi ? » ne put-elle s'empêcher de demander d'une voix dédaigneuse. « Ils s'attendaient peut-être à se faire poser sur un piédestal auprès ce qu'ils ont fait ? »
« La justice n'a reconnu coupable que Lucius Malfoy, Miss. Weasley. Aucune charge n'a été retenue contre, ni Narcissa, ni Draco Malfoy. De plus, certains éléments prouvent qu'ils ont contribués à la victoire d'Harry Potter sur Vous-Savez-Qui. »
« Ils n'ont contribué à rien. » répliqua Ginny avec rage. « Ils ont juste tourné leur veste au dernier moment, comme d'habitude. Ce ne sont rien d'autre que des opportunistes. »
Ces gens n'avaient absolument aucun mérite. Oscar Sleezer pouvait dire ce qu'il voulait mais pour Ginny, les Malfoy ne resteraient que des individus mauvais et fourbes. Ils avaient contribué à la victoire d'Harry ? Foutaises, pensa Ginny. Entendre ce genre de discours la rendait malade. Et les gens qui avaient réellement contribué à la victoire d'Harry ? Ceux qui avaient lutté dans l'ombre pour maintenir le mouvement de résistance contre Lord Voldemort. Ceux qui avaient péris pour conserver leur liberté, l'égalité entre chaque individus qu'ils soient nés moldus ou sorciers. C'était ces gens-là qui avait contribué à la victoire. Et ce n'était certainement pas le cas des Malfoy.
« Quel que soit votre opinion sur la question, l'aide que les Malfoy ont apporté est un fait prouvable et mesurable. »
Ginny secoua la tête, agacée par ce genre d'ignominies.
« Qu'est-ce qu'il veut de moi ? » demanda-t-elle d'une voix un peu plus mesurée toutefois.
L'avocat parut soulagé lorsqu'il vit qu'elle se calmait.
« Les Malfoy souhaitent sortir de la retraite sociale forcée qu'ils ont subi ces dernières années. » expliqua-t-il.
« Pourquoi cela ? » demanda Ginny avec mépris. « Ils devraient plutôt être heureux d'avoir été un peu oubliés. »
« Mr. Malfoy a hérité d'investissements à faire prospérer. Les Malfoy ont de plus en plus de difficultés à trouver des associés dans les affaires car leur réputation est au plus bas. »
Eh bien Malfoy n'avait qu'à prendre une retraite anticipée ! Ce n'était pas comme s'il n'avait pas les moyens après tout. A Poudlard, il n'avait cessé de clamer haut et fort à quel point sa famille était riche et qu'il obtenait tout ce qu'il désirait. Ils possédaient bien assez d'argent pour qu'il coule des beaux jours pendant encore longtemps.
« De ce fait, il est indispensable pour Mr. Malfoy de se bâtir une nouvelle image. » poursuivit Sleezer.
« Et en quoi cela me concerne ? » demanda Ginny d'une voix plus méprisante qu'elle n'aurait souhaité.
Qu'avait-elle à voir avec Malfoy et ses complexes en Société, après tout ? Elle avait déjà ses propres problèmes à régler.
« C'est justement là que vous intervenez Miss. Weasley. Votre famille a une cote de popularité très forte depuis la fin de la guerre. Vous êtes considérés comme des membres actifs de l'opposition contre Vous-savez-Qui. »
Il était vrai que la famille de Ginny était ressortie avec un triomphe certain après la guerre. Après tout, ils étaient très proches d'Harry Potter, le Survivant et avaient participé activement à la défaite du Lord noir. Sa famille avait été décorée de récompenses et le nom Weasley faisait, à présent, naître un profond respect.
Mais être une Weasley n'avait pas tellement favorisé Ginny. Cela ne l'avait pas aidé à trouver du travail par exemple. Quoique...Peut-être était-ce pour cette raison qu'elle trouvait des emplois aussi rapidement ?
« De plus, votre père est un homme influent. » ajouta Sleezer.
Arthur Weasley était depuis quelques mois responsable du Départements des accidents et catastrophes magiques au ministère. Cela avait constitué une très grande victoire personnelle pour son père, ancien petit employé sans grande responsabilités au Département des transports magiques. Toutefois, Ginny ne voyait toujours pas où Sleezer voulait en venir. Et elle ne se gêna pas pour le lui demander.
« Et bien... » commença-t-il. « Si Mr. Malfoy est aperçu avec vous, l'une des membres de la famille la plus respectée du pays, son image n'en sera que valorisée. »
« Aperçu avec moi ? » répéta Ginny. « Qu'est-ce que vous voulez dire par là ? »
« Oui, vous savez bien, vu avec vous. A certains événements par exemples. Pour donner l'impression que vous vous fréquentez. »
Les yeux de Ginny s'écarquillèrent.
« Que nous nous fréquentons Malfoy et moi ? Attendez, c'est une plaisanterie ? » interrogea-t-elle, ahurie.
« Absolument pas. » dit Sleezer d'une voix outrée. « C'est même extrêmement sérieux. »
« Donc, concrètement, vous voulez que j'apparaisse à certains événements en compagnie de Malfoy pour donner l'impression que lui et moi sommes ensemble ? »
« Dans la globalité, c'est à peu près ça mais... » commença Sleezer.
Mais Ginny n'entendit pas la suite car elle partait déjà dans un grand éclat de rire. Sleezer et Malfoy ne pouvaient pas être sérieux. Malfoy croyait-il qu'elle allait accepter de l'aider ? Elle se fichait royalement de sa mauvaise réputation et des problèmes que celle-ci lui causait. Tout cela dépassait son entendement. Lui demander cela, à elle ? Et elle qui croyait que, malgré son attitude, Malfoy était un type intelligent ! C'était absurde. Tellement absurde d'ailleurs, qu'elle s'attendait presque à ce que quelqu'un sorte de nulle part et lui hurle un « Piégée ! » à la figure. Lorsque ses rires cessèrent, elle se tourna vers Sleezer qui n'avait cessé de l'observer avec une expression outrée.
« Excusez-moi mais en venant ici je m'attendais à tout sauf à ça. »
« Il est vrai que cette proposition peut sembler surprenante mais elle présente tout de même un nombre non négligeable d'avantages. » expliqua Sleezer d'une voix de vendeur comme s'il tentait de lui fourguer un produit.
Ginny acquiesça distraitement, se saisissant de son sac à main.
« Mais je n'en doute pas le moins du monde, Mr. Sleezer. » assura-t-elle en se levant.
« Mais où allez-vous ? » demanda Sleezer d'une voix apeurée.
« Je rentre chez moi. »
« Mais vous n'avez pas entendu le détail de la proposition ! » protesta Sleezer alors qu'il se levait à son tour.
« Faîtes savoir à Mr. Malfoy que je ne suis pas intéressée. » lança Ginny.
« Mais Mr. Malfoy est prêt à vous offrir une énorme somme d'argent pour cela ! » s'exclama Sleezer d'une vois désespéré.
Ginny se contenta de le gratifier d'un sourire désolé, haussant les épaules.
« Qu'il garde son argent. » dit-elle. « Merci pour le thé. »
« Mais mais... » bredouilla Sleezer.
« Ne vous gênez pas, je sais où se trouve la sortie. »
Et sur cela, elle quitta la pièce.
Pendant les jours qui suivirent, Ginny se rendit rapidement compte que Sleezer ne lâcherait pas l'affaire aussi facilement. Il ne cessa de lui envoyer des hiboux chez elle et sur son lieu de travail. Il prétendait qu'elle ne réalisait pas l'ampleur d'une telle proposition. Ginny, elle, s'en fichait royalement. Elle ne s'associerait jamais d'une quelconque manière à Draco Malfoy.
Quelques jours plus tard, alors qu'elle revenait dans les locaux de la Potion Vite Faite, elle croisa deux de ses collègues dans la salle de repos. Assises à une table, elles paraissaient en grande conversation. Soudain, Ginny entendit très clairement le nom de Draco Malfoy dans leurs bavardages. Surprise, elle coula un regard vers les deux femmes, Amalia et Rosalind. Elle fit mine de se servir un café.
« Je l'ai croisé à la banque la semaine dernière.» conta Rosalind. « C'était comme si tous les gens dans la banque avaient cessé de faire ce qu'ils faisaient pour le regarder. »
« Je sais ce que tu veux dire. » renchérit Amalia d'un ton rêveur. « Il dégage un tel charisme ! Si j'avais vingt ans de moins, peut-être aurais-je tenté ma chance... »
Rosalind rit, puis, reprenant son sérieux interrogea sa collègue :
« Pourquoi crois-tu qu'il est ici ? »
Ginny fronça les sourcils. Malfoy, ici ? Que voulait-elle dire par là ? Secouant la tête, elle sortit de la salle de repos, lassée d'entendre ses collègues répéter à quel point Malfoy était le cadeau de Merlin fait aux femmes. En arrivant à son bureau cependant, elle eut tout le loisir de comprendre ce que Rosalind avait dit lorsqu'elle vit Mrs. Wilch en grande discussion avec Draco Malfoy.
Fin du Chapitre
N'hésitez pas à reviewer, j'aimerais vraiment savoir si cette histoire plaît :)
