Don ne prêtait aucune attention aux rues qui défilaient sous ses yeux ; Il se sentait vraiment sonné, attribuant son trouble aux antidouleurs qu'il avait été contraint d'ingérer à l'hôpital avant qu'on lui recouse l'arcade et qu'on lui fasse passer toute une batterie d'examens.

La matinée avait été courte mais rude pour l'agent du FBI ; A cinq heures du matin, il avait été réveillé par le téléphone : Les agents Sinclair et Granger lui signalaient qu'il y avait du mouvement sur les Docks où ils avaient passé la nuit en planque et Don avait aussitôt sauté dans sa voiture pour rejoindre son équipe.

Au port, il se gara près de la voiture de David, mais il n'y avait aucune trace de ses agents près de la berline noire. Don avait déjà dégainé son portable quand un mouvement singulier attira son attention un peu plus bas. Lorsque il fut certain de reconnaître les silhouettes de ses collègues poursuivant trois suspects vers un hangar isolé, il fit volte face, remonta dans son quatre-quatre qu'il démarra précipitamment pour contourner le bâtiment. A l'arrière, rien ne bougeait et il se décidait à abandonner son véhicule pour tenter d'appréhender les suspects à l'intérieur lorsqu'une fourgonnette sortit en trombe.

Aussitôt, Don se précipita à sa poursuite, gyrophares et alarmes enclenchés ce qui visiblement n'intimidait pas du tout le conducteur. Tout en gagnant de l'avance sur son adversaire, l'agent s'empara de la radio pour donner sa position et demander des renforts. Il eut un soupir de soulagement en constatant que ses coéquipiers étaient déjà dans son rétro : l'affaire sur laquelle ils travaillaient depuis plusieurs semaines déjà allait peut être enfin aboutir ! Malgré cet heureux pressentiment, l'agent n'avait pas desserré ses mains sur le volant ; Nerveux, il concentrait toute son attention sur la camionnette qu'il filait ; Celle-ci était bien moins puissante que les voitures du FBI qui gagnaient quelques mètres chaque minute. Cependant, le conducteur était habile ; plusieurs fois, il s'engagea brusquement dans une rue adjacente en un virage serré, ce qui lui permettait de distancier pour un temps ses poursuivants. Mais, son avance ne durait que quelques secondes et pour conserver une marge il était obligé de prendre de plus en plus de risques.

Il s'engagea soudainement dans une toute petite rue sur la droite.

Don le suivait de très près ; il put entendre le concert des klaxons et des craquements geignards des tôles entrechoquées ; il fixa un instant les feux stop de la camionnette qui ne s'éteignaient plus et, dans un réflexe, il tentât une embardée sur la gauche pour éviter un choc frontal. Ce qu'il réussit à faire, et, sous contrôle, la voiture dérapa vers l'immeuble d'en face qu'elle percuta doucement; Les airbags se gonflèrent ce qui agaça prodigieusement l'agent qui n'avait pas de temps à perdre. Une seconde après, alors qu'il s'apprêtait à sortir du véhicule après une lutte triomphante contre le système de sécurité, un choc puissant le projetât en avant. Don sentit une douleur sourde envahir sa tête lorsqu'elle percuta le volant et il dut lutter pour ne pas sombrer dans un brouillard épais. Se forçant à ouvrir les yeux, il resta un moment hagard, avant de comprendre que le fourgon suspect l'avait percuté de plein fouet en tentant une échappée.

En effet, malgré son apparence pitoyable, la camionnette vrombissait encore. Pourtant aucune fuite ne semblait envisageable considéra Don en regardant la fourgonnette prise en étau entre le carambolage qu'elle avait provoqué, sa propre voiture et celle de ses coéquipiers. Chancelant, il réussit à s'extirper de son véhicule ; il voulait aider ses agents qui s'approchaient prudemment, les armes aux poings, de la furie d' acier. Mais, le décor se mit à danser comme il tentait de les rejoindre et Don, piètre cavalier, dût s'appuyer contre la portière pour ne pas tomber.

-Don ! Ça va ? lui cria David sans perdre de vue sa cible cependant.

-Ça va aller ! l'assura Don, particulièrement confiant dans ces capacités à recouvrir le sens de l'équilibre.

Les hommes du FBI tenaient maintenant la conductrice dans leur ligne de mire.

-Ne bouge pas, ordonna David à l'adresse de son supérieur ; On contrôle la situation !

En effet, la camionnette s'immobilisât, et , quelques secondes plus tard, la conductrice et deux autres personnes en descendirent semblant se rendre.

Cependant, alors que les agents avançaient vers eux pour les interpeler, la camionnette explosa et les trois criminels s'échappèrent dans des directions opposées.

Tout en s'élançant après la conductrice, Don hurla des ordres à ses hommes pour qu'ils se ruent à la poursuite des deux autres, ce qu'ils avaient probablement fait puisque, lorsque il reprit connaissance à cinquante mètres de sa voiture, deux hommes étaient menottés et surveillés par Colby alors que David, à genoux près de lui, lui intimait de ne pas bouger.

C'est ainsi qu'après deux heures d'examens poussés dans le « LA Milieu Hospital », et un débat virulent sur les possibilités de reconversion en infirmiers de ses proches, il avait convaincu le moins contrariant de ses agents de le ramener à son appart : la solitude semblait une compagne idéale pour un tête-à-tête avec sa migraine et, surtout, Robin, Charlie ou Allan avaient d'autres occupations.