Maintenant qu'il sait, notre brave Kureto se demande comment réagir. Pour cela, rien de tel qu'un peu d'analyse.

Merci à ceux qui suivent, et bonne lecture ^^


Seul dans son bureau le soir suivant, Kureto appuya son front contre une vitre. Une Ichinose. Il avait fallu que cette nymphe soit une Ichinose. Elle ne pouvait pas appartenir à une autre maison, même mineure. Non. Tout simplement pas. Que le karma ne montre jamais le bout de son nez devant lui, sinon il le perdrait définitivement.

« Au fond, qu'est-ce que ça peut bien me faire ? Je n'ai pas d'intention précise à son égard. Je voulais savoir qui elle était, c'est chose faite alors passons à autre chose.» se dit-il.

Sur cette bonne pensée, Kureto se décolla de sa vitre. Il ne penserait plus à elle et puis voilà. L'affaire se règlerait toute seule. Voilà voilà. Aoi frappa puis entra faire son rapport et apporter quelques dossiers. Kureto l'écouta un instant, pendant qu'une idée faisait son chemin dans son esprit.

« Aoi. »

« Oui ? »

« J'ai une mission à te confier.» annonça Kureto.

Elle attendit qu'il s'exprime.

« Cette Ichinose, j'aimerais que tu la surveilles pour moi. Tu me rapporteras tous les détails sur elle, même les plus insignifiants. Quelque chose me dit que je dois la tenir à l'œil. »

Aoi hocha la tête sans poser de questions. Une voix chez Kureto lui demanda ce qu'il trafiquait. Mais le jeune homme apaisa sa conscience et sa fierté d'Hiiragi en songeant qu'une fois qu'il aurait réalisé sa faiblesse, il perdrait réellement tout intérêt pour elle. Là. Fin de l'histoire (ndla : compte là-dessus.). L'étudiante quitta le bureau de son aîné, après avoir annoncé qu'elle s'y mettait dès le lendemain.

De retour en classe, la blonde commença donc à s'intéresser discrètement à la brune. Pour ce qu'elle savait, Saya-sama était la seule à lui adresser la parole de manière amicale. Toutefois, ce matin-là elle remarqua tout de suite l'atmosphère froide qui régnait entre elles. Un fossé semblait s'être creusé. Aoi tâcha de se rappeler quel évènement avait pu provoquer ce changement. Mais en général, elle gagnait immédiatement le bureau de Kureto après chaque fin de cours. Elle avait donc forcément manqué ce détail. Toutefois, les étudiants en parlaient encore, surtout qu'ils remarquaient eux aussi le changement survenu. Ainsi, Aoi apprit que Seishirou avait provoqué la jeune fille. Dans peu de temps aurait lieu une session d'examen où les élèves de Shibuya affronteraient leurs pairs d'autres classes.

Comme à l'accoutumée, Nekomi s'était laissée faire. Saya était intervenue. Elle ne faisait pas le poids contre Seishirou, Hiiragi pure souche ainsi que ce dernier lui avait rappelé avec arrogance et une gifle. Lassée de l'attitude défaitiste de la brune, Saya avait fini par laisser tomber. Aoi lui jeta un regard. Elle se demanda un instant pour quelle raison Kureto s'intéressait à elle. C'était un membre de la famille basse, donc sans aucun pouvoir véritable. En revanche son physique …

« Naaah, Kureto-sama ne s'arrêterait pas à un détail aussi frivole. Sans doute a-t-il décelé une possible menace de sa part. » songea Aoi en se retournant.

Le cours commença, la sortant de sa réflexion.

Durant des jours, Aoi suivit donc Nekomi et ses gardes à distances. Elle apprit rapidement leur nom, cerna leur personnalité. Mais leur maître était une autre paire de manches. Ses émotions étaient rarement visibles, et plus d'une fois elle faillit repérer Sanguu. Cela la confortait dans l'idée que Kureto avait bel et bien repéré quelque chose. À chaque fin de journée la jeune fille exposa le résultat de sa surveillance. Kureto l'écoutait avec attention. Ses goûts, ses centres d'intérêt filtraient de ses conversations avec ses deux gardes. Il apprenait ainsi à connaître la brunette à distance.

De temps à autre, il l'observait lui-même depuis une fenêtre aux intercours. Il vit les autres la pousser dans le dos dans l'espoir de la faire tomber, les cannettes de soda voler en sa direction, les bousculades, les moqueries. Et elle qui ne disait rien. Toujours avec la même expression résignée.

« … »

Aoi lui rapportait exactement la même chose, plus ce qu'il ne voyait pas. Rien de plus, rien d'anormal.

« … »

Ses gardes tentaient de la protéger, mais il semblerait qu'elle les en empêchait plus ou moins. Un regard bien souvent, suffisait à les freiner dans leur action.


Deux semaines plus tard, le jeune homme sortait d'un entraînement en solo. En passant par un côté de l'académie qu'il prenait de temps à autre, il perçut des ricanements. Jetant un œil depuis un angle de mur, il aperçut quatre garçons de seconde année entourant quelqu'un.

« Fais pas ta mijaurée et soit honorée qu'on s'intéresse à toi, sale rat d'Ichinose !»

Kureto arrondit les yeux.

« Ouais, parce qu'en plus on sera les seuls mecs que tu pourras avoir.» ajouta un deuxième.

« Laissez-moi partir.»

« Tenez la bien ! On va prendre un peu de bon temps. » reprit le premier à deux autres qui lui attrapèrent les bras.

Le regard violet de Nekomi vira à l'orage. Subir les moqueries de tout le monde, d'accord. Se faire ridiculiser à chaque cours, d'accord. Paraître faible, d'accord. Mais il était des choses qu'elle ne tolèrerait pas. Tant pis pour sa promesse. Une intense aura agressive se fit soudain sentir, qui figea les quatre types devant elle. Mais avant qu'elle ne puisse déployer sa force, un autre garçon de haute taille envoya un coup de poing au visage de celui qui semblait être le chef. Kureto le souleva ensuite par le col, le décollant presque du sol.

« Qu'est-ce que tu croyais faire, pauvre abruti ? » demanda-t-il d'une voix glacée.

« Huh ? M-mais rien, on prenait juste un peu de bon temps avec l'ordure Ichinose ! » répondit l'étudiant.

Les trois autres l'avaient reconnu, et paraissaient effrayés.

« Ah oui ? Alors dis-moi, quand tu rencontres une poubelle tu t'y plonges pour te branler dans les déchets ? Il y a certaines pratiques que je ne tolère pas dans cette école. Ce que vous alliez faire est non seulement dégradant mais aussi répugnant. Tu crois sans doute que je vais te laisser souiller ainsi la réputation de l'école ? » reprit Kureto.

« Pa… pardon ! »

« Ne t'avises jamais de recommencer. Sinon je te castre compris ? »

Kureto le relâcha, il tomba sur les fesses. Mais il se retourna vite et partit à toute vitesse. Le jeune homme tourna un regard mortel aux trois autres qui se raidirent.

« Et ça vaut pour vous aussi. Maintenant déguerpissez ! »

Ils filèrent sans demander leur reste. Kureto secoua la tête, avant de se tourner vers leur victime. Mais Nekomi ne l'avait pas attendu et filait déjà.

« Oi ! La fille Ichinose tu pourrais au moins dire merci ! » lança Kureto.

Elle s'arrêta et se retourna à demi. Kureto avança jusqu'à elle. Au regard qu'elle lui retourna, il comprit qu'elle l'avait reconnu. Il doutait qu'elle connaisse son nom, mais elle se rappelait l'avoir déjà vu.

« Merci. » dit-elle en s'inclinant.

Elle lui tourna le dos et s'en alla rapidement. Kureto la regarda partir avec des sentiments partagés. Cette aura qu'il avait perçu avant d'intervenir … elle était forte. Pas vraiment ce qu'on pourrait attendre de la part de quelqu'un qui se prétends faible. Elle cacherait donc sa force. Compte tenu de son ascendance, c'était compréhensible. Mince, lui qui pensait la faire surveiller simplement pour la connaître, il s'avérait qu'elle possédait sans doute plus de potentiel que prévu. Mais il doutait que cela soit une véritable menace pour les Hiiragi. En attendant, il reprit son chemin.

Il s'écoula une autre semaine. Kureto surveillait toujours Nekomi avec l'aide d'Aoi. Plus cela allait et moins il savait que penser d'elle. Et moins il perdait de son intérêt pour elle. Enfin. Pour une fois, le fait qu'un Hiiragi ait porté secours à un élève resta secret. Il faut dire que les quatre crétins impliqués semblaient avoir compris qu'il en allait de leur honneur. Cependant, les autres brimades continuaient toujours. Un élève ouvrit une cannette de soda. Il avisa Nekomi, puis arma son bras et lança. Mais au moment où la cannette se rapprocha, une silhouette passa dans la trajectoire et reçut l'objet qui répandit son liquide.

Un silence horrifié suivit. L'élève responsable blêmit. Kureto tourna la tête en direction du lanceur. Puis il marcha vers lui et le frappa. L'élève chuta.

« Alors ? Tu lances les cannettes pleines, tu crois qu'on a de l'argent à jeter par les fenêtres ici ?» dit-il en le dominant de toute sa hauteur.

« Je vous demande pardon Kureto-sama ! Ce n'est pas vous que je visais, je vous jure ! »

« Il n'empêche que c'est moi qui a pris. Si tu veux t'excuser, commence par aller me chercher une nouvelle veste. Dans mon bureau, mon assistante t'aidera. » ordonna Kureto.

« Tout de suite Kureto-sama ! »

Aoi qui se tenait un peu plus loin, sortit du groupe d'élèves qui s'était formé. Elle arriva au bureau où l'élève anxieux attendait. Elle ouvrit la porte, passa en premier puis tendit une veste au coursier qui repartit en vitesse. Il tendit la veste à son aîné tout en s'inclinant profondément.

« Ensuite, tu feras le ménage dans mon bureau pendant une semaine, ainsi que la salle du conseil des étudiants. Et je ne veux pas voir un grain de poussière, sans quoi je t'encastrerais la tête dans le mobilier. » continua Kureto.

« Oui Kureto-sama. »

« Bien. Tu commences ce soir. »

Il passa son chemin. Nekomi, qui se tenait trop loin pour entendre son nom, le regarda passer. Aoi plus loin, la regarda elle. Le brouhaha de la cour reprit, chacun commentant ce qui venait de se passer. L'élève responsable était déshonoré pour le restant de sa scolarité. Quelle malheureuse coïncidence tout de même.


« Kureto-sama, puis-je vous poser une question ? » demanda Aoi ce soir-là.

« Je t'écoute. » fit l'intéressé.

Debout derrière le fauteuil de son bureau, il ne leva pas le nez de son dossier.

« Concernant Ichinose Nekomi, auriez-vous prit le parti de la protéger ? »

« Qu'est-ce qui t'as amené à cette conclusion ?» interrogea le jeune homme toujours sans la regarder.

« Je vous ai vu changer de direction pour marcher sciemment en direction de la cannette. Pour la plupart cela ressemble à une coïncidence, mais … »

Kureto sourit intérieurement. Il ne savait pas vraiment pourquoi il s'était interposé. Son corps avait bougé avant même qu'il ne comprenne. Désirait-il la protéger ? Pourquoi ? Elle ne lui ferait sans doute jamais confiance. Pas plus qu'elle ne comprendrait. Que dire du reste de l'école en plus.

« Je n'en sais rien. Je n'y ai pas réfléchi. » dit-il simplement.

« … »

Aoi ne posa pas davantage de questions. Lorsque chacun eut terminé son travail ici, l'étudiant nouvellement chargé du ménage se présenta. Il s'inclina profondément devant le maître des lieux, qui passa sans un regard. La question de son assistante tourna dans sa tête durant le trajet du retour. Il la protègerait donc ? Voilà qui était étrange. Un Hiiragi protégeant une Ichinose non vraiment c'était risible. Il leva la tête au ciel. Le temps était gris. La pluie n'allait pas tarder à tomber.

Depuis la fenêtre de son salon, Nekomi observa la pluie ruisseler sur la vitre. Elle repensa à la grande scène de la journée. Constamment sur ses gardes, elle avait bien remarqué l'élève s'apprêtant à lui lancer une énième cannette. En revanche, jamais elle n'aurait pu prévoir le reste. Ce type qui s'était interposé … il portait l'emblème des Hiiragi. C'était le même qui avait empêché que des petits c**s n'abusent d'elle. Le même qu'elle avait vu pour la première fois la veille de la rentrée. Vu la réaction des types, il devait occuper une position importante. Il était plus vieux qu'elle également.

« Il n'a quand même pas fait exprès de se trouver sur la trajectoire du soda ? »

Elle secoua la tête. Quelle idée stupide. Comme si l'un des leurs allait s'intéresser à son sort. La brune ferait mieux de se concentrer. Demain avait lieu un examen, où elle affronterait probablement Seishirou. Elle continua la révision de ses leçons, à partir de livres ramenés du domaine Ichinose.

« Et cette église Hyakuya … voilà un moment que je n'en ai plus entendu parler. 10 jours avant la guerre qu'ils ont dit. Ce sera certainement là l'opportunité pour ma maison de tirer son épingle du jeu. » pensa-t-elle.

Quant aux autres … ma foi ce n'était pas son problème. Depuis l'incident avec Seishirou, non seulement Saya mais aussi Goshi et Mito se tenaient à distance. De toute manière, elle ne leur avait jamais rien demandé. La voix de Saionji clamant que le dîner était prêt interrompit ses réflexions.

« Tout va bien Nekomi-sama ? Pas trop nerveuse pour demain ? » questionna l'adolescent.

« Non. » dit-elle en s'asseyant.

« Pourquoi veux-tu que notre maître soit nerveuse ? Si elle voulait elle gagnerait ses matchs haut la main. » rappela Yukimi.

« Je sais bien … je suis un peu inquiet perso, j'affronte tout de même Seishirou Hiiragi en premier demain. » reprit Saionji.

« Fais de ton mieux et souviens-toi : pas de sort relevant de la magie Ichinose. » dit Nekomi.

Saionji acquiesça, la mine sombre. Si seulement ils pouvaient rien qu'une fois … juste lui et Yasushi suffiraient à faire taire toutes les mauvaises langues. Là ils verraient, ils comprendraient leur douleur. Ils trembleraient de peur devant la puissance de leur maison. Mais ils étaient plus nombreux, bien plus nombreux et aussi forts que leur maître. Certains l'étaient même davantage. Ils se feraient écraser, et c'est tout. Voilà pourquoi leur maître devait passer par tant de mauvais moments.

Le jour suivant vit le rassemblement des élèves dans la cour. Tous combattraient un élève de leur année. Pour les étudiants, c'était l'occasion de déterminer qui était fort, pour les professeurs, d'obtenir une bonne notation. Autant dire que la pression était au rendez-vous. Les duels étaient arbitrés par un enseignant, qui seul déclarait les victoires, et qui avait la meilleure capacité. En cas de décès d'un des duellistes, pas de bol évidemment, mais cela n'avait pour impact que la baisse du score. Toutes les armes et tous les sorts étaient autorisés.

Kureto se demandait présentement s'il n'allait pas s'octroyer une dispense. L'Examen Académique Accéléré était peut-être obligatoire, mais il sentait qu'il allait s'ennuyer ferme. Peut-être devrait-il en profiter pour aller observer les duels des autres années. Tiens par exemple, comment s'en sortait Nekomi. Il songea à ce que son assistante lui avait dit. Il souhaiterait la protéger. Il était vrai que depuis la scène de la veille, plus personne n'avait osé jeté de cannette sur elle aux intercours en sa présence. Et il s'arrangeait pour être là.

« Serait-ce donc vrai ? J'aurais envie de la protéger ? » se demanda-t-il.

Un premier duel eut lieu en face de lui, mais il n'y prêta aucune attention. Kureto tentait de démêler ses sentiments pour le moment. Pourquoi diable voulait-il la protéger ? Ce n'était qu'une étudiante parmi d'autres, une Ichinose en plus. Elle ne devrait être qu'une saleté sur ses chaussures. L'image de la jeune fille passa devant ses prunelles. Nekomi lui parut fragile à dire vrai. Toutes ces moqueries à son sujet, toute la sainte journée … en y repensant cela commençait à le répugner. Et tout ça à cause de quoi ? D'une stupidité de la part de leurs ancêtres. Comme tout le monde, il connaissait l'histoire de sa famille. Autrefois, parmi les familles soutenant la sienne, les Ichinose étaient en première place.

Mais cinq siècles plus tôt, deux frères Hiiragi, l'aîné et le second fils entrèrent en compétition pour l'amour d'une fille Ichinose. Après bien des efforts de l'un et de l'autre, ce fut finalement le cadet qui l'emporta. Mais l'aîné ne supporta pas d'être éconduit. Pour se venger, il viola la jeune femme et castra son frère. Il les accusa ensuite tous deux de l'avoir trahi ainsi que la famille Hiiragi. Et malgré que le couple eut révélé ses exactions, ils furent déconsidérés. Ensemble, ils se séparèrent de la famille principale et fondèrent la secte Mikado no Tsuki. Les Ichinose étaient tombés en disgrâce. Depuis deux cents ans au moins, ils étaient inscrits à l'école Shibuya où ils y étaient humiliés quotidiennement, étiquetés comme des traîtres.

D'aucuns diraient que c'était complètement con comme histoire. Un orgueil froissé et voilà des générations condamnées à être traînées dans la boue.

« Et aujourd'hui, revoilà une belle Ichinose qui se présente. Me demande si l'histoire va se répéter. Pour autant que je sache, Seishirou ne lui porte que du mépris. Par contre Kohaku c'est différent. » songea Kureto.

Il savait comment cela s'était passé entre eux. Ils s'étaient rencontrés dans leur enfance à l'âge de cinq ans. Une fréquentation que les Hiiragi n'avaient pas du tout validé. La pauvre Nekomi s'était retrouvée battue par des adultes. Kohaku avait beau être fiancé à Saya, Kureto voyait bien qu'il n'y avait rien entre eux. Il savait qu'il n'avait pas oublié la brunette. Or à présent, un autre pion venait s'ajouter sur cet étrange échiquier : lui. Nous avions donc une belle Ichinose, un aîné et un fils cadet. Etaient-ils repartis pour un tour ?


Les duels devant lui défilaient. Kureto fut invité à y prendre part comme tout un chacun. Les combats de troisième année étaient autrement plus spectaculaires que ceux de première, pour autant le jeune homme ne se sentait pas particulièrement motivé. Aussi expédia-t-il son duel en deux coups de cuillère à pot. Il revint ensuite parmi les étudiants, puis alla voir alentour. Les deuxième année venaient eux aussi de terminer un duel. Chez les plus jeunes, il repéra très vite la brunette. Tiens, Saya semblait lui adresser à nouveau la parole. Au centre, la demoiselle Jujo s'avança face à celui que Kureto reconnut comme étant un des serviteurs de Nekomi. Voilà qui serait intéressant. Il s'appuya contre un arbre.

Le match débuta. Mito Jujo avait déjà un triangle encore plus rouge que ses cheveux au-dessus de sa tête. Elle avança à une vitesse incroyable vers Yasushi Yukimi. Mais ce dernier répondait efficacement. Plus encore, il apparaissait être un spécialiste des armes cachées. Ainsi, plusieurs kunais reliés à des talismans jaillirent. Mito évita pourtant chacune des dagues ou les écarta de son chemin. Lorsque la rousse fut près de frapper son adversaire, celui-ci claqua des doigts. Un des kunai explosa et bondit dans les airs. Le fil qui le reliait à son propriétaire vint s'enrouler autour du poignet de Mito. Yasushi tira alors un autre kunai, visant cette fois directement le cou de sa captive. Nekomi s'apprêta à stopper son garde, en même temps que l'arbitre lui criait la même chose.

« Booouuuge ! » s'écria alors Mito.

Les flammes au-dessus de sa tête brillèrent encore, devenant un cercle. Elle se libéra de l'entrave de Yukimi, et son poing atteignit la joue du garçon. Le poignard qu'il tenait ne fit qu'égratigner la joue de la rousse. Ce faisant, elle obtint la victoire d'après l'arbitre.

« Ils ont un certain talent dans cette maison, dirait-on.» songea Kureto en regarda Yukimi à terre.

Si l'arme avait été enduite de poison, Mito serait morte. Il vit ensuite Nekomi rejoindre son garde. Ce dernier semblait fort mécontent de sa défaite. Mito s'approcha à son tour et échangea quelques mots avec lui. Nekomi se détourna de la conversation. Kureto reporta son attention sur le duel suivant. Le tour de Saya était venu. Son frère adoptif y porta peu d'attention. En revanche, il s'intéressa de nouveau à la scène lorsque ce fut au tour de Nekomi. Mais hélas, il n'y eut rien à dire. Elle remporta son duel avec un seul coup. En dépit de sa victoire, sa classe trouva matière à la critiquer.

« Bande d'idiots. Elle aura donc beau faire ils ne seront jamais contents.» pensa Kureto avec une moue de dégoût.

Il avait pourtant espéré qu'à cette occasion, elle montrerait quelque chose d'intéressant. Il se souvenait de cette aura lorsque les quatre débiles avaient voulu s'amuser avec elle. Kureto était depuis convaincu qu'elle cachait sa force. Tant pis. Il se détourna de la scène, pensant retourner vers l'endroit où se déroulait l'examen de son année. Au passage, il aperçut du coin de l'œil le duel de Kohaku. Il était plus rapide que Saya, et ses gestes étaient empreints de finesse. Plus loin cependant, un cri strident se fit entendre. Kureto reconnut son frère Seishirou, qui se battait contre l'autre gars de la maison Ichinose. Ou plutôt qui l'humiliait.

Les habits du jeune étaient en lambeaux, et la foule s'en délectait, réclamant sa mort. Seishirou lança une moquerie sur sa tenue. Les autres élèves demandèrent alors à ce qu'il soit débarrassé de ses vêtements. Il s'avança vers lui pour lui arracher son haut. Mais en voulant éviter, Saionji ne fit que se prendre un coup à la tête qui l'envoya bouler. Seishirou lui envoya un coup de pied au ventre. Bientôt, l'adolescent perdit conscience. Son adversaire continua pourtant à le frapper.

« Mais quel con ! Il n'a décidément aucun honneur ! » songea Kureto.

Son corps se tourna, prêt à intervenir. Nekomi choisit ce moment pour entrer en scène. Elle demanda à l'arbitre d'intervenir, mais ce dernier se contenta de sourire narquoisement. Kureto serra les dents.

« Tiens tu es là toi ? Tu viens sauver ton garde tant mieux. Je n'avais pas envie d'attendre jusqu'à demain pour notre match. » lança Seishirou en la voyant.

Kureto se figea. Quoi ? Elle allait se batte contre lui ? Mais … mais non ! Il sentit la peur le gagner. La différence entre eux était évidente, s'ils se battaient il la tuerait. Le jeune homme sut qu'il ne voulait pas que cela se produise. Il fallait faire quelque chose. Mais Nekomi semblait décidée à répondre à sa provocation. Kureto avança de quelques pas, dans l'intention de remettre les pendules à l'heure. Il fut cependant devancé. Quelqu'un avait déjà arrêté Nekomi.

« Arrête. Si tu y vas maintenant tu vas mourir.» dit Kohaku.

La brune le regarda dans les yeux, il eut un petit sourire. L'adolescent s'adressa ensuite à Seishirou, lui demandant s'il avait l'intention de tuer quelqu'un. Naturellement, l'autre lui répondit avec arrogance, avouant sans détour qu'il se moquait de la dignité des Hiiragi. Kureto se frappa mentalement le front. Qu'avaient-ils fait pour mériter un idiot pareil ? En attendant, Kohaku leva la main, et attrapa Saoinji pour le mettre hors de portée de Seishirou. Son frère voulu en découdre avec lui, mais il lui rappela très clairement qu'il s'y casserait les dents.

« Tiens ton serviteur. » dit-il ensuite à Nekomi.

Elle passa un bras autour de ses épaules. Ceci fait, Kohaku échangea encore quelques mots avant de s'en aller. Saionji reprit connaissance. La brune commença à l'entraîner, quand Seishirou crut bon de leur lancer une dernière pique.

« Losers. »

Tout le monde autour hurla de rire. Kureto en revanche, se retint de leur hurler de se taire. Car il ne pouvait pas. Ce serait incompréhensible, et certainement préjudiciable y compris pour les Ichinose. Qui sait de quoi on accuserait ensuite la jeune fille. Quant à lui, il devrait sûrement s'expliquer avec son père et il n'y tenait pas.

« S'il vous plait, ne nous persécutez pas. » demanda-t-elle timidement.

Ce qui occasionna une autre vague de rire. Kureto soupira d'un air désolé. Trois ans. Encore trois ans à subir ce genre de scène pour eux. Ce n'était que maintenant que le jeune homme mesurait l'ampleur de leur galère. Tout ça à cause d'un orgueilleux ancêtre. Et demain … demain Nekomi risquait de perdre la vie. Il devait empêcher cela mais comment ? Les troisième année n'avaient qu'une seule journée de duels contrairement aux autres. Comment pouvait-il modifier les adversaires à la dernière minute sans avoir à se justifier ?

« Réfléchis. »

Peut-être pouvait-il exclure Seishirou des duels. Après tout, son comportement portait réellement atteinte à l'image de la famille. Oui, c'était une idée. Il ne pouvait choisir l'adversaire de Nekomi, et de toute manière si elle se laissait faire comme d'habitude elle prendrait quand même quelques gnons. Mais bon, au moins limiterait-il la casse. C'est ainsi qu'en fin de journée, Kureto convoqua les arbitres et son frère dans son bureau. Seishirou arriva les mains dans les poches, dans une attitude clairement je-m'en-foutiste. Voilà qui ne fut pas pour arranger son cas. Les enseignants firent au contraire preuve de respect.

« Seishirou. J'ai observé ton match aujourd'hui. » commença Kureto.

« Ah ouais ? Tu as donc vu comment j'ai rétamé ce rat de la maison Ichinose.» sourit Seishirou.

« J'ai surtout cru comprendre que tu te moquais de la dignité de la famille. Tu étais prêt à porter atteinte à notre honneur.» rétorqua Kureto.

Une forte aura de mécontentement jaillit dans la pièce, faisant se ratatiner tout le monde. Seishirou perdit de son assurance.

« Quoi ? » dit-il d'une voix plus aigüe.

« Frapper un adversaire déjà vaincu et à terre … tu n'as donc aucune honte ? Les Hiiragi ne s'abaissent pas à pareille extrémité. Kohaku a heureusement sauvé la situation en intervenant. Et vous ? Vous n'avez donc rien dans la tête non plus ? » lança Kureto.

Les professeurs baissèrent la tête.

« Attends un peu là ! T'es en train de me reprocher d'avoir écrasé un type de ces sales Ichinose ? » s'exclama Seishirou.

Kureto serra les mâchoires puis se leva. Il approcha de son frère, son aura devenant plus menaçante. Seishirou déglutit. La différence de niveau entre son aîné et lui était aussi vaste d'un terrain de football.

« Je te reproche tes manières qui portent atteinte à notre honneur, sale petit crétin. Par conséquent, tu es exclu des prochains duels.» répondit Kureto en plantant son regard froid dans celui de son frère.

Il le dominait de toute sa hauteur et de toute sa puissance.

« A-attends que j'en parle à père. »

« Oh mais je t'en prie fais. Je suis curieux de voir qui il écoutera, avec toi d'un côté et moi et Kohaku de l'autre. » sourit Kureto.

Seishirou serra les dents, mais n'osa pas répondre. Nul doute que s'il le défiait Kureto le mettrait en pièces. Il préféra donc baisser les yeux. Kureto prit acte de ce geste de soumission et s'éloigna. Il jeta un regard aux enseignants.

« J'ai été clair ? »

« Parfaitement, Kureto-sama.»

« Bien. Ce sera tout. »

Chacun prit la sortie sans un mot. Une fois la porte close, Kureto s'autorisa un soupir de soulagement. Il avait réussi. Nekomi pouvait dormir tranquille, et lui aussi. Un rien après, Aoi sortit de la salle adjacente, où avaient lieu les conseils d'étudiant. Elle prit sa place sans un mot ni un regard, attendant les ordres.