Douze-cent-trois entra dans l'infirmerie du vaisseau. C'était la première fois qu'il y mettait les pieds. Il y avait une dizaine de bio-lits et des consoles tout autour. L'endroit était aussi neuf et brillant que la passerelle et il aimait les couleurs bleues chatoyantes des consoles recouvertes de lumières clignotantes de toutes les couleurs, c'était presque hypnotisant.
Une infirmière orionne vint l'accueillir. Elle regarda son padd.
- Enseigne Douze, dit-elle. Veuillez-vous asseoir sur ce lit d'examen, le docteur sera là dans quelques minutes.
Il obéit et se tourna vers l'infirmière.
- Comment vous appelez-vous?
- Lieutenant Décimel.
- J'aime bien, ça sonne comme décimale et ça fait mathématique.
Elle sourit.
- C'est drôle. Normalement, on me dit que ça sonne comme décibel et que ça fait musical.
- La musique est les mathématiques sont proches parents, vous savez, ajouta-t-il avec un sourire enjôleur.
Elle se renfrogna.
- Essayez-vous de me draguer, enseigne?
- J'essaie seulement de faire la conversation.
- J'ai du travail, vous me ralentissez.
- Aurais-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas?
La porte du bureau du fond coulissa et un Vulcain en sortit.
- Infirmière, dit-il à Décimel, j'ai une patiente avec une éruption cutanée au fond, allez chercher une crème analgésique et donnez-lui son congé.
- Oui, docteur.
- Ensuite, vous vous occuperez de faire transférer les caisses de fournitures médicales dans le cargo bay.
- Nous n'avons pas fini d'inventorier le matériel, docteur.
- Vous le ferez au cargo bay. L'infirmerie n'est pas un entrepôt.
Elle hocha la tête et s'éloigna. Le docteur prit le padd qu'elle avait déposé sur le bio-lit.
- Enseigne Douze-cent-trois. Genre : mâle. Âge : 14 ans. Espèce : Trentien.
Il releva un sourcil.
- Je n'ai jamais entendu parler de cette espèce.
Et voilà : le bal des questions allait commencer.
- Je suis le premier de mon espèce à être diplômé de Starfleet, docteur.
- À quel âge un Trentien atteint-il la maturité?
- À 10 ans.
- Vous êtes donc considérés comme un adulte.
- L'équivalent d'un humain d'environ 21 ans.
Il se concentra sur son padd et entra quelques notes. Puis, il prit son tricordeur médical.
- Je vais commencer par un scan.
Douze était surpris. Il n'avait vraiment pas d'autres questions. Normalement, la période des questions durait beaucoup plus longtemps.
- N'êtes-vous pas curieux, docteur?
- La curiosité peut être une qualité pour un scientifique, mais quand elle est déplacée, elle appartient au domaine des émotions et je suis un Vulcain.
- Mais vous n'aimeriez pas savoir pourquoi nous utilisons les chiffres à la place des noms? À quoi ressemble ma planète? Pourquoi ma peau a un teint lavande et mes yeux, une couleur jaune.
- Ce sont des futilités, enseigne, tout ce qui m'intéresse pour l'instant, c'est de compléter votre dossier médical. Veuillez rester immobile.
D'abord surpris, il laissa tomber, mais étrangement, il se sentait déçu. Même si ces questions l'ennuyaient, il réalisait qu'il aimait bien être le centre d'attention.
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Le vaisseau et la nébuleuse était maintenant nez à nez. Le Hawking était minuscule à côté de la nébuleuse qui était pourtant petite, pour une nébuleuse.
- Scannage approfondit, ordonna le capitaine.
- Scannage en cours, obéit l'OPS.
- Capitaine, dit soudain Kirt Jamar, à la console tactique, je détecte une décharge d'énergie qui provient de l'intérieur de la nébuleuse. Ça se dirige droit vers nous.
- Boucliers!
Une boule de lumière émergea alors de la nébuleuse et enveloppa le vaisseau. L'alerte route se déclencha. Tout devint orange à l'intérieur du Hawking.
- Statut, s'écria Léa!
- Nous sommes encerclés par un champ d'énergie d'une très forte puissance.
- Ça draine rapidement les boucliers, s'écria Jamar!
- Roberge à ingénierie. Transférez tout ce que vous pouvez aux boucliers.
- Il est trop tard, capitaine, nous venons de prendre les boucliers, répondit le chef ingénieur.
Puis, ça se produisit. Ils entrèrent dans la lumière et ne firent qu'un avec la lumière.
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Douze revint à lui. Il était toujours à l'infirmerie, mais il était seul. Tout le monde avait disparu soudainement quand cette étrange lumière orange s'était retirée. Il appuya sur son communicateur.
- Douze-cent-trois à passerelle.
Pas de réponse.
- Douze à Roberge.
Toujours rien.
- Douze à White.
Le silence lui répondit.
- Douze-cent-trois à n'importe qui.
Il dut se rendre à l'évidence. Ou bien il n'y avait personne, ou bien personne n'était en mesure de répondre.
- Ordinateur, localise le capitaine Roberge.
- Le capitaine Roberge n'est pas à bord du Hawking.
- Ordinateur, combien de signes de vie y a-t-il sur le Hawking?
- Il y a un seul signe de vie à bord, localisé à l'infirmerie. Espèce : trentienne.
Il était réellement seul. Comment était-ce possible? Tout à coup, l'ordinateur beepa.
- Un second signe de vie a été détecté à l'infirmerie. Espèce : bajorane.
Ça devait être l'enseigne Giona. Il prit un tricordeur médical et tenta de s'en servir pour la localiser. Elle était au fond de l'infirmerie. En avançant dans cette direction, il vit que des caisses de matériel médical étaient tombées par terre. Il se rappela que ces caisses venaient d'être livrée que les infirmiers en faisaient l'inventaire. Il ramassa une caisse et la posa plus loin. Il vit un bras étendu par terre qui sortait de l'amoncellement de caisses. Il prit une autre caisse, pour la dégager.
Il scanna. C'était bien une bajoran qui se trouvait coincée sous les caisses. Il déposa le tricorder et continua d'enlever les caisses. Il la vit alors, étendue par terre : l'enseigne Giona Rhéa. Il la scanna avec le tricordeur médical. Elle était blessée. Elle s'était cognée la tête et s'était faite une commotion cérébrale. Une de ses jambes était brisée. Il continua de la dégager. Puis, se référant aux suggestions du tricordeur médical, il lui injecta un médicament. Elle ouvrit les yeux.
- Enseigne?
- Moi aussi, dit-il en lui montrant le grade à son collet.
- Ce n'est pas drôle, marmonna-t-elle en grimaçant.
- Où avez-vous mal?
- Ma jambe.
- Elle est cassée, dit-il. Je vais voir si je peux vous donner quelque chose contre la douleur, mais je ne suis pas un officier médical.
- Ordinateur, dit-elle avec difficulté, active le programme d'urgence médical.
Il avait complètement oublié. Tous les vaisseaux de la Fédération étaient maintenant équipés de ce genre de programme pouvant remplacer un médecin en cas de problème.
- Impossible d'activer le programme médical d'urgence, répondit la voix monocorde de l'ordinateur.
Douze soupira. Ça aurait été utile. Il se rapporta au tricordeur et ce dernier lui suggéra un calmant efficace pour les bajorans, il trouva le médicament et l'injecta. Le visage de l'enseigne Giona se détendit.
- Ça me fait penser, dit-il alors. Il y a toujours le programme de commande d'urgence.
- Je n'utiliserais pas ce genre d'hologramme à moins qu'il n'y ait plus personne dans le vaisseau, maugréa-t-elle.
- Mais, il n'y a personne dans le vaisseau, répondit-il. Nous sommes les seuls.
- Alors, allez-y, dit-elle! Il n'y a pas une seconde à perdre.
- Je vais revenir, promit-il.
Il quitta précipitamment l'infirmerie et se rendit sur la passerelle.
- Ordinateur. Active le programme de commande d'urgence.
Un homme apparut au milieu de la passerelle. Il portait l'uniforme au col rouge des officiers de commande, mais aucun grande. Il se tourna vers Douze.
- Quelle est la nature de l'urgence?
- Tout le monde a disparu, sauf moi et l'enseigne Giona.
- Pouvez-vous être plus précis?
- J'ignore ce qui s'est passé, j'étais à l'infirmerie. Il y a eu une lumière orange, puis l'alerte rouge s'est déclenchée. Quand la lumière a disparu, j'étais seul.
L'hologramme alla vers la console de l'OPS et regarda ce qui s'y affichait.
- Ils ont fait un scannage complet de la nébuleuse, on dirait.
- Et?
- Ce n'est pas une nébuleuse.
Sans s'en rendre compte, Douze s'assit dans la chaise du capitaine et fixa la nébuleuse ou du moins ce qui lui ressemblait à l'écran.
- Qu'est-ce que c'est alors, demanda-t-il?
- Ça semble être une forme de vie, dit l'hologramme. Dois-je en conclure que vous allez prendre les commandes, ajouta-t-il en le voyant assis dans le fauteuil du capitaine ?
Douze se leva d'un bond.
- Je n'avais pas réalisé.
- J'ai accès aux dossiers de l'équipage, enseigne Douze-cent-trois. Vous êtes un officier de passerelle, pas assez gradé et pas assez expérimenté, mais techniquement, vous pouvez prendre les commandes. Je suis à vos ordres.
- Quel est votre nom?
- Je n'en ai pas. Je ne suis qu'un hologramme de commande, mark 5.
- Vous me semblez si humain!
- J'ai été fait à l'image et en l'honneur d'un ancien capitaine de Starfeet qui a marqué l'histoire. Il était humain.
- C'est peut-être pour ça que vous me semblez familier, j'ai étudié l'histoire à l'Académie. Quel était son nom?
- Jonathan Archer.
- Je pourrais peut-être vous appeler Jonathan, mais ça ne me semble pas correct. Vous avez bien dit mark 5. Alors pourquoi pas Cinq? Sur Trente, cinq signifie « Le sauveur ». Espérons que ce soit prédestiné.
- Ça me va, répondit l'hologramme. Mais ne devrions-nous pas nous occuper de cette urgence en priorité ?
Douze regarda la nébuleuse, ou plutôt la forme de vie qui lui ressemblait.
- Cinq, vous avez bien dit que c'était une forme de vie. Que suggérez-vous?
- La première chose à faire serait de tenter de communiquer.
- Bonne idée. Je m'en charge.
Douze alla vers sa console et ouvrit une fréquence.
- Ici l'enseigne Douze-cent-trois du USS Hawking. Je m'adresse à la forme de vie qui a pris mon équipage. S'il vous plaît répondez.
