La bataille finale avait quelque chose d'irréel tellement ce moment avait été attendu par tous. Je me tenais debout devant un tas de cadavres, la plupart emmitouflés dans des robes noires. Mon cœur ne cessait de se serrer. Je cherchais parmi ses morts, la personne qui me rendait vivant, meilleur. La personne que j'aimais tout simplement. Nulle trace de lui.

Le champ de bataille s'étendait devant moi, terre ravagée où le sang semblait ne faire qu'un avec les brindilles d'herbes écrasées. De ma démarche hésitante, je repris mon chemin. Au loin, les arbres se tenaient comme spectateurs de ce triste combat. Le bien contre le mal. De fatigue, je m'effondrais de tout mon saoul quand je sentis une personne stopper ma chute. Des mèches couleurs miel vinrent frôler mon visage et ma tension partie comme elle était venue.

« Ne perds pas espoir Harry, tout va bien se passer. Encore un petit effort » murmura la voix amie.

« Je suis fatigué, si fatigué. Je n'y arriverai pas. Je ne peux pas, c'est au-dessus de mes forces. »

« N'oublis pas qui tu es. Puise dans ta nouvelle essence. Tu es devenu beaucoup plus puissant mais je crois que tu as quand même besoin d'un peu de force. »

Avant que je n'aie eu le temps de réagir, je sentis une grande chaleur me réconforter et je sus qu'elle venait de me transmettre un peu de son potentiel magique. Un don inestimable venant d'elle et timidement, je lui souris. Son regard se voila comme si ce simple signe de reconnaissance signifiait tellement pour elle. Dans un sens oui. Nous connaissions les lois régissant sa condition et pourtant, nous les transgressions sans sourciller. La guerre accomplissait bien des horreurs mais aussi des miracles. Mollement, je me remis debout, la soutenant car je savais bien que ce sacrifice venait de considérablement l'affaiblir. Elle, la personne la plus fière que je connaissais. Un profond respect s'insinua dans toutes les fibres de mon être. Pour lui, pour elle, pour tous ceux que j'aime, j'allais me battre.

« Ne t'inquiète pas, je vais la mettre à l'abri », tonna une voix grave alors qu'elle repartait déjà, emportant tendrement, mon amie.

« Merci », murmurais-je faiblement.

Lentement, mes jambes se remirent en marche et je continuai ma longue traversée entrecoupée par les morts de tous les camps confondus. Heureusement, je ne croisais personne de ma connaissance bien que la peine m'étreignait comme une amante de toujours. Long était le chemin qui m'avait mené dans ce champ, témoin de la dernière bataille. Beaucoup de choses avaient changé dans ma vie et je ne regrettais rien. Un nouveau monde s'était ouvert à moi et je comptais bien lui faire honneur. Surtout pour lui. Où était-il ? Allait-il bien ? Un ricanement sarcastique me répondit comme écho à un vieux souvenir. Malgré moi, j'esquissais un sourire tendre. Quelque part en mon fort intérieur, je connaissais déjà la réponse. Je ne serais plus de ce monde, sans lui en vie.

Au bout de quelques minutes, sans que personne ne m'attaque, j'arrivais devant lui. Le lord, celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Mon ennemi le plus intime après Draco Malfoy. Ou avant. Tout dépend du point de vue. Fier, cette face de serpent me regardait avec cette lueur de fierté dont il avait le secret. L'envie de lui tirer la langue et de lui montrer un doigt me démangea et j'entendis presque aussitôt un faible : stupide gamin –résonner dans ma tête.

« Alors Potter, prêt à mourir ? C'est une belle journée n'est-ce pas ? » S'amusa à me questionner face de serpent.

« Et toi ? Tu la sens comment cette journée ? Prêt à jouer à Mister six pieds sous terre ? »

« Ton humour est aussi pitoyable que ton potentiel magique. »

« Pourtant, il t'a bien envoyé en enfer alors que j'avais qu'un an. Je trouve ça pitoyable ! » Attaquais-je, piqué au vif.

Un rire désagréable me répondit et sans attendre plus, je sautais sur l'occasion pour lancer mon premier sort. Alors, plus rien ne compta pour moi que cette joute magique. Je me donnais corps et âme à ma mission. Tué ou être tué. Il allait de soi que je ne voulais pas être dans la première catégorie. Dire qu'il y a encore quelques mois, cela m'aurait fait ni chaud ni froid. C'était avant lui.

Le combat commença toutefois à virer en ma défaveur. Je sentais ma fatigue, les crampes dans tous les muscles de mon corps. Je me voyais mourir quand les paroles prononçaient un peu plus tôt me revinrent en mémoire. N'oublis pas qui tu es. Puise dans ta nouvelle essence. Fermant les yeux, j'essayais de faire cela. Puiser dans ma nouvelle essence. Un sort me frappa de plein fouet, m'envoyant valser quelques mètres plus loin. Une douleur me fit hurler alors que je me mettais à tousser du sang. Voldemort avait sauté sur mon manque de concentration pour m'envoyer un sort de son cru. Me relevant péniblement, j'essuya ma bouche avant de cracher. Je n'y arrivais pas. Elle avait tort et j'allais mourir. Soudain, je sentis une brûlure dans tout mon être, semblant ravager au-delà de mon âme. Quelque chose en moi se rebellait face à ce constat. J'étais incapable d'abandonner la vie, d'abandonner mon « maître ».

Voldemort commença alors à crier le sort impardonnable. Sans hésiter, je fis de même et deux lueurs vertes s'échappèrent de nos baguettes respectives. Les deux sorts s'entrechoquèrent, formant une sphère verte. La magie tournoyait entre nous deux, prenant de plus en plus d'ampleur à mesure que les secondes passèrent. Puis, sans que je ne comprenne ou puisse faire un seul geste. Elle se sépara en deux, fusant vers nous. Un souffle me propulsa a une dizaine de mètres. Dans ma chute, je vis que face de serpent subissait le même sort. Puis, je sentis un énorme choc lorsque mon dos retomba durement sur le sol. J'allais mourir. Je le sentais au fond de moi. Doucement, mes paupières se refermèrent et une simple pensée m'effleura l'esprit. Un souvenir. Celui de ces derniers mois.

A suivre…