Tu sais déjà qui je suis.

[Post 8x04. UA] : Alors que Jaime s'éloigne de Winterfell afin de retrouver Cersei, il découvre qu'il est suivi par une étrange adolescente bien décidée à lui faire rebrousser chemin.

Warnings : Mort de nombreux personnages évoquée, angst, angst, et encore de l'angst !

Il faisait nuit et froid, comme d'ordinaire à Winterfell, et, bien qu'étant complètement emmitouflé dans des habits chauds, Jaime Lannister ne put s'empêcher de frissonner et de claquer des dents.

Il ne s'habituerait probablement jamais à ce froid glacial.

C'était peut-être une bonne chose qu'il soit en train de s'en enfuir à toutes jambes dans ce cas (enfin, façon de parler...).

Un mois s'était écoulé entre la fin de la Longue Nuit et le jour de son départ, un mois durant lequel lui et Brienne avaient été heureux, vraiment heureux.

En fait, si Cersei n'avait pas décidé de n'en faire qu'à sa tête, si elle avait accepté ce qu'il y avait de mieux pour elle, si elle s'était rendue, il serait resté avec la femme chevalier, à ses côtés, si elle avait bien voulu du lui.

Que ce soit ici, à Tarth, à Essos, ou n'importe où ailleurs, il aurait accepté de la suivre, et il avait naïvement cru que peut-être, rien ne viendrait entacher ce bonheur naissant.

Jusqu'à cet instant fatidique, jusqu'à ce moment terrible de la journée, où Lady Sansa Stark avait reçu ce message venant de ce fichu corbeau que Jaime allait haïr jusqu'à la fin de ses jours (qui ne tarderait plus trop à arriver, vu sa destination), et qui racontait les « exploits » de sa chère sœur.

C'était là, précisément, que le fragile havre de paix que lui et Brienne avaient réussi à construire ensemble s'était fissuré en mille morceaux, au point de brutalement exploser en vol.

Et il avait su qu'il ne pouvait pas rester.

Il ne méritait pas de rester ici, avec elle, pas alors que Cersei était là-bas, à Port-Réal, et qu'elle semblait prête à tout détruire et tout brûler, tel le roi fou autrefois.

Il fallait que ce soit lui qui l'arrête, et personne d'autre, seul lui pouvait arrêter cette folie, et s'il devait mourir en faisant cela, hé bien soit, qu'il en soit ainsi, il paierait enfin pour tout ses crimes.

Il n'avait pas menti à Brienne.

Avec elle, il était un homme bon, tandis qu'en présence de Cersei, cette dernière ne faisait que ressortir ses mauvais côtés.

En espérant qu'en la tuant, il pourrait détruire toute la noirceur qu'il y avait en lui, ainsi que libérer Westeros d'une nuisance.

Pendant un instant, il fut tenté de regarder en arrière, avant de se raviser et de violemment se sermonner.

Si il regardait derrière lui, il le savait, la tentation de rentrer serait bien trop grande.

La mort dans l'âme, mais déterminé, tentant de toutes ses forces de ne pas penser au visage meurtri et peiné de Brienne, il se décida enfin à se mettre en route et de s'éloigner du château des Stark.

Soudainement, dans le silence de la nuit, il entendit une voix inconnue résonner derrière lui.

« Je ne pensais pas que vous étiez du genre à fuir vos responsabilités, Ser. »

La voix était féminine, et clairement moqueuse.

Il ne s'agissait pas de Brienne, ni de Sansa Stark, qui étaient probablement les seules personnes capables de l'interpeller ainsi.

Jaime stoppa son cheval, et lui fit faire volte-face quelques secondes plus tard, faisant face à l'inconnue.

Devant lui, éclairée par la pâle lumière de la lune, il y avait une jeune fille qui ne pouvait pas avoir plus de quatorze ou quinze ans, et qui était, tout comme lui, juchée sur un cheval.

Elle était blonde, les cheveux longs, les yeux bleus, et elle portait une chemise, un pantalon et un épais manteau, pour elle aussi se protéger du froid.

Et surtout, elle lui souriait avec amusement.

Il fronça les sourcils.

« Qui êtes-vous ?

La jeune fille haussa les épaules.

- Qui je suis n'a absolument aucune importance, répondit-elle avec nonchalance. Qui vous êtes, en revanche, voilà une chose bien plus intéressante !

- Que de paroles cryptiques... dit-il avec ironie. Et j'imagine que vous ne le dites que de manière rhétorique, je suis je pense, l'un des hommes les plus connus des Sept Couronnes ! Lança-t-il avec une arrogance feinte. Pour le meilleur, et surtout pour le pire, fit-il en grinçant des dents.

Le regard de la blonde se radoucit alors.

- En effet... Jaime Lannister en personne, le Régicide, qui a sauvé le royaume des Sept Couronnes du roi fou ! C'est un plaisir de vous rencontrer enfin.

- Vous possédez un certain avantage sur moi. Vous connaissez mon nom alors que j'ignore encore le votre.

- Je vous l'ai déjà dit... Mon nom n'a aucune importance. Pas pour l'instant en tout cas.

- Hé bien, puisque vous ne voulez pas me dire qui vous êtes, acceptez-vous de me dire au moins ce que vous faîtes là ? Par ailleurs, si vous voulez bien m'excuser, j'ai à faire, et je dois partir de toute urgence.

- Ah oui, à ce sujet ! Je suis navrée, mais je ne peux pas vous laisser partir.

- Pardon ? Et pour quel motif ? Et comment comptez-vous m'empêcher de m'en aller au juste ?

- C'est pour ça que je suis là... Pour vous tester, en quelque sorte. Pour essayer de déterminer quel homme vous êtes vraiment.

- A savoir ?

- Êtes-vous un homme mauvais, tel qu'on vous décrit souvent, l'homme sans honneur ? Êtes-vous réellement l'homme prêt à abandonner la femme qu'il aime pour effectuer une quête insensée ? Où bien êtes-vous prêt à rester avec la dame de vos pensées, pour la rendre heureuse et essayer de devenir un homme bien malgré tout vos crimes passés ?

Jaime cligna des yeux, interloqué, et resta muet pendant quelques secondes.

- Comment... Comment savez-vous cela ? »

Son idylle avec Ser Brienne ainsi que ses sentiments amoureuse à son égard étaient connus de tous à Winterfell (puisque c'était de là que l'adolescente venait, de toute évidence, même si Jaime ne parvenait pas à discerner le moindre blason sur ses vêtements montrant une appartenance ou son allégeance à une quelconque maison du Nord), mais ce n'était en revanche pas le cas de son projet de tuer Cersei.

Et, même si Brienne avait compris ce qu'il comptait faire, elle ne pouvait pas en avoir déjà informé quelqu'un d'autre, pas alors qu'il n'était parti (qu'il avait fuit) de Winterfell que quelques minutes plus tôt, et surtout, elle ne se serait pas confiée à cette jeune fille inconnue sortie de nulle part.

« Comment pouvez-vous être au courant ? Qui vous l'a dit ? Je n'en ai moi-même parlé à personne !

Un rictus empli d'amusement triste se dessina alors sur les lèvres de la gamine.

- Je l'ai lu dans les étoiles, répondit-elle en sentant son propre cœur se briser. »

Ça ressemblait à une des phrases mystiques de Mélisandre, et le chevalier ne comprit pas le moins du monde ce que cela pouvait bien vouloir dire.

Elle ferma les yeux, comme bouleversée par une chose qu'elle seule pouvait comprendre ou connaître, tandis que Jaime la regardait, perplexe.

Toute envie de partir s'était comme envolée, remplacée par une terrible curiosité qu'il n'arrivait pas encore à s'expliquer.

Puis, elle rouvrit les yeux, le regarda, et son sourire redevint moqueur.

« Regardez-vous ! Vous êtes sur le pied de guerre, et pourtant, vous ne semblez plus si résolu que cela à partir, je me trompe ?

- Bien sûr que non ! Démentit-il immédiatement avec beaucoup moins d'assurance qu'il ne l'aurait voulu. D'ailleurs, j'allais justement partir, seulement...

- Seulement quoi ? Aurais-je instillé le doute en vous ? Si tel est le cas, j'en suis ravie, c'était justement mon but ! Mission accomplie ! S'exclama-t-elle avec une mine joyeuse. En tout cas, si votre détermination peut être aussi facilement abîmée, je suppose qu'il doit en être de même pour votre volonté.

- Le sarcasme vous va à ravir, ironisa-t-il.

- J'ai été à bonne école, rétorqua-t-elle vivement.

- Pourquoi tenez-vous tant que cela à me faire rester ici ? Qui vous envoie ? Sansa Stark ? Brienne ? Tyrion ? Aussi absurde cette hypothèse soit-elle... Quel est votre but ?

Le visage de l'inconnue se ferma immédiatement, et Jaime la vit qui serrait les rênes de la bride de son cheval d'une manière presque convulsive.

Elle tremblait, et ses yeux brillaient de larmes contenues.

- Je veux juste... Tout ce que je veux c'est que cette histoire finisse bien pour au moins quelques personnes, que tout ne se finisse pas dans le sang, la mort, la tragédie et les trahisons. Vous aimez Brienne de Torth, et elle vous aime. Alors, vous ne pourriez pas, je ne sais pas, laisser tomber votre projet de vous faire la main de la Justice, et rester là, avec elle ? Qu'il puisse y avoir au moins deux personnes heureuses dans ce monde pourri. »

Oh.

Jaime commençait à comprendre, en tout cas, il en avait l'impression.

« Qui... Qui avez-vous perdu au cours de la Longue Nuit ? Ou depuis le début de la guerre contre Cersei ?

- Personne... Pas encore du moins. Mais vous n'avez pas tort, en effet, c'est en lien avec ce que j'ai perdu. Ou plutôt, ce que je risque de bientôt perdre.

- Je ne comprends pas.

- Ce n'est pas grave, reconnut-elle en souriant toujours avec le même air triste qu'auparavant. Moi non plus je ne comprends pas toujours tout dans cette histoire.

Jaime le sentait, il ratait quelque chose, un élément extrêmement important.

Mais quoi, il l'ignorait encore.

- Qui es-tu ? Lui demanda-t-il encore, avec sévérité.

En voyant son sourire se flétrir, il comprit qu'il avait touché juste, et que c'était un sujet tendu pour elle.

Elle se força à sourire.

- Tu sais déjà qui je suis.

- Pardon ?

- Je ne suis rien. Je ne suis personne. Je suis... une possibilité. Je suis ce qui aurait pu être et ne sera jamais.

- Ça n'a... absolument aucun sens. »

Elle leva les yeux au ciel.

- Je ne suis pas de ce temps-là, affirma-t-elle avec un terrible sérieux. Je viens du futur.

- Tu te moques de moi ? C'est une blague, c'est ça ?

- Si c'en était une, ce ne serait pas une blague très drôle, tu ne crois pas ?

- Le voyage dans le temps, ça n'existe pas !

- Et les morts qui marchent non plus, et pourtant, i peine quelques semaines, tu les as combattus, et tu t'en es sorti vivant. Belle prouesse par ailleurs !

- Quand tu dis que tu es ce qui ne sera jamais... Qu'est-ce que tu entends par là ? Est-ce que c'est uniquement métaphorique ou bien c'est au sens littéral ?

- Que je pourrais tout aussi bien ne pas exister dans le futur. Enfin, ça, ça ne dépend que de toi. Et de ce que tu vas choisir de faire cette nuit.

- Comment cela ?

- Tu n'as toujours pas compris ?

- Non ! »

La jeune fille eut un sourire attendri.

« Tu peux vraiment être buté parfois, tu le sais ça ?

- Pas vraiment non.

Elle décida alors d'être moins subtile.

- J'ai les yeux bleus... Bleus comme la mer, ou bleus comme des saphirs, si on a envie d'être un peu plus poétique... Les gens disent que j'ai les yeux de ma mère... Apparemment, c'est la vérité. »

Et soudain, en une fraction de secondes, alors que les éléments de réponse s'accumulaient, tout se débloqua dans l'esprit du noble, et Jaime Lannister comprit ce qu'elle voulait.

Ses yeux s'agrandirent de surprise et aussi d'un peu d'effroi.

« Non ! S'exclama-t-il, abasourdi. Ce... ce n'est juste pas possible.

Le sourire de la jeune fille, de sa fille, se fit alors malicieux.

- Tu dis ça parce que tu penses que cela ne peut pas être réel ou parce que tu n'as pas envie que cela le soit ?

- Je... je n'en sais rien, avoua-t-il, complètement perdu. »

Il allait avoir une fille dans le futur ?

« Mais... comment ?

- Je doute qu'à ton âge tu ais réellement besoin de cours d'éducation sexuelle, alors je vais compter ça comme une question rhétorique posée sous le coup de la surprise, papa. »

Il la dévisagea, tout aussi stupéfait.

(Cette gamine avait de toute évidence beaucoup trop fréquenté Bronn pour son propre bien.)

Maintenant qu'il savait, oui, ça prenait sens, et il voyait les ressemblances entre cette jeune fille, Brienne et lui.

Puis, une autre partie de ses mots lui revint en tête.

« Tu as dit que... que tu n'existerais pas si jamais j'allais à Port-Réal, c'est ça ? Donc, j'y mourrai ?

- C'est ça ! Si tu y vas, je disparaîtrai... Pour toujours, dit-elle en indiquant ses mains qui commençaient à l'instant même à devenir de plus en plus transparentes.

Jaime déglutit avec difficulté, ne sachant trop quoi dire.

- C'est... c'est du chantage ! S'exclama-t-il. »

(Oui, pas ça par exemple.)

« Par ailleurs, je ne suis pas la seule qui souffrirait de cette décision, en plus de maman, ajouta-t-elle, avant de fermer les yeux et de commencer à marmonner des paroles étranges.

- Tu... tu as de la magie ?

- Un peu oui. À ton avis, comment j'ai pu me rendre jusqu'ici au juste ? »

Ah oui, logique...

Et, quelques secondes plus tard, un petit garçon aux cheveux blonds, endormi, apparut juste devant l'inconnue, sur ses genoux.

Jaime se figea, et la jeune femme se remit à sourire.

« Papa, je te présente mon petit frère... ton fils. »

§§§§

Le petit garçon finit par ouvrir les yeux, avec un air fatigué sur le visage.

Il se tourna vers sa sœur, paraissant extrêmement étonné.

« Cat ? Où... où est-ce qu'on est ? »

Le sourire de la cavalière trembla quelque peu, alors qu'elle serrait l'enfant de quatre/cinq ans contre elle de toutes ses forces.

« Ne t'en fait pas petit frère, tu peux te rendormir, je suis là. Tout va bien. »

Il hocha la tête, avant de reposer sa tête contre le torse de sa sœur et de se rendormir.

« Ce qui aurait pu être et ne sera jamais, murmura-t-elle avec une voix douloureuse. »

Jaime avait aperçut ses yeux pendant quelques secondes.

Ils étaient verts, comme les siens.

Cela ne prouvait rien, mais disons que ça et le fait que le gosse était son portrait craché à son âge le troublait fortement.

Il sentit une boule d'émotion monter dans sa gorge, et il ne sut déterminer s'il s'agissait de tendresse, d'amour, de tristesse ou de peur.

Puis, une autre chose le frappa.

« Attends un peu... Cat ? Comme Catelyn ? Comme Catelyn Stark ?

- Hé oui ! Mère m'a nommée en son honneur. As-tu besoin d'une autre preuve pour croire que je suis ta fille ou as-tu besoin d'autre chose ?

- Et ton frère, comment s'appelle-t-il ? Si son nom c'est Renly, marmonna-t-il pour lui-même, je jure que je fais un massacre. »

Pour la première fois depuis son arrivée, Catelyn éclata alors de rire.

« Son nom à lui non plus n'a aucune importance, tout comme le mien. Tout ce que tu dois savoir, c'est qu'aucun de nous deux n'existera si jamais tu pars à Port-Réal.

- Je dois arrêter Cersei...

- Elle sera arrêtée de toute façon, le coupa sa fille. Laisse ça à quelqu'un d'autre, le supplia-t-elle, et il crut voir Tyrion pendant quelques secondes. Ils s'en sortiront tout aussi bien que toi, peut-être même mieux. Ce que je sais, c'est qu'il existe deux versions de l'histoire possible. Une où tu survis, et où mon frère et moi, nous existons, et une où tu meurs.

- Et tu penses réellement pouvoir réussir à me convaincre toute seule ?

Entendant les pas d'un cheval résonner derrière elle, Catelyn lui adressa un sourire triomphant.

- Moi toute seule, non... Mais je connais quelqu'un qui saura. »

En effet, derrière elle se profilait la silhouette de Brienne de Torth, le visage dur et fermé, alors qu'elle-même était toute harnachée de son armure.

Jaime eut alors un sourire à la fois amer et amusé.

« Tu as tout fait pour me ralentir en espérant qu'elle finirait par arriver pour me ramener au château ? Peut-être que tu connais réellement le futur dans ce cas... Bien joué gamine, reconnut-il, vraiment très bien joué.

- Ser Jaime ? Lança Brienne, ignorant la présence de la jeune fille, ne se concentrant que sur son amant. Il faut que nous parlions, de toute urgence. »

§§§§

Il allait rester à Winterfell.

Quand Catelyn Lannister-Torth le vit rebrousser chemin, elle crut qu'elle allait pleurer de joie.

Elle ne savait pas ce qui l'avait convaincu, si c'était elle ou bien Brienne qui l'avait décidé à ne pas partir, mais le fait est qu'elle était heureuse.

En regardant le petit garçon qu'elle serrait contre elle et qui dormait toujours, elle laissa pour la première fois les larmes lui monter aux yeux.

Il était possible qu'elle n'ait pas dit toute la vérité à Ser Jaime.

Il y avait une raison quant au fait qu'elle ne lui ait pas dit le nom de son petit frère.

Il y avait une raison quant au fait que ce dernier ne s'était pas réveillé, même si elle et Jaime avaient fini par plus ou moins élever la voix vers la fin de leur conversation.

Il y avait certaines choses qu'elle n'avait pas dites à son père.

Pas le plus important en tout cas.

Il ne s'agissait pas vraiment d'un mensonge, plutôt, d'une... omission, enfin, c'est comme ça que Catelyn voulait voir les choses.

Ce qu'il ne savait pas ne pouvait pas lui faire de mal, pas vrai ?

De toute façon, ça n'avait pas d'importance, ce n'est pas comme si elle allait rester non plus, même si il était plus que probable qu'un jour, il finisse par comprendre qu'elle n'avait pas été complètement honnête avec lui.

Elle ne venait pas du futur.

C'était bien plus compliqué que cela.

La jeune fille venait en réalité du futur d'un univers parallèle, où les choses... n'avaient pas vraiment bien tourné pour elle.

Catelyn regarda en direction du ciel, et serra encore plus fort son petit frère contre elle.

Il ne se réveillait toujours pas.

Tant mieux pour lui, en un sens, il ne la verrait pas pleurer.

À chaque fois qu'elle regardait les étoiles, elle sentait son cœur se briser un peu plus en mille morceaux.

Elle entendait la voix de son père, son vrai père, pas cette version alternative qu'elle ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam, et qui ne la connaissait pas non plus.

Elle entendait sa propre voix également, une voix de petite fille, sa voix de quand elle était encore heureuse.

Elle ne savait même plus de quoi ils avaient parlé ce jour-là.

« Comment est-ce que tu sais tout ça ? Lui avait-elle demandé, un jour, de sa voix de petite fille naïve, admirative, et facilement impressionnable.

Jaime lui avait sourit avec tendresse, avant de lui ébouriffer les cheveux.

- Je l'ai lu dans les étoiles, lui avait-il murmuré, comme si il lui dévoilait là un très grand secret. »

Elle avait été son étoile autrefois, longtemps auparavant, en un temps qui n'était plus et lui semblait si loin désormais.

Oh, par les Sept, il lui manquait tellement.

Ce qui aurait pu être et ne sera plus jamais.

Là, il s'agissait plutôt de ce qui avait été (ce qu'elle avait eu) et ne serait plus jamais, dans son cas.

Utilisant de nouveau sa magie, elle se força à sourire malgré ses larmes, en voyant que son frère ouvrait enfin les yeux.

C'était tout à fait normal qu'il n'ait pas de nom.

Il n'en avait jamais eu.

Et, à chaque fois qu'elle regardait ce petit garçon qui n'avait jamais existé et qui n'aurait jamais de nom ni d'identité, tout ce qu'elle voyait, c'était une chambre dans laquelle on voulait l'empêcher d'entrer, une femme mourante, et un lit taché de sang.

« Dis Cat, pourquoi tu pleures ? »

Il ne savait pas, il ne savait rien, le pauvre petit.

Et c'était bien normal.

Puisqu'il n'existait pas.

N'avait jamais eu le temps de naître, ou même de tout simplement vivre.

Il n'était qu'une ombre, un fantôme, un être artificiel, créé par la magie de sa grande sœur, alors qu'il aurait pu exister si les dieux avaient été plus cléments à l'égard de sa famille.

- Pour rien petit frère, pour rien. »

Son sourire était un mensonge, mais il n'avait pas besoin de le savoir.

Catelyn espérait de tout cœur que, dans cette réalité, son petit frère survivrait, si jamais il venait à naître.

Mais, elle le savait, elle ne pourrait pas laisser exister le petit garçon plus longtemps.

Elle n'était pas assez forte pour ça.

Tu dois le laisser partir.

Oui, elle le savait.

Mais il était la seule chose qu'il lui restait de ses parents.

Il n'était pas réel, certes, mais qu'importe ?

C'était mieux que de ne rien avoir.

« Je pleure parce que... je suis heureuse, mentit-elle avec aisance. Parce que nous allons rentrer à la maison. »

Sauf que je n'ai plus de maison.

Je n'ai plus rien désormais, si ce n'est un château vide, des souvenirs heureux d'un passé révolu et un oncle tout aussi malheureux que moi.

Et tout doucement, le serrant contre elle, elle commença à laisser la magie qui maintenait l'illusion de l'existence de son petit frère perdu cesser d'agir.

Aurait-il ressemblé à cela si il avait vécu ?

Peut-être.

Alors qu'elle le voyait disparaître peu à peu, elle le pressa une dernière fois contre son cœur.

« Tout va bien se passer petit frère, lui mentit-elle, alors que des larmes roulaient librement sur ses joues. Je te le promets. »

Et Dieux, qu'elle espérait que ce serait le cas un jour.

Quand il s'évapora finalement dans l'air, elle sanglota de plus belle, avant de finalement s'essuyer les yeux.

Ça y est, il était partit...

A son tour maintenant.

Prenant une grande inspiration, elle invoqua une dernière fois sa magie, ouvrant un portail vers son propre monde.

Elle rentrait chez elle.

Elle espérait seulement que dans ce monde, les choses auraient une fin plus heureuse que dans le sien.

§§§§

Six ans plus tard.

Castral Rock.

La jeune fille avait eu raison.

Sur beaucoup de points en tout cas, Jaime devait le reconnaître.

Il était revenu à Winterfell cette fameuse nuit-là, et lui et Brienne avaient parlé à cœur ouvert, elle l'avait finalement pardonné de l'avoir laissée en plan de cette manière, toute seule, dans la nuit et le froid, et sincèrement, il ne savait pas ce qu'il avait fait pour mériter une femme pareille.

Enfin, c'était justement ça le problème.

Il ne la méritait pas.

Par la suite, Cersei était morte, comme Catelyn l'avait prédit, personne n'était réellement monté sur le trône de fer (pas seul en tout cas), et il avait été décidé que les différents souverains de Westeros tâcheraient ensemble d'administrer du mieux possible les Sept Couronnes.

Le royaume était en paix.

Jaime et Brienne, quant à eux, avaient fini par s'installer à Castral Rock, tandis que Tyrion était resté à Winterfell avec Sansa, où il semblait couler des jours paisibles.

Puis, quelques mois plus tard, Brienne était tombée enceinte et avait donné naissance à... à des jumeaux.

Une fille et un garçon, qu'ils avaient prénommé Joanna et Renly (oui, Jaime était tombé de sa chaise en entendant le choix du deuxième nom. Ça n'aurait pas dû tant le surprendre que ça), deux adorables bébés.

Pour la première fois depuis le départ de Catelyn, Jaime avait remis en cause ce qu'elle lui avait dit, en constatant que tout ne se déroulait pas exactement comme elle le lui avait dit.

Mais ce n'était pas la seule discontinuité qu'il avait pu observer.

Ainsi, sa fille et son fils (oui. Ses enfants. Ilétait père, à nouveau, et cette fois, il pouvait réellement les revendiquer comme les siens) avaient respectivement les yeux verts et les yeux bleus, contrairement à ce qu'il avait pu voir avec Catelyn.

Ça aurait dû être l'inverse, et, alors qu'elle grandissait, la petite Joanna ne ressemblait pas tant que ça à ce que Catelyn deviendrait un jour.

Parce que ce n'était pas elle, ce n'était pas la même personne.

Ainsi, quand Catelyn Lannister-Torth (ou du moins celle qui prétendait l'être) revint quelques années plus tard, alors que les jumeaux venaient d'avoir cinq ans, Jaime Lannister l'attendait de pied ferme, ne voulant qu'une chose : des réponses.

La première chose qu'il remarqua à ce sujet fut le fait qu'elle avait le même âge que la dernière fois qu'il l'avait vue.

Ce qui pouvait parfaitement coller avec le fait qu'elle disait venir du futur, elle avait pu quitter le Winterfell post-Longue Nuit et se rendre ensuite à cette période de temps précise sans qu'aucune année supplémentaire ne se soit écoulée pour elle.

La deuxième chose qu'il constata fut la non-présence de son petit frère, et sans qu'il sache réellement pourquoi, il sentit un mauvais pressentiment s'emparer de lui.

Quelque chose clochait, mais il n'aurait dire quoi.

La jeune fille était là, habillée des mêmes vêtements que lors de la nuit où il l'avait rencontrée, le manteau en moins, Castral Rock étant beaucoup moins frais que Winterfell.

Elle regardait les jumeaux qui étaient en train de s'entraîner avec des épées en bois, sous le regard amusé de leur mère.

Son regard paraissait être comme attristé et empli de... nostalgie ?

Décidé à en savoir plus, il s'approcha d'elle.

Catelyn le salua rapidement, et, à sa grande surprise, elle semblait comme au bord des larmes.

Ils étaient seuls et isolés, en fait, hormis Brienne et les enfants, personne ne se trouvait à proximité.

Le chevalier croisa les bras, avant de la regarder avec sévérité, et elle se sentit frissonner, ayant l'impression de se retrouver face à son père, comme autrefois, quand il... quand il était encore en vie.

« Je pense que tu me dois quelques explications, jeune fille !

- A quel sujet ? Demanda-t-elle, feignant l'ignorance.

Il leva les yeux au ciel.

- Ne joue pas à ça avec moi... Tu ne viens pas du futur, c'est ça ? Es-tu au moins bien qui tu prétends être ?

Elle le fusilla du regard, et il eut l'impression de se retrouver face à Brienne.

- Tu crois vraiment que je te mentirais à propos d'une chose aussi importante ? Et même si c'était le cas, qu'est-ce que ça m'apporterait au juste ? Ce n'est pas comme si je comptais prendre la place de tes gosses ! »

Sa voix tremblait, et les poings serrés, elle donnait l'impression d'être sur le point de fondre en larmes.

Il sentit quelque chose s'agiter en lui, semblable au besoin maladif qu'il avait de protéger ses enfants de tout les dangers, et il eut fugitivement envie de la serrer dans ses bras pour la réconforter.

« C'est vrai, reconnut-elle finalement, je ne viens pas du futur. Pas du tien en tout cas... Mais en dehors de cela, tout ce que je t'ai dit est vrai ! Enfin, presque... admit-elle d'une petite voix. Qu'est-ce que tu veux savoir en dehors de ça ?

N'était-ce pas évident ?

- La vérité !

- La vérité ? Hé bien soit, tu vas la connaître dans ce cas ! La vérité c'est que je n'ai plus rien ! J'ai tout perdu, absolument tout, j'ai perdu tout ceux que j'aimais ! Il ne me reste plus qu'oncle Tyrion, et encore, il n'est plus que l'ombre de lui-même, depuis que...

- Depuis quoi ?

Depuis que tu n'es plus là.

- La vérité, la voilà ! Je t'ai vu mourir ! Hurla-t-elle, et c'était une chance, vraiment, que Brienne et les jumeaux soient partis quelques minutes plus tôt. La vérité c'est que je viens d'un univers parallèle, et que dans ce monde-là, tu n'as pas survécu. Et encore, ce n'est pas le pire.

- Qu'est-ce qui... qu'est-ce qui pourrait être pire que ça ? »

Catelyn le regarda avec une profonde tristesse, et cette fois-ci, elle pleurait.

Ça peut toujours être pire.

« Ma mère est morte en couches, mon petit frère avec... On dit que l'histoire se répète, dans notre cas, je crois que c'est vrai. »

Jaime se figea.

« Et le petit garçon qui était avec toi cette nuit-là...

Catelyn sourit.

- Il n'existe pas. N'a jamais existé. Il est mort avant de pouvoir vraiment exister. Dans mon monde en tout cas. Je constate que dans le tien, ce n'est pas le cas.

- Si mon futur n'est pas ton futur, alors comment pouvais-tu savoir comment les choses allaient se dérouler ici ?

- Je n'en savais rien. J'espérais juste que vous auriez plus de chance. Tout ce que je savais, c'est que tu mourrais si tu allais à Port-Réal. C'est tout. Et je ne voulais pas que... que l'histoire se répète.

- Petite... quel âge tu avais quand... quand je suis mort ?

- J'avais dix ans. C'était la guerre, et tu es mort pour nous défendre.

- La guerre ? Quelle guerre ?

- Je te l'ai dit, je viens d'un autre monde. Un monde où les marcheurs blancs n'ont jamais existé et où la magie est bien plus présente. Dans ce monde, tu es mort et, puisque je n'ai pas pu te sauver à l'époque, j'ai tout mis en œuvre pour venir ici une fois que j'ai appris l'existence de ce monde, et pour te sauver.

- Catelyn... Tu avais dix ans ! Tu penses vraiment que c'était ton rôle de me sauver la vie ?

- J'aurais dû y arriver ! J'aurais dû faire quelque chose, n'importe quoi ! Mes pouvoirs commençaient déjà à se manifester, mais je n'étais pas assez forte pour les maîtriser ou les utiliser. J'ai essayé tu sais, j'ai vraiment essayé de te sauver la vie, et celle de maman quelques mois plus tard quand elle a accouché, mais... j'ai échoué. »

Ne se retenant plus, il la serra enfin dans ses bras, et Catelyn se figea, interdite, avant de répondre à l'étreinte, presque avec brutalité, comme si elle avait peur qu'on ne lui arrache aussi ce moment.

Ça faisait longtemps, tellement longtemps qu'elle n'avait pas pu serrer son père dans ses bras.

Elle n'y était plus habituée, à force.

Si elle fermait les yeux, et qu'elle oubliait qu'elle n'était pas dans son monde, elle aurait presque pu croire sincèrement que c'était son père qui la serrait dans ses bras à cet instant précis, et pas une version alternative qui ne partageait avec elle aucun de ses souvenirs.

Presque.

Elle sanglota de plus belle, submergée par l'émotion, le cœur déchiré par la simple idée de devoir bientôt quitter la protection que lui offraient ses bras.

Ici et maintenant, elle n'était plus une guerrière qui avait déjà combattu et manqué de perdre la vie.

Non, elle était de nouveau une petite fille seulement heureuse de retrouver son père.

Elle aurait voulu que ce moment ne cesse jamais.

« Tu m'as manqué papa, murmura-t-elle alors, tremblant contre lui, semblant tellement petite maintenant qu'elle s'était réfugiée dans ses bras. Tu m'as tellement manqué.

Et maman aussi, ajouta-t-elle intérieurement, alors qu'elle se souvenait bien malgré elle de la chambre ensanglantée et de deux yeux bleus la fixant, sans vie.

Il la serra encore plus fort contre lui, lui caressant doucement les cheveux.

Elle était sa fille, elle était si jeune, et pourtant, elle avait déjà tellement souffert.

- Je suis désolé que tu ais eu à vivre et subir tout ça petite. »

Oui, cette gamine était sa fille, qu'elle vienne d'un autre univers ne changeait rien.

Et il se jura alors qu'il la protégerait.

Envers et contre tout.

§§§§

« Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant ?

Elle cligna des yeux, stupéfaite, comme si la réponse lui semblait parfaitement évidente.

- Je vais rentrer chez moi. Enfin, chez moi... ricana-t-elle avec amertume. Cet endroit n'est mon chez moi que de nom...

- Tu as dit que Tyrion...

- Il a finit par se reprendre, et il va... bien maintenant. Aussi bien qu'on puisse aller quand on a perdu son frère en tout cas. Il désapprouvait mon projet d'ailleurs, il était persuadé que c'était de la folie... Aller dans un autre monde, inconnu, toute seule en plus, et sans être sure de pouvoir rentrer, selon lui, c'était complètement...

- Suicidaire ? Proposa son père.

- Ouais... De toute façon, je n'avais plus rien à perdre.

- Et tu n'as rien à gagner non plus en repartant là-bas ?

- Pardon ?

- C'est pour cela que je t'ai posé la question. Est-ce que ça te plairait de... rester ici ? Je sais que Brienne et moi nous ne sommes pas... eux, et ça peut te paraître complètement fou également que je te pose la question alors que je ne te connais que depuis à peine une heure, mais... Tu m'as très certainement sauvé la vie il y a six ans, et tu n'as plus de famille, alors... J'aimerais t'en offrir une. Si tu es d'accord, bien sûr. »

Il y avait de l'espoir, tellement d'espoir dans les yeux de la gosse, et cela ne fit que renforcer la détermination de Jaime pour lui donner un foyer.

« Je... j'adorerais, mais... Qu'est-ce que tu vas dire à Bri... à maman ?

Jaime haussa les épaules.

- Je lui expliquerai toute la situation, qui tu es, d'où tu viens. Tu la connais... Je suis sûr qu'elle comprendra. »

Catelyn hocha la tête, essuya ses larmes et se mit à sourire.

« Ça va prendre du temps... Pour que je m'adapte, et que je me ré-habitue à avoir une famille entière autour de moi, surtout des personnes que je ne connais pas, ajouta-t-elle, pensant à Joanna et Renly. Ça risque de ne pas être facile tout les jours, expliqua la jeune fille à son père.

Celui-ci se contenta de sourire.

- Ce n'est pas grave... Tu sais, pour Brienne et moi, ça a pris beaucoup de temps aussi. Et je suis sûr... que tu en vaux largement la peine. »

Le sourire brillant de l'adolescente le lui confirma.

Toute cette histoire en vaudrait la peine.

Bon, maintenant, il ne lui restait plus qu'à expliquer à sa femme qu'ils allaient probablement (si elle était d'accord, bien sûr) accueillir un nouvel enfant dans leur famille.

Un jeu d'enfant, comparé à son combat contre les marcheurs blancs, non ?

FIN.

ND'A : Oui, le truc avec les étoiles m'a probablement été inspiré par A Drabble of Earth and Water, la fic traduite par Almayen.

Si jamais vous avez envie que j'écrive plus sur cette Catelyn là, je suis totalement partante.