Chapitre 2
Un pays lointain
Il était une fois, dans un pays lointain, un jeune prince qui vivait dans un somptueux château.
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Les Malefoy avaient été des gens paranoïaques. Ils avaient aussi été riches. C'était une combinaison dangereuse. Depuis la guerre, personne ne pouvait transplaner dans un rayon de plusieurs kilomètres autour du manoir. Ils étaient non seulement propriétaires de la terre sur laquelle se trouvait le bâtiment, mais aussi des bois alentours et de la petite ville de Parson. La cheminée du réseau qui était la plus proche du Manoir des Malefoy était celle du pub de Parson.
Hermione voyagea par poudre de cheminette du Ministère jusqu'au pub. Elle fit un pas hors de la fumée verte et se retrouva dans le pub pareillement enfumé qui était rempli, comme il devint rapidement évident, d'un assortiment étrange de sorciers et d'autres créatures magiques.
Il y avait un nain couvert de boue des pieds à la tête, en train d'absorber le liquide marron foncé d'une bouteille. Trois mi-géants mi-humains portaient de lourdes robes en fourrure et jouaient à un jeu qui consistait à lancer des couteaux dans le mur, et il y avait une table pleine de vampires qui buvaient du sang dans des coupes de la taille de sa tête.
Le cœur d'Hermione s'accéléra. Instinctivement, elle resserra sa prise sur sa baguette. Dans quoi Collingsworth l'avait-il fourrée ?
Elle sentit une main sur son épaule. Hermione se retourna brusquement, prête à stupéfixer quelqu'un. C'était un vieil homme, légèrement plus petit qu'elle, avec une longue barbe qui lui rappela douloureusement Dumbledore. Son cœur se serra.
- Désolé de vous surprendre, Miss, lui dit le vieil homme. J'suis Wilbur, le patron.
Il se mit à rire, et des petits flocons de cendre tombèrent de sa barbe.
- Vous ressemblez pas à notre... clientèle habituelle.
- Ce n'est pas grave, dit Hermione en abaissant lentement sa baguette. Et, non, il semble que je ne le sois pas.
- Alors, qu'est-ce qui vous amène ici ? demanda-t-il.
Autant demander.
- Savez-vous comment je peux me rendre au Manoir des Malefoy ?
La tête de Wilbur s'affaissa.
- Mais qu'est-ce qu'une jolie fille comme vous irait faire dans un endroit affreux comme celui-ci ?
- Une inspection pour le Ministère. Nous examinons certains de nos vieux bâtiments. On vérifie qu'ils sont aux normes.
C'était un mensonge crédible, non ? Leur dire « Hé, les gars, je suis chercheuse de trésors » ne sonnait pas bien. Ça ne semblait pas sain d'esprit.
- Eh ben, j'espère que ça satisfera pas les normes.
Une vieille femme qui était plus large que grande s'avança vers eux d'un pas lourd, en fumant un cigare.
- Ah, Marta, arrête, marmonna Wilbur. Elle radote toujours à propos de quéqu'chose, dit-il à l'intention d'Hermione.
Marta lança son cigare par terre et l'écrasa avec sa botte.
- Tu sais que cet endroit est maudit. Il déborde de toutes sortes de créatures sinistres.
Hermione jeta un coup d'œil au pub. Et ce bar n'en déborde pas ?
- Une personne saine d'esprit s'approcherait pas d'ce manoir, continua Marta. Les histoires qu'j'ai entendues !
- Voilà. Des histoires. Des histoires tirées par les cheveux. Voilà c'qu'elles sont !
Wilbur fit un geste dédaigneux de la main. Rien de tout ceci n'aidait Hermione à se sentir mieux.
- Eh bien, dit Hermione, je n'ai moi-même pas très envie d'y aller, mais je n'ai pas vraiment le choix.
Wilbur hocha la tête mais Marta n'écoutait pas. Elle s'était accrochée à un sorcier de haute taille, dégingandé, qui était couvert de tant de tatouages qu'Hermione ne pouvait lui donner d'âge. Un collier de dents pointues était suspendu à son cou.
- Boris, raconte à cette fille c'qui t'est arrivé quand t'es passé près du Manoir des Malefoy.
L'homme aux tatouages, Boris, ricana, laissant apparaître son lot de dents dorées.
- C'était la pleine lune. J'chassais des loups-garous. J'suis chasseur de loups-garous d'métier.
La colère d'Hermione s'accumula. Lupin avait été un loup-garou, et un ami. Les loups-garous étaient des gens. Les chasser était dégoûtant, mais elle ne dit rien.
- Bref, j'étais sur la piste d'une de ces choses malveillantes, la plus grosse qu'j'aie jamais chassée. Quand j'l'ai vu.
- Vu quoi ? demanda Hermione.
- Les écoutez pas, lui dit Wilbur.
Wilbur avait sans doute raison, mais Hermione devait savoir ce que Boris avait vu.
- La terre s'est tout simplement ouverte comme un gros trou béant qu'allait droit en enfer, on aurait dit. J'ai fait un dérapage pour arrêter Comtesse – c'est mon sombral. Et le sol a avalé le loup-garou, dit Boris en faisant un bruit sec. Comme ça. Et puis tout est r'devenu normal. Dur comme de l'os.
Il fit claquer son pied contre le parquet. Hermione se sentit nauséeuse. Elle avait les mains moites et tout son corps tremblait. Elle essaya de penser à un sort qui pourrait avoir ce résultat, mais ne trouva pas.
- Dis-lui c'que t'as vu après.
Il était impossible qu'il y ait plus à raconter.
- J'me suis retourné et c'est là qu'j'ai vu où j'étais. En plein d'vant l'entrée du Manoir des Malefoy. Ça m'a presque donné une crise cardiaque. Tout l'monde ici sait qu'y faut pas s'approcher de cet endroit. Et au loin, dans l'aile ouest, j'ai vu quéqu'chose que j'oublierai jamais. Deux yeux, rouges comme le diable, qui m'fixaient. J'ai fait d'mi-tour sur Comtesse et j'suis parti de là-bas aussi vite que j'pouvais voler. J'y retournerais même pas pour d'l'argent. Non, m'dame !
Des yeux rouges. Il n'y avait qu'une personne, à la connaissance d'Hermione, qui avait les yeux rouges. Lord Voldemort. Les genoux d'Hermione tremblèrent, et des souvenirs de la guerre l'écrasèrent comme une vague orageuse. Il était mort. Ça ne pouvait pas être lui. Mais quoi d'autre aurait des yeux rouges ?
- Arrête de faire peur à cette fille, dit Wilbur.
Il tapota l'épaule d'Hermione de sa main plissée.
- Qu'est-ce qui leur est arrivé ? Aux Malefoy ?
- Personne ne sait, évidemment, dit Wilbur.
Hermione s'en doutait. Le Ministère n'avait rien de concret concernant le sort des Malefoy. Ils avaient disparu à peu près un an après la fin de la guerre.
- 'Y a quand même plein d'spéculations, dit Boris.
- Mais ici, tout l'monde sait c'qui s'est passé.
Marta croisa les bras.
- Bien sûr que non, dit Wilbur.
Marta continua de parler. A chaque mot, Hermione se sentait faiblir.
- Ils s'sont tués, si vous voulez mon avis. Ils supportaient pas la perte de leur pouvoir. La rumeur disait qu'ils avaient perdu le manoir en compensation d'la guerre. Ils s'sont pendus dans la salle à manger, mais avant d'le faire, ils ont jeté un sort sur cet endroit pour que le Ministère ne puisse pas s'en accaparer. Ça présage rien de bon pour vous, hein, jeune fille ?
- Ça suffit ! cria Wilbur. Ce sont qu'un tas de ragots stupides.
Hermione s'arma de courage. Après tout, c'était toujours une Gryffondor. Une grande partie de tout cela semblait exagérée, de toute façon. Elle avait promis à Collingsworth d'y aller et c'est exactement ce qu'elle allait faire. Elle irait au Manoir des Malefoy, elle n'y trouverait rien, et elle repartirait. Ce n'est pas comme si elle s'attendait à ce que l'alter-permutateur soit là-bas.
- Comment puis-je m'y rendre ? demanda Hermione en soupirant.
Marta secoua la tête et s'éloigna de Boris d'un pas lourd en marmonnant quelque chose qui ressemblait à « idiote ». Hermione se tourna vers Wilbur.
- Alors ?
Wilbur poussa un soupir.
- Prenez la route qui passe derrière le pub. Vous allez devoir marcher. Vous devriez p't-être attendre demain matin.
- J'y vais ce soir, dit Hermione. Je veux en être débarrassée.
Elle voulait vraiment en être débarrassée, et Mr Collingsworth lui avait dit d'y aller ce soir-là. Elle n'était pas sûre d'en connaître la raison, mais peut-être qu'il avait peur que ce qui y était à ce moment n'y soit plus le lendemain. Peut-être que Collingsworth en savait plus sur ces rumeurs que ce qu'il n'en montrait. Peut-être que c'était pour ça qu'il l'avait envoyée là-bas plutôt que d'y aller lui-même.
Lâche.
NOTE
Déjà beaucoup de lecteurs, ça fait super plaisir ! J'espère que ce deuxième chapitre vous aura plu tout autant. Drago arrivera dans le chapitre suivant, alors soyez patients !
Merci à tous les revieweurs ! C'est toujours un plaisir de vous lire. Réponse aux revieweurs sans compte :
Guest : En effet, elle n'a pas l'air de s'être remise de la guerre, mais on peut espérer que par la suite, elle aille mieux :)
Clem : Ravie de tant d'enthousiasme ! Vivement tes prochaines reviews :D
Et merci aussi à toutes celles (et ceux ?) qui suivent et lisent cette histoire. Même sans poster de review, ils sont appréciés !
A bientôt,
Delfine :)
